Guy Arcizet

Jean-Michel Quillardet

09 octobre 2010, Sarkozy au Vatican, protestation du Grand-Maître Guy Arcizet

01 août 2008, Jean-Michel Quillardet, Grand Maître : Affaire Tapie : vers une république bananière ?
30 mai 2008. Scandale ! Initiation clandestine d'une femme ...
17 février 2008. Jean-Michel Quillardet, Grand Maître : La laïcité est menacée ; La "bonne idée" de Nicolas Sarkozy ; "La transparence, c'est le contraire de la démocratie" ; le destin d'Israël
15 février 2008. Avec Nicolas sarkozy pour la mémoire de la shoah chez les enfants de 10 ans
04 janvier 2008. Le Grand Maître Jean-Michel Quillardet contre la "laïcité positive"

30 mars 2007. Le grand maître du Grand Orient à l'amende
Sa condamnation est le résultat de querelles internes au sein de l'obédience maçonnique. Par Renaud LECADRE, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 30 mars 2007, p. 16

Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France, a été condamné mercredi (28 mars 2007) pour usage de faux.

La peine prononcée par le tribunal correctionnel de Paris est symbolique (1 000 euros d'amende avec sursis), mais, s'agissant du plus haut dignitaire de la principale obédience maçonnique française, elle fait mauvais genre.

Ce n'est certes pas l'affaire du siècle, plutôt le symptôme d'une dégénérescence intellectuelle et institutionnelle de la maçonnerie, censée se préoccuper de philosophie ou d'éthique républicaines, minée par les querelles internes.

Convocation.

Les plaignants, Guy Worms, haut fonctionnaire, ancien membre du cabinet de Pierre Bérégovoy, Hugues Leforestier, directeur du Caveau de la République (un café-théâtre parisien), ou encore Gérard Pappalardo, imprimeur toulousain et ancien grand maître du GO, autant de contestataires internes, reprochaient à l'actuelle direction de l'obédience une tentative de putsch afin de les évincer des instances dirigeantes de la filiale immobilière du GO, Sogofim, en charge de la gestion des temples et qui plombe depuis des années les comptes du Grand Orient.

Le 1er avril (sic) 2006, à 7 h 30 du matin (resic), un collaborateur du grand maître Quillardet convoquait d'urgence une assemblée générale en vue de révoquer les opposants du directoire et du conseil de surveillance de la Sogofim. «Une matinée des longs couteaux», ironise leur avocat, Me Dominique Inchauspé : la ­ nouvelle ­ majorité du Politburo (pardon, du conseil de l'ordre) évinçait la minorité ­ anciennement majoritaire.

Dans une institution aussi attachée à la démocratie interne que le GO, le barouf était garanti. L'été 2006, les opposants obtenaient, devant le tribunal de commerce, l'annulation de l'AG putschiste. La justice consulaire constatait alors une «violation du principe de collégialité», pointant la «gravité de l'irrégularité».

Les frangins n'ont pas l'habitude de laver leur linge sale en public. L'un des prévenus, membre de la direction du GO, avait même abjuré : «Il est hautement souhaitable d'éviter de mêler le monde dit profane, et sa justice, au monde dit maçonnique, pour un différent ne concernant que les frères.» Mais le «ras-le-tablier» interne est tel que, après avoir eu gain de cause devant la justice consulaire, les plaignants avaient saisi de surcroît la justice correctionnelle pour faux (essentiellement une fausse convocation d'AG).

Panne.

Outre sa dimension pénale, l'affaire fait grand bruit au sein des loges (où les frères se réunissent deux fois par mois par groupe de 15 à 20) du GO (l'obédience n'étant qu'une fédération de loges). L'atelier Philisophoï a récemment dénoncé le «gaspillage» des capitations (cotisations) via des frais d'avocats (60 000 euros) engagés par le conseil de l'ordre au nom de procédures judiciaires contre des frères ­ le grand maître étant lui-même avocat.

