Février 2015. A fond pour une République laïque hard

Février 2010. Déconstruction des valeurs traditionnelles : La richissime féministe et "philosophe socialiste parisienne" fustige de nouveau les "bonnes femmes" qui allaitent leurs enfants ... alors que l'instinct maternel n'existe toujours pas, nous dit la "mauvaise mère" ... contrairement à la spécialiste Edwige Antier et la scientifique américaine Sarah Blaffer Hrdy.

Histoire de la gauche caviar, Laurent Joffrin, Robert Laffont, Paris, 2006
2007, un New Business net de 2,5 milliards de dollars pour le seul premier trimestre
2007, Airbus, Jean-Noël Forgeard, Présidentielle, intervention de Publicis
2009, partenariat stratégique entre Publicis et Microsoft
Elisabeth Badinter, une "mère médiocre" qui n'aime pas les mères

Elisabeth Bleustein-Blanchet, épouse de Maître Robert Badinter, avocat, ministre socialiste de la justice, Président socialiste du Conseil constitutionnel, sénateur socialiste.

Philosophe social-démocrate, fille et héritière (fortune de 621 millions d'euros selon le classement 2006 de "Challenges" n°44 du 13 juillet 2006) du célèbre fondateur de "Publicis" et "inventeur de la publicité en France", Marcel Bleustein-Blanchet (son autobiographie illustrée, La Traversée du siècle, Robert Laffont, Paris, 1994), madame Badinter est remarquablement représentative de la haute bourgeoisie juive libérale et républicaine.
Selon Madame Badinter, philosophe féministe "de gauche" très engagée, grande admiratrice de Simone de Beauvoir, l'instinct maternel n'existerait pas, et il n'y aurait qu'une différence de culture entre femme et homme. Ce point de vue est contesté par des scientifiques, par exemple par la pédiatre Edwige Antier.
Très ouverte Madame Badinter prend la défense des femmes Afghanes victimes des islamistes, mais également de l'avortement, des prostituées et de la prostitution. Mais elle est hostile au voile islamique et critique volontiers ses consoeurs féministes.
Notamment L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel, XVII;-XX? siècle, Flammarion, Paris 1980 ; L'un est l'autre, Odile Jacob, Paris, 1986 ; XY, De l'identité masculine, on ne nait pas homme, on le devient, Odile Jacob, Paris, 1992 ; Le Conflit, la femme et la mère, Flammarion, Paris, février 2010.

En 2003 : La Fausse route d'Elisabeth Badinter : une critique des mouvements ultra-féministes. Le 14 décembre 2003 à l'émission radiophonique d'Europe n°1 "C'est arrivé demain" elle approuve le rapport Stasi à propos des signes religieux ostensibles mais se prononce contre la discrimation positive, notamment évoquée par Me Nicolas Sarkosy à propos d'un futur, et éventuel, puis réel, préfet musulman, le préfet Dermouche.
La philosophe social-démocrate défend la mixité dans les lycées, y compris les lycées où les filles sont les victimes ciblées des "sauvageons" ; et attaque la burqa au nom de la République laïque, démocratique et "moderne".

1
Aujourd'hui, plus d'une française sur deux travaillent hors de chez elles, et leurs motivations ont beaucoup évolué. A côté des motivations économiques traditionnelles figurent l'ambition et l'épanouissement personnel chez les plus favorisées, la recherche d'une vie sociale et la volonté de fuir la solitude du foyer chez d'autres.
Mais chez toutes, la motivation de leur activité professionnelle est liée au désir d'indépendance. Avant tout: ne pas être contraintes de vivre auprès d'un homme que l'on ne supporte plus et pouvoir retrouver sa liberté sans trop de dommage pour son niveau de vie. Il est certain que cette prise de conscience des femmes ainsi que leurs nouvelles attitudes sont de puissants moteurs pour l'accession à l'égalité des sexes. Et plus encore pour leur similitude.
Une prospective pour l'an 2000, in "Femmes et contre-pouvoirs" de Yolande Cohen, Boréal, Paris, 1987, p211.

2
La contraception et le droit à l'avortement ont radicalement changé notre conception de la maternité. Ni physiologiquement nécessaire, ni moralement obligatoire, la maternité n'est plus subie mais choisie. Elle devient donc contingente et volontaire, résultat d'une réflexion sur ses avantages et ses inconvénients. Et non plus laissée aux "hasards" de la nature.
Ibidem 1987 p.212.

3
Hommes et femmes sont amenés à développer et à extérioriser "l'autre partie" d'eux-mêmes que l'éducation de jadis se faisait un devoir de refouler. De plus en plus, les femmes sont tenues de jouer des rôles d'hommes et ceux-ci des rôles de femmes. La bisexualité originaire est de retour, balayant sur son passage l'inégalité et la stricte complémentarité des sexes.
Ibidem 1987 p.214.

4
Le terrorisme et la guérilla sont l'oeuvre des femmes aussi bien que des hommes, voir même souvent des enfants. L'image de femmes les armes à la main ne surprend plus personne. Ce qui montre à l'évidence que la guerre n'est plus l'apanage des hommes. L'action et la passivité n'appartiennent pas plus à un sexe qu'à un autre .
Ibidem 1987 p.215.

5
L'arrivée du troisième millénaire coïncide avec un extraordinaire renversement des rapports de forces. Non seulement le système patriarcal sera mort et enterré dans la plus grande partie de l'Occident industrialisé, mais on assistera à la naissance d'un nouveau déséquilibre dans le rapport des sexes, cette fois au bénéfice exclusif des femmes.
Ibidem 1987 p.216.

6
Enfermées chez elles, exclues de la société civile, interdites d'emploi, d'instruction et de soins, les Afghanes, humiliées et sans cesse menacées, sont les otages d'une des sectes les plus barbares parmi les barbares. Il est vrai que la politique discriminatoire menée par les talibans est largement dénoncée par les gouvernements étrangers ainsi que par les organisations intergouvernementales qui font ce qu'elles peuvent pour desserer l'étau. Mais les talibans, soutenus et financés par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ne veulent rien entendre.
Il faut secourir les femmes afghanes, Le Monde, 23 novembre 2000, p. 16.

7
Outre les minorités ethniques déplacées et persécutées de toutes les manières, la population afghane vit sous la menace constante de peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants : conditions de détention effroyables, avec recours systématiques à la torture ; lapidation en cas d'adultère, amputation pour vol, flagellation pour consommation d'alcool ou délits sexuels mineurs, ensevelissement des homosexuels vivants, et tous ces châtiments infligés en public après des parodies de procès où la défense n'existe pas.
Ibidem, Le Monde 23 novembre 2000.

8
La passe de la prostituée occasionnelle ou la multiplicité des passes des professionnelles peuvent-elles être assimilées à une mutilation irréversible de leur corps ? Seules les prostituées sorties de la prostitution peuvent répondre à cette question. A supposer qu'elles répondent par l'affirmative - ce qui ne va pas de soi - un droit chèrement acquis depuis à peine trente ans appelle le respect de tous : la libre disposition de son corps. C'est au nom de ce principe-là que les femmes ont acquis le droit d'avorter. La banalisation de l'avortement ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une véritable mutilation. Mais, en dernier ressort, c'est la femme qui doit être maître de cette décision et non l'Etat. C'est également au nom de la libre disposition de son corps que nous devrons admettre un jour ou l'autre le droit des transsexuels à se faire opérer, c'est-à-dire à la castration. Des voix s'élèveront contre cette atteinte - définitive - à l'intégrité du corps, d'autres fustigeront ce délire des victimes que sont les transsexuels, mais là aussi, en dernier ressort, c'est à eux de choisir. Alors si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu'elle ne gagnerait pas en un mois à l'usine, qui peut décider à sa place de l'utilisation de son corps ?
Rendons la parole aux prostituées, Le Monde, 31 juillet 2002, p. 11.

9
A ceux qui seraient tentés de prendre des mesures coercitives contre toute prostitution, nous voudrions rappeler le devoir de modestie et d'écoute qui caractérise la démocratie. Il est urgent d'entendre les prostituées. L'objectif à poursuivre n'est pas la légalisation de la morale, mais de venir en aide à celles qui veulent en sortir et de respecter les autres. Toute loi qui se ferait sans elles ou contre elles serait par avance frappée d'illégitimité.
Ibidem, Le Monde du 31 juillet 2002.

