La politique de civilisation. Elysée, 8 janvier 2008.
Le Havre – mardi 29 mai 2007 Premier discours du Président Sarkozy

Henri Guaino, le "nègre" de Nicolas Sarkozy

Allocution de Nicolas Sarkozy, prononcée à l’Université de Dakar
L’Eurafrique remplace la Françafrique
Afin que chacun puisse se faire son opinion, Afrik.com (www.afrik.com/article12199.html) vous propose l’intégralité du discours du Président français, Nicolas Sarkozy, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007.

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Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de remercier d’abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l’université de Dakar qui me permet pour la première fois de m’adresser à l’élite de la jeunesse africaine en tant que Président de la République française.

Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains.

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.

Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique.

Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.

Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l’homme noir, c’est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l’âme de l’homme noir est une blessure ouverte dans l’âme de tous les hommes.

Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l’avenir.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Ils n’ont pas vu la profondeur et la richesse de l’âme africaine. Ils ont cru qu’ils étaient supérieurs, qu’ils étaient plus avancés, qu’ils étaient le progrès, qu’ils étaient la civilisation.

Ils ont eu tort.

Ils ont voulu convertir l’homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu’ils avaient tous les droits, ils ont cru qu’ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l’Afrique, plus puissants que l’âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d’Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.

Ils ont eu tort.

Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.

Ils ont eu tort.

Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir.

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Nul ne peut faire comme si rien n’était arrivé.

Nul ne peut faire comme si cette faute n’avait pas été commise.

Nul ne peut faire comme si cette histoire n’avait pas eu lieu.

Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen.

Jeunes d’Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le cœur et dans l’âme de l’Afrique.

Jeunes d’Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.

Jeunes d’Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu’elle est une maladie, une maladie de l’intelligence, et qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde.

Jeunes d’Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d’une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.

Je veux vous dire, jeunes d’Afrique, que le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l’art, de la pensée et de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique.

L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle.

Je veux donc dire, à la jeunesse d’Afrique, que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen.

C’est en puisant dans l’imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c’est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l’aube des temps, se transmettent et s’enrichissent de génération en génération que vous trouverez l’imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d’Afrique d’être vous-mêmes, libre de décider par vous-mêmes.

Je suis venu vous dire que vous n’avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu’elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu’elles sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme qui asservissent l’homme moderne, qu’elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l’aplatissement du monde.

Je suis venu vous dire que l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires.

Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d’en faire la synthèse.

Mais je suis aussi venu vous dire qu’il y a en vous, jeunes d’Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l’Afrique et celle de l’Europe.

Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, vous donner des leçons.

Je ne suis pas venu vous faire la morale.

Mais je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles.

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire(*).

Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.

Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.

Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à regarder son accession à l’universel non comme un reniement de ce qu’elle est mais comme un accomplissement.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y a d’universel dans toutes les civilisations humaines.

C’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.

C’est de s’approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l’intelligence humaine.

Le défi de l’Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s’enfermer parce qu’ils savent que l’enfermement est mortel.

Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l’esprit humain.

La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.

La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l’intolérance que l’intolérance, au racisme que le racisme.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d’une histoire qui vous appartient aussi parce qu’elle fut l’histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aïeux.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent faire sortir l’Afrique de l’histoire au nom de la tradition parce qu’une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l’aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d’Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l’aventure humaine sera moins belle.

N’écoutez pas jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.

Ecoutez plutôt, jeunes d’Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l’histoire avaient placé l’Afrique.

Il disait, lui l’enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».

Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d’un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».

Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l’humanité comprend d’intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l’Afrique se mit à parler à toute l’humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.

Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d’êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.

Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.

Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu’aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l’adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l’enfance.

Car chaque peuple a connu ce temps de l’éternel présent, où il cherchait non à dominer l’univers mais à vivre en harmonie avec l’univers. Temps de la sensation, de l’instinct, de l’intuition. Temps du mystère et de l’initiation. Temps mystique ou le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C’est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu’elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux.

L’Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu’ils avaient partagé la même enfance. L’Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d’être en harmonie plutôt que d’être en conquête.

Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l’usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd’hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.

L’Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait crû et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter.

Alors entendez, jeunes d’Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ».

Ouvrez les yeux, jeunes d’Afrique, et ne regardez plus, comme l’ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.

Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j’appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.

Dès lors que vous proclamerez que l’homme africain n’est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d’autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous, jeunes d’Afrique, vous déclarerez qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour une politique africaine que l’unité de l’Afrique et l’unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.

Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes.

La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force.

Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde.

Je sais l’envie de partir qu’éprouvent un si grand nombre d’entre vous confrontés aux difficultés de l’Afrique.

Je sais la tentation de l’exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.

Je sais ce qu’il faut de volonté, ce qu’il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l’on est né, où l’on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l’on a été heureux, l’amour d’une mère, d’un père ou d’un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.

Je sais ce qu’il faut de force d’âme pour affronter le dépaysement, l’éloignement, la solitude.

Je sais ce que la plupart d’entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques.

Je sais qu’ils iront parfois jusqu’à risquer leur vie pour aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient être leur rêve.

Mais je sais que rien ne les retiendra.

Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.

Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.

Je crois que la jeunesse africaine s’en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde.

Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l’aventure et du grand large.

Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs.

L’Afrique n’accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l’Afrique a besoin de sa jeunesse.

La Renaissance de l’Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance.

Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n’a le choix qu’entre la clandestinité et le repliement sur soi.

Elle doit pouvoir acquérir, hors, d’Afrique la compétence et le savoir qu’elle ne trouverait pas chez elle.

Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu’elle aura développés. Il faut revenir bâtir l’Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l’Afrique a besoin pour se développer.

Ce que veut la jeunesse africaine c’est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie.

Ce que veut la jeunesse d’Afrique, c’est que sa dignité soit préservée.

