Avril 2007 : Justice et Raison d'Etat : une affaire pas claire : vers un procès sensible ...

Janvier 2001. Curial, l'homme par qui le scandale serait arrivé ...

C'est lui qui fut le «go-beetween» entre Dos Santos, «Papamadit» et Falcone.
Par KARL LASKE, Libération, 13/14 janvier 2001, p. 18.

«Notre situation militaire est désespérée [...] Il faut que la France nous aide, il faut que Mitterrand nous envoie des armes», aurait dit Dos Santos à Jean-Bernard Curial

Il s'appelle Jean-Bernard Curial. A 61 ans, installé aujourd'hui comme petit éditeur (1) rue Madame à Paris, il a plutôt un parcours de militant politique au Parti socialiste. Pour l'entourage du marchand d'armes de Pierre Falcone, il est l'homme par qui le scandale est arrivé. Celui qui a déclenché la curiosité du fisc sur les marchés d'armement conclus avec l'Angola. Rien n'est moins sûr, et pourtant le voilà devenu le pire ennemi de plusieurs mis en examen. Ancien responsable du PS pour l'Afrique australe, ex-fondateur du mouvement antiapartheid, Curial a joué un rôle crucial, en 1993, dans l'introduction de Falcone en Angola. Il a été le go-between entre le président Dos Santos, Jean-Christophe Mitterrand et l'équipe du marchand d'armes.

En juin 1993, c'est lui que le chef de l'Etat angolais a choisi pour premier messager. «Notre situation militaire est désespérée [...] Il faut que la France nous aide, il faut que Mitterrand nous envoie des armes», lui aurait dit Eduardo Dos Santos, selon des propos rapportés par le Monde daté d'aujourd'hui. Jean-Bernard Curial aurait aussitôt averti, mais sans succès, Bruno Delaye, successeur de Jean-Christophe Mitterrand à la tête de la cellule africaine de l'Elysée. Jean-Bernard Curial s'est alors tourné vers «Papamadit». La rencontre est fortuite, selon lui, mais fructueuse. «Moi, je ne peux pas t'aider, lui aurait répondu le fils de François Mitterrand, mais tu devrais contacter Pierre Falcone. Lui, il pourrait peut-être faire passer le message au ministère de l'Intérieur.» Selon le Monde, Curial obtient ce jour-là le numéro de téléphone du marchand d'armes.

Le témoignage de Curial recueilli par les policiers plusieurs années plus tard établit donc le rôle de Jean-Christophe Mitterrand dans le marché d'armement destiné à l'Angola. Car Falcone ne tarde pas à répondre à l'appel des Angolais. «Je crois que je peux faire quelque chose pour vous», aurait-il répondu à Curial. Tandis que l'équipe de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur engage des conversations avec l'ambassadeur d'Angola à Paris concernant d'éventuels moyens militaires, Falcone dresse une liste d'armement. Les armes viennent de Slovaquie. Un premier contrat est signé dès novembre 1993, puis un deuxième en 1994. Le tout pèse 600 millions de dollars.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là pour Curial. Fondateur de la société Stired - Service technique d'information et de recherche d'équipements -, Curial espère s'adosser aux contrats d'armement, en fournissant des produits alimentaires et pharmaceutiques. Il en livre pour 14 millions de dollars. Mais c'est Brenco, la société de Falcone, qui est censée le payer. Or l'argent ne vient pas. D'autant moins que Pierre Falcone et son associé russe Arcadi Gaydamak ont, eux aussi, monté des sociétés commerciales ayant le même objectif. Le divorce entre Curial et les pasquaïens éclate en 1996. «Il considère qu'on n'a pas été correct avec lui, commente un proche de Gaydamak. Il est admis que c'est Curial qui avait les contacts.» Curial obtient un dédommagement des Angolais. Les enquêtes du fisc démarrent au même moment. Celle des juges en juillet dernier. «Curial a réussi son coup», commentent ses ennemis.

(1) Catleya, éditeur de récits à caractère historique.

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vendredi 6 avril 2007, 11h10 Un procès de VIP dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola

PARIS (Reuters) - Quarante-deux personnes, dont Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali et Charles Pasqua, seront jugées en correctionnelle à Paris fin 2007 ou début 2008 pour des ventes d'armes présumées illicites de 790 millions de dollars à l'Angola entre 1993 et 2000.