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Mars 2002 : Publicis dans le peloton de tête mondial
Maurice Lévy, président de Publicis, a surpris le monde de l'économie et de la publicité en mettant la main sur Bcom3, le septième groupe mondial de publicité. Son faible endettement, la maîtrise de son capital, lui ont permis de réaliser cette opération qui s'est faite par émission d'actions et d'obligations. A la tête du quatrième groupe mondial de publicité, Maurice Lévy détaille cette opération fondamentale pour son entreprise.

LE FIGARO. – A vos yeux, quel est l'élément le plus important de cette fusion ?
Maurice LÉVY. – C'est la transformation du paysage publicitaire mondial. Notre marché était jusqu'à présent dominé par trois groupes, cette fusion vient perturber leur jeu. Elle nous permet de jouer un rôle essentiel parmi les plus grands en nous donnant une force que n'ont pas les autres concurrents. Par ailleurs, l'accord avec Dentsu nous apporte sur le marché japonais une position unique.
Notre groupe, c'est désormais 4,6 milliards d'euros de marge brute, plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 38 000 salariés. C'est une position de numéro un en Europe. C'est le troisième groupe américain et le deuxième groupe mondial en achat d'espace. C'est le doublement de notre chiffre d'affaires en Amérique latine et une augmentation de 66 % de nos activités en Asie-Pacifique. Ce sont des positions mondiales exceptionnelles et c'est aussi un portefeuille de marques considérable. Je pourrais continuer.

Qu'avez-vous accepté en échange pour prendre ces positions dominantes ?
Nous avons réussi à faire cette opération sans rien renier de notre culture, de nos racines tout en confortant la position d'Elisabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance et garante de l'avenir de Publicis.

Pourtant, le groupe Dentsu, avec 15 %, devient un actionnaire de premier plan dans le capital de Publicis ?
Oui, Dentsu détenait près de 22 % du capital de Bcom3. Cette opération de fusion doit lui permettre d'entrer dans le capital de Publicis. Pour pouvoir comptabiliser cette participation, selon la méthode de mise en équivalence, il lui faut un niveau de 15 %. Ces 15 % s'accompagnent d'un pacte d'actionnaires de douze ans renouvelable, par lequel Dentsu s'engage à soutenir nos actions et nos choix managériaux. Il comprend un standstill qui leur fait obligation pendant vingt ans de limiter leur participation à 15 %. Il inclut un accord stratégique signé avec Publicis et un accord de cession préférentielle à Elisabeth Badinter ou à toute personne qu'elle désignera. Cet accord consolide la position de Mme Badinter et nous donne accès à un nouvel axe stratégique de développement au Japon.

Avez-vous été intéressé pour entrer dans le capital de Dentsu ?
La possibilité nous en a été offerte. Après l'avoir étudiée, nous avons décidé que cela nous apporterait peu et mobiliserait une grande partie de nos ressources.

Ne craignez-vous pas que le management de Dentsu fasse plus entendre sa voix chez Publicis que vous ne ferez entendre la vôtre chez eux ?
Dentsu est représenté au conseil de surveillance où ils auront deux membres sur quinze. Ils feront entendre leur voix comme tout actionnaire. Ni plus ni moins. Quant à nous, nous n'avons aucune intention d'intervenir chez eux.

En revanche, l'accord stratégique que nous avons signé avec eux a une portée considérable. Il s'agit d'envisager des développements importants sur trois plans :
– Nos clients vont pouvoir bénéficier d'un accès privilégié au Japon grâce à ce partenariat tout en étant assurés que leur stratégie sera bien respectée. Les clients de Dentsu pourront être servis par les réseaux du groupe Publicis.
– Nous envisageons de lancer des joint-ventures, notamment dans le domaine du marketing sportif, marché largement dominé par Dentsu sur le plan mondial, partenaire de la Fifa.
– Enfin, nous avons la possibilité d'offrir aux annonceurs mondiaux des contrats d'achat d'espace qui vont couvrir la totalité du monde, y compris le Japon. C'est un avantage compétitif décisif.
Il faut bien voir que l'aspect le plus important de ces accords, au-delà la dimension stratégique du partenariat avec Dentsu, est surtout le fait que Publicis, en acquérant 100 % du septième groupe mondial de publicité, se place dans le peloton de tête mondial.

Selon vous, combien de groupes mondiaux vont survivre à moyenne échéance ?

La taille atteinte par chacun de ces quatre groupes est telle que le fossé qui les sépare des autres est infranchissable.
Nous sommes deux fois plus gros qu'Havas, mais ce n'est pas là le vrai sujet. Cette course à la taille ne m'a jamais intéressé en tant que telle. Elle nous motive parce qu'elle apporte à nos clients un accès à de meilleures conditions, à un ensemble cohérent de services et des positions de leader.

Pour un annonceur mondial, qu'est-ce qui est le plus important : la création, l'achat d'espace, les marketing services?
Pour les clients mondiaux je serais tenté de dire que tout est fondamental, la meilleure couverture mondiale, l'approche de la communication qui permet le mieux de répondre aux besoins des annonceurs et, par conséquent, d'augmenter leurs parts de marché. La possibilité de communiquer de manière holistique, c'est-à-dire en utilisant tous les moyens de communication. Enfin, les annonceurs souhaitant conserver leurs agences, il faut pour cela qu'elles soient solides.

Maintenant que vous êtes un véritable groupe mondial, quel est le continent qui va être votre centre de préoccupations ?
Nous sommes français de naissance, européens de nature et mondiaux par vocation. Nous sommes attachés à nos racines et à l'héritage de Marcel Bleustein-Blanchet et nous croyons aux valeurs de l'entreprise, telles qu'elles nous ont été transmises au fil des ans. Le siège de Publicis est à Paris et les instances de gouvernance aussi. Et le resteront. Le marché américain représente 45 % du marché mondial, nous y avons une part importante puisque nous serons après cette opération le troisième groupe américain. Il est clair que les Etats-Unis vont jouer un rôle majeur dans notre stratégie mondiale. Il est clair aussi que le Japon va jouer un rôle primordial, mais rien de tout cela ne doit nous faire perdre de vue d'où nous venons et ce que la France nous a apporté pendant soixante-quinze ans.

Comment avez-vous pu convaincre des partenaires dont les intérêts pouvaient être contradictoires de s'associer à cette opération ?
Il a fallu d'abord convaincre Bcom3 qu'il était bon de se marier avec Publicis. Il a fallu convaincre Dentsu qu'il valait mieux détenir 15 % d'un ensemble plus grand que de réaliser une acquisition à 100 % de Bcom3, et ensuite il a fallu les persuader de les réunir pour bâtir un accord susceptible de redéfinir le paysage. Je dois dire que, sur un plan stratégique, tout le monde a été d'accord d'emblée et que les véritables difficultés ont commencé avec la mise en musique de ces accords. D'ailleurs, les discussions techniques se sont terminées à 3 heures du matin hier. Je crois que nous avons affaire à des hommes de très grande qualité, et c'est ce qui me donne une très grande confiance en l'avenir.

A propos, auriez-vous imaginé un jour que vous seriez à la tête du quatrième groupe mondial ?
Franchement, non. Mais je suis formidablement heureux parce que c'est le Publicis de Marcel Bleustein-Blanchet qui continue. C'est une belle victoire pour la France – pourquoi se priver d'un cocorico ? –, et puis cela me fait un petit chatouillis dans le creux de l'estomac.
lefigaro.fr, Propos recueillis par Emmanuel Schwartzenberg [08 mars 2002]

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(avril 2003, voile islamique) La philosophe Elisabeth Badinter réagit au débat : «Si on accepte cette symbolique, fini l'égalité des sexes»

Dans son dernier livre, Fausse route, la philosophe Elisabeth Badinter consacre un chapitre à ce qui reste pour elle «la première grande défaite de l'universalisme» : en 1989, sous l'événement apparemment anodin du port du foulard par des jeunes filles musulmanes, on a admis pour la première fois une différence de statut entre l'homme et la femme.