La vitalité de la contestation interne prouve au moins que des membres du GO, bien qu'en panne d'idées, ne sont pas près d'accepter des moeurs dignes d'une République bananière.
Par Renaud LECADRE, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 30 mars 2007, p. 16

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interview «Le concept de "laïcité positive" ouvre une brèche dans le pacte républicain» Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France.
Recueilli par CATHERINE COROLLER Libération QUOTIDIEN : vendredi 4 janvier 2008 p. 12

Jean-Michel Quillardet est le grand maître du Grand Orient de France (GOF), qui se présente comme «la première obédience maçonnique française» avec 50 000 adhérents.
Le GOF s’est récemment «inquiété» dans un communiqué des propos tenus par Nicolas Sarkozy le 20 décembre (2007) lors de sa visite au Vatican, lui reprochant sa «volonté de présenter le fait religieux comme constitutif de l’identité politique et citoyenne, ce qui pourrait entraîner une sérieuse inflexion du modèle républicain français».
Jean-Michel Quillardet s’explique.

Qu’est-ce qui vous choque dans les propos de Nicolas Sarkozy ?

Ce concept de «laïcité positive», qui veut que les religions soient désormais considérées comme un atout et qu’il faille rechercher un dialogue avec elles, ouvre une brèche inquiétante dans le pacte républicain et laïc. C’est la première fois qu’un président de la République affiche cette nouvelle conception des rapports entre l’Etat et la religion.

Dans une société aussi matérialiste que la nôtre, n’y a-t-il pas chez les gens un besoin de sens qui doit être pris en compte ?

La quête de sens ne passe pas nécessairement par les religions. Cela me choque quand Nicolas Sarkozy dit que «la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme lorsqu’elle n’est pas associée à une aspiration qui comble l’aspiration à l’infini». Derrière ça, il y a une idéologie très américaine.

Les positions de Sarkozy sont connues, il les avait exprimées dans la République, les Religions, l’Espérance (éd. Cerf, 2004)…

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a été plus en retrait sur la modification de la loi de 1905, sur la séparation des Eglises et de l’Etat, et le rapport Machelon [commandé par Sarkozy, il préconisait un toilettage de ce texte, ndlr]. Là, nous sentons que quelque chose se prépare.

Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Michèle Alliot-Marie nous a reçus le 3 décembre, elle nous a dit que, dans le rapport Machelon, «il y a quelques idées intéressantes». Elle regarde s’il est possible de faire passer les associations du statut cultuel, interdisant tout subventionnement public, au statut culturel, l’autorisant. Jean-Pierre Raffarin a aussi déclaré dans une interview au Figaro qu’«il faudra compléter la loi de 1905».Nous avons demandé un rendez-vous au président de la République, on verra bien s’il nous reçoit.

Vous êtes opposés à toute modification de la loi de 1905, mais alors comment aider les musulmans à combler leur retard en lieux de culte ?

Les deux premiers articles, aux termes desquels «l’Etat ne reconnaît ni ne salarie aucun culte», et «l’exercice des cultes est libre»,ne sont pas modifiables. Mais nous ne sommes pas hostiles aux baux emphytéotiques, de très longue durée, ni à la création de la Fondation pour les œuvres de l’islam [créée le 16 octobre, elle est notamment destinée à financer la construction de mosquées].

A part le Grand Orient de France, peu de groupes constitués se sont insurgés contre les propos tenus par le président de la République&hellip

François Bayrou, qui a estimé que le concept de «laïcité positive» avancé par Nicolas Sarkozy «remet en cause la conception de la laïcité républicaine» et favorise un retour à la religion «opium du peuple», ainsi que François Hollande, ont protesté.

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Proposition de Sarkozy sur la Shoah: une idée "belle et saine" pour le grand maître du Grand Orient de France AP - 11heures 50PARIS -

Le grand maître du Grand Orient de France Jean-Michel Quillardet a estimé vendredi matin que l'idée du président Nicolas Sarkozy de confier, à partir de la rentrée prochaine, à chaque élève de CM2 la mémoire de l'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah était une proposition "belle et saine".

"Il me semble que le président de la République est parfaitement dans son rôle pour lancer un certain nombre d'idées et faire cette proposition qui me paraît belle et saine", "ce que je regrette, c'est qu'autour d'une idée qui est incontestable, il y ait polémique", a déclaré Jean-Michel Quillardet sur RTL. "Il faut qu'il y ait une discussion qui s'instaure sur les modalités".

