Me Roland Dumas (avocat, socialiste, Président du conseil constitutionnel, ministre des affaires étrangères, membre du Grand Orient de France)

Février 2015 : Versus Valls "sous influence juive", "J’ai trouvé ça dégueulasse" nous dit Léa Salamé, enquête du CSA et réactions des anti-antisémites

Septembre 2011 : Violemment attaqué par le social-démocrate Manuel Valls à propos des comptes de campagne de MM. Edouard Balladur et Jacques Chirac à la présidentielle de 1995 (affaire Karachi).
Avril 2011 : "La France a livré Laurent Gbagbo"
Décembre 2010 : Le socialiste Dumas prend la défense du socialiste Gbagbo, avec le communiste Vergès
Juin 2009 : Omar Bongo décédé, Giscard versus Chirac : Dumas confirme "tous arrosés"
Février 2006 : Condamné à 12 mois de prison avec sursis dans l'affaire Giacometti
Février 2005 : Relaxe
Janvier 2005 : Me Dumas avocat de François Mitterrand
Décembre 2004 : Procès Giacometti
Décembre 2003 : Renvoi en correctionnelle dans l'affaire Giacometti, procès en octobre 2004
Février 2003 : La revanche ?
Son livre
Janvier 2003 : Maître Roland Dumas est relaxé
Novembre 2002 : En appel Maître Jean-René Farthouat demande la relaxe
Avril 2002 : affaires des frégates, le capitaine a bien été assassiné
17 Décembre 2001 : Me Roland Dumas plaide aux Assises du Loiret "pour le doute et la liberté individuelle", Le Parisien, 17 décembre 2001
L'échec
Janvier 2001 : Selon certains (fonctionnaires du conseil constitutionnel ??), Maître Roland Dumas aurait présidé certaines réunions du conseil constitutionnel en présence de sa maîtresse, Mme Deviers-Joncour ...
24 janvier 2001 : Dumas nie, plaidoirie réussie. Par Philippe MATHON, TF1, news, 24 janvier 2001.
1er février 2001 : Me Roland Dumas pète les plombs, Laurent Valdiguié, Le Parisien, 1er février 2001, p. 13
30 mai 2001 : Extraits du jugement rendu par le tribunal correctionnel le 30 mai 2001
31 mai 2001 : Six mois ferme. Par KARL LASKE, Libération, Le jeudi 31 mai 2001, p. 2
18 juin 2001 : Dumas contre-attaque, Le Figaro, 18 juin 2001

06 septembre 2001 : Me Roland Dumas mis en examen pour "complicité d'abus de confiance"

24 janvier 2001. 11ème chambre correctionnelle du TGI de Paris
Eloquence, humour, solennité : profitant d'un dossier d'accusation très maigre, l'avocat de profession a été son meilleur défenseur, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris.

C'était un one-man-show flamboyant.
Tantôt maître d'école distribuant les bons points, tantôt diplomate de haut vol, déclamant la Bible, Roland Dumas a irradié de tout son talent la salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris. Un spectacle facilité il est vrai par le famélique dossier d'accusation bâti par les juges à son encontre.

"La station debout vous dérange ?", demande la présidente du tribunal, Sophie Portier. "Nullement", répond fièrement l'ancien ministre qui s'appuie pourtant assez lourdement sur sa canne. Tel un professionnel de la chanson, il ajuste le pied du micro. C'est le début de deux heures et vingt minutes d'interrogatoires à bâtons rompus.

"Courir le risque d'un déshonneur à mon âge est une réalité insoutenable"

Interrogé immédiatement sur son idylle avec Christine Deviers-Joncour, Roland Dumas emprunte un ton solennel. "Madame le président, je tiens à dire que je parlerai avec le souci majeur de dire la vérité. C'est pour moi un crève-coeur de me trouver ici au terme d'une vie qui a commencé dans le malheur et s'est faite dans l'effort. Courir le risque d'un déshonneur à mon âge est une réalité insoutenable". Silence religieux dans la salle. Et l'homme se fait romantique, parle de "l'intimité qui s'est créée" entre Christine et lui, cette "relation profonde", "cet élan réciproque". La maîtresse délaissée baisse le regard.

Mais la présidente reprend la main et met un terme à ce discours un tant soit peu "fleur bleue". Plus prosaïque, elle souhaite savoir si Roland Dumas a contribué à la nomination de Loïk Le Floch-Prigent à la tête du groupe Elf. La réponse fuse : c'est "Non". Même réponse concernant le contrat de travail de son ancienne maîtresse et même réponse : "Je n'ai demandé à personne d'embaucher Mme Deviers-Joncour. Si j'avais voulu, je l'aurais demandé directement à Loïk Le Floch-Prigent. Mais je ne l'ai pas fait, ni oralement, ni par écrit".
"Vous savez, le Quai d'Orsay est une maison discrète..."

Les échanges avec la présidente Portier sont vifs, Roland Dumas ne se privant pas de lui couper la parole ("Vous permettez"), ou de la reprendre ("Je crois que vous avez oublié une phrase importante dans le dossier, madame le Président"). L'ancien ténor du barreau est à l'aise dans cette 17ème chambre. Ces même lieux où jadis il plaidait pour le Canard Enchaîné. Il dénonce même le travail des juges Joly et Vichnievsky, "des magistrats qui ont davantage travaillé à partir de lettres anonymes que dans le but de faire surgir la vérité". "Quarante-huit mois, continue-t-il, cela fait quarante-huit mois que je subis la pression médiatique !". Plus tard, il apostrophera le procureur sur le mandat d'arrêt international - visant Alfred Sirven - lancé "avec un an ou 18 mois de retard". "J'espère que les efforts pour le retrouver seront couronnés de succès, ironise-t-il, à l'heure où l'enquête semble piétiner pour remettre la main sur l'homme clé de l'affaire Elf.

Pour Roland Dumas, les choses sont claires : Mme Deviers-Joncour a réellement travaillé comme "émissaire" pour la compagnie pétrolière en lui apportant des dossiers au Quai d'Orsay. "Comme émissaire, mais pas celui de Le Floch-Prigent, mais plutôt de Sirven", dit-il. "Il ne semble pas que votre directeur de cabinet de l'époque, Monsieur Kessedjian, se soit aperçut qu'elle travaillait pour Elf. C'était une mission discrète…", plaisante-t-elle. La réponse de Roland Dumas est sur le même ton : "Vous savez, le Quai d'Orsay est une maison discrète"... L'ancien ministre fait ensuite un aveu difficile à croire aux yeux de certains. Il affirme avoir découvert tardivement les "deux structures" existantes chez Elf. "La première, traditionnelle; l'autre, périphérique : les deux devaient de compléter, mais en fait, elle se faisaient concurrence".

L'accusation se délite.
Tous les éléments de l'accusation susceptibles de rendre coupable Dumas de recel d'abus de biens sociaux - c'est-à-dire bénéficiant en toute connaissance de cause des fonds versés par Elf à son amie - ont volé en éclats. Les bottines Berluti à 11.000 F? "Je les ai remboursées". Mme Deviers-
Joncour le ménage : "Je ne m'en souviens pas. Mais peut-être a-t-il payé Alfred Sirven". Lors de l'instruction, elle s'était précédemment déclarée certaine de n'avoir jamais revu cette somme. Même cas de figure pour le dessin "David et Goliath" acheté au nom de M. Dumas et payé par elle. "C'est le mien. C'est la seule œuvre contemporaine que je me sois jamais achetée. M. Dumas l'a négociée pour moi", dit-elle, tremblante. Quant aux invitations au restaurant, elle affirme avoir payé les notes des repas "professionnels". "Les autres, c'est souvent M. Dumas qui payait", dit-elle. Entre les deux, il y a parfois des regards complices. Roland Dumas glissera même de "Mme Deviers-Joncour" en début de procès à de plus tendres "Christine".

Pierre Mauroy, cité comme témoin de moralité : ''En 1983, il fallait un ministre des Affaires européennes qui ait du talent ; la tâche était extraordinairement difficile. Dumas est devenu l’homme de la situation. C’est un ami politique, un homme de conviction''.

Tout de noir vêtu, un jeune homme assiste à l'audience. Il a le même nez, le même oeil et le même menton que Roland Dumas : c'est son fils. ''Naturellement, dit-il à tf1.fr, c'est très dur d'assister aux débats. Mais tout se passe dans des conditions correctes. Aujourd'hui, je suis très fier de mon père''.

Le procès reprend lundi prochain (29 janvier 2001). Le tribunal abordera alors les cas des statuettes grecques antiques offertes à Roland Dumas et payées avec de l'argent d'Elf, l'appartement de luxe acheté par Elf à Paris pour Christine Deviers-Joncour et les 60 millions de francs versés par Elf en Suisse en 1991 et 1992 sur ses comptes bancaires.

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Février/mars 2001, AFFAIRE ELF.

Après avoir donné une image exemplaire tout au long du procès, hier, Roland Dumas a « pété les plombs ». Laurent Valdiguié, Le Parisien, 1er février 2001, p. 13

En fin d'après-midi, le visage rouge sous l'emprise de la colère, il a menacé certains magistrats avant de s'excuser en fin d'audience.

Roland Dumas finit par craquer.
EN FOOTBALL, cela s'appelle relâcher la pression dans les arrêts de jeu. Et cette faute coûte souvent très cher. Roland Dumas va s'asseoir, après son ultime interrogatoire. Durant deux semaines d'audience, il s'est efforcé de donner de lui l'image exemplaire de l'ancien ministre des Affaires étrangères modèle, de l'ex-amant au coeur tendre, et de l'avocat respectueux de la justice… Mais, en quelques secondes, brutalement, le masque tombe. Son visage est rouge. Il ne sourit plus, et la main pointée en direction du procureur de la République, il hurle cette phrase terrible : « Un jour, je vais m'occuper, moi, de certains magistrats. » « Des menaces ? Madame la greffière, notez la phrase », réagit Sophie Portier, la présidente du tribunal. « Vous verrez ce qui se passera ! J'ai une liberté de parole dans ce pays, j'en ai assez, cinq ans que cela dure ! », continue Roland Dumas, hors de lui, que son avocat s'empresse de calmer. L'audience est suspendue dans un brouhaha. L'ancien président du Conseil constitutionnel a-t-il senti que la partie allait lui échapper ? Probable. Avant cette sortie de route, Roland Dumas était à la peine dans le volet des statuettes. A la barre, Christine Deviers-Joncour raconte comment, sur les conseils de son amant, en décembre 1990, elle achète lors d'une vente aux enchères treize terres cuites antiques 274 000 F (41 771 euros).
«C'était avant Noël. Roland Dumas m'avait demandé de n'acheter que cinq ou six statuettes, il est étonné en en voyant treize. Je lui dis que c'est un cadeau. » Le ministre accepte six statuettes sans poser de question sur l'origine des fonds. « Elle aurait pu dévaliser une banque… », suggère Sophie Portier. « Ce n'était pas mon problème », répond Dumas, sèchement. Voilà six statuettes grecques dans la vitrine de son bureau. « Il m'a dit : C'est la première fois qu'une femme me fait un tel cadeau », raconte Christine Deviers-Joncour, de sa voix douce de petite fille. La suite est pourtant assassine. « Je lui ai dit, mais ce n'est pas moi, Roland, c'est Elf !»
L'enquête lui donne raison. Alors, Dumas s'enlise, chausse et déchausse ses lunettes nerveusement. « Il ne faut pas prendre tout ce que dit M m e Deviers-Joncour pour parole d'Evangile », ironise-t-il. « Je lui ai fait à cette époque de très beaux cadeaux », dont un « joli dessin de Picasso », raconte-t-il comme pour nuancer la valeur des statuettes. D'ailleurs, le Picasso a été revendu… 400 000 F (60 979 euros). « Mais personne ne doute de votre surface financière », réplique le procureur. L'audience est presque terminée. « Pas d'autre question ? », demande la présidente. Le procureur Jean-Pierre Champrenault se lance assez timidement. « Si. J'aurais aimé que M. Dumas puisse s'expliquer sur l'origine des espèces (10 MF soit 1,524 million d'euros) retrouvées sur ses comptes. Jusqu'ici, ses explications n'ont pas été convaincantes. » Son avocat, Me Farthouat, voit le piège : « Ce n'est pas dans la procédure reprochée à mon client, il n'a pas à répondre. » « Effectivement, il n'est pas établi que ces fonds viennent d'Elf, réagit le procureur sans se démonter, mais il n'est pas établi qu'ils ne viennent pas d'Elf. » Roland Dumas reste assis. « Vous nous avez dit que vous souhaitiez lever toute suspicion », s'étonne Sophie Portier.

« Tous les moyens, les petits et les grands, ont été utilisés contre moi »
L'ancien ministre se traîne à contrecoeur jusqu'à la barre. Il gronde. « Tous les moyens, les petits et les grands, ont été utilisés contre moi. On a fouillé sur quinze ou vingt ans mes comptes, ceux de mes enfants, de mes petits-enfants… Tout cela pour salir un homme public ! Je ne répondrais pas ! » Maintenant, il crie en regagnant son banc. « C'est une honte ! » « Je vous en prie », bredouille le procureur. « Vous n'avez pas à me plaindre, je n'ai que faire de vos prières », éructe Dumas avant de menacer de « s'occuper de certains magistrats ». Faute. Une heure plus tard, penaud, il présentera ses excuses.

02 février 2001 : Coup de théâtre très opportun : Alfred Sirven est arrêté aux Philippines ...

03 février 2001 : surprise, Alfred, a fait un détour par l'Allemagne, du fait du gouvernement français, qui a préféré qu'il prenne un avion allemand plutôt qu'Air France, mais il souhaite être extradé rapidement ... les allemands lui posent quand même quelques questions ...

07 février 2001 : Alfred Sirven (prononcez Sirven, et non pas Sirvenn, comme Jospin et non pas ...) comparaît brièvement devant le tribunal correctionnel. Les prévenus le congratulent et/ou l'embrassent ... La présidente rappelle à l'heureux retraité les faits qui lui sont reprochés. Son avocat demande la remise en liberté. Le substitut est contre ... Suspension de séances. Alfred Sirven s'entretient, sous le regard d'un garde, et de Christine, avec M. Loïk Le Floch-Prigent, son ancien patron, et André Tarallo, le rival ... La cour est de retour : le procès est remis au 12 mars. Alfred reste en prison :"en raison de l'absence de garanties de représentation, du trouble causé à l'ordre public et afin d'empêcher toute concertation avec les témoins et les coprévenus". Rigolades ...

