"Chirac-Jospin", le nouvel Airbus A-319 CJ de la République française

POUR les déplacements officiels de ses dirigeants politiques, la France va mettre en service deux Airbus aménagés en version VIP (Very Important Person). Le premier exemplaire, flambant neuf, a été inauguré pour le sommet européen de Barcelone qui s'est ouvert vendredi 15 mars (2002). Coût : 128 millions d'euros prélevés sur le budget de la défense. L'Elysée et Matignon en seront les clients prioritaires. Le nouvel Air-bus A-319 CJ (Corporate Jet), traduit irrévérencieusement "Chirac-Jospin" par les aviateurs, est mis en œuvre par l'armée de l'air. Sans beaucoup de tapage, en ces temps d'élections où l'Etat doit être soucieux de ses deniers.
En 1995, dès son élection à l'Elysée, Jacques Chirac avait décidé de supprimer le Groupement des liaisons aériennes ministérielles (GLAM) affecté au transport des VIP gouvernementaux et mis en œuvre par l'armée de l'air. Les édiles étaient priés de voyager plus modestement. En réalité, avec ses triréacteurs et ses biréacteurs de liaison Falcon, le GLAM a survécu sous la dénomination ETEC (escadron de transport, d'entraînement et de calibration) à Villacoublay (Yvelines).
L'intérieur de ces deux Airbus militaires A-319 CJ a été aménagé pour acheminer très confortablement une cinquantaine de passagers : une chambre, un salon-bureau et une salle d'eau pour le VIP, et, dans la partie arrière de l'appareil, une quarantaine de sièges pour ses collaborateurs et invités. le VIP reste en liaison permanente et "cryptée" avec ses conseillers et les administrations à Paris.
Pour franchir des étapes de 11 000 kilomètres, si besoin est, la soute peut recevoir des réservoirs de carburant supplémentaires. Mais cela se fera aux dépens de la quantité de bagages emportés par les passagers. Au sol, sauf à sa base de Villacoublay où l'armée de l'air est maître des opérations, c'est Air France qui devrait être sollicitée aux escales.
Ainsi, en ces temps particuliers où le terrorisme international menace le transport aérien, les édiles français pourront être acheminés dans des conditions de sécurité et de bien-être proches de celles dont jouissent nombre de leurs homologues étrangers. Sans véritablement atteindre encore les fastes du gros-porteur Boeing-747 américain baptisé Air Force One.
Voulant probablement écarter les critiques de ceux qui ne manqueront pas de faire observer combien la République est généreuse pour ses VIP, l'armée de l'air proclame que ses deux A-319 CJ estampillés République française peuvent, moyennant quelque préavis, être transformés en avions de ligne classiques. Pour embarquer, le cas échéant, des troupes et compléter sa flotte de transport composée de deux Airbus A-310 et d'un DC-8 long-courrier.
Jacques Isnard, Le Monde, 16 mars 2002, p. 1.

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