"Là, je pense qu'il n'y a pas lieu de critiquer une initiative (...) qui ne peut que renforcer le pacte républicain, car (...) c'est aussi une mémoire commune", a-t-il ajouté. "Tout ce qui peut favoriser et encourager le devoir de mémoire, et en particulier concernant cette horreur absolument inconcevable quest la Shoah, est juste".

Le Sgen-CFDT voit en revanche une démarche "inquiétante" dans la proposition du chef de l'Etat. "Nul ne conteste la tragédie vécue par chacune des victimes ni la nécessité de se souvenir et de savoir ce que fut l'Holocauste", souligne-t-il dans un communiqué diffusé vendredi. "Mais précisément parce qu'il s'agir de savoir et pas seulement de commémorer, la démarche est inquiétante. (...) C'est d'histoire dont nous avons besoin, avec tout ce que cela suppose de mise en perspective, de compréhension collective de ce qui génère la tragédie, mais aussi des réponses apportées notamment au travers de la construction européenne. Pour humaine qu'elle soit, jamais la compassion ne pourra remplir le rôle de l'histoire".

Il estime surtout qu'"il faut mesurer les risques que l'on prend à vouloir transférer la culpabilité des générations passées sur les enfants d'aujourd'hui". "Plus qu'une aide à la compréhension, l'identification à une victime peut être un véritable traumatisme. Peut-on demander à un enfant de CM2 de porter sur ses épaules un tel fardeau?", lance l'organisation syndicale. "Prendre ce risque est une démarche parfaitement irresponsable". AP

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L'AVOCAT Jean-Michel Quillardet est le grand maître du Grand-Orient, première obédience maçonnique française, globalement classée à gauche.

Vous avez participé mercredi soir au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Comment avez-vous trouvé Nicolas Sarkozy?

• Jean-Michel Quillardet.
Il nous avait reçus à l'Elysée le 8 janvier à la suite de son discours de Saint-Jean-de-Latran où il a exposé sa vision de la religion. Un discours qui nous avait surpris et heurtés.
Il nous était apparu ce jour-là assez sûr de lui mais très ouvert au dialogue et, je dois le dire, sympathique. A l'issue de cet entretien, nous l'avions d'ailleurs invité à venir prendre la parole au Grand­Orient...

L'invitation tient toujours?

Evidemment! Il nous a donné son accord. Ce rendez-vous, qui sera ouvert à la presse, devrait avoir lieu en mai ou en juin.

Y avait-il un changement de ton mercredi soir par rapport au 8 janvier?

Il était sur la défensive, préoccupé par les réactions que ses discours du Latran mais aussi de Riyad ont provoquées. Il a voulu se justifier. Des justifications assez ma1adroites.
Dire par exemple, en rectifiant sa première approche qui faisait la part belle aux représentants des religions, que l'instituteur et le prêtre (ou le pasteur ou le rabbin) ont le même rôle fondamental dans la société, c'est une erreur.

Leurs rôles sont différents. Du point de vue de la République, l'instituteur a la mission la plus importante: n'est-il pas chargé d'instruire et de former de façon totalement plurielle?

N'êtes-vous pas excessif en reprochant à Nicolas Sarkozy de parler trop de religion?

Non. Il entretient l'ambiguïté. Dans son expression, il continue de privilégier la dimension religieuse. A-t-il tout à fait compris ce qu'est la laïcité?
La laïcité, ce n'est pas d'un côté les laïques, de l'autre les religieux. La laïcité, c'est le fait que les citoyens - j'allais dire : de toutes obédiences - autrement dit les croyants, les athées, les rationalistes, ceux qui vivent une spiritualité sans Dieu, les agnostiques, ceux qui sont en recherche, puissent vivre en harmonie au sein de la République.
Pour cela, il y a un principe fonda­mental: la séparation des Eglises et de l'Etat. Il faut donc réaffirmer l'incompétence de l'Etat à s'occuper des affaires religieuses et spirituelles et l'incompétence des hommes de religion à prétendre s'immiscer dans les affaires de l'Etat.