12 mars 2001 : Alfred Sirven refuse de comparaître, l'affaire des frégates de Taïwan n'étant pas jointe ...

Le 19 mars 2001 le procureur compare les techniques d'Elf à celles de la Mafia.

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30 mai 2001
Six mois ferme pour Roland Dumas. Deviers-Joncour, Sirven, Le Floch-Prigent également condamnés à de la prison ferme. Tous font appel.
Par KARL LASKE, Libération, Le jeudi 31 mai 2001, p. 2

Roland Dumas et Christine Deviers-Joncour ont finalement été unis. Pour le pire. Hier, Sophie Portier, la présidente de la 11e chambre du tribunal correctionnel, visage blanc, yeux cernés par la fatigue, a annoncé leur condamnation à de la prison ferme. L'ancien président du Conseil constitutionnel écope de 30 mois de prison, dont 6 mois ferme. Son ex-amie prend 3 ans, dont 18 mois ferme. Un million de francs d'amende pour lui, un et demi pour elle (respectivement 152.000 et 228.000 euros). Roland Dumas s'est rassis. Il s'est tourné vers son avocat, l'air de ne pas comprendre. «Six mois de prison», lui a répété Me Jean-René Farhouat. Dumas s'est retourné vers le tribunal. Il a eu un léger mouvement de recul sur son banc. Debout, Christine Deviers-Joncour a tordu ses mains dans le dos. Pas de larmes aujourd'hui. Visage affligé seulement. Les volets de la salle d'audience sont tirés à cause du soleil. Ambiance huis clos. La présidente annonce l'absence d'Alfred Sirven, qui a refusé une nouvelle fois d'être extrait de sa cellule de la prison de la Santé.

Fermeté.
Coutume, elle ne lit pas les 70 pages de jugement. Elle énonce seulement les peines, l'une après l'autre. Loïk Le Floch-Prigent, l'ancien PDG d'Elf-Aquitaine, passe le premier, symboliquement. Trois ans et demi d'emprisonnement et 2,5 millions d'amende pour lui (380.000 euros). Alfred Sirven, son «ancien bras droit» selon l'expression du tribunal, vient après. Ses trois avocats - Mes Pierre Haïk, Jean-Pierre Gastaud et Eric Turcon - ouvrent grandes leurs oreilles. «4 ans de prison ferme, et 2 millions d'amende» (304.000 euros), annonce Sophie Portier. La fermeté ne les surprend pas, mais ils espèrent encore que le placement en détention ne sera pas confirmé. Les possibilités de négociations avec les juges d'instruction - et de remise en liberté - resteraient ouvertes. C'est l'échec, une fois de plus. «Le tribunal ordonne son maintien en détention pour garantir sa mise à disposition de la justice», déclare la présidente.

Gilbert Miara, l'autre ami de Christine, metteur en scène des virements bancaires, est entré dans la salle, yeux rieurs. Il est condamné à 18 mois de prison ferme, et un million de francs d'amende (152.000 euros). Deux prévenus sont vernis. André Tarallo, l'ex-monsieur Afrique du groupe Elf, signataire de l'un des contrats de travail de Deviers-Joncour, est tout simplement relaxé. Ainsi que Jean-Jacques Vauchez, ancien directeur d'Elf-Aquitaine International, signataire d'une autre embauche fictive.

Les condamnés sont sonnés. Dumas et Le Floch vont sortir par une porte dérobée. Deviers-Joncour prend quand même la grande porte, mais sans rien dire, suivie par ses proches et son éditrice. Les avocats seuls affrontent les caméras. Argumentent déjà sur l'appel qu'ils vont former. Les juges ont suivi, en les atténuant légèrement, les réquisitions de fermeté du procureur Jean-Pierre Champrenault. «La décision est lourde pour les autres prévenus», commente Me Pierre Benoliel, défenseur de Tarallo. «Ce jugement est d'une sévérité exemplaire, estime l'avocat de Vauchez, Me Francis Chouraqui. Rien dans cette affaire ne prouve clairement la culpabilité de M. Dumas. Soit il est coupable, et il mérite cinq ans ferme, soit il ne l'est pas et il devrait être relaxé. C'est un jugement d'intuition, d'intime conviction.» «C'est un jugement de Salomon, approuve Me Jean-Yves Lienard, défenseur de Gilbert Miara. Mi-figue, mi-raisin. Il était impossible au tribunal de désavouer les juges du pôle financier.»

Réévaluation.
Malgré leur coup de bâton, les juges, trois femmes, ont revu les charges à la baisse. Elles n'ont condamné Roland Dumas que pour «recel d'abus de biens sociaux», et non plus pour «complicité». La preuve d'un rôle actif de Dumas pour faire obtenir un appartement à Deviers-Joncour n'est pas apportée, selon elles. Par ailleurs, elles ont réévalué le recel à 800.000 francs contre 8 millions chiffrés par les juges d'instruction. Addition stricte des déjeuners, des bottines, et autres faveurs, comme la valeur d'usage de l'appartement de la rue de Lille. «90 % des reproches faits à M. Dumas ont été écartés», estime carrément Me Farthouat, pour qui la condamnation de Dumas est «anormale» et «décevante». Mais les magistrates de la 11e chambre ne s'en tiennent pas aux recels. Elles voient au-delà. Dans leurs attendus, Roland Dumas a «résolument franchi les limites de la loi pénale». «La connaissance toute particulière qu'il a eue du caractère illicite de la fortune acquise par Christine Deviers-Joncour grâce à son passage chez Elf aurait dû lui interdire d'en tirer le moindre avantage», écrivent-elles. Au moment des faits, Dumas n'était pas n'importe qui. Il était ministre des Affaires étrangères. Au moment de l'information judiciaire, il siégeait à la présidence du Conseil constitutionnel. «Il convient de tenir compte dans l'appréciation du quantum (ndlr, niveau) de la peine des fonctions qu'il a occupées dans la vie de l'Etat et dans le monde judiciaire, lesquelles n'ont pu qu'aiguiser sa conscience du contenu de la règle de droit», signalent les juges pour justifier la prison ferme.

Pertinence.
«C'est un jugement qui fait plus de la morale que du droit, estime Me Olivier Metzner, l'avocat de Le Floch. Il fallait forcément que des hommes - et donc le président d'Elf - soient responsables de tout.» Me Metzner s'indigne qu'on juge «invraisemblable» que «la rumeur» de l'achat de l'appartement ne soit pas «venue aux oreilles» de Le Floch. Cela ne remplace pas une bonne preuve. L'avocat d'Elf, Me Emmanuel Rosenfeld, est, seul, vraiment satisfait. «Ce jugement montre que les pratiques découvertes dans l'affaire Elf étaient le fait d'une petite bande, et non du groupe», estime-t-il.

«Injustice».
Dans la bande, Christine Deviers-Joncour encaisse plus qu'elle n'avait prévu: ses 18 mois ferme signifient (entre détention provisoire déjà accomplie et libération conditionnelle) au moins trois mois de détention supplémentaire. Alors que certains qualifient sa condamnation d'«indulgente», son avocate trouve la condamnation «injuste». N'a-t-elle pas rendu l'argent? «Ça ne va pas inciter les prévenus à faire œuvre de justice», pronostique-t-elle. Les condamnés devront régler solidairement la somme de 64 millions de francs de dommages et intérêts (9,8 millions d'euros). 45 (6,9) environ étant sous séquestre. Il en reste 19 (2,9) à rendre.

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Extraits du jugement rendu par le tribunal correctionnel le 30 mai 2001

Loïk Le Floch-Prigent, 3 ans et demi ferme, 2,5 millions d'amende.
«Il est très révélateur que Loïk Le Floch-Prigent qui s'est attaché à démontrer qu'il avait été étranger au circuit de détournement, n'ait pas tenu à développer la thèse selon laquelle sa confiance aurait été abusée. (...) Les déclarations d'André Tarallo selon lesquelles chacune des commissions versées faisaient l'objet de discussions portant tout à la fois sur les développements à en attendre et sur l'identité des bénéficiaires, rendent aussi peu vraisemblable la thèse de la trahison que celle de l'erreur. (...) Il convient de conclure que Loïk Le Floch-Prigent, dont on rappellera la proximité constante avec Alfred Sirven, a permis à ce dernier d'opérer des détournements selon une procédure impliquant nécessairement son accord.»

Alfred Sirven, 4 ans ferme, 2 millions d'amende.
«Il ne saurait créer le moindre doute sur le rôle déterminant qui a été le sien. Unique interlocuteur de Christine Deviers-Joncour et Gilbert Miara, il a été l'artisan principal des détournements dont ceux-ci ont bénéficié. (...) Le premier versement destiné à financer une "clef en or" (l'appartement, ndlr) même s'il n'a pas été réellement le prix du soutien apporté à la nomination de Loïk Le Floch-Prigent, a permis à Alfred Sirven de s'attacher durablement, sinon les services, du moins la reconnaissance de Christine Deviers-Joncour et de tirer tous les avantages de sa proximité avec Roland Dumas.»

Roland Dumas, 30 mois dont 6 ferme, 1 million d'amende.
«Même si la promesse de la "clef en or" faite par Alfred Sirven a été rapportée par Christine Deviers-Joncour à Roland Dumas, on ne peut estimer que les allusions que ce dernier a pu faire à ce sujet plusieurs mois après la nomination de Loïk Le Floch-Prigent constituent des instructions susceptibles de caractériser un acte de complicité, étant rappelé que l'intervention de Roland Dumas dans ladite nomination n'est pas démontrée. (...) Roland Dumas n'a évidemment pas ignoré que Christine Deviers-Joncour à laquelle il avait été donné carte blanche pour choisir l'appartement répondant à ses convenances (...) en était la réelle propriétaire. Il l'a d'autant moins ignoré que seuls les liens qu'il a entretenus avec Christine Deviers-Joncour alors qu'il était ministre d'Etat expliquent que celle-ci ait bénéficié non seulement d'embauches mais de cet avantage tout aussi indu. (...) Roland Dumas n'a pas ignoré que les fonds ayant permis à Christine Deviers-Joncour de financer un train de vie coûteux provenaient également de son passage chez Elf.»

Christine Deviers-Joncour, 3 ans dont 18 mois ferme, 1,5 million d'amende.
«Il n'est pas crédible qu'elle ait imaginé que les 45 millions de francs qui lui ont été versés aient pu provenir des économies personnelles d'Alfred Sirven (...). Elle a parfaitement eu conscience de l'origine illicite de ces fonds, ayant déjà pu constater à l'occasion du premier versement la liberté totale dont disposait Alfred Sirven pour se servir de la trésorerie d'Elf.».

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Roland Dumas contre-attaque. Trois semaines après sa condamnation à 30 mois de prison, l'ancien président du Conseil constitutionnel s'est décidé à reprendre l'offensive. Il fait des révélations sur les affaires des frégates de Taïwan et de la raffinerie de Leuna. Il met également en cause Elisabeth Guigou. Entretien exclusif du Figaro.
Propos recueillis par Caroline Brun, Eric Decouty et Alexis Brézet. Publié le 18 juin 2001, page 9

LE FIGARO.
- Deux semaines après votre condamnation, et après avoir fait appel, quelles leçons tirez-vous du jugement qui a été prononcé contre vous ?

Roland DUMAS.
- Il convient de replacer ce jugement dans son contexte. Il aura fallu quatre années d'un combat soutenu pour arriver à faire apparaître quelques vérités qui me procurent certaines satisfactions. Tout d'abord, le procureur de la République a été obligé de reconnaître que je n'avais pas reçu d'argent ni dans l'affaire Elf ni dans l'affaire Thomson. De même, toutes les légendes qui ont couru pour expliquer que Mme Deviers-Joncour venait mettre de l'argent sur mon compte, se sont évanouies. Ensuite la démonstration a été faite que je n'étais pour rien dans la nomination de Loïk Le Floch-Prigent à la tête d'Elf et que par conséquent j'étais exonéré de toute charge de complicité avec les autres protagonistes de ce dossier.
Le procureur de la République a également reconnu publiquement que je n'avais jamais changé d'opinion sur l'affaire des frégates. C'est capital pour mon honneur, et cela aura des conséquences pour la suite.
Au bout du compte, il ne reste qu'une histoire de paire de chaussures, de statuettes et le fait d'avoir fréquenté un appartement qui n'était pas ma propriété et que je n'ai jamais habité. Cela étant, je ne me réjouis pas de ce jugement qui m'a fait l'effet d'une douche froide. Mais les douches froides, dans un premier temps, cela suffoque, ensuite, cela décuple les énergies ! C'est pourquoi nous avons fait appel. Nous allons continuer à travailler en attendant sereinement la suite, aidé par le bâtonnier Jean-René Farthouat.

Qu'est-ce qui vous permet d'être aussi serein ?
Je crois que pour les juges, il était difficile que je sois le seul bénéficiaire d'une exonération totale. Vis-à-vis de l'extérieur, et notamment de la presse, ils n'ont pas osé blanchir un homme politique. Alors, ils en ont rajouté. Lisez bien la dernière phrase du jugement me concernant. Il y est écrit: «Il convient de tenir compte des fonctions que Roland Dumas a occupées dans la vie de l'Etat et dans le monde judiciaire, lesquelles n'ont pu qu'aiguiser sa conscience du contenu de la règle de droit.» Ça, c'est de la morale, pas du droit ! A ce compte-là on aurait pu aussi me reprocher de mener une vie dissolue ou de ne pas aller à la messe tous les dimanches ! Cela revient tout simplement à dire que je n'ai pas été traité comme un citoyen ordinaire. Ma carrière politique est donc considérée comme une circonstance aggravante...

Comme d'autres protagonistes du dossier, vous avez affirmé que l'affaire vous concernant ne pouvait être jugée indépendamment du dossier des frégates de Thomson. Vous avez même déclaré publiquement que ce marché avait donné lieu au versement de faramineuses rétrocommissions...
J'ai toujours envie d'enquêter, j'enquête. J'ai envie d'en parler. Je parlerai. Sur le premier point, je préférerais que la justice le fasse à ma place. Or je constate que cette justice ne veut avancer ni sur l'affaire Elf ni sur l'affaire des frégates. Elle a pris deux ou trois victimes expiatoires (dont moi) et a tiré le rideau.
Pourtant, l'affaire des frégates mérite des investigations. Celles-ci permettront de faire la démonstration que les commissions évaluées à 500 millions de dollars dont 70% sont repartis de Taïwan - et je tiens le chiffre de la meilleure source - ne devaient pas être payées, puisque le contrat était déjà conclu. En fait ces commissions étaient destinées à quelques personnalités - politiques ou autres, en France et peut-être ailleurs - qui n'ont pas du tout intérêt à ce qu'on lève le voile. Ma demande est claire : qu'on se décide une fois pour toutes à lever le secret défense sur l'affaire Elf comme sur Thomson. Je n'en demande pas plus mais je n'en demande pas moins. On s'apercevra alors que ceux qui ont crié le plus fort ne sont pas les moins concernés...

