Septembre 2010 : Décédé secrétement ... en juillet 2009
Robert Barcia

Lutte ouvrière se dévoile
Cohn-Bendit et Libération condamnés

DE L'OMBRE à la lumière. Robert Barcia, alias Hardy, dirigeant historique de Lutte ouvrière, longtemps clandestin, se confie : il publie un livre sur ses soixante ans de militantisme (« la Véritable Histoire de Lutte ouvrière », Editions Denoël), et s'exprime ce soir pour la première fois à la télé, dans « Mots croisés », sur France 2.

Un petit événement en soi : souvent présenté comme le « gourou » d'Arlette Laguiller, le véritable « cerveau » de l'organisation communiste quitte soudain, à près de 75 ans, la pénombre dans laquelle il s'est complu jusque-là. Non pour goûter aux joies de la notoriété : ce n'est pas son style. Mais pour voler au secours d'Arlette. Et tenter de redresser la barre après une année 2002 difficile.

« Nous ne vivons pas en collectivité »

Longtemps adulée par les médias, Laguiller ne fait plus recette. D'abord, elle a été débordée par le succès médiatique d'Olivier Besancenot, le jeune candidat de la Ligue communiste révolutionnaire, à la dernière présidentielle. Ensuite, elle s'est retrouvée incapable de répondre, si ce n'est par des larmes, aux questions sur le fonctionnement de LO. Enfin, son refus d'appeler ses électeurs à faire barrage au Front national entre les deux tours de la présidentielle a fini de ternir l'image du mouvement et de sa porte-parole. « Ce livre vise à dédiaboliser Arlette et LO. Barcia l'a fait pour des raisons très marketing », analyse froidement un spécialiste de l'extrême gauche.

L'homme de l'ombre monte donc en première ligne, et se plie à un long exercice de justification dans son livre. L'opacité de LO, qui lui a valu le qualificatif de secte ? « Nous ne lavons pas le cerveau de nos adhérents, nous ne les faisons pas rompre avec leur famille, nous ne nous approprions pas leurs biens. Nous ne vivons pas en collectivité et nous n'avons pas inventé une religion à nous. » La prohibition du couple ? « Le mariage, nous ne l'interdisons pas, nous sommes contre. » Et celle des enfants ? « Les enfants, il n'est guère possible de les élever correctement et de leur assurer la tendresse et la présence voulues tout en menant une vie militante », assure-t-il. Enfin ses propres activités de cadre supérieur dans l'industrie pharmaceutique ? « Vous pouvez être dirigeant d'une entreprise sans être du côté du patronat », fait-il valoir.

Et Barcia, au fil des pages, de multiplier à l'envi les attaques contre les « cousins » trotskistes de la LCR, et de se moquer gentiment des « gauchistes de 1968 » qui « réduisent leur anticonformisme à circuler à vélo ou à rollers le dimanche ». Quant aux socialistes, pas un mot. Ils n'appartiennent pas à son univers.
Nathalie Segaunes, Le Parisien, lundi 10 février 2003, p. 5

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(Octobre 2004) Gabriel Cohn-Bendit et le journal Libération condamnés

Mardi 5 octobre 2004 le Tribunal correctionnel de Paris les a condamnés à 5 000 euros de dommages et intérêts pour avoir affirmé que Robert Garcia avait procédé dans sa société pharmaceutique à des "licenciements irréguliers".

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16/09/2010 à 18h02 (mise à jour à 18h49) liberation.fr Robert Barcia, alias Hardy, est mort... il y a un an

Il a vécu et il est mort dans le secret: Robert Barcia, alias Hardy, co-fondateur du parti trotskiste Lutte ouvrière, dont le décès il y a plus d’un an a été révélé jeudi, fut une des figures les plus mystérieuses de la politique française.

Le site Marianne2.fr a révélé jeudi la mort de Hardy, survenue… le 12 juillet 2009 à Créteil.

«Hardy nous avait demandé explicitement et solennellement de ne rien dire», a expliqué à l’AFP Arlette Laguiller, figure historique de LO. Réputés pour leur discipline, les militants du mouvement --quelques milliers-- ont respecté la volonté du père fondateur de l’organisation. Et pourtant, «tous les camarades étaient au courant», a déclaré au JDD.fr l’actuelle porte-parole de LO, Nathalie Arthaud.

Une mort cachée, à l’image d’une vie menée dans l’ombre: l’existence du dirigeant trotskiste, aux manettes de Lutte ouvrière depuis sa fondation en 1968, n’a été connue du grand public qu’à la fin des années 90, qui découvrira alors un homme de plus de 70 ans, aux cheveux frisés grisonnants et aux petites lunettes.

Né à Paris le 22 juillet 1928 dans un milieu ouvrier, Robert Barcia milite très jeune. En 1943, à 15 ans, il s’engage dans un groupe clandestin de la jeunesse communiste, et fera plusieurs mois de prison pour avoir distribué des tracts. Marqué par le meurtre d’un de ses camarades du PC dans le cadre d’une purge interne, il rejoint alors le trotskisme.

Lutte Ouvrière est fondé en 1968. Mais Barcia, qui a pris le pseudonyme de Hardy, n’apparaît jamais et propulse Arlette Laguiller sur le devant de la scène.

La candidature à la présidentielle de 1974 de Mme Laguiller, qui réalise 5,72% des voix, fait véritablement entrer LO sur la scène politique française.

A la fin des années 90, la presse commence à s’intéresser à ce dirigeant mystérieux, parfois décrit comme «le gourou d’une secte» objet d’un «véritable culte de la personnalité» de la part des militants de LO, qu’il dirige d’une poigne de fer.

«Nous sommes contre le mariage», expliquait-il par exemple à l’AFP en 2003. «Un cadre de Lutte ouvrière qui se marie ne défend pas nos idées».

Mais pour Mme Laguiller, «la légende du gourou et de la secte ça a toujours été ridicule. C’est le fantasme de la presse depuis longtemps», «c’est aussi ça qui a contribué à ce qu’Hardy n’ait pas envie que sa mort soit rendue publique», a-t-elle dit jeudi.

La presse s’est également penchée sur ses activités professionnelles: ancien visiteur médical, Robert Barcia a fondé à la fin des années 60 ses propres sociétés de prestation de services et formations de visiteurs médicaux.

Accusé d’avoir des intérêts dans le lobby pharmaceutique, il gagnera ses procès en diffamation.

Et s’expliquera finalement dans un livre réalisé avec le journaliste spécialiste de l’extrême gauche Christophe Bourseiller, en 2003, où il répond en détail aux attaques contre lui et son organisation et parle de ses idéaux trotskystes.

«Si je mets de côté l’aspect politique, c’était un homme extrêmement sympathique qui gagnait à être fréquenté en privé», se souvient M. Bourseiller pour l’AFP, indiquant ne pas avoir été mis au courant de la mort de Hardy.

«Il avait deux visages: le Hardy militant, leader trotskyste, qui dirigeait ses camarades avec beaucoup d’autorité, et le Barcia privé, un homme sympathique, cultivé, avec beaucoup de recul et d’humour», poursuit-il.

Hardy «avait voué sa vie au communiste et à la révolution». Barcia était «d’une discrétion absolue sur sa vie privée», conclut-il.

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Eugène Pottier (paroles, français, 1816-1887) et Pierre Degeyter (musique, belge, 1848-1932) : L'Internationale (juin 1871)