" En politique, on frise le vide sidéral "

Pour Nicolas Sarkozv, le communisme et le nazisme ont été les fruits d'un " monde sans Dieu " ...

Prétendre que c'est un monde sans Dieu qui a généré les totalitarismes du XXe siècle, c'est une lecture de l'histoire complètement erronée. Qu'est-ce qui a amené les barbaries? Cest, chaque fois, une «vérité» que l'on voulait imposer aux autres.
Le nazisme, une vérité raciste.
Pour le totalitarisme léniniste, une vérité idéologique.

Lorsque la religion tend à devenir une vérité sans discussion, on le voit aujourd'hui avec les intégrismes musulmans, elle fait pareillement le lit de la barbarie. Dans l'histoire de la France, la religion a souvent été à l'origine d'horreurs.
Comme l'a parfaitement dit mercredi soir le président du Crif dans son discours d'accueil, les religions n'ont jamais été une barrière contre la barbarie. Lorsqu'elle est comprise et vécue comme une vérité parmi d'autres, une vérité partielle, ce que nous enseigne la philosophie des Lumières, la religion est intéressante, respectable, légitime.

Ce qui est grave dans les discours du président de la République, c'est qu'en mettant en avant comme il le fait la religion, cela crédibilise le scénario d'une religion qui voudrait s'imposer comme une vérité d'Etat. Et ça, on le sait, c'est souvent la source de beaucoup de crimes.

Nicolas Sarkozy souhaite que les enfants de CM 2 prennent en charge chacun la mémoire d'un enfant juif de France victime de la déportation ..•

Tout ce qui peut favoriser le devoir de mémoire, en particulier en ce qui concerne la Shoah, est une très bonne chose.
Donc, l'idée du prési­dent de la République me paraît intéressante.
Là, il est dans son rôle car nous devons nous rappeler, nous Français, que nous avons une mémoire commune. Que cette mémoire soit apprise à des enfants, notamment la responsabilité de l'Etat français dans les crimes commis par les nazis, cela ne devrait pas faire polémique.
Même si on peut discuter, entre parents, enseignants, psychologues, des modalités d'application de cette directive. Faut-il que cet enseignement ait lieu dès l'école primaire?
En tout cas,l'idée est belle.

Où situez-vous la frontière entre vie privée et vie publique? L'idée de transparence a-t-elle, pour vous, un sens?

La transparence, c'est le contraire de la démocratie.
Et la transparence «totale », c'est souvent le lit du totalitarisme.
La laïcité, c'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat mais c'est aussi, pour les politiques et ceux qui exercent de hautes fonctions, savoir garder pour eux leurs convictions philosophiques et religieuses.

Nous ne pouvons donc qu'être inquiets de l'intrusion croissante de la vie privée dans la vie publique.
Ce qui nous in­téresse chez un politique,ce sont ses idées, ses projets, ses prises de parole. Pas sa vie privée. Mais quand plusieurs candidats à l'Elysée nous ont imposé leur vie privée durant leur campagne, on ne s'étonnera pas que les médias la leur renvoient aujourd'hui en boomerang. Tout cela pollue le débat démocratique.

Que vous inspire l'affaire du SMS qu'a publié le site du « Nouvel Observateur » ?

Que ce SMS attribué à Nicolas Sarkozy soit vrai ou faux, je le trouve de toute façon complètement inintéressant; Il y a, de part et d'autre, des excès. Excès de la part du président de la République d'avoir, à cause de cela, porté plainte.
Excès aussi, de la part de certains journalistes, de s'aventurer à ce point dans ce domaine-là. C'est assez inélégant, et ça dit quoi? Rien.

Ce qui intéresse les Français, c'est le pouvoir d'achat, les rapports entre la religion et l'Etat, le destin de l'Etat d'Israël, la lutte contre les intégrismes.

Avec ces polémiques à répétition sur la vie privée du président de la République, dont il porte lui-même, il est vrai, la responsabilité, on est dans le déni absolu du discours politique. On frise même le vide sidéral. Raison de plus pour redonner tous ensemble du sens à la politique en nous inspirant, par exemple, du parcours et des exigences d'un Pierre Mendès France !