Selon vous les juges ne veulent donc pas enquêter sur cette affaire ?
Je sais que le parquet a tous les éléments et qu'il ne fait rien. J'ai également entendu à l'audience, le directeur de la succursale du Crédit lyonnais à Taïwan, expliquer qu'il avait vu passer les ordres de virement, qu'il avait vu ressortir l'argent... Cela a-t-il intéressé quelqu'un ? Est-ce que le procureur de la République s'est levé ? A-t-on transmis les déclarations de ce banquier au juge qui est censé instruire ce dossier ? Non.

Comment expliquez-vous cette attitude ?
Par une raison majeure. Il existe dans le contrat des frégates entre Thomson et Taïwan, une clause indiquant que si on découvre qu'une commission a été versée à l'occasion de ce marché, elle doit être immédiatement restituée. Thomson devrait donc reverser les sommes correspondantes à ces commissions. L'entreprise, qui possède naturellement un exemplaire de ce contrat, n'a donc aucun intérêt à ce qu'il soit dévoilé, bien au contraire.
Un jour, j'ai demandé aux juges d'instruction pourquoi elles ne s'intéressaient pas à cette affaire Thomson et, à ma grande stupeur, on m'a répondu : «Mais enfin, un ancien ministre de la République qui met en cause une grande entreprise nationale...» Je suis donc arrivé à la conclusion que la justice ne veut pas aller jusqu'au bout du chemin qui conduit à la vérité. Il y a peut-être là pour une part le désir de préserver d'intérêt supérieur du pays ; il y a peut-être aussi la volonté de protéger ceux qui sont encore aux commandes... Beaucoup de gens ne veulent pas que la vérité sorte. Ce sera pourtant l'enjeu des prochaines semaines.

Savez-vous quels ont été les destinataires des rétrocommissions ?

J'ai quelque idée sur les circuits et les personnes. Les intéressés savent que je sais.

Pourquoi refusez-vous de révéler leurs noms ?
D'une part, je n'ai pas toutes les preuves formelles, et d'autre part, j'attends de voir comment les choses vont se passer. En escrime, c'est ce qu'on appelle «l'attaque sur la marche» : l'adversaire avance, vous le laissez avancer et c'est lui qui s'embroche.

Il ressort pourtant du dossier que le feu vert au paiement de ces commissions par Thomson a été donné par François Mitterrand...
Je vous l'ai dit : on a greffé sur un contrat déjà conclu un dossier de commissions qui n'avait aucune raison d'être et on a trompé à l'époque mes amis qui ont donné le feu vert. Je sais qu'il en a été référé au président de la République qui a dit : «Il faut verser ces commissions.» Ils ont été trompés. Si on avait dit à François Mitterrand que le paiement de ces commissions était inutile, il n'aurait jamais donné son aval. Il a cru que c'était dans l'intérêt de la France.

Aviez-vous été informé de cette histoire ?

Jamais ni moi ni le Quai d'Orsay ne sommes intervenus. Les affaires de commissions étaient traitées par trois personnes : le président de la République, le ministre des Finances, et le secrétaire général de l'Elysée.

Loïk Le Floch-Prigent a reconnu l'existence d'un «système Elf», mis en place dès la création de la société dont les plus hautes autorités de l'Etat auraient eu connaissance... Je n'ai jamais eu directement connaissance du versement de commissions. Mais j'ai toujours entendu dire dans les milieux gouvernementaux, même à l'époque où j'étais dans l'opposition, que Elf était une des vaches à lait de la République. Qu'elle servait à avoir de bonnes relations avec les chefs d'Etat africains, que ceux-ci entretenaient des liens avec certains partis politiques français et que tout cela permettait d'irriguer certains réseaux et de financer certaines personnes. C'était connu. Le système était en place depuis très longtemps.

Parmi les multiples volets de l'affaire Elf, figure le dossier Leuna, qui aurait pu donner lieu à un financement occulte de Helmut Kohl. Que savez-vous de cette affaire ?
L'affaire Leuna ? Je l'ai découverte après mon départ du gouvernement. Il faut se replacer dans le contexte là également. A l'époque, nous avions une véritable politique franco-allemande et nous avions pris ensemble un certain nombre d'initiatives en direction des pays de l'Est. Un grand projet dans le domaine industriel portait sur le rachat de la raffinerie de Leuna par un grand groupe français. Ce projet, Le Floch y avait souscrit avec l'appui de Mitterrand. Quand Le Floch est parti, Philippe Jaffré a renoncé cette affaire à la grande déception des Allemands. Kohl est alors intervenu personnellement auprès de Mitterrand et auprès de Balladur pour qu'on ne casse pas cet outil de la politique franco-allemande dans les pays de l'Est. Finalement l'affaire s'est faite. J'ignore toute la suite.

Reste le versement des commissions occultes ?
Mitterrand a souscrit à tout le projet, y compris peut-être au versement des commissions, parce qu'il considérait que c'était utile pour la France. Mitterrand m'a souvent dit «l'Europe se fera autour de la France et de l'Allemagne, j'ai confiance en Kohl. Après lui je ne sais pas qui viendra». Donc, l'intérêt commandait d'aider Kohl et c'est probablement ce qui s'est passé à l'époque. Quand Le Floch raconte qu'il était allé consulter le président et que tout l'environnement de l'Elysée était informé de cette affaire : Mme Guigou, M. Védrine, c'est sûrement la vérité. Edouard Balladur qui était premier ministre a également donné son accord parce que c'était dans l'intérêt de la France et je remarque que l'ancien premier ministre n'a jamais été interrogé sur ce sujet. Quel mal y aurait-il à souhaiter la réélection d'Helmut Kohl, voire à l'aider - l'imagination est libre ?... Sur ce point-là aussi, je demande que l'on lève le secret défense.

Il y aurait donc d'après vous une grande hypocrisie de la part de certaines personnalités politiques ?
Si vous voulez dire que je paie pour Mme Guigou, je ne peux pas vous démentir. Si elle est de ceux qui ont transmis l'ordre de Mitterrand à Le Floch en disant «il faut signer», et que l'on ne retient de tout cela qu'une histoire de paire de chaussures, c'est dérisoire et terrifiant.

Vous semblez en vouloir particulièrement à Elisabeth Guigou...

Il n'y a rien de personnel, mais elle a été garde des Sceaux durant toute cette période et je pense qu'elle n'a pas toujours contribué au bon fonctionnement de la justice. Un certain nombre de magistrats, pas tous, se complaisent à élargir hors de tout contrôle leur champ de compétences. Certains milieux applaudissent quand ils font passer le pouvoir politique sous leurs fourches caudines. Si le pouvoir judiciaire y trouve son compte, le pouvoir politique aussi, mais en se dissimulant derrière un certain habillage. L'habillage a été de dire, comme Elisabeth Guigou: «Je n'interviens pas, le parquet est libre.» Chacun sait que c'est un leurre... Vous ne trouvez pas curieux, par exemple, qu'on ne fasse aucune investigation sur M. Moatti. Pourquoi ? Est-ce parce qu'il n'était pas un ami proche de Mitterrand ? Il y a des affaires sur lesquelles on pousse les investigations et d'autres où on les retient.
Je vais prendre un autre exemple me concernant. Lorsqu'un journal a publié le réquisitoire du procureur de la République de Paris avant même que celui-ci ne soit versé au dossier d'instruction, un délit a été constitué et ce procureur l'a admis. Pour autant, il n'a pas été poursuivi. Or aujourd'hui, j'entends le procureur de la République de Nice déclarer que lorsqu'un magistrat commet un délit, il doit en rendre compte à la justice et je constate que Madame Lebranchu saisit immédiatement le CSM de cet incident. Il y a une différence notoire de comportement entre le Garde des sceaux d'aujourd'hui et son prédécesseur...

On ne peut tout de même pas accuser Elisabeth Guigou de faire la guerre aux mitterrandistes...
Les gens de cour savent évoluer...

Malgré les reproches que vous faites au système judiciaire, ne croyez-vous pas que les «affaires» ont permis d'apporter un peu plus de transparence à la vie publique ?
Certainement, c'est d'ailleurs la gauche qui a fait voter les premiers textes sur le financement politique.
N'oubliez pas que j'ai présidé le Conseil constitutionnel et que j'ai examiné les comptes de campagne des candidats. J'ai noté une nette amélioration dans les dépenses entre l'élection présidentielle de 1988 et celle de 1995. Les choses sont plus raisonnables. Les hommes politiques ont compris. Mais cela ne doit pas servir de camouflage. Il y a certaines pratiques qui subsistent, et pour dissimuler ces pratiques, on n'hésite pas à choisir un bouc émissaire, surtout un ancien ministre. Aujourd'hui, malgré la multiplication des procédures, je constate que les vraies affaires passent encore à travers les gouttes. Ce n'est pas un problème de texte, mais de pratique.

Comment se sont comportés les hommes politiques à votre égard au lendemain du jugement ?
J'ai reçu de nombreux témoignages d'amitié. Beaucoup de «mitterrandistes» naturellement. Je crois que les autres étaient assez contents de voir que la mitterrandie avait pris un coup. Beaucoup d'amis de la Résistance et de la guerre m'ont également soutenu. J'ai également reçu des signes de gens issus de partis qui ne sont pas proches du mien. Quant aux autres, sans doute étaient-ils occupés ailleurs...

Que pensez-vous de la proposition de réforme constitutionnelle sur l'immunité du chef de l'Etat ?
Je considère qu'il est extrêmement dommageable de toucher à tout propos à la Constitution, surtout quand cela ne s'impose pas. C'est une réforme de circonstances qui n'a de surcroît aucune chance d'aboutir. Je crois qu'il s'agit avant tout de barrer la route à un agitateur (NDLR: Arnaud Montebourg) qui n'est pas sans talent mais dont le raisonnement juridique n'est pas à la hauteur des résonances médiatiques... Sur le fond, si le président de la République n'est pas au-dessus des lois, il semble normal qu'il bénéficie d'un privilège de juridiction durant son mandat. Redevenu simple citoyen, il peut parfaitement comparaître devant une juridiction ordinaire. Quant à la prescription, c'est un faux problème. On peut toujours l'interrompre. J'ai l'impression qu'avec toute cette histoire, on prend un marteau pilon pour écraser une mouche.

Jospin trotskiste, cela vous inspire un commentaire ?
Ce n'est pas un scoop : l'information circulait depuis quelques années. Le problème, c'est le mensonge.

Et l'accusation d'entrisme au PS... .
Cela sera plus sérieux.

Comment jugez-vous le fonctionnement de la cohabitation ?
La cohabitation, c'est comme l'éternité : long, surtout à la fin ! On ne peut pas faire grand-chose pour l'éviter mais sur beaucoup de sujets, on voit bien que ce n'est pas un bon système. Prenez l'Europe. Aujourd'hui, il n'y a plus d'élan. Le moteur franco-allemand est en panne. L'échec de Nice s'explique en grande partie par la cohabitation : ce que l'un voulait, l'autre ne le voulait pas. Et l'initiative institutionnelle de Schröder ? Il y a quelques années la France l'aurait aussitôt relayée pour en faire un grand projet commun. Mais là, rien, comme si la France n'avait pas d'avis. Et pourtant Schröder, est venu trois fois à Paris : la première fois Chirac lui a dit : «Bravo»; la deuxième fois Jospin lui a dit : «Je dois tenir compte de ma majorité»; la troisième fois Védrine a conclu : «Je suis coincé entre Chirac et Jospin.» Résultat : Schröder a lancé son projet fédéral européen seul. C'était pourtant une formidable occasion de faire revivre cette union entre la France et l'Allemagne et de faire évoluer nos institutions vers plus de décentralisation à l'image de la structure fédérale allemande.

Vous estimez que la France devrait s'engager plus fortement sur la voie européenne...
Mais oui ! Le lancement de l'euro est une occasion formidable de faire progresser le sentiment européen. Contrairement à ce qui se dit, je suis d'ailleurs persuadé que les choses vont bien se passer. Les responsables politiques devraient profiter de la campagne pour dire la vérité aux Français.
Nous ne sommes plus en 1792, le carcan jacobin doit sauter. L'avenir est à la décentralisation et à l'Europe des régions. Pour cela, il faut que la France et l'Allemagne se remettent à marcher d'un même pas.

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Me Roland Dumas a été mis en examen courant juillet (2001) pour "complicité d'abus de confiance" dans une affaire liée à la succession du sculteur Giacometti. Il aurait perçu 2,4 millions de francs du commissaire-priseur Jacques Tajan, poursuivi pour "abus de confiance". Me Jean-René Farthouat, l'avocat de Roland Dumas, assure qu'il s'agit d'honoraires réguliers.
Le Parisien, 06 septembre 2001, p. 15.

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Roland Dumas reprend la robe

ROLAND DUMAS, ancien avocat et ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, doit plaider ce matin aux assises du Loiret, à Orléans, pour défendre Adam Kasic, un jeune homme d'origine yougoslave soupçonné d'avoir braqué une banque. Selon M e Maurice Missistrano, l'autre avocat de Kasic, « Roland Dumas a accepté avec enthousiasme cette défense, parce qu'il s'agit d'une affaire de principe et qu'il existe un doute extrêmement sérieux sur la culpabilité de l'accusé ». L'ancien ministre, condamné en première instance à six mois de prison ferme dans l'affaire Deviers-Joncour, doit être rejugé en appel en mars prochain. « Je suis un homme libre et disponible » : en plaidant cet après-midi devant une cour d'assises, à 79 ans, il entend démontrer qu'il n'a rien perdu ni de sa volonté ni, peut-être, de son talent . Sur ce point en tout cas, il sera fixé ce soir après le verdict.