C’est pouvoir faire des études, c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir vivre décemment. C’est au fond, ce que veut toute l’Afrique. L’Afrique ne veut pas de la charité. L’Afrique ne veut pas d’aide. L’Afrique ne veut pas de passe-droit.

Ce que veut l’Afrique et ce qu’il faut lui donner, c’est la solidarité, la compréhension et le respect.

Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place.

Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.

Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.

Jeunes d’Afrique, la mondialisation telle qu’elle se fait ne vous plaît pas. L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire.

Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.

Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l’Europe, elle veut se battre avec l’Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l’Afrique, la France et l’Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté votre place.

Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.

Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cesse l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? Voulez-vous que l’État se remette à faire son métier, qu’il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu’il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu’il domine les féodalités, qu’il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ?

Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l’exiger, mais personne ne le voudra à votre place.

Voulez-vous qu’il n’y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n’y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir. Si c’est ce que vous voulez, jeunes d’Afrique, vous tenez entre vos mains l’avenir de l’Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir.

Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu’il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C’est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés.

Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C’est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d’Afrique.

Vous voulez l’unité africaine ? La France le souhaite aussi.

Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est regarder en face les réalités. C’est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé.

La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique.

A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l’Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l’esprit de la France, il ne s’agit nullement de mettre à l’écart l’Afrique, qui s’étend au sud du Sahara mais, qu’au contraire, il s’agit de faire de cette Union le pivot de l’Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu’Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.

Alors, mes chers Amis, alors seulement, l’enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu’il peut lever la tête et regarder avec confiance l’avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l’humanité. Je vous remercie.

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Discours de Nicolas Sarkozy. Elysée, 08/01/2008, 10h

10h10 : début de la conférence de presse . Nicolas Sarkozy entame son discours.

" J’ai l’intention de mettre en oeuvre une politique de civilisation.

Cette politique de civilisation a suscité nombre d’interrogations.

Il ne s’agit pas pour moi d’une formule de circonstances.

J’ai été élu en promettant un changement en profondeur.

J’ai été élu au terme d’une campagne dans laquelle les valeurs ont tenu une place centrale.

J’ai voulu remettre l’homme au coeur de la politique.

Comment la politique peut-elle changer le monde ?

La politique doit être animée par le souci constant d’un idéal humain. Les Français aspiraient à ce que le débat politique change profondément de nature.

La politique ne disait plus rien sur l’essentiel. La politique était devenue impuissante.

La politique ne remontait aux causes des problèmes puisqu’elle se cantonnait à la gestion des problèmes.

La politique de civilisation, c’est la politique de la vie. Elle est nécessaire quand il faut reconstruire des repères, des normes, des critères.

La nécessité de reconstruire s’est imposée à chaque fois qu’un grand choc technologique, scientifique est venu ébranler nos certitudes.

Ce fut le cas avec la Renaissance, ce fut le cas à la fin du 18e, début 19e, ce fut le cas avec la Révolution industrielle, aussi dans l’immédiat après-guerre. A chaque époque, les réponses sont différentes, mais le défi est le même."

10h15 : "L’urgence est partout"

Aujourd’hui, il nous faut reconstruire notre rapport au temps et à l’espace, notre rapport aux autres et à nous-mêmes. Savoir qui nous sommes, ce n’est pas anecdotique.

Isolement, cloisonnement, dégradation de notre qualité de vie, irresponsabilité : l’urgence est partout. Je m’étonne qu’on puisse se demander si on ne va trop vite.

Les mêmes qui nous demandent un bilan tout de suite, sont les mêmes qui nous décrivent trop pressés et trop impatients. Nous nous efforçons de répondre à cette urgence

En finir avec une société où les enfants ont le sentiment qu’ils vont vivre moins bien que leurs parents. Il faut inscrire une politique dans la longue durée. C’est ce que je souhaite faire en 2008.

10h17 : "Changer nos façons de produire, de travailler et de vivre"

Si les autres ont échoué, ce n’est pas parce qu’ils étaient plus mauvais, c’est parce que la stratégie n’était pas la bonne.

Les autres n’ont pas échoué parce qu’ils étaient de gauche ou ils étaient de droite.

Politesse, autorité, éducation... Pour réduire le chômage et la précarité, il ne nous faut pas seulement gérer mieux mais d’abord changer nos façons de produire, de travailler et de vivre.

10h19 : "Faire de la France une démocratie irréprochable"

Pour 2008, notre volonté de faire de notre démocratie une démocratie irréprochable, grâce à la réforme des institutions. Il faudra revaloriser le rôle du Parlement et donner aux citoyens des libertés nouvelles.

10h25 : " Les manifestations ne règlent rien : si c’était le cas, l’éducation devrait être au nirvana du bonheur "

Le Grenelle de l’Environnement. C’est un tournant politique majeur. Ce n’est pas une opération de communication. 2008, ce sera bâtir une école du savoir, de la civilité, du respect et de la culture.

Nous donnerons la priorité à l’école primaire. Son affaiblissement est la cause principale des problèmes du collège.

Cette politique prendra du temps, mais c’est ce qu’il y a de plus essentiel pour l’avenir.

Quelles que soient les difficultés, nous n’avons pas le droit de reculer. A force de reculer, on va finir par arriver au point de départ.

Le débat de l’école ne peut pas se réduire à la seule question du statut. L’école doit redevenir l’affaire de tous.

Les manifestations ne règlent rien : si c’était le cas, l’éducation devrait être au nirvana du bonheur.

Nos universités sont dans un état de délabrement. Les enseignants sont plus victimes que coupables dans cette affaire.

Nous devons faire des campus qui soient des lieux de convivialité et d’effervescence intellectuelle.

En 2008, nous sélectionnerons les 10 premiers grands projets de rénovation universitaire.

Au moins, on verra des résultats concrets.

2008, ce sera également une politique de la jeunesse.

10h30 : "Chaque jeune des quartiers en difficulté devra recevoir une formation"

Je veux que la rupture permette de mettre en oeuvre ce projet de civilisation.