Selon vous, le voile n'est pas seulement un défi lancé à la laïcité traditionnelle, c'est aussi l'affirmation de devoirs spécifiques qui incombent à la femme en vertu de sa nature. Pourquoi ?
La symbolique du foulard est claire et, en 1989, beaucoup ont refusé d'ignorer la dimension de soumission pour n'y voir qu'un acte de liberté de quelques jeunes filles : la femme doit cacher ses cheveux pour ne pas susciter le désir des hommes. Il est le signal pour tous les hommes qui ne sont pas de sa famille qu'elle est intouchable, inabordable. Si elle ne le met pas, elle porte l'éventuelle responsabilité des violences sexuelles dont elle pourrait être victime, elle est considérée comme une pute potentielle. A priori, la femme est donc coupable de susciter des désirs impurs, alors que l'homme est innocenté de les éprouver. Si on laisse ces jeunes filles porter le voile à l'école au nom de la tolérance ou d'une pseudo-liberté, à quel titre refusera-t-on demain la burqa ? Il faut bien comprendre que, si on accepte cette symbolique du corps féminin conçu comme une menace diabolique, c'en est fini de l'égalité des sexes.

Vous accusez la République française d'avoir abandonné l'exigence d'égalité des sexes sur le territoire national et d'avoir adressé ce message: «Faites ce que vous voudrez de vos filles, ce n'est plus notre affaire.» En 1989, c'était un gouvernement de gauche, non ?
Qui a lâché les professeurs en leur demandant de s'en tenir à l'arrêt, mi-chèvre mi-chou, du Conseil d'Etat ? C'est la peur de la gauche d'être taxée de racisme et d'intolérance. C'était une époque où le discours sur le relativisme culturel commençait son essor. Il fallait respecter les coutumes de toutes les cultures, y compris selon certains, la polygamie et l'excision. Aujourd'hui, attaquer le voile, c'est s'exposer à la critique d'islamophobie : je réponds que les juifs, comme les musulmans et les catholiques, doivent respecter les lois de la République que sont la laïcité et l'égalité des sexes. Bien sûr, la kippa, contrairement au voile, n'exprime pas la soumission d'un sexe. Il doit y avoir un discours politique très ferme sur la laïcité et sur l'égalité des sexes qui est le thermomètre de l'avancée d'une démocratie. La République n'a pas seulement abandonné les quartiers en grande difficulté. En cédant aux pressions communautaristes, en faisant sienne la philosophie différentialiste, elle a laissé se développer un processus intolérable d'oppression des femmes.

Vous accusez également le féminisme officiel d'avoir abandonné les jeunes femmes des cités à leur sort.
Les conséquences de ce reniement de la part des politiques et des féministes n'ont jamais vraiment été tirées. Le foulard n'est que la partie visible de l'iceberg et, avec lui, une certaine conception de la jeune fille s'est trouvée légitimée dans les quartiers à majorité musulmane. Soit «putes», si elles entendent vivre comme le reste des Françaises, et elles s'exposent alors à la violence et à l'irrespect. Soit «soumises», si elles se soumettent à la loi des hommes qui les enferment dans la famille. Les jeunes femmes de «Ni putes, ni soumises» ne se reconnaissent absolument pas dans le seul discours féministe qu'elles ont pu connaître, celui de ces dix dernières années. Le débat sur la parité les concerne autant que les soldes chez Hermès. Elles récusent l'appellation de féministes alors qu'elles luttent vraiment pour l'égalité des sexes. Mais elles ont le dos au mur, elles demandent qu'on les aide concrètement à se battre contre le voile, elles ont bien perçu qu'il est lié à tout un système qui les exclut des libertés conquises par les femmes de ce pays : liberté sexuelle, liberté d'aller et venir, de se marier comme elles l'entendent. Il faut réaffirmer le droit pour toutes les femmes, et pas seulement pour les Françaises «de souche», de jouir de ces libertés. On ne doit pas accepter qu'il y ait deux traitements, et des territoires perdus de la République pour certaines femmes. Les féministes de tous bords doivent tenir un même discours, et que l'on n'entende plus comme en 1989 : «Taisez-vous, vous servez la soupe à Jean-Marie Le Pen.».
Libération, Par Blandine GROSJEAN, mercredi 23 avril 2003, p. 17

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(avril 2003) Le féminisme dans tous ses états
Le J'accuse d'Elisabeth Badinter

Dans Fausse Route (éd. Odile Jacob), la philosophe, qui fut une militante de la première heure, juge très sévèrement les dérives de celles qui prétendent défendre les femmes. Elle s'explique dans L'Express

C'est une petite bombe que lâche Elisabeth Badinter dans le conformisme tranquille où ronronne le féminisme français depuis quelques années. Halte-là, lance-t-elle, le féminisme français fait «fausse route» - c'est le titre du livre qu'elle publie ces jours-ci chez Odile Jacob. Non, les femmes ne sont pas toutes les victimes - passées, présentes ou à venir - des hommes. Non, les dissemblances entre les sexes ne sont pas plus grandes que leurs ressemblances. Non, insiste-t-elle, nous ne sommes pas une espèce fragile à protéger à grand renfort de quotas. Et de s'indigner contre l'imagerie doloriste dessinée par le lamento des féministes: «On s'intéresse moins à celle qui réalise des exploits qu'à la victime de la domination masculine, écrit-elle. La superwoman a mauvaise presse. Au mieux, c'est une exception à la règle, au pis, une privilégiée égoïste qui a rompu le pacte de solidarité avec ses sœurs souffrantes.»

Ce livre est un événement. Car, à 59 ans, Elisabeth Badinter est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Pendant trente ans, la philosophe a accompagné le combat militant du Mouvement de libération des femmes (MLF), sans appartenir à aucune de ses chapelles. Aujourd'hui, elle s'insurge contre son évolution. Ses «dérives», dit-elle.

A 59 ans, elle est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Au même moment, deux chercheurs - la juriste Marcela Iacub et le démographe Hervé Le Bras - s'attaquent au dernier texte sacré du féminisme: l'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff). Réalisée en 2000, cette enquête est la première du genre et de cette ampleur dans notre pays et ses résultats ont été abondamment repris depuis deux ans. Il y est en particulier affirmé que 1 femme sur 10 déclare avoir subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois. Or Hervé Le Bras et Marcela Iacub suggèrent que ses auteurs ont sacrifié la rigueur au militantisme, dans le but plus ou moins conscient de légitimer une idéologie «victimiste». Dans le prochain numéro de la revue Les Temps modernes, publié ces jours-ci, ils se livrent à un démontage de cette enquête, qui, déplorent-ils, «obtient ses résultats par une redéfinition préalable de ce qu'elle prétend mesurer, jouant du flou des mots pour épaissir celui des maux» (lire l'article). Les deux chercheurs s'interrogent: «Comment un tel travail a-t-il pu être mené dans le cadre d'une commande officielle?»

Ces petits arrangements avec la neutralité scientifique n'avaient pas échappé à Elisabeth Badinter. La posture victimiste n'est pas sa tasse de thé. Ce féminisme-là n'est pas celui dont elle avait rêvé quand, jeune agrégée de philosophie, elle pensait que des bagarres pour l'avortement et l'égalité allait émerger une génération de battantes. Trente ans plus tard, elle observe amèrement que les journaux féminins répugnent à célébrer à la Une l'exploit de la navigatrice Ellen MacArthur et préfèrent «policer la sexualité masculine» ou laisser exalter par des élues de tous bords cette croyance en l'«autre façon» de faire de la politique qui fait niaisement écho au mythe de l'éternel féminin. Son féminisme à elle est trempé dans la conviction forte que les déterminismes sexuels pèsent peu en regard de l'éducation: on est ce que l'on devient.

«Je suis devenue féministe en 1960 dans le bus de la ligne 82, en lisant Le Deuxième Sexe, et j'avais 16 ans. Ce fut une révélation.» De cette admiration «folle» pour la Simone de Beauvoir de sa jeunesse, elle a conservé aujourd'hui encore ce refus orgueilleux d'être réduite à sa «différence» sexuelle. A l'époque, pourtant, elle n'a guère de raisons personnelles de se rebeller contre la condition féminine. «Comme disait Tocqueville à propos de la Révolution française, ce sont toujours les plus privilégiés qui ne supportent pas la moindre injustice», sourit-elle. Fille cadette de Marcel Bleustein-Blanchet, auquel elle succédera, en 1996, à la présidence de Publicis, elle raconte que son père s'est beaucoup occupé d'elle et lui répétait: «Accroche-toi avec les ongles. Travaille, tu obtiendras ce que tu voudras. Dans la vie, tu ne dois te laisser faire par personne.» Marcel, fils d'un couple d'immigrés russo-polonais, avait quitté l'école communale à 12 ans pour aller aider son père au magasin de meubles du boulevard Barbès. «Mes parents n'avaient pas de fils, précise Elisabeth Badinter. Nous étions trois filles. Mon père était très convaincu de l'égalité des sexes. Et ma mère aussi, qui occupait un emploi au magazine Elle.»