« Il est question de doute et de liberté individuelle »
Les faits remontent à août 1998. L'agence bancaire de Châlette-sur-Loing, près de Montargis ouvre à peine. Il est tôt. Un homme entre dans l'agence et réclame à la caissière le contenu de la caisse. 30 000 F changent de main en quelques minutes. Signe distinctif, la caissière remarque que le bras de l'agresseur est protégé par une bande médicale tachée d'un produit rouge. Un témoin, policier en civil, affirmera aux enquêteurs que, deux jours avant le braquage, il a aperçu devant la banque un repris de justice qu'il connaît : Adam Kasic. Celui-ci habite un squat avec son frère Thierry, lui aussi fiché au grand banditisme. Sur place, les policiers retrouveront des bandes médicales et la même teinture rouge. Puis, lors de l'enquête, la caissière reconnaîtra Adam Kasic. Pour la justice, des charges suffisantes qui conduisent aujourd'hui Adam Kasic, âgé de 34 ans, devant une cour d'assises pour hold-up.
Mais l'homme, actuellement détenu à la maison d'arrêt d'Orléans pour une autre affaire, nie en bloc. Il y a un mois, juste avant le procès, il fait appel à M e Missistrano. « Ce dossier est exemplaire, plaide l'avocat, personne ne reconnaît formellement mon client et, en plus, il a un frère qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Il existe donc un doute extrêmement sérieux sur sa culpabilité. » Voilà une quinzaine de jours, Me Missistrano décide à son tour de contacter Roland Dumas, qu'il connaît de longue date. « Sa présence m'a semblé utile puisqu'il est question de doute et de liberté individuelle, assure M e Missistrano. Il connaît maintenant très bien le dossier et il plaidera seul. »
Adam Kasic doit donc faire la connaissance de son nouvel avocat ce matin devant la cour d'assises. Ultime clin d'oeil de l'histoire, en 1968, le ténor du barreau Roland Dumas avait défendu un autre Yougoslave, Alexandre Markovic, le frère de Stephan Markovic, ancien garde du corps de Delon retrouvé assassiné dans une décharge près de la maison de campagne des Pompidou. Une affaire jamais élucidée. Adam Kasic, trop jeune pour s'en souvenir, avait un an à l'époque. Et Roland Dumas, toute la vie devant lui.
Laurent Valdiguié, avec Renaud Domenici, Le Parisien , lundi 17 décembre 2001, p. 16

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Dumas le ténor n'a pas sauvé le petit braqueur

CETTE FOIS-CI, Roland Dumas est du bon côté du box. Même sourire charmeur, même éloquence brillante, même stylo en or pour prendre des notes, mais ce n'est plus le prévenu Dumas Roland, condamné en première instance à six mois de prison ferme dans l'affaire Elf en mars dernier. Nous sommes à Orléans devant la cour d'assises, et Me Roland Dumas, en robe noire bardée de décorations, déploie toute son énergie pour défendre Adam Kasic, 35 ans, accusé de vol à main armée. On est loin de l'affaire Elf, de ses millions détournés, de ses bottines à 11 000 F et de ses comptes off-shore. Montant du butin ? 34 015 F, volés à la Banque populaire de Châlette-sur-Loing, le 13 août 1998. Le verdict est tombé hier soir. Adam Kasic a été condamné à six ans de prison ferme. Roland Dumas, qui demandait l'acquittement, a décidément perdu la main.

Un dossier complexe
A la décharge de l'ancien président du Conseil constitutionnel, le dossier, d'entrée de jeu, s'annonce difficile. A 35 ans, Kasic, un grand gaillard brun tatoué sur les bras, a déjà été condamné à seize ans de prison pour une dizaine de larcins. « Il fait partie de la voyoucratie de Montargis », assure l'avocat général, Jean-Louis Boyet. Déserteur de l'armée de l'air, ayant quitté l'école en cinquième, Adam Kasic était en cavale au moment du braquage, sous le coup d'une condamnation à six ans dans une affaire de stupéfiants. « Dans tout homme, le plus noir soit-il, il y a toujours un trait de lumière qui permet d'espérer », promet Me Dumas, citant la célèbre écrivain Marguerite Yourcenar.
Sur les faits ? A la barre, la caissière de la banque reconnaît le jeune homme, « mais pas à 100 % ».
« Il ressemble plus que fortement à l'agresseur », ajoute-t-elle. « Les gens honnêtes n'ont jamais de certitudes », lance l'avocat général, réclamant contre « le nuisible Kasic », le « voyou » six à sept ans de prison, écartant par avance toute « sa salade » et ses discours d'innocence.
Roland Dumas se lève. La salle d'assises d'Orléans est pleine. « Son procès est en appel, il peut encore plaider », assure un badaud. Un autre dit « venir voir ses chaussures ». Dumas, l'éloquence intacte à 79 ans, fera vite taire les commentaires de fond de salle. Au procureur, qui assure être persuadé de la culpabilité de Kasic, il commence : « Si j'avais pensé un seul instant qu'il n'était pas indispensable de dénoncer le risque d'une erreur, je ne serais pas là. »
Sa plaidoirie ? L'accusation aurait écarté une à une, tous les éléments à décharge. La caissière n'a pas vu de tatouages sur les bras de l'agresseur. Kasic en a. Elle décrit un homme de 1,80 mètre. Il mesure 6 centimètres de plus. Mais surtout, l'unique empreinte digitale, retrouvée sur « l'Equipe », laissé sur place par le braqueur, n'est pas celle de l'accusé. Roland Dumas revient longuement sur le « climat familial ». Un dossier de femmes. Une mère, d'abord, qui assure que son fils est innocent et accuse à tort et à travers d'autres jeunes de Montargis. La concubine de Kasic qui jure qu'il était avec elle le matin du vol. La soeur de la concubine qui s'avère être la maîtresse de l'accusé. Un mystérieux corbeau enfin, « une voix de femme sans accent », qui met la police sur la piste du jeune homme.
Roland Dumas marque une pause. « Comment écarter l'hypothèse d'une vengeance ? dit-il. Au fond de cette affaire grave, il y a un psychodrame plus classique... Quelqu'un d'évincé qui veut se venger. » Roland Dumas suggère une embrouille familiale sur fond d'infidélité. « Le loup n'est pas celui que l'on pense », assène l'avocat, citant La Fontaine, « si ce n'est toi, c'est donc ton frère », et regrettant qu'aucune confrontation n'ait eu lieu entre la caissière et le cadet Kasic, Thierry.

Le tribunal, en une heure de délibéré, n'a pas suivi l'ancien ténor du barreau sur la voie du doute familial sur fond de querelles féminines. Pour ces 34 015 F, un bibelot à l'échelle de l'affaire Elf, Adam Kasic a été condamné, hier soir, à six ans de prison.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 18 décembre 2001, p. 17.

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« Le capitaine a bien été assassiné »

Ke Shih-Bin, ancien procureur chargé de l'enquête sur les frégates de Taïwan

L'AFFAIRE des frégates vendues par la France à Taïwan en 1991 non seulement fait l'objet d'une enquête en France pour « tentative d'escroquerie » au sujet des 160 millions de francs (24,5 millions d'euros) de commissions occultes initialement destinées à Alfred Sirven et à Christine Deviers-Joncour, les deux célèbres protagonistes de l'affaire Elf. Mais elle a aussi pris un tour criminel avec l'assassinat à Taïwan en 1993 d'un brillant officier, le capitaine Yin Chin-feng, chargé des achats stratégiques de la marine taïwanaise.
Le militaire a, peu avant sa mort, joué un rôle décisif dans la vente et le suivi du contrat des frégates vendues par la France. Un énorme contrat de 16 milliards de francs (2,5 milliards d'euros).

Pour la première fois, l'ancien procureur chargé de l'enquête, Ke Shih-bin, aujourd'hui avocat réputé, révèle comment l'armée taïwanaise a tout fait pour qu'un scandale impliquant de hauts responsables de l'île soit évité.

Vous avez enquêté sur la mort en décembre 1993 du capitaine Yin, un militaire de la marine taïwanaise chargé des achats de matériels, retrouvé noyé dans un port au nord-est de Taipei. Où en sont les investigations ?
Ke Shih-bin. La marine taïwanaise a tout fait pour étouffer l'affaire et on ne sait toujours pas, aujourd'hui, qui fut la dernière personne à voir le capitaine vivant. J'ai eu le plus grand mal à enquêter, puisque les militaires ont divisé le dossier en trois : un volet « corruption », qu'ils se sont attribué pour mieux couvrir les militaires impliqués, un volet « fuites du secret-défense », confié à un procureur de la capitale, et l'enquête sur le meurtre, qu'on m'a laissée.
A chaque fois que je faisais des demandes d'information à l'armée, je n'avais aucune réponse. Je n'ai pas pu obtenir qu'on me communique les enregistrements réalisés par le capitaine lui-même : dans les jours qui ont précédé sa mort, il avait enregistré un certain nombre de discussions.
Il voulait se couvrir, sans que l'on sache de quoi… Les cassettes que l'on m'a rendues avaient été effacées ! L'armée voulait que je privilégie la thèse du suicide. Alors que tout démontrait que le capitaine avait bien été assassiné.
Le Parisien, Propos recueillis par Laurent Léger, 3 avril 2002, p. 22

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L'avocat de Roland Dumas plaide la relaxe

C'EST LA PLAIDOIRIE de toute une carrière. Jean-René Farthouat, ancien bâtonnier de Paris, espère avoir convaincu la cour d'appel d'ordonner une relaxe de Roland Dumas et de donner ainsi un dernier coup de pied à « un dossier en perdition » comme il l'appelle. Un peu vieille école, résistant mal au plaisir d'un bon mot ou d'une digression, le massif Me Farthouat connaît bien son affaire. Roublard, il cache derrière une sympathique bonhomie ses craintes de vieil avocat à qui l'âge a appris qu'il fallait toujours se méfier de réquisitions clémentes… celles derrière lesquelles peuvent arriver les plus vilaines surprises.
Jean-René, comme l'appelle sa jeune associée, sait bien que les charges contre Dumas, au fil des audiences, se sont effritées. Mais il sait aussi que les derniers soupçons qui restent, pour cette dernière audience du dernier procès, seront aussi plus difficiles à éliminer. Il commence par régler ses comptes avec l'instruction d'Eva Joly et de Laurence Vichnievsky. « Une véritable chasse », dit-il. L'avocat évoque la perquisition devant les caméras. Il insiste sur « les deux heures les plus éprouvantes » de son « existence », lorsque, convoqué pour être mis en examen, Roland Dumas, encore président du Conseil constitutionnel, a dû attendre l'arrivée des juges.

Ces satanés « cadeaux »…

« On a monté un roman », dit-il, évoquant les « fausses pistes » de l'instruction : « La pendule du ministère, l'hôtesse de l'air, la veuve du général… » « Dans ce dossier si vide, chaque fois que passait à hauteur des deux juges la moindre rumeur qui pouvait noircir, salir Roland Dumas, on s'en est servi. » Le magot de Deviers-Joncour, lui, n'était pas imaginaire. « Toutes les fondations du dossier contre mon client se sont effondrées au cours des débats », assure M e Farthouat, persuadé que l'ancien ministre n'a été « en rien » dans la nomination de Le Floch à la tête d'Elf, ni dans l'embauche de Deviers au sein du groupe pétrolier. « Roland Dumas est aussi totalement étranger aux deux commissions, de 14 MF et de 45 MF, versées par Elf à Mme Deviers », dit-il.
Il reste ces satanés « cadeaux »… « Les bottines, c'est une histoire de corne-cul », balaie l'avocat. Les statuettes ? « Il ne savait pas que c'était de l'argent d'Elf. » Les restaurants et les voyages payés avec la carte bancaire d'Elf ? « Nous avons fait les calculs, dans 80 à 90 % des cas, M. Dumas n'était pas en France », martèle l'avocat, suggérant que Christine Deviers-Joncour ait bien pu « charger la barque ». L'appartement de la rue de Lille ? « Si quelqu'un y a habité, c'est plutôt M. Miara », l'autre amant de Deviers, « l'homme qui a évincé Roland Dumas », indique l'avocat. Me Farthouat va esquinter au passage l'ancienne maîtresse : « Elle aimait bien paraître, étaler ses relations », « elle a parfois avec la vérité quelques distances ». Sirven aussi en prend pour son grade : « Il a installé Deviers-Joncour sur un échiquier… et s'est dit que c'était pas sot de l'avoir dans sa manche. »
L'avocat a épuisé ses arguments, mais il sent bien, en bout de plaidoirie, qu'il reste ce sentiment persistant de « légèreté » de la part de son client. « Si vous estimez que le ministre des Affaires étrangères aurait dû être plus prudent, alors c'est une autre justice que la vôtre qui devrait trancher… celle de l'histoire », propose-t-il.
On n'a pas fini de parler de l'affaire Dumas.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 21 novembre 2002, page 17

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(26 février 2003) "Le Monde" est-il un danger pour la démocratie ?
Dans "La Face cachée du "Monde"", Pierre Péan et Philippe Cohen entendent "dénoncer les méthodes" d'un journal tenté par "l'abus de pouvoir permanent". Ils s'en prennent surtout à son équipe dirigeante qui, selon eux, serait animée par "le dénigrement et la détestation de la France".

Il y a deux ans, deux journalistes, Pierre Péan et Philippe Cohen, ont séparément décidé d'écrire sur Le Monde . En septembre 2002, un éditeur, Claude Durand, les a convaincus de fusionner leurs manuscrits. Le résultat est un livre-réquisitoire, en librairie mercredi 26 février, une semaine après avoir été lancé par L'Express qui, jugeant le sujet de haute importance et d'extrême urgence, a avancé d'un jour sa date de parution, en a fait sa "une", a publié douze pages de bonnes feuilles et les a fait précéder d'un éditorial de son directeur, Denis Jeambar.

Ces extraits n'ont donné qu'un aperçu partiel d'un ouvrage de 634 pages dont la quatrième de couverture donne le ton : "Usant de son pouvoir d'intimidation, Le Monde a insidieusement glissé de son rôle de contre-pouvoir vers l'abus de pouvoir permanent... Le danger est devenu d'autant plus grand pour la démocratie que Le Monde bénéficie encore de l'aura de son passé et qu'il demeure un média influent, voire dominant..."

La Face cachée du "Monde" s'attache à mettre en évidence ce danger qui menace la démocratie française, un journal donc : Le Monde . MM. Péan et Cohen le confient dès l'introduction : là où d'autres, trop modérés ou circonspects, s'en tiennent, dans leurs critiques du Monde et de ses dirigeants, "au domaine des goûts et des idées", ils vont, eux, s'efforcer d'en "dénoncer les méthodes". Ils ne s'en tiendront pas à l'apparente réalité, ils dévoileront l'imposture cachée.