Pour les banlieues, nous mettrons en place, début février, une politique d’intégration qui donnera à tous ceux qui veulent s’en sortir les moyens de le faire.

Politique de l’égalité des chances, aussi. Chaque jeune des quartiers en difficulté devra recevoir une formation. Mais pas de droit sans devoir !

Comment redonner une chance à celui qui a subi un échec ? Notre société se méfie du succès, elle est fascinée par l’échec, elle le considère insurmontable.

Peut-on poser le problème des banlieues sans poser celui de la ville ?

Non comme un simple problème de gestion, mais comme un problème de civilisation. Notre civilisation n’a pas su maîtriser la ville. C’est un sujet politique majeur.

Nous devons apporter une réponse française. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une réflexion sur le Grand Paris.

Urbanisme, architecture, convivialité doivent être les angles d’attaque. L’urbanisme et l’architecture sont des leviers profonds d’une politique de civilisation.

Je vais m’impliquer personnellement dans ce chantier.

Tout sera fait en concertation, mais je ne laisserai pas ce projet s’enliser. La situation de l’agglomération parisienne est devenue inacceptable.

Paris doit redevenir pour le monde entier le symbole d’un art de vivre.

10h35 : "Une révolution" : vers la fin de la publicité dans l’audiovisuel public ?

Je vais entreprendre une rénovation sans précédent de l’audiovisuel public.
Au moins il y avait une attente (rires dans la salle). La rénovation de l’audiovisuel extérieur indispensable.

Il faut lancer une véritable révolution culturelle dans le service public de la télévision. S’il existe une même logique dans les chaînes publiques et dans les chaînes privées, on ne voit pas très bien la logique...

Le critère du service public, c’est la qualité.

Il faut réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques de télévision.

Une nouvelle taxe sur les nouveaux moyens de communication (téléphonie mobile notamment) pourrait financer cela.

10h42 : "Des stock-options à tous les salariés de l’entreprise"

Nous poursuivrons la politique du travail. En 2008, nous introduirons davantage d’équité dans le système économique.

Les salariés ne doivent pas être privés de leur part de réussite de l’entreprise.

Les actionnaires ne sont pas l’alpha et l’omega.

J’aimerais qu’on me prenne au sérieux quand je dis que les exonérations de charges seront conditionnées aux négociations.

Je veux être le président de tous les Français. Personne ne sera déçu, les pour comme les contre.

Nous allons aller beaucoup plus loin en matière de participation et d’intéressement qui doivent s’étendre à toutes les entreprises, même celles de moins de 540 salariés.

Nous sommes prêts à avoir un impôt sur les entreprises, différencié pour les entreprises de moins de 50 salariés.

Les stock-options doivent bénéficier à tous les salariés de l’entreprise. Ça fait des années qu’on parle de participation, il est venu le temps de la faire.

Il faut promouvoir un capitalisme d’entrepreneur, et familial.

10:46 : Le capitalisme financier a besoin d’être moralisé

On aurait l’air parfaitement ridicules d’être moins libéraux que les autres et, de surcroît, de moins défendre nos intérêts.
Alstom est aujourd’hui une des plus belles réussites françaises.
On peut pas défendre toutes les entreprises, tous les métiers, mais on ne peut pas se retrouver avec des fonds spéculatifs qui s’abattent sur nos entreprises et dire après, c’est la mondialisation, et que l’on n’y peut rien !
Le capitalisme financier a besoin d’être moralisé. Depuis la crise des subprimes, il y a moins de scepticisme.

10h50 : "L’Europe a été bâtie pour protéger, pas pour inquiéter"

La libre-concurrence n’est plus compatible avec les dumpings de toute sorte. La réciprocité doit devenir la règle.

La présidence française de l’UE sera une autre occasion pour la France pousser une politique de civilisation. L’Europe a été bâtie pour protéger, pas pour inquiéter.

On peut être parfaitement européen et mettre l’Europe au service de la protection.
Si on a fait l’Europe, c’était justement pour la préférence communautaire.
L’Europe doit protéger, ne doit pas nous rendre plus vulnérables.

10h55 : "On fera tout pour que le G8 devienne le G13"

J’ai bien conscience que le traité simplifié à lui seul ne va pas tout résoudre.

Immigration, énergie, défense : je voudrais que l’Europe ait ces politiques.

A tous ceux qui me demandaient d’annuler mon voyage en Algérie : imaginez que je l’aie annulé quelques jours avant que des barbares fassent sauter un bus.

On aurait eu l’air malin, de se retirer de l’Afghanistan quelques jours avant l’assassinat de Mme Bhutto.

Par ailleurs, on fera tout pour que le G8 devienne le G13 : Chine, Inde, Brésil, Mexique, Afrique du Sud.

Aujourd’hui, on oublie deux milliards et demi de gens. Imaginer qu’on peut régler les grandes affaires du monde à 8, ça me semble étrange...

La France mettra tout en oeuvre pour que l’Allemagne, l’Inde et un grand pays africain entrent au conseil de sécurité de l’Onu.

Les missions du FMI et de la Banque mondiale doivent être repensées.

11h00 : "Si nous ne recevons pas des gens qui ont renoncé au terrorisme, qu’est-ce qu’on fera avec les autres ?"

Les politiques d’immigration doivent être fondées sur les quotas.

On accueille des gens qu’on peut accueillir parce qu’on peut les intégrer.
Je souhaite que chaque année, devant le Parlement, on puisse débattre de la politique d’immigration.
Pourquoi ce secret, pourquoi cette chape de plomb ?

Il y aura l’Union de la Méditerranée, projet de civilisation par excellence, l’indépendance du Liban, la reconnaissance mutuelle Israël-Palestine.

Et en 2008, je vais me battre pour la diversité.

Si on se bat pour la démocratie, certains pays nous disent : "post colonial !" En se battant pour la diversité, cet argument saute.
Le Liban est un symbole de la diversité. Israël est un symbole de la diversité.