Ce n'est pas la nature qui nous détermine
Elle va étudier la sociologie et la philosophie. Et se marier, à 22 ans. Avec Robert Badinter, qui deviendra garde des Sceaux sous Mitterrand et fera voter l'abolition de la peine de mort. Au moment où le MLF germe en France, Elisabeth pouponne. «J'ai eu trois enfants en trois ans et demi, entre 1966 et 1970, tout en passant le concours du Capes. Deux fois, j'ai accouché entre l'écrit et l'oral.» Elle le passe quatre fois et décroche ensuite l'agrégation de philosophie, en 1973. De quoi étayer ce qu'elle nomme son «culturalisme» - ce n'est pas la nature qui nous détermine, mais la culture.

Au début des années 1970, le féminisme bouillonne. Les filles du MLF clament que les femmes sont des hommes comme les autres. Soudain, tout paraît possible. «Je regardais le mouvement avec sympathie. Et je voyais que la vie de mère de famille, c'est compliqué.» Elle découvre concrètement que, contrairement à ce qu'elle croyait, il ne suffit pas d'offrir des poupées aux garçons et des pistolets aux filles pour qu'ils aient envie d'échanger les partitions et que les inégalités cessent. Elle applaudit quand les femmes obtiennent le droit à l'avortement et, sur le papier, un statut égal aux hommes dans la famille et au travail. Elle ignore les voix qui exaltent le féminisme écologique et les beautés de la différence. Tout en se passionnant pour le XVIIIe siècle et ses Lumières, elle publie en 1980 L'Amour en plus (Flammarion), où elle dynamite l'idée que l'instinct maternel est inné. En 1986, dans L'un est l'autre (Odile Jacob), elle ancre l'universalisme qui caractérise sa conception du féminisme. Puis, dans Paroles d'hommes (POL, 1989), et XY, de l'identité masculine (Odile Jacob, 1992), elle souligne le mal qu'ils ont à se faire mâles.

1992, c'est cette année-là que la première loi sur le harcèlement sexuel est votée: impliquant un lien hiérarchique, le nouveau délit ne sanctionne que les abus de pouvoir. La secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, Véronique Neiertz, a résisté aux militantes de l'Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui réclament une définition plus large du délit, incluant le harcèlement entre collègues ou même entre inconnus dans les lieux publics. «Le féminisme français bifurque dans ces années-là», affirme Elisabeth Badinter, qui regrette l'influence grandissante en Europe du radicalisme anglo-saxon. Comment pourrait-elle partager, par exemple, les accents haineux de ces féministes qui se recueillent chaque année sur les tombes des 14 étudiantes assassinées en 1989 à l'Ecole polytechnique de Montréal (Canada) par un cinglé dont elles font l'archétype du prédateur macho? Fausse route, là encore.

On devine parfois qu'elle aimerait bien se relâcher, contempler les arbres du jardin du Luxembourg, qu'elle domine de ses fenêtres, et lire à ses petits-enfants Le Voyage en Laponie de M. de Maupertuis, sa première fiction, joliment illustrée par Jacqueline Duhême et publiée ce mois-ci au Seuil jeunesse. Elle s'illumine et rit doucement, comme pour s'excuser. Puis elle se reprend, très droite sur sa chaise, presque doctorale: «Je suis soulagée de m'être décidée à dire ce que je retenais depuis plusieurs années… en attendant que quelqu'un le fasse.» Elle explique: «Ce n'est pas si facile d'aller contre l'idéologie dominante.»
par Jacqueline Remy, L'Express du 24/04/2003

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Elisabeth Badinter, philosophe, défend une école républicaine mixte: «On ne soigne pas la violence par la séparation des sexes»

Philosophe, féministe, auteure cette année de Fausse Route (éditions Odile Jacob), Elisabeth Badinter décortique les débats qui secouent l'école républicaine.

L'école de la république est attaquée de tous côtés : on questionne «les pièges de la mixité», on évoque un retour possible de l'uniforme... Les pratiques du passé sont-elles des solutions aux problèmes contemporains ?
C'est ridicule. Ces idées trahissent d'abord une absence absolue de principes et de valeurs auxquels on est attaché. Comme si on voulait revenir au paradis perdu en oubliant complètement qu'on en était sorti justement parce que c'était invivable. C'est terrible d'être amnésique à ce point. La société a changé, les hommes et les femmes aussi, mais on l'ignore, et on s'en remet à un pragmatisme ivre sans jamais penser aux effets pervers des pratiques du passé. Evidemment, il est beaucoup plus facile de lancer en l'air des recettes désuètes que de déclencher un plan d'urgence contre la violence sociale. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Pour résoudre les problèmes du voile, qui est un uniforme que je récuse, certains songeraient à lui substituer un autre uniforme. Beau progrès ! Belle solution ! Qu'on mette plutôt les vraies cartes sur la table.

La mixité à l'école s'est imposée sans réel projet politique, assure le sociologue Michel Fize. Partagez-vous cette analyse ?
Elle n'a pas fait débat parce que nous y étions tous prêts. Faut-il rappeler que c'est sous la plume de Condorcet, fin XVIIIe, qu'on a enfin pensé qu'il fallait éduquer les filles sur les mêmes bancs que les garçons. Il considérait alors les jeunes comme des êtres humains avant d'être des êtres sexués. Sans mixité, c'est-à-dire sans les mêmes enseignants, les mêmes manuels, le même programme, on arrive à des études spécifiques à chacun des deux sexes qui sont contraires au principe de l'égalité. Et les filles n'auront plus qu'à retourner apprendre la broderie dans des couvents. La mixité est devenue une évidence avec 68. Nanterre s'est mis en ébullition parce que les étudiants mâles et femelles ne pouvaient pas vivre leur vie sexuelle normalement. Et toute la problématique féministe s'explique par la volonté que les filles aient accès aux mêmes professions, aux mêmes pouvoirs que les hommes. Aujourd'hui, on peut regretter qu'il n'y ait pas plus de mixité dans le corps enseignant. Non seulement il n'y a pas trop de mixité à l'école, mais il n'y en a pas assez.

Si la mixité est un faux débat, que cache cet écran de fumée ?
En réalité, qui veut le retour de la non-mixité ? Personne. Ni les profs, ni les élèves, ni même les politiques, Luc Ferry l'a rappelé fermement. C'est une polémique fabriquée, un mauvais coup, lancés dans une grande confusion. On veut traiter un problème en s'attaquant aux effets, non aux causes. Qu'il y ait des problèmes de violences, c'est certain. Mais la violence est avant tout un problème social. Elle est importée à l'école. C'est une violence du dehors qui pénètre à l'intérieur des établissements. On ne peut pas soigner cette violence par la séparation des sexes. Dans ce projet, il y a une vision différentialiste, qu'on retrouve aux Etats-Unis et dans certains pays scandinaves. Elle est source de conflits, d'incompréhensions et de retour des stéréotypes. Prôner le différentialisme, c'est ouvrir la porte au communautarisme. Voyez à New York, la création de cette école pour jeunes homosexuels : parce que des jeunes se sentent mal à l'aise dans un milieu hétérosexuel, on les rassemble dans un même établissement... Réunir les gens en fonction de leurs différences sexuelles, c'est du communautarisme. Je me souviens de la polémique de 1989 sur le voile à l'école. Au prétexte de faire de la démocratie vivante, on s'est interdit de juger les différences culturelles et les coutumes, y compris la polygamie et l'excision ! La démocratie ne peut pas accepter le respect de tous les particularismes. Je ne dis pas que la mixité est la solution à tout. La seule entorse que je lui concède, c'est à l'occasion de l'éducation sexuelle. Il faut que les garçons et les filles puissent s'exprimer chacun de leur côté. Qu'il y ait la possibilité d'un entre-soi. C'est le seul domaine où je vois la nécessité de séparer filles et garçons.
Libération, Par Marie-Joëlle GROS, jeudi 18 septembre 2003, p. 3

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2007. Airbus. Présidentielle.
Les patrons exagèrent, les candidats en profitent
Challenges.fr | 19.04.2007, p. 14 par Anne-Marie Rocco et Héloïse Bolle et Jean-Pierre de la Roque et Odile Benyahia-Kouider

Présidentielle : Dernier excès en date, le chèque de départ d'EADS de Noël Forgeard permet aux politiques de brosser dans le sens du poil une opinion peu tendre pour ses grandes entreprises.