Et c'est peu dire que leur tableau est sombre. Là où les salariés et les lecteurs du Monde pensent être les acteurs ou les témoins d'une aventure collective, menée au nom du professionnalisme et de l'indépendance, ils n'ont trouvé que l'équipée d'un "redoutable trio", une "équipe dirigeante" qui n'est pas ce qu'elle prétend ou paraît être, qui n'est en rien ce qu'elle écrit, dit ou fait publiquement.

Ces trois hommes – Jean-Marie Colombani, directeur, président du directoire, Alain Minc, président du conseil de surveillance et de la Société des lecteurs, et le signataire de ces lignes, directeur de la rédaction – sont doubles, ils avancent masqués, ils cachent des secrets inavouables, ils servent des intérêts douteux, pis, "ils ne croient guère aux valeurs défendues dans les colonnes" du Monde. Ce sont des "pirates du journalisme", des voleurs d'héritage que Péan et Cohen accusent de leur avoir "subtilisé Le Monde", journal qui a "accompagné leur éducation civique et politique" et dans lequel ils confient tous deux "avoir rêvé de travailler".

Malgré des itinéraires différents, "le trio Colombani-Minc-Plenel" partagerait un goût du pouvoir pour le pouvoir au point de mettre Le Monde au service de ses intérêts plutôt que de la vérité. "L'imposture du "nouveau Monde", écrivent Péan et Cohen, n'est-elle pas justement d'abriter, derrière sa distance affichée à l'égard du pouvoir politique, un nihilisme d'époque, un cynisme refondateur dont le seul moteur serait l'accroissement de l'influence de ses dirigeants ?"

Irresponsable, en ce sens qu'il échapperait à tout contrôle – des divers actionnaires tout comme des salariés d'une entreprise dont ceux-ci sont pourtant l'actionnaire principal –, le "trio" aurait surtout fait du Monde le cheval de Troie d'une obsession que les deux auteurs ont tôt fait de démasquer : "le dénigrement et la détestation de la France".

Adhérant au "sansfrontiérisme du temps", il serait animé d'"une phobie foncière : celle de la France et de son Etat", "xénophilie" qu'illustrerait une politique éditoriale axée sur l'investigation et la révélation, caractérisée par l'obsession de "la malédiction nationale", notamment dans l'instruction des périodes qui "ont pour dénominateur commun de présenter l'Etat français sous son jour le plus défavorable", c'est-à-dire Vichy et la guerre d'Algérie. Bref, "ils n'aiment pas la France", comme l'indique le titre d'un chapitre qui ajoute : "... ni le monde, d'ailleurs", nos deux auteurs ne craignant pas l'incohérence en soupçonnant le même "trio" de "provincialisme" et d'"internationalisme factice" , comme en témoignerait la place réduite faite dans nos colonnes à l'actualité mondiale – constat dont tout lecteur sensé aura mesuré la pertinence.

Le mot "trahison", asséné dès l'introduction pour résumer le propos du livre, n'est donc pas employé à la légère : en enquêtant sur ces trois hommes, il s'agit bien de démasquer une nouvelle figure de cette anti-France dont, pour ceux qui la fantasment, l'arme secrète a toujours été la duplicité. Celle d'Alain Minc est, dans leurs préjugés, tellement évidente que les auteurs ne s'y attardent guère : symbole du capital et de la finance mondialisés, le président de la Société des lecteurs du Monde ne serait pas pour rien dans le fait que "Le Monde adopte le point de vue des élites internationales". Aussi MM. Péan et Cohen vont-ils plutôt s'attacher à dévoiler chez les deux journalistes du "trio" les ressorts cachés de "leur francophobie latente ou explicite".

Portraituré en "Chirac du journalisme", homme de manœuvres et d'opportunités grâce auxquelles il serait passé "de l'état de "plumitif" à celui de manager", Jean-Marie Colombani est corse, et ne s'en cache pas. Pire qu'un crime, une faute : cette "dévorante passion corse", accusent les deux auteurs, a amené le directeur du Monde à "sacrifier" rien moins que "la déontologie professionnelle et le goût de la vérité". Sous sa direction, Le Monde aurait joué contre l'Etat français, légitimé des pratiques criminelles et, par des révélations inopportunes, permis à des assassins de se soustraire à la traque policière.

Il manquait cependant à ce verdict sans appel une circonstance aggravante, illustrant la fourberie foncière, voire héréditaire, du "trio". MM. Péan et Cohen l'ont dénichée dans des rapports de gendarmerie, transmis à la Sûreté au milieu des années 1930, sur le père de Jean-Marie Colombani, Jules Antoine. Sollicitant au-delà du raisonnable ces documents de vague et basse police, qui rapportent les convictions "irrédentistes" d'un jeune Corse très pauvre de 19 ans, parti poursuivre ses études dans un séminaire italien sur les conseils du curé de son village, ils en déduisent que Jules Colombani "a milité pour le rapprochement de la France avec l'Italie mussolinienne, manifestant même une coupable inclination pour le Duce au point de devenir un agent appointé de la Rome fasciste".

Le procès idéologique tourne au procès d'espionnage, et ce n'est qu'un début. Dirigé par le fils d'un "agent fasciste" d'hier, Le Mondeaurait aussi pour directeur de la rédaction un agent d'aujourd'hui, "pigiste pour la CIA". Recopiant sans précaution aucune la ligne de défense de certains des responsables de la "cellule de l'Elysée" sous François Mitterrand, poursuivis dans l'affaire des écoutes, dont l'auteur de cet article fut, parmi d'autres, la victime en 1985-1986, MM. Péan et Cohen s'appuient sur des confidences posthumes mises dans la bouche du président disparu.

Cette invention donne des phrases imagées : ""Tout cela, c'est Plenel !, s'écrie François Mitterrand depuis sa tombe. Il faudra tout de même un jour qu'on sache qui est vraiment ce M. Plenel... Il parlera moins haut quand on saura qu'il travaille pour une puissance étrangère."" Témoins tardifs de ces propos, cités par les auteurs : Gérard Colé, l'un des communicants de l'ancien président, ses deux fils, Jean-Christophe et Gilbert, et, surtout, Roland Dumas, qui affirme avoir entendu François Mitterrand lui dire : "J'ai la preuve qu'il s'agit d'un agent et que Le Monde est devenu un organisme de déstabilisation de notre République et de notre société". L'ancien ministre des affaires étrangères ajoute : "Je me demande si George Bush ne le lui avait pas dit en confidence."

Au Corse francophobe, fils d'un agent fasciste, on ajoutera donc un agent américano-trotskiste, les deux auteurs ne se privant pas d'invoquer à charge la jeunesse trotskiste trop connue du directeur de la rédaction du Monde . En cette matière, leur logique du soupçon les amène à ne pas changer de registre, celui de l'espionnage, de l'infiltration et du double jeu : avec l'embauche au Monde de l'intéressé, en 1980, "commence sans doute la plus importante opération d'"entrisme" de l'histoire du trotskisme français, conduite au sein de l'une des institutions françaises les plus influentes".

Pour terminer le tableau, ce procès policier ad hominem associe les deux généalogies familiales, celle de Jean-Marie Colombani et celle de son directeur de la rédaction, en croisant l'irrédentisme corse du père du premier et l'engagement anticolonialiste du père du second. Résultat, selon Pierre Péan et Philippe Cohen : "Si la France sait parfois unir ceux qui l'aiment ou simplement l'adoptent, elle sait aussi rassembler ceux qui la méprisent ou la combattent. Plenel comme Colombani, le guévariste et le démocrate-chrétien, paraissent unis par un même ressentiment à l'endroit d'un pays avec lequel leurs pères sont entrés en conflit. (...) Que leur francophobie soit aujourd'hui en phase avec la détestation d'une grande partie des élites françaises pour leur pays n'ôte rien à la responsabilité des deux hommes. Qu'il s'agisse de la guerre d'Algérie, de la mémoire de la seconde guerre mondiale, du racisme et de l'antisémitisme aujourd'hui, de la prégnance des idées d'extrême droite, ou encore de l'Europe, Le Monde, depuis une dizaine d'années, opte toujours pour l'interprétation la moins généreuse à l'égard de ce pays et de ses habitants."

Telle est, répétée à satiété, la thèse centrale de La Face cachée du "Monde", servie par un ton vindicatif. Sous la plume des auteurs, Le Monde n'est plus un journal – une collectivité humaine avec sa diversité et ses débats, ses forces et ses faiblesses –, mais un Etat dans l'Etat, qui plus est, un Etat "totalitaire", où la rédaction ne compte pas, mise au pas et réduite au silence, sans indépendance intellectuelle ni autonomie professionnelle.

Comparé à une "république mafieuse", Le Monde serait surtout "un mauvais rêve orwellien" ; il régnerait, "au sein de la rédaction, un climat de peur", sous la férule d'un "chef d'une police de la pensée"qui y sèmerait "l'inquiétude et la peur" ; et il leur faut confesser un "dissident" anonyme pour que la réalité soit enfin dévoilée : "Il y a au Monde toutes les caractéristiques de fonctionnement d'une institution totalitaire."

L'enquête, cette longue "investigation sur l'investigateur" dont se prévalent MM. Péan et Cohen et que cautionnent leurs promoteurs, Claude Durand et Denis Jeambar, est à la mesure de cet usage inconsidéré des mots et des concepts, à tel point qu'on en vient à douter de la réputation acquise en ce domaine par l'un des deux auteurs.

Qu'il s'agisse de la vie interne du Monde, de sa diffusion, de ses comptes, de ses relations avec ses partenaires économiques ou sociaux, des fréquentations ou du train de vie de ses dirigeants, leur livre accumule erreurs, mensonges, diffamations et calomnies – dont, évidemment, la justice sera saisie. Conversations "reconstituées" sur la foi d'un unique témoignage, sources, citations, voire entretiens entiers totalement anonymes, inexactitudes factuelles innombrables, compilation des mille bruits de couloirs qui accompagnent la vie d'une rédaction, interprétation systématiquement malveillante des actes les plus ordinaires de la vie d'une entreprise : on est loin des règles élémentaires de la "bonne foi" en matière d'enquête, fût-elle lourdement à charge.

Ce roman d'espionnage est une machine à discréditer, où l'animosité fait litière du sérieux. Son objectif est explicite : provoquer une crise interne au Monde (le livre s'ouvre par un rappel des crises des années 1970 et 1980, au cours desquelles Le Monde a failli sombrer) et empêcher qu'il ne réussisse à fédérer autour de lui un groupe de presse indépendant (l'ouvrage se termine par un appel aux rédactions des publications partenaires du Monde à résister à ce "dangereux prédateur").

Car, pour les auteurs, il ne fait pas de doute que ce journal est une "pieuvre" d'un nouveau genre, un "hypermédia" qui incarnerait "un tiers-état médiatique se substituant de plus en plus au suffrage populaire". La plus dangereuse des "pieuvres", insistent-ils : "Colombani, Plenel et Minc disposeront sous peu de l'armada médiatique sinon la plus puissante, du moins la plus influente, susceptible de renforcer l'impunité dont ils jouissent déjà."

On aura compris que le paradoxe de ce réquisitoire est qu'il est aussi un hommage à l'indépendance reconquise du Monde dont Pierre Péan et Philippe Cohen soulignent qu'il "n'a plus vraiment d'identité politique" et qu'il a "réussi à s'extraire du système". Mais, chargés de sonner l'alarme, ils ne sont pas à une contradiction près : cette réussite cacherait "un Enron à la française", et la stratégie de groupe serait une fuite en avant, permettant au Monde de "piller les autres journaux regroupés sous sa bannière" tout comme "la Rome antique vivait sur le dos des provinces conquises".

Et les auteurs de proposer une autre stratégie économique où, loin de se développer, l'entreprise Le Monde se concentrerait sur l'activité du seul quotidien qui aurait le grand tort de "vivre au-dessus de ses moyens". Aussi suggèrent-ils aux personnels du Monde, qui en sont actionnaires, "de réaliser au bas mot 15 % à 20 % d'économies sur nombre de dépenses, en sorte de remettre le quotidien sur de bons rails" . En somme, une gestion que ne dédaignerait pas le libéralisme économique le plus sauvage et qui n'a pas grand rapport avec les valeurs sociales qui soudent cette entreprise.

"Le Monde hait beaucoup", affirment MM. Péan et Cohen. Pourquoi tant de haine ?, est-on tenté de leur retourner. Les contentieux personnels de chacun des trois auteurs – le troisième étant Claude Durand, éditeur-marieur des deux autres – avec Le Monde y ont sans doute leur part, tout comme l'animosité de certains cercles mitterrandistes ou la vindicte de milieux ultrasouverainistes. Mais ces explications, liées à d'authentiques différends ou divergences, ne sauraient justifier la violence de la charge où une large collectivité humaine est réduite au rang de marionnette de trois hommes – un Corse francophobe, un financier international, un trotskiste cosmopolite –, décrits comme des génies du mal, incarnations vivantes de la duplicité.

Dans l'histoire du Monde et des campagnes lancées contre lui, on ne trouve qu'un précédent similaire : les attaques contre le déjà "nouveau Monde" – c'est ainsi que ses ennemis l'appelaient – incarné par le désormais seul Hubert Beuve-Méry au début des années 1950, dont l'indépendance farouche dérangeait tous ceux qui avaient cru, un instant, avoir prise sur ce journal né en décembre 1944. On se rassurera donc en supposant que MM. Péan et Cohen se sont trompés d'époque. A moins que, emportés par leur passion, ils ne témoignent des dérives et des confusions de notre temps.
Edwy Plenel, LE MONDE | 25.02.03 | 13h49

La Face cachée du "Monde", Pierre Péan et Philippe Cohen, Mille et une nuits, 634 p., 24 euros.

Des actions judiciaires sont en préparation

Attaché à une large liberté d'expression, Le Monde s'est refusé à engager contre l'ouvrage de Pierre Péan et Philippe Cohen une procédure en référé d'heure en heure qu'aurait pu justifier la gravité des atteintes à l'honneur et à la probité du journal et de ses dirigeants que contient leur livre.

Il a cependant demandé à ses avocats d'engager des poursuites sur les diffamations les plus flagrantes, au nom du Monde , de Jean-Marie Colombani, d'Alain Minc et d'Edwy Plenel. Elles devraient viser les deux auteurs, les éditions Mille et une nuits, l'éditeur Claude Durand, L'Express et son directeur, Denis Jeambar.
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.02.03,

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Dumas, une plume sans poids
Blanchi dans l'affaire Elf, il sort un livre où il accuse la presse et la justice.