J’ai toujours soutenu les projets d’ouvertures de mosquées, mais il ne doit pas y avoir de fermeture d’églises ailleurs.

Il faut une diplomatie de la réconciliation. La France doit parler avec tout le monde. Je me souviens du charivari ridicule sur la venue de M. Kadhafi à Paris...

En Espagne, il a été reçu par le roi Juan Carlos et par le premier ministre socialiste ! L’Internationale socialiste doit bien mal se porter...

Si nous ne recevons pas des gens qui ont renoncé au terrorisme, qu’est-ce qu’on fera avec les autres ?

Une fois qu’il n’y aura plus de pétrole, est-ce que vous croyez qu’on aura des gouvernements démocratiques ?

Il faut soutenir Bouteflika, aider Moubarak. La France veut être honnête

J’étais très fier et très heureux de deux évènements organisés par Kouchner : conférence sur Darfour et Palestine.

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Discours Donner une majorité à la France pour qu’elle puisse avancer
Nicolas SARKOZY Président de la République

Réunion républicaine Le Havre – mardi 29 mai 2007

C’est à vous tous, Françaises, Français, que je m’adresse ce soir.
C’est la première fois depuis que vous m’avez élu Président de la République.
J’ai voulu vous parler directement.
J’ai voulu le faire ici, au milieu du peuple français, au Havre, cette ville qui connaît le prix de l’effort et du travail.
Cette ville qui s’est relevée, qui s’est reconstruite, par le courage et par l’énergie de ses habitants.
Cette ville qui a connu et surmonté toutes les épreuves et qui, avec son maire, mon ami Antoine Rufenacht, a retrouvé sa prospérité, son dynamisme.

Pour ce premier discours, je voulais être parmi les travailleurs, les ouvriers, les marins, je voulais partager avec eux les sentiments et les espoirs qui sont ceux de tous les Français.

Françaises, Français, je voudrais vous dire l’émotion qui a été la mienne d’avoir été choisi pour représenter le plus beau pays du monde et pour parler en son nom à tous les hommes, moi le fils d’un Hongrois et le petit-fils d’un Grec de Salonique, le Français au sang mêlé qui aime la France plus que tout au monde et auquel la France a tout donné.

Au moment de mon investiture, je n’ai pas éprouvé cette joie qu’on éprouve habituellement quand on a le sentiment de réaliser le rêve d’une vie. A cet instant si solennel j’ai d’abord ressenti de la gravité devant l’immensité de la tâche à accomplir.
J’ai mesuré la responsabilité si lourde qui m’incombe désormais.

Je n’ai pas vécu cette élection comme une victoire personnelle ni comme la victoire d’un parti ou d’un camp mais comme la victoire de la France qui reprenait confiance en elle-même, qui se remettait à croire à son destin, qui se disait que tout n’était pas fini, comme la victoire d’un peuple qui se lève pour dire que désormais il ne laissera plus personne penser à sa place, choisir à sa place, décider à sa place.

Mais ce fut aussi une victoire de la démocratie. Car avec un taux de participation de presque 85% c’est toute la France qui a voté.
Elle l’a fait sans ambiguïté.
Elle a choisi le changement.
Elle a choisi la rupture avec les comportements, les modes de pensée, les idées du passé.
Ce vote du peuple français tout entier, cette participation exceptionnelle expriment une attente et une exigence elles aussi exceptionnelles et que je n’ai pas le droit de décevoir.
Ce changement, cette rupture que le peuple a souhaités, que le peuple a voulus, je les accomplirai.
Parce que c’est le mandat que j’ai reçu.
Parce que la France en a besoin.
Parce qu’elle a déjà trop attendu.
Parce que dans un monde qui change, l’immobilisme est suicidaire.
Parce que dans l’économie de l’innovation et de la connaissance, le conservatisme ne peut avoir d’autre issue que le déclin.

Ce que j’ai dit je le ferai parce que je vous le dois, parce que je le dois à la France.

Je n’ai rien oublié de ces longs mois de campagne où tous les jours je suis allé à votre rencontre pour vous écouter et pour vous parler. Je vous ai dit ce que je souhaitais pour notre pays. Je n’ai pas oublié.
Je vous ai dit que je ne vous trahirais pas, que je ne vous mentirais pas, que je ne vous tromperais pas. Je n’ai pas oublié.
J’ai voulu tout vous dire avant l’élection pour pouvoir tout faire après. Et je ferai tout.

C’est sur la foi de ces engagements qu’une grande majorité d’entre vous m’a témoigné sa confiance. Je sais que le pays attend beaucoup. Je sais qu’au cours de cette campagne une espérance est née, que chacun des candidats, à sa manière, sans doute, a contribué à nourrir. Oui, une espérance comme la France depuis bien longtemps n’en avait pas connu.
Car cela faisait bien longtemps que la plupart d’entre vous avait cessé d’avoir confiance en la politique, que la plupart d’entre vous avait cessé de croire qu’elle pouvait changer quelque chose dans le monde et vous aider à construire une vie meilleure.

A force de ne pas tenir ses promesses, à force de mentir, à force d’expliquer que l’on avait tout essayé et que l’on ne pouvait rien, qu’il fallait apprendre à subir au lieu de s’efforcer d’agir, la politique s’était elle-même discréditée. Elle avait cessé peu à peu d’exprimer cette volonté collective qui est sa raison d’être pour ne plus exprimer qu’un renoncement.

Cet affaissement de la politique minait la démocratie, laissait le champ libre à la violence et favorisait les extrêmes. La protestation sous toutes ses formes devenait plus radicale à mesure que grandissait le sentiment de n’être plus ni compris, ni écouté, ni respecté.