Les patrons exagèrent, les candidats en profitent

Une fois n'est pas coutume, les politiques en campagne électorale et les actionnaires privés d'une entreprise du Cac 40 ont été d'accord, l'espace d'un instant : Noël Forgeard, co-président d'EADS démissionné en juin 2006, ne devait pas toucher son chèque de départ de 8,5 millions d'euros ! Alors que le groupe aéronautique va endurer 5 milliards de pertes exceptionnelles et s'apprête à licencier 10 000 personnes d'ici à 2010, l'indemnité touchée par Noël Forgeard ne pouvait se justifier. Après les affaires Zacharias (Vinci), Messier (Vivendi) et Jaffré (Elf), elle n'allait qu'être un épisode supplémentaire de la grande incompréhension entre l'opinion et le monde des patrons.

Selon nos informations, Arnaud Lagardère, actionnaire français d'EADS, tout comme Manfred Bischoff, représentant de DaimlerChrysler au conseil d'administration du groupe aéronautique européen, souhaitaient que Forgeard fasse place nette sans se prévaloir de son parachute doré.

Le problème, c'est que le co-président d'EADS, lui, ne voulait pas du tout abandonner son poste, et que pour le licencier sans indemnité il fallait mettre en avant une « faute » de sa part. Bien entendu Forgeard aurait attaqué en justice, mettant en avant les déconvenues de l'A 380 dans l'usine de Hambourg qui lui avaient été cachées. On voit déjà le linge sale franco-allemand déballé devant les prud'hommes !

Séparation à l'amiable

Il n'en a pas fallu davantage pour que Thierry Breton, le ministre de l'Economie, impose un règlement négocié (point de vue contesté par le ministre Breton lui-même, notedt).

Les relations entre les actionnaires industriels et l'actionnaire public ont dès lors pris un tour tellement conflictuel qu'il a fallu faire appel à Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, le médiateur des causes impossibles.

« Son rôle a consisté à convaincre Noël de partir, et à convaincre les actionnaires d'accepter une séparation à l'amiable, confie un proche du dossier. Et la seule solution intelligente consistait à assurer la bonne exécution du contrat. » Lequel prévoyait une indemnité de départ de 6,1 millions d'euros ainsi qu'une prime de non-concurrence de 2,4 millions lui interdisant de travailler dans le secteur aéronautique.

Et « le premier scandale, c'est que c'est légal ! » s'indigne Jean-François Knepper, délégué FO d'Airbus.

Ce contrat fut exécuté, dans la douleur. Car Noël Forgeard, vexé d'être démis de ses fonctions, exigeait encore plus d'argent, mettant en avant ses états de service à Airbus : quasiment dix ans aux manettes, une place de leader mondial, et des centaines d'avions dans le carnet de commandes.

Avec 8,5 millions d'euros de dédommagements, Forgeard n'a pas l'intention de rendre son indemnité. Son éviction n'est, pour lui, en rien comparable à celle de Pierre Bilger à Alstom, qui a préféré rembourser la quasi-totalité des 4 millions touchés lors de son départ forcé. Il est vrai que, même si les deux entreprises ont été confrontées à un sinistre comparable – de l'ordre de 5 milliards d'euros –, il a laissé Alstom au bord de la faillite, alors qu'EADS ne prévoit aucune difficulté financière, tout du moins avant 2010.

Il reste que l'affaire va contribuer à élargir le fossé entre les Français et les grandes entreprises. Tout comme le chèque de 5,7 millions attribué à Serge Tchuruk, PDG d'Alcatel durant onze années au parcours boursier chaotique – Alcatel ne vaut que 9 euros après avoir coté 13,80 euros à son entrée en fonctions –, et qui conserve le titre de président non exécutif, poste pour lequel il ne touchera pas de salaire. Ou comme la course aux dividendes, qui ont atteint pour les entreprises du Cac 40 des niveaux très élevés, alors que les augmentations salariales restent chiches.

Les grands actionnaires d'EADS auraient voulu que Forgeard parte sans se prévaloir de son parachute doré.

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Les candidats et le Cac 40
DIVIDENDES : Ce que disent les candidats

Nicolas Sarkozy : « Quand j'entends dire qu'un actionnaire, Daimler, demande des dividendes pour rémunérer son capital dans une entreprise qui fait 10 000 licenciements [Airbus. NDLR], je ne peux l'accepter. »

Ségolène Royal : « Une entreprise doit faire des profits, produire de la richesse, mais ce n'est pas qu'une machine à bénéfices et à dividendes. »

Olivier Besancenot : « Il faut une autre répartition des richesses, que tous ces profits soient utilisés pour augmenter les salaires. »

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SALAIRES DES PATRONS : Ce que disent les candidats

Ségolène Royal : « Il y a des dirigeants d'entreprise scandaleusement payés par les actionnaires et qui ne peuvent après résister à la tentation de plans de licenciements boursiers. »

Philippe de Villiers : « Nous souhaitons que l'écart soit réduit entre les petits salaires et les salaires des patrons. »

Olivier Besancenot : « Une fois de plus, le grands patrons s'en mettent plein les poches. »
Challenges.fr | 19.04.2007, p. 14 par Anne-Marie Rocco et Héloïse Bolle et Jean-Pierre de la Roque et Odile Benyahia-Kouider

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PUBLICIS GROUPE versera un dividende de 0,50 euro par action

(AOF) - A l'issue de l'Assemblée Générale qui s'est tenue lundi sous la présidence de Madame Elisabeth Badinter, Présidente du Conseil de Surveillance, et de Monsieur Maurice levy, Président du Directoire, les actionnaires ont approuvé la fixation du dividende à 0,50 euro par action, soit une progression de 39% par rapport à 2005. Le versement débutera le 3 juillet.

Evoquant les perspectives de l'année en cours, Maurice Lévy a déclaré : "2007 démarre très bien avec un New Business net de 2,5 milliards de dollars pour le seul premier trimestre.L'intégration de Digitas se déroule selon les plans et de façon très satisfaisante comme l'indique la croissance du premier trimestre à 16,8 %. Je suis confiant pour 2007 et confirme notre objectif de croissance de l'ordre de 5 % avec un rythme progressif et une accélération dans la deuxième partie de l'année."
boursorama.com, lundi 4 juin 2007 18:31

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Adresse à celles qui portent volontairement la burqa Elisabeth Badinter Le Nouvel Observateur SEMAINE DU JEUDI 09 Juillet 2009

Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui couvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas du commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l'un, pachtoune (Afghanistan/Pakistan) pour l'autre, allez-vous continuer à cacher l'intégralité de votre visage ?

Ainsi dissimulée au regard d'autrui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscitez la défiance et la peur, des enfants comme des adultes. Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu'à la connivence d'un sourire ?

Dans une démocratie moderne, où l'on tente d'instaurer transparence et égalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n'est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres.

Alors je m'interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous de mandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble, ce qui fait tant souffrir nombre de femmes là- bas ?

En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Sub version, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui, elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez. C'est aujourd'hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuses de pouvoir en changer. Elles ne le peuvent pas... Pensez-y. Elisabeth Badinter

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ALLIANCE Publicis et Microsoft s'allient dans la publicité en ligne NOUVELOBS.COM | 10.08.2009 | 09:15 (nouvelobs.com avec Reuters et AFP)

Le partenariat passe par le rachat de l'agence de publicité Razorfish par Publicis. De son côté, Microsoft s'engage à proposer des espaces publicitaires "favorables" sur son moteur de recherches Bing.

Publicis a annoncé, dimanche 9 août, le rachat de l'agence de publicité sur Internet Razorfish, filiale de Microsoft, pour environ 530 millions de dollars (374 millions d'euros). D'autre part, le quatrième groupe mondial de publicité indique qu'il noue pour cinq ans une alliance stratégique avec le géant des logiciels Microsoft, pour développer la publicité en ligne.

Suite à cette acquisition, Microsoft va devenir l'un des principaux actionnaires de Publicis avec 3% du capital, explique Maurice Lévy, président du directoire de Publicis. En effet, le rachat de Razorfish sera payé via 6,5 millions d'actions Publicis "au cours du quatrième trimestre 2009".