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Le Parisien, 30 mai 2008, p. 9 Initiation clandestine d'une femme au Grand Orient

COUP de tonnerre dans l'histoire du Grand Orient de France. Selon nos informations, pour la première fois au sein de la plus grande obédience française, exclusivement masculine, une femme a été initiée au cours d'une cérémonie au milieu de trois cents frères et sœurs d'autres ordres invités (Droit humain, Grande Loge féminine, etc.).
Une véritable révolution dans la mesure où le dernier convent du GO (assemblée générale des maçons) avait rejeté à 57 % l'admission des femmes.

Le rituel s'est déroulé au sein même du siège du GO, rue Cadet, dans le temple Groussier, le plus grand de France, à l'initiative de la loge Combat, réputée pour être très « avant-gardiste ». « Elle a été admise avec d'autres hommes. Cela fait des années que nous réclamons l'initiation de femmes au GO, il fallait marquer le coup même en enfreignant les résolutions en vigueur », explique un membre de la loge Combat.
En langage profane, cela veut dire que cette tenue s'est faite de façon clandestine!

Eventuelles radiations

Le résultat ne s'est pas fait attendre, le Conseil de l'Ordre, mis devant le fait accompli, a tapé du poing sur la table et a suspendu ... toute la loge. Encore une première.
Ce que confirme le grand maître du Grand Orient; Jean­Michel Quillardet : « Je partage depuis toujours la volonté d' ouvrir le débat sur l'admission des femmes, et je l'ai prouvé, mais cela ne peut pas se faire contre la volonté du convent; La loge Combat est passée en force. »
Les responsables vont être convoqués devant le tribunal de justice maçonnique, qui peut décider de radiations éventuelles.
« On ira jusqu'au bout et nous saisirons la justice civile pour discrimination sur le sexe », réplique un frère de la loge Combat.
ERIC GIACOMETTI

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Affaire Tapie : vers une république bananière ?
Jean-Michel Quillardet avocat au barreau de Paris, Grand Maître du Grand Orient de France.
Libération, QUOTIDIEN : vendredi 1 août 2008

Incroyable. Scandaleux. Ainsi donc, un ministre de la République préfère, pour défendre les intérêts de l’Etat, s’adresser à un système de justice arbitrale, c’est-à-dire privée - trois arbitres choisis par les parties, en l’occurence Jean-Denis Bredin, Pierre Mazeaud et un ancien magistrat de la Cour de cassation -, plutôt qu’aux magistrats de la République.

Dans l’affaire Tapie, la Cour de cassation a cassé un arrêt d’une cour d’appel et a renvoyé l’examen du dossier pour être à nouveau conclu et plaidé devant une autre cour d’appel. Cela alors même qu’une Cour de cassation pose un certain nombre de principes, quant à la décision juridictionnelle future, qui paraissent plutôt favorables à l’institution chargée de défendre les intérêts de l’ex-Crédit Lyonnais et qui est, évidemment, une institution publique.

Pour autant, madame la ministre de l’Economie et des Finances manifeste ainsi une véritable défiance à l’égard des juges professionnels, magistrats de la République, et s’adresse à des arbitres qui auront touché, rapporte la presse, 300 000 euros d’honoraires chacun, soit 900 000 euros au total, dont la moitié à la charge de l’Etat ! Comment ne pas s’insurger contre cette méthode digne, en effet, de républiques bananières d’autres temps et d’autres lieux ?

Mais il s’agit surtout, au-delà de l’émoi et d’une prudence surprenante de la classe politique à l’égard de cette affaire - en dehors de François Bayrou qui, dans une récente tribune au journal le Monde, a dit ce qu’il fallait dire -, il s’agit d’une recomposition du système judiciaire français.

La politique suivie en matière de justice depuis plusieurs années, incontestablement accentuée ces derniers mois, vise à renforcer cette justice à deux vitesses, soit :
- un système judiciaire pour les puissants, pour les riches, pour les affaires ;
- un système judiciaire dit «de proximité» pour le justiciable lambda.