Le silence de la politique face à la lourdeur, à la dureté, à la difficulté croissantes de la vie, vous le ressentiez au mieux comme de l’indifférence, au pire comme du mépris. Ce sentiment d’indifférence et de mépris nourrissait le désespoir et la révolte de beaucoup d’entre vous.
La France qui souffre parce qu’elle a le sentiment que quoi qu’elle fasse elle ne pourra pas s’en sortir.
La France qui souffre parce qu’elle a peur de l’exclusion ou parce qu’elle vit dans la hantise du déclassement.
La France qui souffre de l’injustice, de la pauvreté ou de la discrimination.
La France qui souffre de la concurrence déloyale, du chantage aux délocalisations ou de l’insécurité.
La France qui est condamnée aux bas salaires et qui est démoralisée par l’assistanat.
La France qui n’en peut plus de payer pour les fraudeurs alors qu’elle a tant de mal à vivre.
La France qui souffre de ne pas pouvoir réussir, de ne pas pouvoir entreprendre, de ne pas pouvoir créer et qui est découragée, qui ne supporte plus de ne pas être soutenue, de ne pas être valorisée, qui souffre de ne pas pouvoir donner la mesure de son talent et qui est découragée.
La France de la jeunesse qui a le sentiment qu’on lui vole ses rêves.
La France des plus âgés qui ont travaillé toute leur vie, qui ont élevé leurs enfants le mieux possible, qui ont toujours fait leur devoir et qui ressentent comme une cruelle injustice d’être souvent oubliés de tous, condamnés parfois à l’indifférence et à la solitude.
La France de ceux que la vie n’a pas épargnés, qu’elle a parfois brisés.
La France des mères qui doivent élever seules leurs enfants, des malades dont la souffrance morale et sociale s’ajoute trop souvent à celle de la maladie.
La France de tous ceux qui se sentent mis à l’écart et qui n’ont pas les mêmes chances que les autres parce qu’ils sont différents.
Cette France qui pour toutes sortes de raisons éprouve au fond, à des degrés divers, une même souffrance, un même mal de vivre, un même mal d’être.
Cette France avait besoin qu’on lui parlât de nouveau.
Elle n’avait pas besoin de compassion. Elle n’avait pas besoin qu’on la plaigne.
Elle avait d’abord besoin de considération, d’attention, de respect. Elle avait besoin qu’on lui redonne de l’espoir.
La France qui souffre la France qui n’en peut plus, qui trouve la vie trop dure, cette France que j’ai rencontrée si souvent, je ne l’ai pas oubliée.

Il fallait que la politique cessât d’opposer les Français les uns aux autres et retrouvât le sens de l’intérêt général.
Il fallait que la politique cherchât de nouveau à rassembler et non plus à diviser.
Il fallait qu’elle se fixât de nouveau pour objectif de redonner aux Français le goût de vivre ensemble et de construire ensemble.
Il fallait qu’elle eût de nouveau pour horizon de faire partager à tous le sentiment qu’un destin commun nous liait les uns aux autres, que l’avenir de chacun dépendait de l’avenir de tous.
Il fallait que la politique redevînt capable de s’adresser à chaque individu comme à une personne humaine singulière et qu’en même temps elle réapprît à parler de la nation et de la République.
Il fallait que la politique se mît à reparler de ce qu’était un homme et de ce qu’était un citoyen, des droits de chacun et des devoirs de tous.
Il fallait que la politique pût dire à chacun qu’il n’était pas seul au monde pour affronter la mondialisation, mais qu’il faisait partie d’une grande nation qui l’aiderait, qui le soutiendrait, qui le protégerait.
Il fallait tout simplement que la politique se mît à reparler de la France.

Français, vous aviez besoin que l’on vous parle de la France. Vous vouliez que l’on vous redonne la fierté d’être Français. Vous vouliez retrouver le sentiment d’un destin commun, d’une identité, d’une solidarité, d’une volonté.

Ce fut le miracle de cette campagne que la France soit revenue au cœur du débat et que cela vous donne de nouveau envie de croire en la politique.
La France ce n’est pas la droite, la France ce n’est pas la gauche, la France c’est tous les Français, disait le Général De Gaulle.
C’est le rôle du Président de la République de travailler à l’union de tous les Français. A l’instant même où le suffrage universel m’a désigné, j’ai cessé d’appartenir à ceux qui m’avaient soutenu pour devenir le Président de tous, y compris de ceux qui n’ont pas voté pour moi, de ceux qui m’ont combattu.
Je veux leur dire que je les respecterai, que je respecterai leurs convictions, que je respecterai leurs croyances.
Je veux leur dire que je gouvernerai selon les principes et les valeurs au nom desquels je me suis engagé à gouverner pendant toute la campagne présidentielle.
Mais je veux leur dire que parmi ces valeurs il y a l’ouverture d’esprit et l’esprit de tolérance.

L’ouverture pour moi, c’est l’ouverture aux idées des autres, aux idées nouvelles. C’est l’ouverture à la diversité, à la différence. C’est l’ouverture à tous les talents, à toutes les intelligences.
C’est le contraire du sectarisme, qui est un enfermement et un appauvrissement.
Quand on est sûr de ses valeurs, quand on a confiance en ses idées, quand on croit en ses choix, en ses engagements, on n’a pas peur de s’ouvrir.
L’ouverture ne me fait pas peur. Je la crois nécessaire parce que la différence est une richesse, parce que s’ouvrir aux points de vue et aux idées des autres oblige à réfléchir davantage, et parce que plus l’on veut réformer en profondeur, plus on veut bousculer d’habitudes, de privilèges, d’avantages acquis, de statuts et plus il faut être en mesure de rassembler largement, bien au-delà des frontières de sa famille politique.

L’ouverture ce ne sont pas les manœuvres d’appareil et la distribution des places. L’ouverture c’est juste cette disposition d’esprit par laquelle on admet que celui qui ne pense pas comme soi peut être sincère et peut avoir raison. C’est juste cette disposition d’esprit qui conduit à reconnaître que l’intelligence et le talent sont dans tous les camps et qu’il est normal, qu’il est naturel, qu’il est légitime de les solliciter parce que lorsqu’il s’agit de la France il n’y a pas de camp.