"On crée un fossé [in]franchissable pour les concurrents"

Deux ans et demi après son rachat de l'américain Digitas, numéro un de la publicité sur Internet, Publicis continue ainsi sa stratégie d'acquisitions dans le secteur numérique, seul pôle de communication encore en croissance malgré la crise. En juillet, le groupe français affichait l'ambition de tirer en 2010 un quart de ses revenus du numérique, contre 21% actuellement. Objectif atteint avec le rachat de Razorfish.

"Avec cette acquisition, on crée un fossé très difficilement franchissable par les concurrents. Il n'y a pas d'acquisition sur le marché d'une taille équivalente (...). C'était la dernière", a-t-il observé, tout en ajoutant que Publicis continuerait à regarder de "petites acquisitions" dans le numérique.

Le partenariat stratégique entre Publicis et Microsoft s'illustrera par l'achat d'espaces publicitaires sur Internet et de liens sponsorisés dans les pages du moteur de recherches Bing. "Nous demandons à Microsoft de nous proposer des conditions favorables pour que nos clients puissent en bénéficier et en échange, nous nous engagerons à améliorer nos parts de marché chez eux", a expliqué Maurice Lévy.

Les campagnes publicitaires de Ford et McDonald's

Avec 3% du capital, Microsoft va devenir, selon Maurice Lévy, le cinquième ou le sixième actionnaire de Publicis, loin derrière les deux principaux, la famille Badinter et Dentsu qui possèdent respectivement environ 14% à 15% du groupe.

Basée à Seattle (Etats-Unis), Razorfish emploie 2.000 personnes et génère un chiffre d'affaires annuel compris entre 370 et 380 millions de dollars (260 à 268 millions d'euros). La compagnie conçoit les campagnes publicitaires Internet d'entreprises comme Ford, McDonald's, Starwood ou Best Buy.

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Élisabeth Badinter contre le devoir de maternité Ouest-France.fr Recueilli par Bernard LE SOLLEU. jeudi 11 février 2010

Élisabeth Badinter, 65 ans, est mère de trois enfants. Femme de lettres, philosophe féministe, elle publie Le conflit, la femme et la mère (Flammarion, 270 p, 18 €).

Dans un nouveau livre, où elle fait de nouveau usage de sa liberté de ton, la philosophe combat l'idée que la femme doit tout à son enfant, « son lait, son temps, son énergie ».

Entretien

Vous décrivez une « révolution silencieuse », le retour de la maternité au coeur du destin féminin. L'a-t-elle jamais quitté ?

Il y a trente ans, on débattait publiquement de l'émancipation des femmes, de l'égalité entre les sexes, du partage du travail. Les femmes défendaient leur liberté, une diversité de styles de vie et de modèles maternels. Depuis, une révolution souterraine a eu lieu. On exalte l'identité féminine. Des pressions s'exercent pour retrouver le modèle de la mère au foyer. C'est une régression que beaucoup d'Européennes refusent. Plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant.

Faire le choix de la maternité, est-ce forcément aliéner sa liberté ?

Je ne mène pas un combat contre la maternité. Je mets en garde les jeunes contre le retour d'une idéologie naturaliste. Je crie au casse-cou si elles font le choix de l'épouse dévouée à son foyer. Qu'elles n'oublient pas qu'un couple sur deux ou trois se sépare. Que rien n'est pire que de se retrouver sans emploi, seule avec un enfant. Ou, faute d'avoir les moyens de se séparer, de devoir rester aux côtés d'un homme qui ne vous convient plus ou qui vous maltraite.

Vous avez toujours combattu l'idée d'instinct maternel. Avec ce livre, le combat continue...

En effet. De l'OMS au ministère de la Santé, en passant par les pédiatres et les sages-femmes, on assigne aux femmes le devoir d'allaiter. Toutes le doivent, le peuvent, c'est un commandement de la nature. Sinon, vous avez droit à cette phrase culpabilisante : « Vous ne voulez donc pas le meilleur pour votre enfant ? » Désolée, mais il y a deux catégories de femmes. Celles qui aiment à se retrouver dans l'état de mammifère et celles qui détestent. Celles qui adorent allaiter et celles qui n'aiment pas. Nous n'appartenons pas à l'espèce des babouins, qui font tous la même chose.

Vous poussez le bouchon très loin : le nouveau maître de la femme serait le bébé !

C'est une provocation. Mais quand on prétend que « c'est à la mère d'allaiter le bébé, le père n'a pas à donner le biberon », de fait, le père disparaît et le partage des tâches recule.

Vous mettez dans le même sac naturalistes, écologistes, adversaires des biberons et défenseurs des couches-culottes lavables. Amalgame ?

C'est le même mouvement d'idée : priorité au naturel. L'histoire des couches-culottes est révélatrice. Plus de couches jetables, elles polluent. Le raisonnement écologiste l'emporte sur le raisonnement féministe qui voudrait que l'on produise des couches biodégradables. Et surtout que l'on ne me dise pas, comme Mme Duflot, que la solution est la couche lavable que les hommes aussi peuvent enfourner dans les machines à laver. Les hommes ne font pratiquement rien à la maison.

La France possède un taux de natalité record. Cela affaiblit-il votre thèse ?

Les Françaises sont formidables : elles n'abandonnent ni le travail ni la maternité. On ne les culpabilise pas pour qu'elles ne soient que mères au foyer comme la « Mutter » allemande ou la « mamma » italienne. Notre politique nataliste est l'une des meilleures d'Europe, malgré le manque de places en crèche. Mais pour combien de temps ? Face à ce reflux du combat féministe libératoire, je mets en garde les jeunes générations : ne vous soumettez pas à un modèle exclusif.

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Published on Rue89 (http://www.rue89.com) Elisabeth Badinter, actionnaire féministe d'un Publicis sexiste ? By Soline Ledésert Created 02/11/2010 - 20:02

Elisabeth Badinter [1], philosophe qui lutte contre la « victimisation du genre féminin », est (aussi) la première actionnaire de Publicis, producteur de pubs (parfois) sexistes. Comment le vit la présidente du conseil de surveillance du quatrième groupe mondial de communication ?

Confusément, si l'on en croit ses propos le 11 février sur France Inter [2]. Quand une auditrice a demandé « Ne pourrait-on pas réglementer la publicité pour lutter contre le sexisme ? », Elisabeth Badinter a éludé la question. Confusion ensuite quand on lui a demandé la responsabilité de Publicis dans le « publisexisme ».

Elisabeth Badinter « défend-elle la pub sexiste » ?

Cécile Duflot, par ailleurs énervée de voir la philosophe opposer écologie et féminisme, a interprété un peu vite les propos de la philosophe le 11 février à la radio. « Donc E. Badinter défend la pub sexiste » [3] réagit-elle sur Twitter quand Elisabeth Badinter élude la question d'une auditrice sur le « matraquage publicitaire tous les jours à la télévision [qui] empêche un certain féminisme masculin de se développer ». (Voir la vidéo)

Question de l'auditrice :

« Quand on entend qu'une marque de bouillie pour bébé est “du côté des mamans” ou que tel assouplissant est “doux comme maman” […], est-ce que ce ne serait pas très urgent que les autorités règlementent ce genre de messages publicitaires pour que les hommes se sentent un peu plus concernés par toutes ces questions ? »

Réponse d'Elisabeth Badinter : « La publicité ne reflète que les stéréotypes sociaux. On peut aussi changer [ces stéréotypes, ndlr] avec une autre présentation » mais « ce n'est pas l'arme principale » pour lutter contre le sexisme : « l'arme de la culpabilisation (des pères) » est « beaucoup plus efficace que la publicité le soir. »

Que faut-il en conclure ? Qu'utiliser l'arme de la publicité est une condition nécessaire mais non suffisante pour lutter contre les représentations sexistes ? Une condition carrément non nécessaire ? Nous avons tenté de joindre Elisabeth Badinter aujourd'hui via son attaché de presse. À l'heure de la publication de l'article, nous étions en attente d'une réponse.