Roland Dumas était prêt. Son livre quasiment écrit. L'ancien président du Conseil constitutionnel attendait prudemment l'épilogue judiciaire de son affaire pour signer l'ordre d'impression, le «bon à tirer», à son éditeur, Michel Lafon. Le bon à tirer aussi sur ses «adversaires» supposés. Le feuilleton politico-financier dans lequel il tenait la vedette ­ au côté de Christine Deviers-Joncour ­ est terminé. La cour d'appel a relaxé Dumas, il y a un mois tout juste, estimant simplement «blâmable» le comportement de l'ancien ministre, qui ne «s'était pas éloigné de son entourage» après avoir eu connaissance de ses turpitudes. Les condamnations de «l'entourage» ont été confirmées, et, donc, Roland Dumas, blanchi. Son livre l'Epreuve, les preuves peut donc sortir en librairie.

«L'épreuve» ne fait guère de doute, à lire les pages où juges, corbeaux et journalistes trempent dans le même sombre complot contre lui. En revanche, on cherchera en vain des «preuves» dans ce livre. Quelles preuves d'ailleurs ? Puisque Dumas explique à longueur de paragraphes qu'il n'était au courant de rien. On tournera vite les nombreuses pages assassines sur son ex-amie, «qui n'avait pas encore trouvé le titre racoleur de son futur livre» (la Putain de la république). On lira avec un peu d'effroi ses pages consacrées à la presse. L'ancien ministre a comptabilisé les articles le concernant (119 dans le Monde, 81 dans Libération), beaucoup trop à son goût, et se compare à Roger Salengro (ministre de Léon Blum qui s'est suicidé à la suite d'une campagne de presse, en 1936). «A l'époque, c'était l'Action française et, à sa suite, Gringoire qui conduisaient le bal. Le Monde et Libération en sont bien aujourd'hui les dignes héritiers», écrit Roland Dumas. Il reproduit lui aussi ­ à l'instar de Pierre Péan et de Philippe Cohen, dont le livre sur le Monde parait simultanément ­ les propos attribués à Mitterrand sur le directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel («un agent de la CIA»), et vilipende «le journal de Serge July», qui a «lâché ses chiens».

Enquêteur.
Tout en dénonçant «l'investigation» journalistique, Roland Dumas s'est pourtant fait, de son propre aveu, enquêteur. «Dès 1998, ayant perdu mes dernières illusions sur la justice française, j'entrepris mes propres recherches», «des fouilles systématiques». Son enquête a pour objectif de prouver que d'importantes commissions ont été versées à des intermédiaires ­ autres que Deviers-Joncour ­ dans l'affaire des Frégates vendues à Taïwan. A priori, ses sources sont les meilleures. Il contacte directement le ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, pour obtenir ses dossiers. «De bonne source, il me revient que les services du ministère de l'Intérieur et ceux de la Défense (DGSE) disposent d'éléments sur les questions que je pose», écrit-il à Chevènement. Faux frère, le ministre refuse à deux reprises. Il s'adresse aussi à Jospin. On lui fait «obstruction», raconte-il. Il n'obtient que quelques notes apparemment dénuées d'intérêt. Nouvelles rancunes. Autre accusation : «Je comprends mieux avec le recul qu'en 2000 le ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement n'ait pas voulu lever le secret qui aurait mis dans l'embarras le ministre de la défense Jean-Pierre Chevènement de 1990».

«Cheval».
Heureusement, Dumas a trouvé sa «gorge profonde», qu'il surnomme «la bouche du cheval». C'est un ancien collègue ministre, qui témoigne sous couvert de l'anonymat. Dumas a concédé à demi-mot, cette semaine, dans le Nouvel Observateur, qu'il pouvait s'agir de l'ancien ministre du Budget, Michel Charasse. La «bouche du cheval», donc, lui a donné le montant des commissions versées lors de la vente des frégates à Taïwan : 500 millions de dollars, dont 400 «devaient bénéficier au secrétariat général du parti au pouvoir à Taipei» et 100 «au comité central du PC chinois à Pékin». Confidence du «cheval» : le président Mitterrand lui-même a autorisé le paiement des commissions. Roland Dumas donne le nom ­ déjà connu ­ de l'intermédiaire en relation avec la Chine communiste : Lily Liu, «la jolie dame qui entretenait des liens privilégiés avec le président de Thomson, M. Alain Gomez». Toutes choses déjà connues. Ainsi, l'Epreuve, les preuves se termine par une série de questions sans réponses. «Le dossier des commissions n'est pas clos, celui des retours de commissions encore moins», écrit l'ancien ministre. Contrairement au dossier Dumas.
Libération, Par Karl LASKE, vendredi 28 février 2003, p. 18

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Giacometti : Roland Dumas se succède au tribunal
Après l'affaire Elf, l'ancien ministre devra de nouveau faire face à la justice pour son rôle dans la succession d'Alberto Giacometti.

A peine sorti d'une procédure judiciaire, le procès Elf, Roland Dumas doit en affronter une autre, l'affaire Giacometti. L'ancien ministre vient en effet d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour le rôle joué dans la succession d'Annette Giacometti, épouse du sculpteur, Alberto.

Le 27 novembre, la juge Colette Bismuth-Sauron a signé cette ordonnance de renvoi pour «abus de confiance aggravé» à l'encontre de Roland Dumas et du commissaire-priseur Jacques Tajan, respectivement désignés comme complice et auteur. L'instruction a porté sur les relations nouées entre eux à la suite du décès d'Annette Giacometti, en 1993. Exécuteur testamentaire, Roland Dumas avait confié en 1994 au commissaire-priseur une vente de pièces de la succession ainsi que l'inventaire de la collection, destinée à une fondation, qui, par coïncidence, vient enfin de voir le jour (lire page suivante).

Ne mentionnant aucun argument de la défense, la juge se borne à renvoyer au réquisitoire de 28 pages. Tout part de cette vente de 1994. La Brigade financière a réalisé que le commissaire-priseur avait gardé 20 millions de francs (3 millions d'euros) du produit de la vente. En fait, avec l'assentiment du notaire et de l'exécuteur testamentaire, il s'occupait de régler les frais de la succession. Cinq ans plus tard, il restait encore en caisse près de 9 millions de francs. Pour le parquet, il n'en avait pas le droit : «Roland Dumas savait pertinemment que l'étude Tajan détenait des sommes qui, n'étant pas placées, faisaient perdre de l'argent à la succession, mais amélioraient la trésorerie du commissaire-priseur.» «7 millions de frais d'inventaire, 7 millions d'honoraires de vente et la conservation pendant plus de trois ans d'une somme proche de 20 millions de francs vont améliorer les comptes de manière significative.»

L'accusation reproche en outre au commissaire-priseur d'avoir eu la main lourde dans ses facturations. Parallèlement, il a été mis au jour des transferts de 2,5 millions de francs (380 000 euros) des sociétés Tajan à Roland Dumas, de 1994 à 1996. Me Dumas a expliqué qu'il s'agissait d'honoraires perçus en tant qu'avocat. Les enquêteurs sont sceptiques: Me Dumas n'a effectué qu'une seule plaidoirie durant ces deux années, dans une affaire mineure. Me Tajan a évoqué une étude sur le marché de l'art et surtout une mission de conseil dans la restructuration de son entreprise. L'accusation ironise sur cette étude, dont «il ne reste pas la moindre trace écrite, pas plus d'ailleurs que le contrat d'abonnement entre l'étude et le cabinet d'avocat» qui aurait justifié ces virements. «Si Roland Dumas est le sauveur de l'étude Tajan, ce n'est pas pour les excellents conseils qu'il aurait prodigués, mais pour l'apport de l'affaire Giacometti.» Aussi, les sommes versées à Me Dumas lui apparaissent-elles «plus comme la rémunération d'un apport d'affaires que de prestations dont il ne reste quasiment aucune trace». Pour autant, les magistrats ne poursuivent pas Roland Dumas pour recel, sans doute rendus prudents par l'issue d'autres procès.

Les deux accusés clament leur innocence. Défenseur de Jacques Tajan, Me Baratelli explique qu'il s'est contenté d'«obéir aux instructions de Roland Dumas» en gérant les fonds avec la plus scrupuleuse honnêteté. Ceux-ci ont été restitués le jour où ils ont été réclamés, les dépenses étant «justifiées au centime près». Fier de diriger la première étude de France, le commissaire-priseur conteste qu'elle fût en difficulté durant ces années au point de faire appel à de tels expédients. «Simple exécuteur testamentaire, Roland Dumas n'avait pas l'autorité qu'on lui prête», lance son avocat, Me Farthouat, qui dénie «toute collusion». Et de déplorer: sur «un dossier qui ne tient pas», à 81 ans, Roland Dumas se voit infliger une «nouvelle épreuve, qui n'est pas convenable».
Libération, Par Vincent NOCE, jeudi 18 décembre 2003, p. 6

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(Juin 2004) Giacometti renvoie Dumas devant la justice
Procès en octobre autour de la succession du sculpteur.

82 ans, Roland Dumas va devoir de nouveau affronter le tribunal correctionnel de Paris. Avec le commissaire-priseur Jacques Tajan, il est convoqué devant le tribunal le 21 octobre, pour une audience de deux jours qui examinera leur rôle dans la succession d'Annette Giacometti, veuve du sculpteur Alberto. Me Tajan est accusé d'abus de confiance et Roland Dumas de complicité.

Annette Giacometti est morte en 1993, léguant l'essentiel de sa fortune et la collection d'oeuvres de son mari à une fondation qui porterait leur nom. Elle a désigné son ami et avocat Roland Dumas exécuteur testamentaire. L'année suivante, celui-ci a confié à Me Tajan le soin d'inventorier la collection et de vendre certaines pièces, pour assumer les frais de la succession.

Il aura fallu dix ans pour que la fondation voie enfin le jour, et encore parce que Jean-Jacques Aillagon, au ministère de la Culture, y a mis toute sa détermination. Entre- temps, Roland Dumas a passé la main à une administratrice judiciaire, qui elle-même n'est pas à l'abri de la controverse (lire ci-dessous).

Outre le gâchis culturel, le procès porte sur des irrégularités liées à la vente aux enchères de 1994. Me Tajan est accusé d'avoir eu la main lourde en facturant ses interventions, ce qu'il conteste avec véhémence. Comme il a transféré 380 000 euros en sens inverse à Roland Dumas, le parquet subodore, dans son réquisitoire, une «rémunération» dissimulée. Les deux hommes parlent, eux, d'honoraires réglés à Me Dumas pour des interventions d'avocat, qui semblent bien minces aux enquêteurs, et une étude, qui a malheureusement disparu.

Le parquet reproche également à Me Tajan d'avoir conservé par-devers lui le produit net de la vente pendant cinq ans, ce qui aurait bien arrangé sa trésorerie. Le commissaire-priseur, qui a restitué la somme sans difficulté, se défend en soulignant qu'il ne faisait qu'obéir aux instructions de Roland Dumas. Ce dernier parle plutôt d'une relation de confiance, son avocat s'indignant de cette «nouvelle épreuve» infligée à son client, après sa relaxe dans l'affaire Elf.
Par Vincent NOCE, vendredi 11 juin 2004, p. 15 (Liberation - 06:00)

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(Décembre 2004) Succession Giacometti : Dumas devant les juges
L'ex-ministre accusé de complicité d'abus de confiance.

Une fois encore, Roland Dumas doit prendre aujourd'hui le chemin du palais de justice de Paris. Il lui faut rendre des comptes devant le tribunal correctionnel de la manière dont il a géré la mirobolante succession de la veuve du sculpteur Alberto Giacometti, Annette, dont il était l'homme de confiance, l'avocat et l'exécuteur testamentaire.
Roland Dumas comparaît en compagnie d'un ami, rencontré dans les cercles croisés de la Mitterrandie et de la franc-maçonnerie, le premier commissaire-priseur de France, Jacques Tajan. Ce dernier doit répondre de l'accusation d'abus de confiance, Roland Dumas de complicité. En outre, Me Tajan est accusé d'avoir tenté d'influencer un témoin.

Au coeur de cette affaire, révélée à l'origine par une enquête de Libération : une mission que Roland Dumas a confiée à Me Tajan après la mort d'Annette, en 1993. Il a demandé au commissaire-priseur de ven-dre dix-huit oeuvres de la succession, afin de faire face aux frais. Il l'a aussi chargé d'inventorier la collection d'oeuvres d'Alberto Giacometti, qui est considérable : elle vaudrait aujourd'hui plus de 150 millions d'euros. Le tout a été légué à une fondation, qui a vu le jour au forceps, dix ans après la mort d'Annette.
Pour l'inventaire et la vente, Me Tajan a facturé à l'exécuteur testamentaire l'équivalent de 2 millions d'euros d'honoraires. L'accusation, tout comme la fondation Giacometti, reprochent au commissaire-priseur d'avoir eu la main lourde. D'autant que Christie's s'était proposé de s'occuper de la vente sans prendre de frais...

Autre anomalie, la brigade financière s'est aperçue que Me Tajan avait gardé en caisse les 35 millions de francs de résultat net de la vente, au lieu de les transférer au notaire. Le commissaire-priseur réglait au fur et à mesure les frais de la succession, ce qui n'était pas son rôle. Quand le pot aux roses a été découvert, quatre ans plus tard, il restait encore 1,3 million d'euros. Le commissaire-priseur se défend en disant avoir obéi aux instructions de l'exécuteur testamentaire. «Personne ne voulait de ces fonds», explique-t-il en soulignant avoir rendu l'argent au centime près, accompagné des justificatifs de dépenses et des comptes. Pour le parquet, il n'empêche : cette somme dormant sur les comptes arrangeait bien une trésorerie parfois défaillante. Le commissaire-priseur s'insurge, en excipant d'un volume d'affaires et de facilités bancaires bien supérieures. Quant à Roland Dumas, il dément avoir donné des instructions aussi précises au commissaire-priseur, avec lequel il disait plutôt entretenir une assez vague «relation de confiance».

Selon la fondation Giacometti, étant simple exécuteur testamentaire, Roland Dumas n'avait même pas le droit de procéder à cette vente aux enchères de pièces de la succession sans l'aval du tribunal. L'ancien ministre devra surtout expliquer pourquoi, après avoir confié ces coûteuses interventions à son ami, il a reçu 2,4 millions de francs (plus de 350 000 euros) transférés par l'étude Tajan.
Par Vincent NOCE, jeudi 16 décembre 2004 (Liberation - 06:00), p. 16

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(Janvier 2005) Le procès des écoutes de l'Elysée
Roland Dumas, éternel avocat du Président
L'ex-ministre trouve légitime que Mitterrand ait personnellement demandé de faire écouter Plenel et Hallier.