Le financement, les politiques d’aides au développement sont mis au service du premier système.
Ainsi, avec l’accord, en règle générale, des instances professionnelles, ne sont considérées et ne sont favorisées que les grosses structures d’avocats dites d’affaires et, plus encore, d’affaires internationales - même si ces «affaires» n’ont d’internationales que le nom. C’est importer dans le système français les trusts et monopoles des cabinets d’avocats, certes très forts, mais qui ne s’adressent qu’à une catégorie très privilégiée de la population : les gros contribuables, les résidents étrangers fortunés ou les grosses entreprises.

Les cabinets d’avocats défendant la petite ou moyenne entreprise, défendant le salarié devant les conseils de prud’hommes, ou tout simplement le pauvre soumis à des endettements caractérisés, souvent sous la pression des banques, ou le délinquant, ou encore les compagnies d’assurances, sont soumis aux conditions économiques de l’ensemble de ces entités. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas les moyens, en règle générale, de dégager des financements suffisants pour obtenir une défense de qualité.

Sans parler naturellement de l’impéritie du système d’aide juridictionnelle français, qui octroie aux avocats défendant au titre de l’aide juridictionnelle tel ou tel justiciable, non pas des indemnités, mais des aumônes. Tant la politique économique que la politique judiciaire tendent en fait à éliminer du secteur judiciaire ces défenseurs naturels de l’homme dans la société. Et il s’ensuit naturellement le même phénomène pour la magistrature.

Un certain nombre de pratiques de la procédure pénale permettent, en matière économique et financière, en matière de droit de la concurrence, de choisir ses juges. On vient de le voir, et ceci à l’exemple du plus haut niveau.

La magistrature s’appauvrit, le fonctionnement des tribunaux d’instance et grande instance connaît de nombreux déboires dus à un manque de moyens et d’équipement… Peu importe, ce qui compte, comme le bouclier fiscal, c’est un «bouclier judiciaire» accentuant encore les inégalités économiques, culturelles et sociales.

Cette affaire Tapie, sans nous prononcer sur le fond et ne prenant partie pour l’un ou l’autre camp, est révélatrice de la marchandisation d’un certain nombre de principes et, en l’espèce, des principes les plus chers aux républicains : les principes du droit et ceux de l’organisation d’une justice égale pour tous, compétente, accessible sur le plan financier, et indépendante. Puissent les hautes autorités de la République faire, à l’avenir, valoir ce point de vue pour faire oublier ce triste constat.

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09/10/2010 20:34 la-Croix.com PARIS, 9 oct 2010 (AFP) - Sarkozy au Vatican: "offensant", selon le grand maître du Grand Orient

Le Grand maître du Grand Orient de France (GODF), Guy Arcizet, juge "offensante" et contraire "aux principes de la séparation de l'Eglise et de l'Etat" la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican, dans un entretien au Journal du Dimanche.

"Manifester un tel particularisme religieux dans une démarche politique est offensant pour toute une part des citoyens français", estime Guy Arcizet, qui se dit "stupéfait que le chef de l'Etat prenne parti au nom d'une portion de la population, c'est-à-dire les catholiques".

"Ceux qui comme moi sont agnostiques, de même les musulmans ou les juifs, sont exclus de cette démarche. (...) C'est inadmissible", ajoute-t-il.

Le président, qui s'est signé plusieurs fois durant sa visite au Vatican vendredi, "est allé trop loin", poursuit le Grand maître du GODF, première obédience maçonnique de France.

"Il a manifesté des sentiments religieux lors d'un déplacement de chef d'Etat d'une république qui se veut laïque. On assiste à un mélange des genres qui va à l'encontre des principes de la séparation de l'Eglise et de l'Etat", affirme encore le responsable franc-maçon.

Selon lui, "Nicolas Sarkozy prend un parti qui ne correspond pas aux idées républicaines". "Si désormais on doit en appeler à la morale chrétienne pour nous expliquer ce qu'il faut faire en tant que citoyen, je trouve cela difficile à avaler", déclare-t-il encore.

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Vers Première Page

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Lied: "O heiliges Band der Freundschaft"