« Aucune fonction opérationnelle » chez Publicis… mais actionnaire numéro 1 La question aurait moins d'importance si Elisabeth Badinter n'était pas l'actionnaire principale de Publicis [4], agence fondée par son père Marcel Bleustein Blanchet, et ce depuis des années. Interrogée dans l'émission Service Public plus tard sur sa latitude dans le groupe pour faire valoir ses convictions anti-sexistes, Elisabeth Badinter a précisé qu'« elle n'avait aucune fonction opérationnelle chez Publicis ».

Puis a parlé des conditions de travail des femmes chez Publicis (et chez Elle, dont la directrice de rédaction était aussi invitée de l'émission)… autant dire à côté de la question.

Pourtant, comme le faisait remarquer Acrimed [5] en 2003, « en tant que présidente du conseil de surveillance de Publicis, Elisabeth Badinter est la garante morale du quatrième groupe mondial de publicité ». Et son pouvoir décisionnel, en termes de responsabilité sociale d'entreprise notamment, ne doit pas être maigre, vu les 10,16% d'actions qu'elle détient dans le groupe.

Publisexisme, Publicis et Badinter : les précédents

Mais Elisabeth Badinter a rarement été interviewée sur Publicis et sur la façon dont elle concilie son poste avec ses convictions personnelles. Arrêt sur Image [6] le rappelle et précise :

« Ce double statut a toujours généré, dans la production philosophique badinterienne, un point aveugle : la violence de l'injonction publicitaire faite aux femmes. »

Pourtant, la question a déjà dû se poser à la philosophe féministe. Des polémiques sur le sexisme de certaines publicités ont déjà secoué Publicis, notamment au sujet de spots de 2006 pour une pommade [7] ou pour une cocotte minute. (Voir la vidéo)

En 2003, La Meute [8], association luttant contre la publicité sexiste, lançait une « alerte » sur une publicité conçue par Publicis [9]. On y voyait un homme avoir le pouvoir de tout changer dans sa vie : il changeait donc tout -sauf sa Clio-, y compris « sa copine“- contre une femme en bikini.

Maurice Levy, encore aujourd'hui PDG de Publicis, avait alors répondu à La Meute :

‘[…] Il n'y a nulle intention désagréable ou maligne et encore moins du mépris pour les femmes dans le spot créé par notre agence pour la Clio. Je vous accorde bien volontiers que le comportement du personnage -s'il devait être réel- n'est pas très sympathique. […] L'humour (qui peut froisser certains ou certaines) n'est que de l'humour.’

La seule trace que nous avons retrouvée d'une invitation d'Elisabeth Badinter à réagir sur le sujet remonte à 2004 : ‘interpellée sur le sexisme des publicités par l'association Les Amis de la Terre, Mme Badinter préfère garder le silence’ [10].

[Le service presse de Publicis recommandait jeudi de formuler nos questions par mail, ce que nous avons fait. Pas de réponse à l'heure actuelle, ndlr.]

Links: [1] http://www.rue89.com/tag/badinter [2] http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=1119 [3] http://twitter.com/CecileDuflot/status/8952597808 [4] http://bourse.lesechos.fr/bourse/profil/details_societe.jsp?Code=FR0000130577&Place=00025-TD&Codif=ISI [5] http://www.acrimed.org/article1393.html [6] http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=7135 [7] http://www.ina.fr/pub/hygiene-beaute-sante/video/PUB3284403188/vicks-vaporub-touch-therapy.fr.html [8] http://www.lameute.fr/index/ [9] http://www.lameute.fr/reseau_archives/51a60.php3 [10] http://www.amisdelaterre.org/Elisabeth-Badinter-Publicis-l.html [11] http://eco.rue89.com/2009/10/26/buffet-deteste-que-cette-conne-de-chantal-oublie-le-cantal-123463 [12] http://www.rue89.com/mon-oeil/2009/05/05/le-loueur-sixt-invente-la-fausse-vraie-fausse-pub-sexiste [13] http://www.rue89.com/mon-oeil/2008/09/06/la-campagne-de-pub-sexiste-de-monoprix [14] http://www.rue89.com/tag/publicite

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«Le comportement maternel a une base biologique» Une chercheuse américaine répond à Elisabeth Badinter Par Anne Crignon nouvelobs.com

Aux Etats-Unis, Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue et primatologue, membre de l'Académie des Sciences, s'est penchée sur les thèses d'Elisabeth Badinter.
Pour la chercheuse américaine, réfuter l'existence d'un instinct maternel ne tient pas la route scientifiquement.

Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, membre de l'Académie des sciences américaine - et féministe elle-même- 600 pages intitulées « les Instincts maternels » (Payot).

Parce qu'on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l'hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l'investissement maternel émerge à la suite d'une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l'environnement.

Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n'opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l'instinct maternel n'est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu'il se met en place si l'environnement n'est pas défavorable.

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6 Février 2010 | Mise à jour le 7 Février 2010 lejdd.fr Les femmes sont-elles moins libres?

Dans un livre publié cette semaine, Elisabeth Badinter dénonce la tyrannie de la maternité. Une analyse que ne partagent pas d'autres féministes comme Edwige Antier.

"Je suis une mère médiocre et je revendique ce droit."

Dans son bel appartement parisien dont les fenêtres plongent sur le jardin du Luxembourg, Elisabeth Badinter se prépare à mener une guerre contre l’apologie de la mère parfaite. Dans son dernier livre, Le Conflit, la femme et la mère* (Flammarion), elle lance une charge sans précédent contre le regain d’un discours naturaliste qui remet au premier plan la notion d’instinct maternel. "Vous avez remarqué, aujourd’hui on parle de fibre maternelle", glisse-t-elle pour souligner la perversité du phénomène.

A peine les premiers extraits de son livre sont-ils publiés cette semaine dans Le Point, que les critiques fusent. Edwige Antier condamne dans nos colonnes l’"archéo-féminisme" d’Elisabeth Badinter, "qui connaît mal les aspirations des jeunes mères d’aujourd’hui". "Elle est dans un déni de la maternité", fustige la députée UMP, pédiatre à la ville, qui a prodigué des années durant ses conseils sur les ondes radiophoniques. Cécile Duflot, la jeune mère de famille qui mène la campagne des régionales pour Europe Ecologie en Ile-de-France, a immédiatement réagi. "Rendre l’écologie responsable des carences héritées du modèle patriarcal européen est […] tout à la fois faux et stérile", s’agace la secrétaire nationale des Verts dans les colonnes du Point. « Enfermée dans un modèle martial où l’homme ne peut que dominer la nature ou être dominé par elle, Elisabeth Badinter ne se pose pas les bonnes questions », critique-t-elle.

"L’idée de la bonne mère écologique"

Si le livre de la philosophe est dérangeant, c’est qu’il annonce un grand danger pour les filles et les petites-filles du féminisme. Heureuses de réussir dans leurs études, de travailler, de rester jeunes et d’avoir des enfants, elles ignoreraient "l’involution" culturelle dont elles sont victimes… A force d’entendre vanter les vertus de la maternité heureuse, de l’allaitement épanouissant et de leur talent à nul autre pareil de façonner le destin d’enfants, beaux et intelligents, les femmes se seraient laissées endormir. Elles seraient devenues les idiotes utiles du capitalisme qui, à chaque crise économique, retourneraient gaiement dans leur foyer pour réussir ce qu’elles savent le mieux faire : enfanter et élever.

Elisabeth Badinter veut dévoiler cette insidieuse tyrannie. "Qu’est-ce qui se passe lorsque l’on a lâché son emploi à 30 ans et que l’on se retrouve à devoir vivre avec un homme qui vous dégoûte à 50 car on n’a plus les moyens de partir?", s’interroge l’auteur. Les femmes, estime-t-elle, ne se rendent pas compte que leur condition stagne depuis vingt ans. La répartition des tâches ménagères entre hommes et femmes reste identique. Les femmes sont toujours payées 20 % de moins que les hommes, sont plus malmenées par le chômage, et sont les premières victimes du temps partiel subi.

Pour l’intellectuelle, les responsables de ce retour d’une tyrannie de la maternité sont nombreux : au premier rang d’entre eux, le marché de l’emploi, certains pédiatres "réactionnaires", les croisés de l’allaitement, les féministes naturalistes. "Les discours de tous ces groupes que je ne mélange pas se sont coagulés autour de l’idée de la bonne mère écologique", analyse-t-elle. Pour étayer sa thèse, Elisabeth Badinter a compilé les statistiques et étudié les discours des adeptes de l’allaitement maternel et des couches lavables. Comme un sismologue qui serait allé chercher tous les indices, même épars, d’un tremblement de terre à venir.