J’ai été élu sur un projet. Ce projet je le mettrai en œuvre parce que c’est le mandat que j’ai reçu du peuple. Mais dans la mise en œuvre de ce projet il y a de la place pour toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté qui aiment leur pays et qui veulent le servir sans renier leur histoire ni leurs convictions.

Je l’ai dit pendant la campagne : pour moi les convictions et les compétences sont plus importantes que les étiquettes.
C’est dans cet esprit que le gouvernement a été constitué. C’est dans cet esprit que j’ai demandé à des personnalités venues d’horizons politiques différents de travailler avec moi pour mettre en œuvre la politique que les Français ont approuvée.
Cette politique, après les résultats de l’élection présidentielle, elle s‘impose à tous les démocrates comme une exigence morale.
Chacun a le devoir de l’appliquer. Rien ne serait pire que le reniement de la parole donnée. Que personne ne s’y trompe : je tiendrai tous les engagements que j’ai pris et j’irai loin dans l’ouverture, dans les réformes, dans l’innovation, dans l’exigence de résultat.
C’est dans cet esprit que j’ai nommé François Fillon Premier Ministre. J’ai élaboré avec lui le projet que j’ai soumis aux Français. Ce projet, il le connaît mieux que quiconque. Je sais qu’il en partage l’esprit. Je connais sa détermination à ce qu’il soit mis en œuvre. Il était donc normal, il était logique que je lui demande de diriger le gouvernement. J’ai confiance en lui.

C’est dans cet esprit d’ouverture, de réforme, d’innovation et d’efficacité que j’ai souhaité que la moitié des ministres soit des femmes, pour que les comportements changent, pour donner l’exemple, pour qu’à l’avenir les plus hautes responsabilités ne soient plus systématiquement réservées aux hommes.

C’est dans cet esprit que j’ai nommé Rachida Dati Garde des Sceaux, afin qu’aucun enfant de nos banlieues ne puisse douter qu’il n’y a en France qu’une seule justice, égale pour tous.

C’est dans cet esprit que j’ai voulu qu’il n’y ait pas plus de 15 ministres, afin que l’action soit plus efficace et plus cohérente.

C’est dans cet esprit que j’ai voulu que les frontières des ministères soient redéfinies et les responsabilités regroupées afin que le pouvoir soit rendu à la politique.

C’est dans cet esprit que j’ai voulu que soit créé le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Codéveloppement. L’immigration doit être choisie et non plus subie. La France doit faire partager ce qu’elle a de plus précieux à ceux qu’elle accueille, c’est-à-dire ses valeurs, sa culture, son histoire. Et si la France est prête à offrir à tous les hommes la fraternité, si dans les valeurs de la France il y a la générosité, si la France veut rester ouverte et accueillante, elle veut aussi qu’on l’aime et qu’on la respecte. Voilà pourquoi ce ministère a été créé. Voilà ce qu’il signifie.

C’est dans cet esprit d’ouverture, de réforme, d’innovation et d’efficacité que j’ai voulu que soit créé le grand Ministère du Développement Durable qui a été confié à Alain Juppé. Voilà la lutte contre le réchauffement climatique et l’écologie mises au cœur des politiques publiques. Voilà la France donnant l’exemple. Voilà l’ambition de la France.

C’est dans cet esprit que j’ai voulu que soit créé le grand Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Emploi confié à Jean-Louis Borloo, qui est en quelque sorte le Ministère de la mondialisation et qui aura à relever le défi des délocalisations. Il ne doit pas y avoir de fatalité des délocalisations. La France doit se donner les moyens de relever le défi de la concurrence mondiale. Voilà la raison d’être de ce ministère.

C’est dans cet esprit aussi que j’ai voulu que soit créé le Ministère des Comptes Publics et de la Fonction Publique. La rigueur dans la gestion de nos finances publiques doit être une priorité. Notre endettement est devenu excessif. La France a pris des engagements. La France a accepté une discipline.
Ces engagements, cette discipline, elle doit les respecter. Mais il ne s’agit pas de se laisser aller une fois de plus à cet expédient absurde du rationnement budgétaire qui coupe sans discernement dans les dépenses et qui au bout du compte engendre plus de gaspillages que d’économies.
Il s’agit de réformer l’Etat, de changer nos méthodes en profondeur, d’introduire partout la culture du résultat et de l’évaluation, de mesurer l’efficacité de la dépense, de faire en sorte que plus aucun euro d’argent public ne soit gaspillé, que l’investissement remplace le fonctionnement, que les dépenses d’avenir se substituent à celles du passé.
Il s’agit que la dépense publique devienne un facteur de croissance et non plus un fardeau pour notre économie.
Que l’on ne compte pas sur moi pour la démagogie, pour le laxisme, pour la fuite en avant. Les choix qui seront nécessaires, je les ferai même s’ils ne sont pas populaires, même s’ils sont difficiles.
Mais que l’on ne compte pas non plus sur moi pour mettre en œuvre une politique d’austérité et de sacrifice qui étoufferait l’activité, qui détruirait l’emploi, qui diminuerait le pouvoir d’achat, et qui ferait porter une fois encore aux plus modestes et aux classes moyennes tout le poids de la rigueur.
Que l’on ne compte pas sur moi pour faire des fonctionnaires les boucs émissaires de la faillite de nos finances publiques dont ils ne sont pas responsables.

Français, je vous dirai la vérité, je m’y suis engagé. Cet engagement je le tiendrai. Parce que cette vérité je vous la dois, parce que vous dire la vérité c’est vous respecter. Réduire notre dépense, notre déficit et notre endettement, c’est faire le choix de la vérité contre le mensonge. C’est faire le choix de la responsabilité contre la démagogie. C’est le but des réformes : elles permettront de faire des économies et en même temps de stimuler la croissance et d’augmenter les recettes. Ce sont les réformes qui permettront de réduire durablement le déficit et la dette.