Après plus de six ans de procédure, le juge Philippe Courroye, qui doit prendre ses nouvelles fonctions de procureur de Nanterre le 25 avril, a suivi dans une ordonnance signée jeudi les réquisitions du parquet de Paris.

Les deux trafiquants présumés, Pierre Falcone, Français de 52 ans, et Arcady Gaydamak, 54 ans, Israélien d'origine russe, tous deux en fuite à l'étranger, seront jugés par défaut.

Jean-Christophe Mitterrand, 60 ans, fils aîné de l'ancien président de la République, et Jean-Bernard Curial, un socialiste proche du pouvoir angolais d'Eduardo dos Santos, comparaîtront pour "complicité de commerce illicite d'armes". Ils sont soupçonnés d'avoir agi pour favoriser la vente.

Conseiller de son père à l'Elysée pour l'Afrique de 1986 à 1992, Jean-Christophe Mitterrand a été emprisonné trois semaines en décembre 2000 et janvier 2001, avant d'être libéré contre une caution de 762.000 euros. Il nie toute implication.

Charles Pasqua, 79 ans, ex-ministre de l'Intérieur RPR (1986-1988 et 1993-1995), son ancien homme de confiance Jean-Charles Marchiani, 63 ans l'ex-magistrat devenu député UMP de Lyon Georges Fenech, 53 ans, Jacques Attali, 63 ans, ex-conseiller du président Mitterrand (1981-1990), et l'écrivain Paul-Loup Sulitzer, 60 ans, seront jugés pour avoir perçu des gratifications jugées illégales des vendeurs d'armes.

400 MILLIONS DE DOLLARS

Les deux trafiquants présumés, qui se sont partagés selon le dossier un bénéfice de 400 millions de dollars, ont acheté chars, hélicoptères, pièces d'artillerie, lance-roquettes, navires de guerre, mines et armements d'infanterie en Europe de l'Est et les ont vendus à l'Angola par l'intermédiaire de la société parisienne Brenco et de sa filiale slovaque ZTZ-Osos.

Cette transaction nécessitait selon l'accusation une autorisation officielle française, ce que conteste la défense. Les armes ont permis au président dos Santos de régler victorieusement en 2002 le conflit engagé dans les années 70 avec la guérilla de l'Unita, dirigée par Jonas Savimbi.

Contre l'avis du parquet, le juge Courroye impute aussi à Pierre Falcone au titre "d'abus de biens sociaux" des versements d'argent à Eduardo dos Santos et une quinzaine de ses proches. Le dossier mentionne 37 millions de dollars crédités sur un compte au Luxembourg pour le président angolais.

La justice recense les gratifications accordées aux différents acteurs : 2,6 millions de dollars à Jean-Christophe Mitterrand, 3,6 millions de dollars à Jean-Bernard Curial, 160.000 dollars pour Jacques Attali, 229.000 euros à l'association France-Afrique-Orient de Charles Pasqua et 450.000 dollars à titre personnel, 15.000 euros au syndicat Association professionnelle des magistrats (APM), dirigé par Georges Fenech, 380.000 euros à Paul-Loup Sulitzer.

Les intéressés reconnaissent avoir touché ces sommes mais assurent qu'elles ont rémunéré des études ou des conseils.

Jacques Attali se voit reprocher d'avoir présenté l'avocat de Pierre Falcone, Allain Guilloux, au ministre des Affaires étrangères PS Hubert Védrine, pour tenter de négocier, en vain, l'annulation d'un redressement fiscal.

Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani se voient reprocher d'avoir permis l'attribution de l'Ordre national du mérite en 1996 à Arcady Gaydamak.

Georges Fenech, qui a défendu l'idée de la suppression du juge d'instruction dans la commission d'enquête sur l'affaire d'Outreau en 2006, aurait constitué un "relais" dans la magistrature pour les hommes d'affaires.

Emprisonné durant un an, Pierre Falcone a pris la fuite à l'étranger en 2003 après avoir obtenu un passeport diplomatique de l'Angola au titre de sa représentation à l'Unesco. Arcady Gaydamak, visé par un mandat d'arrêt international depuis le début de l'enquête, vit en Israël.
vendredi 6 avril 2007, 11h10, Yahoo.fr, actualités

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