Du coup, la démonstration est parfois difficile à suivre. Mais de cette accumulation des indices émerge un effet de sens. "Ce que je dénonce, c’est un discours qui ne tient plus compte de l’ambivalence maternelle. Les femmes n’ont plus la liberté de dire non. Dans les maternités publiques, on culpabilise les femmes avec le lait maternel, le meilleur pour l’enfant… Or toutes les grandes révolutions des mœurs s’opèrent grâce à la culpabilisation", conclut-elle.

Femme de lettres, héritière de l’un des géants de la publicité française, mère de trois enfants, Elisabeth Badinter refuse, "comme toujours", comme une hygiène de vie personnelle, d’aborder sa propre vie. "Je ne parle jamais de cela", dit-elle d’un ton qui n’appelle aucun commentaire. Pourtant la question taraude. Mais à quoi ressemblent donc les enfants de cette mère "médiocre"?

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Elisabeth Badinter : "Je ne pardonne pas à la gauche d'avoir abandonné la laïcité" Mardi 03 Février 2015 à 5:00 Propos recueillis par Eric Conan
(Notedt : la laïcité hard c'est l'anti-communautarisme ; le communautarisme suppose, officiellement, un certain équilibre dans la représentation sociale ; la communauté musulmane en France représente environ 10% de la population française totale ; la communauté juive moins de 1% ; la laïcité hard n'a pas à tenir compte des éléments quantitatifs.)

"Marianne" consacre un hors-série à la laïcité qui rassemble une sélection de grands textes sur le sujet signés de figures historiques comme Clemenceau, de Gaulle, Gambetta ou encore Hugo. Ce trimestriel réunit aussi des textes inédits comme cet entretien d'Elisabeth Badinter qui juge "désolant" le pouvoir accordé par la gauche aux curés, imams et rabbins et dénonce les lâchetés des socialistes depuis vingt-cinq ans à propos du voile.

Marianne : En 1989, lors de la première affaire médiatisée de voile à l’école, à Creil, vous avez, avec quelques autres, lancé dans le Nouvel Observateur un appel à défendre la laïcité. Où en sommes-nous un quart de siècle plus tard ?

Elisabeth Badinter : Il s’est produit un renversement à gauche sur la laïcité, produit d’une gêne considérable face à la montée de l’islamisme. Tétanisée à l’idée d’être taxée de stigmatisation d’une population d’origine immigrée, la gauche s’est empêchée de traiter cette situation nouvelle, mais pas si différente de l’affrontement avec l’Eglise un siècle plus tôt. C’est la phrase stupéfiante de Lionel Jospin à l’Assemblée : « Nous essaierons de les convaincre d’ôter ce signe religieux, mais, si elles ne veulent pas, nous les accepterons. » La gauche, à rebours de sa longue tradition, admettait que la religion entre à l’école publique, et son Premier ministre se défaussait sur l’avis du Conseil d’Etat qui l’organisa.

Etait-ce un oubli du sens de la laïcité ou une décision d’y mettre un terme ?

Je ne crois pas à l’oubli. Si cela avait été une provocation de catholiques intégristes avec de grosses croix, cela ne se serait pas passé ainsi. Le complexe de culpabilité face à des populations symbolisant les anciens colonisés a été le plus fort dans cette génération de socialistes qui ont ainsi favorisé, dans leurs propres rangs, la montée du communautarisme, cette idée que tous les rituels culturels ou religieux, y compris les plus intégristes, sont respectables et doivent être respectés.A cette époque, je me suis sévèrement fait taper sur les doigts pour délit d’« ethnocentrisme » par Mme Mitterrand et Jack Lang parce que je combattais l’acceptation de la polygamie et de l’excision ! Nous n’en sommes heureusement plus là, mais il me semble aussi désolant que la gauche accorde un tel pouvoir aux curés, aux imams et aux rabbins : c’est religieux, c’est sacré ! Ce fut un choc, à l’époque, de se découvrir soudain minoritaire à gauche.

Pourquoi cette minorité, dont vous faisiez partie à gauche, est-elle restée fidèle à sa tradition laïque ?

Il y a plusieurs raisons en ce qui me concerne.
Je suis d’abord, philosophiquement, universaliste. Je crois aux bienfaits des valeurs universelles : on a toujours intérêt à mettre en avant nos ressemblances plutôt que nos différences. Je ne crois pas à la différence heureuse.
Ensuite, je suis juive : l’histoire familiale m’a appris que l’on avait tout intérêt à ne former qu’une seule humanité. Je regrette d’ailleurs que, en réaction à l’abdication de la laïcité face à l’intégrisme musulman, la partie communautariste des juifs se soit renforcée, développant le port de la kippa en public, et que certains catholiques réagissent de même, comme on vient de le voir à propos des crèches dans les mairies.
Enfin, je suis féministe et je me méfie extraordinairement du pouvoir des religieux et de leur vision de la femme. Que l’on impose aux femmes de cacher leurs cheveux parce que des hommes les tiennent responsables d’un désir sexuel qu’ils ne savent pas maîtriser me fait bondir. Il m’est insupportable que la gauche l’accepte, notamment au sein de l’école publique, censée avoir pour objectif de développer la raison et de lutter contre les préjugés !

Le pire de cette gauche communautariste est d’avoir accepté le concept d’« islamophobie » – qui a foutu en l’air le principe de laïcité, car s’élever contre des signes religieux devenait un crime – et l’invention de ce terme au sens propre insensé de « racisme anti-musulman ». D’où l’intimidation, qui a fonctionné sur de plus en plus de gens à gauche, se taisant par peur d’être dénoncés parce que la laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche.

Ce revirement, empreint de gêne et de malaise, n’est pas franchement revendiqué : durant ces vingt-cinq années, la plupart des élus de gauche ont voté ou ne se sont pas opposés – se réfugiant dans l’abstention – aux lois de laïcité proposées par la droite… Parce que, globalement, la gauche n’est pas au clair, qu’il n’y a plus de position majoritaire en son sein sur le sujet et qu’elle fait tout pour ne pas en débattre franchement.
D’abord par manque de courage. Sur l’interdiction de la burqa, par exemple, il y avait à l’Assemblé nationale des pour et des contre qui ne s’assumaient pas : c’est pour cela qu’à sept exceptions près, ils se sont tous abstenus… Ce manque de courage prend de plus en plus la forme du déni : pour avoir la paix, on pense qu’il suffit de nier les problèmes.
Comme la position comique du nouvel Observatoire de la laïcité, cet édredon qui a remplacé le Haut Conseil à l’intégration : il n’y a pas de problèmes, c’est vous qui les inventez, c’est pas si grave…
Mais il ne faut pas sous-estimer dans cette hésitation le rôle du calcul politique, électoral : le Parti socialiste a quand même gagné les élections avec les voix des musulmans des banlieues, donc, après les effets de la théorie du genre, ce n’est pas le moment de se les mettre à dos ! Avec les mères voilées en sortie scolaire, on recommence comme en 1989C’est pourquoi on laisse la laïcité, déjà bien attaquée par Sarkozy, se vider de son contenu originel : « laïcité ouverte », « laïcité positive » : la laïcité aujourd’hui, c’est « chacun fait ce qu’il veut » et, au nom de la religion, « on a tous les droits ».
Le comble est de voir des défenseurs de la laïcité plaidant pour que les religions soient plus discrètes se faire traiter d’« ayatollahs de la laïcité » ou de « laïcards », le terme de Maurras… Voilà pourquoi pour les mères voilées en sortie scolaire, on recommence comme en 1989 : la gène, la confusion et la défausse sur les juges au nom du « cas par cas » !

Vous n’êtes guère optimiste sur l’avenir…

Je suis moins optimiste à court terme qu’à moyen terme. Je pense que l’on va redécouvrir que l’on ne peut pas se passer du concept de laïcité, nécessité absolue pour la paix sociale entre personnes d’origines différentes.
Les religions peuvent devenir des facteurs de guerre épouvantables, on en a d’ailleurs la preuve tous les jours dans le monde. Et il y a une telle exaspération qui monte à l’égard des exigences des uns et des autres, de la constitution de séparatismes culturels revendiqués – par exemple pour éviter de côtoyer « l’impureté » – que l’observation rigoureuse des règles laïques va redevenir un impératif pour le bien commun, pour vivre en paix les uns avec les autres.

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