Témoin au procès des écoutes de la cellule de l'Elysée à Paris, Roland Dumas, 82 ans, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, a justifié hier à sa façon les branchements du pamphlétaire Jean-Edern Hallier et du journaliste du Monde Edwy Plenel, décidés par le président de la République lui-même. Au fil des audiences et des auditions des douze prévenus ­ surtout de son supergendarme Christian Prouteau alors chef de sa garde rapprochée, et de son ex-directeur de cabinet Gilles Ménage ­, le chef de l'Etat apparaît comme le donneur d'ordres et le superviseur d'écoutes interdites destinées à traquer les «fuites» dans les médias et à contenir les secrets de sa vie privée.

Très en verve à la barre, Roland Dumas, fidèle du premier cercle de Mitterrand, connaît «l'existence de sa fille Mazarine Pingeot depuis l'origine, [il l'a] vue dans son berceau», dit le confident. Il apprend «par hasard» de la bouche du Président que l'écrivain provocateur Jean-Edern Hallier est espionné. Avant son élection en mai 1981, François Mitterrand s'était plus ou moins engagé auprès de Me Jacques Isorni «à transférer les cendres du maréchal Pétain de l'île d'Yeu à Verdun». «En mars 1982, le Président me demande de voir Isorni pour lui dire que sa promesse électorale n'est pas oubliée mais que c'est prématuré», rapporte l'ex-avocat Dumas qui a ses entrées au Palais de justice et convient donc d'un déjeuner avec Me Isorni, connus d'eux seuls. Or, «le matin même, le président de la République m'appelle et me dit: "Je sais que vous avez un déjeuner important." J'en suis étonné. Au bout de deux phrases, il m'a dit :"C'est par les écoutes." J'ai répondu : "Comment, des avocats sont écoutés ?" Il me dit :"Non, c'est Jean-Edern Hallier." Je rétorque : "C'est pas mieux, c'est un polémiste." François Mitterrand me dit : "Il voulait être ministre de la Culture, et comme il ne l'a pas été, il m'a menacé dans une Lettre ouverte au colin froid". Je dis : "S'il n'y a que ça..." Il me répond : "Non, il n'y a pas que ça. Il veut qu'on passe l'éponge sur sa dette fiscale." En tant que parlementaire, on a tous ce genre de demandes. Là, le Président m'annonce : "Cet individu est un fou. Il a pris des contacts avec des groupes terroristes. Il menace de s'en prendre à ma fille et de l'enlever pour exercer un chantage. Il est cerné de partout. Il ne bougera pas. On le surveille en direct".»

Oreille.
Roland Dumas ne cherche pas à savoir comment : «J'ai pensé que c'était sophistiqué, car c'était direct. La conversation entre Jean-Edern Hallier et Isorni avait eu lieu et avait été captée dans la matinée.» Nul ne sait si l'officier traitant de la cellule basée au centre des écoutes administratives aux Invalides avait l'oreille collée au magnétophone, ou bien s'il s'agissait d'un branchement «sauvage» plus rapide. Dans tous les cas, Roland Dumas n'a «pas su que c'était une écoute illégale» et il ne discute pas la méthode, «à partir du moment où quelqu'un menace l'Etat, le chef de l'Etat ou ses proches». «Je ne voyais pas du tout le Président ­ même par personnes interposées ­ pratiquer lui-même des écoutes. Mais plutôt des services de l'Etat pour protéger les citoyens. Jean-Edern Hallier était devenu un individu dangereux.»

Le chef de la diplomatie de l'époque explique ensuite le branchement du journaliste Edwy Plenel en mars 1985 par la divulgation dans le quotidien le Monde «du document unique transmis par Farewell [taupe qui a révélé l'espionnage soviétique à l'Ouest, ndlr] et qui a été utilisé par la France pour expulser 47 diplomates soviétiques». Après son voyage à Moscou en décembre 1984, «l'Amérique ne voit pas d'un bon oeil le rapprochement entre l'URSS et la France» et «ces articles du Monde créent un trouble, détaille Dumas. François Mitterrand cherchait d'où venaient les fuites qui portaient préjudice à la diplomatie française. Il m'a dit dans une réelle colère : "Au Monde, tout un groupe travaille contre les intérêts de la France." Et il m'a cité avec beaucoup de rage dans la voix M. Plenel. En même temps, il m'a dit: "C'est un agent de la CIA."»

Manipulations.
Le président du tribunal, Jean-Claude Kross, fait remarquer au témoin que l'origine de la «fuite» de Plenel était d'entrée de jeu localisée : le patron de la DST de l'époque, Yves Bonnet. A quoi bon alors écouter sa ligne ? Roland Dumas évoque les manipulations de la CIA et les «bonnes relations américaines d'Yves Bonnet, très anticommuniste», qui «a monté sa petite affaire avec M. Plenel» : «La collusion entre le directeur de la DST et le journaliste du Monde pour contrecarrer la position diplomatique de la France se faisait-elle sur des raisons politiques personnelles ou bien cela venait-il de plus loin ? Le président de la République m'a dit : "J'ai la preuve que ce sont des agents."» Encore un tuyau percé des mousquetaires de la cellule ?
Par Patricia TOURANCHEAU, mercredi 26 janvier 2005 (Liberation - 06:00)

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(16 février 2006) Succession Giacometti : Dumas condamné en appel
L'ancien ministre a été condamné à un an de prison avec sursis pour complicité d'abus de confiance dans le cadre de la succession du sculpteur.

L'ancien ministre Roland Dumas a été condamné jeudi 16 février par la cour d'appel de Paris à 12 mois de prison avec sursis pour complicité d'abus de confiance, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti, a-t-on appris auprès de l'intéressé.

Dans un communiqué, l'ex-président du Conseil constitutionnel a indiqué avoir été condamné par la 9e chambre de la cour d'appel, "au prétexte qu'(il) aurai(t) abusé de (sa) fonction d'exécuteur testamentaire d'Annette Giacometti", à 12 mois d'emprisonnement avec sursis, ainsi qu'à une peine d'amende dont il n'a pas précisé le montant.

"L'arrêt de la Cour, rendu sous la présidence de Françoise Canivet, est considéré par moi comme une injustice et je me suis pourvu immédiatement en cassation", a indiqué Roland Dumas.
La cour d'appel n'était pas en mesure jeudi soir de donner de détails supplémentaires sur le contenu de l'arrêt rendu jeudi.

Exécuteur testamentaire

En première instance, le 25 février 2005, le tribunal correctionnel de Paris avait considéré que les faits reprochés à Roland Dumas étaient prescrits.

Il était soupçonné, aux côtés du commissaire-priseur Jacques Tajan, de détournements de fonds à l'issue de la vente de plusieurs sculptures et peintures de l'artiste suisse en juillet 1994.

Ami de la veuve du sculpteur, Annette Giacometti, Roland Dumas avait été désigné exécuteur testamentaire du couple au décès de cette dernière, en 1993. Afin de payer des frais de succession, il avait demandé en juillet 1994 à Jacques Tajan, alors le plus important des commissaires-priseurs de France, de vendre 14 sculptures et 4 peintures aux enchères.

La dispersion des oeuvres avait rapporté 6,51 M EUR, mais Me Jacques Tajan avait conservé sur ses comptes bancaires près de 1,3 M EUR pendant cinq ans. Pour l'accusation, ce retard était frauduleux et destiné à masquer une trésorerie défaillante.
Yahoo.fr, actualités, Nouvel Observateur - 17 févr. 07 h 41

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A Bongo, la France reconnaissante LE MONDE | 10.06.09 | 14h05 • Mis à jour le 10.06.09 | 18h21

Dans le bureau d'apparat d'Omar Bongo, à Libreville, ils figurent en photo, à côté de la famille du chef d'Etat. Tous les présidents de la Ve République. Le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Valéry Giscard d'Estaing a révélé le 9 juin, sur Europe 1, un des aspects de l'intérêt que portait le président gabonais à la politique française. C'était en 1981. Le président sortant devait affronter à la présidentielle le chef de l'opposition François Mitterrand, mais aussi son ancien premier ministre Jacques Chirac, chef du RPR. Et il avait compris que ce dernier était financièrement aidé par son ami gabonais. "J'ai appelé Bongo, a raconté Giscard, et je lui ai dit : "vous soutenez actuellement la campagne de mon concurrent". Alors, il y a eu un temps mort, et il m'a dit "Ah, vous le savez ?", ce qui était merveilleux. A partir de ce moment-là, j'ai rompu mes relations personnelles avec lui."

Ces relations entre Paris et Libreville ont débuté bien avant que ce petit pays ne devienne indépendant, en 1960, et donc bien avant qu'Omar Bongo n'en prenne la présidence en 1967. Un homme en organise d'abord les rouages : Jacques Foccart. Résistant, gaulliste, il est le "M. Afrique" du général. Avant même qu'Omar Bongo n'ait succédé, par son entremise, au président Léon M'Ba, les connaisseurs appellent déjà le Gabon "Foccartland". Le Gabon est riche de son pétrole. L'Union générale des pétroles, qui deviendra Elf, pourvoit aux besoins du régime, dont les hommes clés sont des rouages du système Foccart. Il y défend autant les intérêts de la France, ceux du général, que les siens propres, au sein de sa société d'import-export. Si Georges Pompidou se méfie du SAC, cette organisation gaulliste qui fait figure de police parallèle, que dirige Foccart, il ne touche pas à ses réseaux africains.

En 1974, Jacques Chaban Delmas n'ayant aucune chance de l'emporter à la présidentielle, Foccart mobilise ses réseaux en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. Devenu président de la République, ce dernier rencontre Foccart une fois par mois. "Voilà Foccart d'Estaing", ironise le Canard enchaîné. Les réseaux Foccart reconstituent, au sein même d'Elf au Gabon, un service de renseignement capable de concurrencer les services spéciaux de la République. En 1981, Foccart met la manne du Gabon au service du candidat Jacques Chirac. Même si Charles Pasqua assure au Monde : "en tant que responsable de la campagne de Chirac, je n'ai jamais eu aucune indication sur de telles sources de financement".

Mais Omar Bongo a pris soin de tisser aussi des réseaux au sein de la gauche française. Il exhibe volontiers une carte de la SFIO datant des années 1950 en riant : "Je suis un très vieux socialiste." Après l'élection de François Mitterrand, en 1981, il s'exaspère cependant de voir le ministre de la coopération Jean-Pierre Cot plaider la fin de ce que l'on n'appelle pas encore la "Françafrique". Une procédure judiciaire menace par ailleurs le président soupçonné d'avoir fait assassiner en 1979 à Villeneuve-sur-Lot, Robert Luong, l'amant de sa femme Marie-Joséphine. Omar Bongo usera manifestement d'arguments convaincants. En quelques semaines, le parquet conclut au non-lieu dans l'affaire Luong, et Jean-Pierre Cot est poussé à la démission, en 1982.

Roland Dumas, chargé de retisser les liens avec Bongo, résume tranquillement les choses aujourd'hui : "Jean-Pierre Cot n'avait compris ni les gens, ni les enjeux, ni les liens de la France avec l'Afrique." Guy Penne et le fils du président, Jean-Christophe Mitterrand, sont désormais les envoyés africains du chef de l'Etat. A ceux qui s'inquiètent de le voir soutenir des dictateurs qu'il dénonçait dans l'opposition, Mitterrand explique : "A quoi cela sert-il de changer les hommes ? Celui que l'on mettrait à la place ferait la même chose..."

Dès les premiers jours de la cohabitation, en 1986, Jacques Foccart revient installer ses bureaux rue de Varenne, en face de ceux de Jacques Chirac à Matignon. A nouveau, le Gabon financera vraisemblablement la campagne du président du RPR à la présidentielle. En 1989, un an après sa réélection, François Mitterrand demande à Loïc Le Floch-Prigent, nouveau président d'Elf, d'organiser un système de financement pour la gauche, notamment via le Gabon. Au procès Elf, en 2002, Le Floch-Prigent explique à la barre. "On va appeler un chat un chat. L'argent d'Elf part en Afrique et revient en France."

Il explique alors ce financement politique "installé au coeur de l'Etat" : la caisse noire d'Elf. "Il est de notoriété publique que les candidats à l'élection présidentielle avaient accès au secrétaire général du groupe (Elf) et demandaient l'enveloppe correspondante", poursuit-il, en précisant que ce système bénéficiait "essentiellement au parti gaulliste, le RPR". Devant le tribunal, il racontera cette scène : "En septembre 1989, je m'en suis ouvert au président de la République. Je lui ai demandé : "voulez-vous ou non que je ferme le robinet" ? Réponse du président : "Ah ! non, nous continuons ce qui a été mis en place par le général de Gaulle." Il m'a simplement demandé de rééquilibrer les choses, sans toutefois oublier le RPR."

Dès la fin de 1993, Omar Bongo a perçu la rivalité qui se dessine entre Jacques Chirac et Edouard Balladur pour l'élection présidentielle de 1995. Il adore la complicité de son "copain" Chirac. Il n'aime pas la componction de Balladur. Il l'apprécie d'autant moins que celui-ci dévalue le franc CFA en septembre 1993. Edouard Balladur a pourtant choisi comme ministre de la coopération un connaisseur de l'Afrique, Michel Roussin, ancien du Sdece et ex-directeur de cabinet de Jacques Chirac. Celui-ci doit cependant essuyer la colère de Bongo : "Qui es-tu, toi, pour parler au nom de la France !" A chaque accrochage, le président gabonais réitère la menace : "Vous voulez que je donne le pétrole gabonais aux Américains ?" De fait, il continue de préserver les intérêts français. Edouard Balladur tente de son côté d'apprendre les règles africaines.

A l'enterrement du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993, François Mitterrand lui rapporte cette anecdote : "Margaret Thatcher avait demandé à Houphouët : "mais qu'est-ce qui vous attache tant aux Français, qui vous ont pourtant colonisés ?" Et Houphouët avait répondu : "ils ont fait de nous des ministres."" Après la démission de Michel Roussin, mis en examen dans des affaires de financement du RPR, Edouard Balladur nomme en 1994 à la coopération Bernard Debré qui, comme médecin, soigne Bongo et une grande partie de son gouvernement. Rien n'y fait. Le premier ministre qui, avant la présidentielle, rend visite à Foccart pour lui demander son aide, l'entend énoncer : "Par fidélité, nous soutiendrons Jacques Chirac. Si vous l'emportez à l'issue du premier tour, bien sûr, tous mes réseaux basculeront avec loyauté vers vous."