J’irai le plus loin possible dans la réforme.
Je ferai tout ce que j’ai dit : la réhabilitation de la valeur travail, la récompense du mérite, l’école de l’excellence, la lutte contre les fraudes, les peines planchers pour les récidivistes, la suppression de l’excuse de minorité pour les adolescents délinquants, le plein emploi, la sécurité sociale professionnelle, l’augmentation du pouvoir d’achat, la moralisation du capitalisme financier, la synthèse de la France du « oui » et de la France du « non »...
Je ne me laisserai pas détourner de mon objectif.

Je vois bien que la pensée unique est de retour. Comme toujours, après avoir subi une défaite, elle revient à la charge. On la voit s’insinuer partout et s’opposer à tout. Je le dis tranquillement mais fermement. Son règne est terminé. Je veux que l’on puisse penser librement, débattre librement, décider librement. Je suis pour la liberté de l’esprit et contre tous les conformismes. Je suis pour que l’intelligence soit libre, pour que l’imagination soit libre.

La pensée unique veut interdire de parler de la monnaie. Je continuerai à parler de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on parle de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on se sert de la monnaie, parce que lorsqu’on surévalue la monnaie on dévalue le travail.

La pensée unique ne veut pas entendre parler de protection. Elle traite de protectionnistes tous ceux qui veulent plus de protection. Je revendique le droit d’être pour la protection sans être protectionniste.

La pensée unique s’oppose à l’exonération des charges et des impôts pour les heures supplémentaires. Cette exonération je l’ai promise et je la ferai. Parce que je crois au travail, parce que je crois à cette idée simple que l’on doit pouvoir travailler plus pour gagner plus. Parce que je crois que c’est le travail qui crée le travail.

La pensée unique s’oppose à la déduction du revenu imposable des intérêts des emprunts contractés pour l’achat de sa résidence principale. Cette déduction je l’ai promise et je la ferai. Parce que je veux une France de propriétaires. Les intérêts seront déductibles à partir du jour où la loi sera votée, et cette déduction, comme je m’y suis engagé, s’appliquera à tous les emprunts en cours.

La pensée unique récuse le bouclier fiscal à 50% y compris la CSG et la CRDS. Ce bouclier fiscal je l’ai promis et je l’instaurerai. Parce qu’il vaut mieux que les capitaux français créent des emplois et payent des impôts en France plutôt qu’à l’étranger. Parce que la réussite doit être encouragée. Parce que laisser la moitié de ses revenus au fisc c’est déjà considérable. Et si tous les talents s’en vont, où irons-nous chercher la croissance ?

La pensé unique dit qu’il est impossible de supprimer la carte scolaire. Mais moi je crois que dans une démocratie évoluée, les parents doivent pouvoir choisir librement et en toute connaissance de cause l’école de leurs enfants. Je veux démontrer que ce n’est pas la contrainte mais la liberté, l’autonomie et l’évaluation qui peuvent le mieux garantir la mixité et l’excellence de l’école. Je l’ai promis, je le ferai.

La pensée unique disait que les peines planchers ce n’était pas possible. Elle disait que la réforme de l’ordonnance sur les mineurs, ce n’était pas possible. Comme je m’y suis engagé, les peines planchers seront instaurées parce que la multi-récidive doit être sanctionnée sévèrement.
L’ordonnance sur les mineurs sera changée parce que dans beaucoup de cas l’excuse de minorité n’a pas lieu d’être, et parce qu’on ne rend pas service à l’adolescent qu’on ne punit pas quand il commet un délit.

La pensée unique dit que l’on ne peut pas supprimer un poste de fonctionnaire qui part à la retraite, ni supprimer tous les organismes inutiles. Je le ferai quand même, parce que je veux démontrer que la réforme de l’Etat est possible et qu’elle peut permettre de réduire considérablement le gaspillage de l’argent public.

La pensée unique ne croyait pas au traité simplifié. Et pourtant cette idée progresse et j’irai jusqu’au bout parce qu’elle est la seule à pouvoir sortir l’Europe de la situation de blocage dans laquelle elle se trouve. Les Français l’ont bien compris.

La pensée unique ne croyait pas à l’interdiction des parachutes dorés. Cette interdiction je l’ai promise et je la mettrai en œuvre, parce que les parachutes dorés sont contraires à l’éthique du capitalisme. Je suis pour que celui qui prend des risques et qui réussit puisse recevoir la récompense de ses efforts, mais je trouve moralement inacceptable que celui qui échoue soit récompensé.

La pensée unique ne voulait pas entendre parler de la possibilité pour chacun de léguer à ses enfants le fruit d’une vie de travail en franchise d’impôt. Les Français eux ont compris cette mesure et l’ont approuvée. Elle sera mise en œuvre, que cela plaise ou non à la pensée unique.

La pensée unique disait que le service minimum dans les transports c’était impossible. Il y aura un service minimum dans les transports. Je l’ai promis aux Français. Je le ferai.

La pensée unique ne voulait pas de l’autonomie des universités. J’ai promis de donner à chaque université la possibilité, si elle le souhaite, d’adopter un statut d’autonomie. Je tiendrai ma promesse.

La pensée unique affirmait que je reculerais devant la réforme des régimes spéciaux. Cette réforme je l’ai promise. Je la ferai parce que c’est une question de justice, et parce qu’elle permettra de financer la hausse des petites retraites qui ne permettent pas de vivre décemment.

Toutes les promesses que j’ai faites, je les ai faites en toute connaissance de cause. Tous les engagements que j’ai pris, je les ai pris en conscience.
Je tiendrai mes promesses. Je respecterai mes engagements.

Je le dis en pesant mes mots : je ne laisserai personne dénaturer le projet que j’ai porté tout au long de la campagne présidentielle. Je ne laisserai personne renier mes engagements.