Chirac élu en 1995, les relations avec le Gabon sont au beau fixe. Omar Bongo ne fait jamais défaut lors des votes à l'ONU. Robert Bourgi, fils spirituel de Jacques Foccart, a repris les réseaux de son maître, à la mort de celui-ci en 1997. La cohabitation avec Lionel Jospin et surtout l'ouverture du procès Elf, en 2002, poussent Jacques Chirac, réélu, à tenter une rupture avec Robert Bourgi : "Celui-là, je ne veux pas le voir ici", a-t-il dit à l'un de ses conseillers. Mais Robert Bourgi, cependant, reste puissant et oeuvre dans l'ombre de Nicolas Sarkozy. Raphaëlle Bacqué et Pascale Robert-Diard Article paru dans l'édition du 11.06.09

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Roland Dumas s'entretient avec Gbagbo lefigaro.fr 30/12/2010 | Mise à jour : 11:14

L’ancien président socialiste du Conseil constitutionnel Roland Dumas, arrivé à Abidjan dans la matinée, s'entretient actuellement avec Laurent Gbagbo, à sa demande, selon des informations recueillies par Europe 1.

Le président sortant de Côte d'Ivoire refuse de céder sa place à Alassane Ouattara, pourtant consacré par les urnes, selon les résultats du second tour de l'élection présidentielle délivrés par la Commission électorale indépendante (CEI).

Selon Le Parisien, Laurent Gbagbo a engagé l'avocat de 88 ans pour défendre ses positions.

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Recrutement de Mes Verges et Dumas / Gbagbo confie son sort à l’avocat des causes perdues et à l’homme aux mille scandales Publié le vendredi 31 décembre 2010 | Le Patriote abidjan.net

Qui sait où est décédé Milosevic, doit se soucier aujourd’hui de l’avenir de notre « cher » Laurent Gbagbo. En effet, tiraillé de toutes parts, Laurent Gbagbo, le vaincu de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire, vient de s’offrir les services de Me Jacques Verges.

Le faisant, Laurent Gbagbo croit sortir vainqueur de sa défaite dans les urnes par la voie juridique. Aussi, a-t-il décidé de s’offrir les services de Me Verges, un nom célèbre, qui s’est malheureusement illustré négativement durant sa longue carrière, d’avocat au point d’être qualifié et à juste l’avocat des causes perdues, mais aussi et surtout des dictatures.

Le plus illustre de ces dictateurs, se nomme bien entendu Slobodan Milosevic, ancien Président Serbe, qui a fini sa vie en prison après que sa cause ait été défendue sans succès par, celui qui se présente aujourd’hui comme le sauveur de Laurent Gbagbo. Durant la cinquantaine d’année qu’il a servi comme avocat, M Verges, comme on peut le lire dans plusieurs articles écrits sur lui, aurait pris faits et causes pour les dictateurs, les terroristes, dont il a fait miroiter la victoire d’un procès, qui n’est jamais arrivé.

Comme Milosevic, ses clients ne sont jamais sortis des griffes de la justice. Khieu Samphan, ami de longue date et Khmers rouges au Cambodge, a fait appel à Me Verges comme avocat extérieur pour défendre sa cause devant la justice de son pays. Les membres du FLN, Front de libération national, en Algérie font parties des clients de cet avocat que certaines personnes n’hésitent pas à qualifier de : « terroriste ». Sa fortune, l’homme l’aura tiré de son assistance aux dictateurs africains.

Normal qu’au soir de sa vie, il décide de revenir en Afrique pour défendre un autre « dictateur », Laurent Gbagbo qui a décidé de se maintenir au pouvoir contre l’avis de son peuple, qui lui a préféré son adversaire Alassane Ouattara, au soir du 28 novembre 2010.

En débarquant sur les bords de la lagune Ebrié, Me Jacques Verges, n’est pas venu seul. Il est venu avec un ancien ministre des Affaires étrangères de France, Roland Dumas. Lui aussi vient en pompier pour défendre une cause perdue. Comme Me Verges, Roland Dumas, 85 ans, traine derrière lui, plusieurs casseroles.

Aujourd’hui, il est difficile de parler de ce collaborateur de François Mitterrand sans évoquer l’affaire Elf, l’affaire des frégates de Taïwan et surtout l’affaire de succession de Giacometti. Dans la dernière affaire, le ministre qu’il fut a été condamné de manière définitive, à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et 150000 euros d’amande pour complicité du sculpteur Alberto Giacometti, la Cour de Cassation ayant rejeté son pourvoi le 10 mai 2007.

En 91, dans l’affaire de la vente des frégates à la Taïwan, il a été question de 500 millions de dollars de commissions versées aux deux parties. Dans cette affaire, le nom de Roland Dumas a été à plusieurs reprises. Le dernier fait dans lequel le nom de Roland Dumas a été cité, reste l’affaire Elf.

En 90, un détournement de sommes d’une entreprise pétrolière a éclaboussé mettant en cause des hommes politiques dont Roland Dumas sur qui des soupçons ont pesé dans cette affaire. Sa maitresse d’alors ayant profité de l’argent détourné par les responsables de l’entreprise.

On comprend dès lors, les raisons de la présence de ceux deux barbouzes en terre ivoirienne : se faire de l’argent pour s’assurer leurs vieux jours. Que celui qui a des oreilles entende, comme l’enseigne la bible. Thiery Latt

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Côte d'Ivoire: la France a livré Gbagbo (Roland Dumas)

L'ancien ministre PS des Affaires étrangères Roland Dumas a accusé mardi 12 avril l'armée française d'avoir "participé directement" à l'arrestation de Laurent Gbagbo, contrairement aux affirmations du gouvernement.

"Je considère qu'on nous ment et que c'est même dommage que des dirigeants français prennent les Français pour des imbéciles," a ajouté l'ancien ministre, ardent défenseur de M. Gbagbo.

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Valises : Valls critique Roland Dumas Par Europe1.fr avec AFP Publié le 22 septembre 2011 à 21h26Mis à jour le 22 septembre 2011 à 21h26

Le candidat à la primaire socialiste Manuel Valls, évoquant l'affaire "des valises d'argent", a accusé jeudi à Ajaccio l'avocat et ancien ministre socialiste Roland Dumas d'avoir approuvé les comptes de campagne de Jacques Chirac et Edouard Balladur, en 1995, alors qu'il présidait le Conseil constitutionnel.

Manuel Valls a stigmatisé "Roland Dumas, ce socialiste, qui a oublié ses valeurs, et qui, comme président du Conseil constitutionnel fit approuver les comptes de campagne de Chirac et Balladur".

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Dernière modification : 16/02/2015 http://www.france24.com/fr/20150216-entretien-roland-dumas-manuel-valls-sous-influence-juive/ Manuel Valls "sous influence juive", Roland Dumas persiste et signe

"Je ne m'excuse pas", déclare Roland Dumas, ancien ministre PS des Affaires étrangères, au sujet de ses propos sur Manuel Valls.

Interrogé par Sylvain Attal, Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères, revient sur ses propos tenus ce lundi matin sur BFMTV et RMC. Répondant à une question de Jean-Jacques Bourdin, Roland Dumas avait estimé qu'il pouvait penser que Manuel Valls était probablement sous "influence juive", celle de son épouse, Anne Gravoin, de confession juive.

Sur France 24, Roland Dumas persiste et signe : "Je ne m'excuse pas !", déclare-t-il.

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Léa Salamé clashe Roland Dumas et Jean-Jacques Bourdin dans On n'est pas couché Le 22/02/2015 à 14:56, dans le dossier Clashs http://www.staragora.com/news/lea-salame-clashe-roland-dumas-et-jean-jacques-bourdin-dans-on-n-est-pas-couche/507733

Léa Salamé est revenue sur la polémique causée par Roland Dumas à la suite de ses propos concernant Manuel Valls et l’"influence juive", au micro de Jean-Jacques Bourdin.

Le 16 février 2015, Jean-Jacques Bourdin recevait Roland Dumas au micro de BFM et RTL. L’ancien président du Conseil Constitutionnel, résistant pendant l’Occupation, n’a pas hésité à laisser entendre que Manuel Valls, le Premier Ministre, était sous influence : "Chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un… quelqu’un de très bien, je dirais, qui a de l’influence sur lui." Jean-Jacques Bourdin a alors demandé s’il pensait que Manuel Valls était "sous influence juive", et Roland Dumas a répondu : "Probablement, je peux le penser." Des propos qui ont été vivement condamnés par Twitter et les politiques. Le CSA a d’ailleurs ouvert une enquête à ce sujet, mais Roland Dumas refuse toujours de s’excuser sur ses propos. Samedi 21 février 2015, Laurent Ruquier a comme chaque semaine présenté son Flop Ten dans On n’est pas couché, et la déclaration de Roland Dumas arrivait en deuxième place. Léa Salamé a voulu donner son avis sur la question, et elle n’a pas épargné l’ancien homme politique, ni Jean-Jacques Bourdin.

"J’ai trouvé ça dégueulasse"

Après avoir mentionné l’affaire Roland Dumas, Laurent Ruquier a donné la parole à sa chroniqueuse Léa Salamé. Celle-ci a directement attaqué Roland Dumas et Jean-Jacques Bourdin : "Entendre le mot ‘influence juive’ sur une radio le matin, d’ailleurs elle a été prononcée par Jean-Jacques Bourdin, [...] j’ai trouvé ça dégueulasse. Ça pue, je ne comprends pas qu’on puisse utiliser ce mot-là, […] depuis Vichy on n’a pas entendu ce terme d’’influence juive’." François Rollin, l’un des invités a tenu à soutenir les paroles de Léa Salamé, mais en condamnant peut-être encore plus Jean-Jacques Bourdin : "Roland Dumas, il a son âge. La vieillesse est un naufrage, on le savait. Bourdin, complice et lourdement complice parce que la formule est épouvantable, elle est dégueulasse. C’est quand même lui qui la sort. Lui il est jeune, il n’est pas gâteux Bourdin. Il sait ce qu’il fait, c’est pas bien." Selon eux, Jean-Jacques Bourdin serait tout aussi, voire plus, coupable que Roland Dumas, dans cette polémique qui ne cesse de défrayer la chronique.

Twitter salue la réaction de Léa Salamé

Sur Twitter, plusieurs internautes ont approuvé les propos de Léa Salamé sur Roland Dumas : "Totalement d’accord avec les propos de Léa Salamé en réaction à la 2ème place du Flop Ten pour Roland Dumas dans #ONPC." - @EvilOpia
"Félicitation à Léa Salamé pour son intervention au sujet de Dumas. #ONPC" - @davidsitbon2

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Le CSA instruit un dossier après les propos de Roland Dumas sur l'« influence juive » de Valls Le Monde.fr avec AFP | 16.02.2015 à 10h24 • Mis à jour le 16.02.2015 à 19h27

Après l'échange controversé entre Roland Dumas et le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV et RMC sur le fait que Manuel Valls serait « sous influence juive », le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé, lundi 16 février, qu'il instruisait un dossier, sans toutefois préciser ce qui était visé exactement dans cette enquête.

« Le premier ministre est-il sous influence juive ? », avait demandé l’animateur Jean-Jacques Bourdin. « Je peux le penser », a répondu l'ancien président du Conseil constitutionnel. « Il a des alliances personnelles qui font qu'il a des préjugés. Chacun sait qu'il est marié avec quelqu'un, quelqu'un de très bien d'ailleurs, qui a de l'influence sur lui », a-t-il déclaré, évoquant, sans la nommer, l'épouse du premier ministre, Anne Gravoin.

« Sous le prétexte que je défendais à une époque les Arabes, les Palestiniens, contre les Israéliens, [M. Valls] m'a agressé un jour alors que je le connais à peine, c'est un copain de parti (...) , a aussi dit M. Dumas. Le père [de M. Valls] était un républicain espagnol formidable, c'était un bon peintre, il est resté en France, il a toujours refusé de revenir en Espagne du temps de Franco. Cela signifie quelque chose pour moi. Lui a pris le point de vue contraire. C'est sa vie, ça le regarde. »

Des propos « qui ne font pas honneur à la République »

Manuel Valls a réagi à ces propos plus tard dans la journée, affirmant des élus que « l'antisémitisme n'est pas une opinion, ce n'est pas une petite plaisanterie ». Le premier ministre s'est refusé à répondre « d'un point de vue personnel » mais a dénoncé « les propos d'un homme dont on connaît le passé et qui ne font pas honneur à la République depuis bien longtemps ».

M. Valls est régulièrement attaqué dans les milieux proches de l'extrême droite et ceux proches de Dieudonné M'Bala M'Bala - ce dernier avait qualifié l'actuel premier ministre de « petit soldat israélien veule et docile ».

« C'est le discours des années 30 sur la France enjuivée »

Plusieurs autres responsables politiques avaient immédiatement dénoncé ces déclarations sur Twitter, notamment la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem et le président de l’Assemblée Claude Bartolone, mais aussi le sénateur et vice-président de l’UMP Roger Karoutchi. Le dessinateur Joann Sfar a aussi fait part de son indignation.

« C'est lamentable. C'est le discours des années 30 sur la France enjuivée. J'ai connu Roland Dumas résistant et pas reprenant le discours de ceux qu'il combattait », a réagi le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, sur TV5 Monde.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a condamné des « propos insidieux et nauséabonds ». « Par ces propos odieux, Roland Dumas se fait l'indigne héritier de la rhétorique du complot juif » et « se range auprès des Soral, Dieudonné et Ramadan », respectivement essayiste d'extrême droite, polémiste condamné pour propos antisémites et universitaire proche des Frères musulmans. « Il se place dans l'indignité nationale », conclut le Crif.

« Cet homme a eu une grande carrière, a été un grand ministre, un grand avocat ; je crois qu’à un moment donné il faut savoir se taire », a réagi Alain Jakubowicz, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, sur RMC, jugeants ces propos « insignifiants, simplement significatifs de l’air du temps ». M. Jakubowicz a fait le rapprochement entre l’intervention de M. Dumas et les théoriciens du complot. « C’est affligeant, c’est pitoyable », a-t-il conclu.

« Ce sont des polémiques complètement stériles », a pour sa part déclaré Marine Le Pen, la présidente du Front national, sur BFMTV.

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