Mais pour moi un projet, ce n’est pas une juxtaposition de mesures, ce n’est pas un catalogue. C’est une philosophie. C’est une perspective. C’est une logique. C’est un tout. Il ne s’agit pas d’égrener des mesures une par une, dans le désordre. Il s’agit d’avoir une stratégie, d’avoir une cohérence. Il s’agit de comprendre que tout se tient, que tout doit être lié : l’offre et la demande ; la politique européenne, la politique économique et la politique sociale ; la politique industrielle, la politique énergétique, la recherche, la formation…

J’ai dit que ma priorité serait de réconcilier la France du « oui » et celle du « non ». Et c’est ce que je m’efforce de faire en ouvrant les discussions sur l’organisation de la zone euro, sur l’instauration d’une préférence communautaire, sur la nécessité de donner de vraies frontières à l’Europe, en plaidant pour des politiques industrielles.
J’ai dit que nos prélèvements devaient se rapprocher progressivement de la moyenne européenne parce que c’est la condition de notre compétitivité en Europe, parce que c’est notre meilleure protection contre le dumping fiscal.
J’ai dit qu’il était préférable de faire payer le pollueur et le consommateur plutôt que le travailleur, et qu’il fallait taxer les importations et détaxer les exportations pour freiner les délocalisations.
Tout cela fait partie d’un projet global, ambitieux, cohérent.
Ce projet, on ne peut pas le couper en morceaux. Il a pour ambition de changer les comportements et les idées. C’est un projet qui va bien au-delà de la gestion, qui parle de la morale, de l’école, de la culture, de la santé. C’est un projet de changement et un projet de civilisation qui s’intéresse à toutes les dimensions de la vie, qui ne s’intéresse pas seulement au chômage et à l’exclusion mais aussi à la dépression, à la solitude, à la maladie.

J’ai pris des engagements sur l’école. J’écrirai bientôt à tous les éducateurs de France.
J’ai pris des engagements sur la maladie d’Alzheimer à laquelle je veux consacrer d’importants moyens. Je les tiendrai.
J’ai pris des engagements sur les hôpitaux qui manquent de moyens, et sur le personnel hospitalier qui souffre à cause des 35 heures. Je les tiendrai.
J’ai pris des engagements sur la poursuite du plan cancer. Je les tiendrai.
J’ai pris des engagements pour permettre à tous les Français de pouvoir bénéficier de soins palliatifs. Je les tiendrai.

Tout est lié, dans les sentiments, dans les souffrances, dans les comportements, tout s’enchevêtre dans la société et dans l’économie. Combien coûte la dépression à l’économie française ? Combien coûte la désorganisation des hôpitaux ? Tout se tient.

Pour bousculer les contraintes, pour en trancher les nœuds, il faut frapper fort, il faut agir sur tous les fronts à la fois, il faut créer un effet d’entraînement, il faut une masse critique.
Souvenez-vous du Général De Gaulle en 1958, quand la France allait si mal et que tout fut rétabli en six mois : la Constitution, la réforme de l’Etat, le plan Rueff, ce fut un grand choc d’où jaillirent ensemble la stabilité, la confiance et la croissance.
Souvenez-vous de Danton devant la Convention : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la France sera sauvée ! »
Il en a fallu de l’audace, aux grands moments de l’histoire, pour sortir du statu quo et de l’immobilisme.
Il en a fallu de l’audace pour penser les nouveaux mondes quand les anciens s’écroulaient.
Il en a fallu de l’audace pour sortir des sentiers battus, rompre avec les habitudes, imaginer des façons de faire et de penser radicalement nouvelles.
Il en a fallu de l’audace à ceux qui, prévoyant la fin de l’ordre établi, cherchaient à inventer l’avenir.
Il en a fallu de l’audace aux hommes de la Renaissance qui vivaient avec la conviction que tout était possible.
Il en a fallu de l’audace aux hommes des Lumières et à ceux de la Révolution.
Il en a fallu de l’audace aux hommes du Conseil National de la Résistance et à ceux de 1958. Sans cette audace, nous ne ferons rien.
Sans cette audace, la machinerie administrative imposera sa logique routinière qui répète à l’infini les mêmes idées, les mêmes paroles, les mêmes gestes, les mêmes certitudes que rien ne peut changer.

Cette audace, la politique doit l’imposer aux administrations, aux experts, aux notables, aux frileux.
Cette audace, elle doit être opposée à tous ceux qui proclament toujours que tout est impossible. A tous ceux qui, au lieu de chercher de bonnes raisons d’agir, se cherchent au contraire toujours de bonnes raisons de ne rien tenter. A tous ceux qui n’arrivent pas à concevoir une autre politique que celle qui échoue depuis des décennies. A tous ceux qui n’arrivent pas à s’arracher aux dogmes de la pensée unique. A tous ceux qui croient dur comme fer qu’il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil. A tous ceux qui répètent qu’il est impossible de vaincre le chômage, d’augmenter le pouvoir d’achat, de résoudre la crise du logement ou de faire un point de croissance de plus chaque année, alors que tant d’autres pays l’ont fait.
A tous ceux-là, je dis que je ne laisserai personne faire obstacle aux réformes. Je me souviens d’Alstom qui ne pouvait pas être sauvée et qui a été sauvée. Je me souviens d’Alstom qui n’était pas viable et qui est aujourd’hui l’une des entreprises françaises les plus prospères.

Il n’y a pas de démocratie sans confiance. Une confiance tellement ébranlée, tellement fragile qu’elle ne se rétablira pas si l’effort pour tenir les promesses faites au peuple français n’est pas réel et n’est pas sincère.

Dans les circonstances actuelles, face à l’attente si forte qui s’est exprimée, tenir ses engagements est une exigence morale. Cette exigence, je la fais mienne.
Je ne transigerai pas. Je ne me laisserai pas enfermer dans la pensée unique, dans les habitudes, dans les routines, dans les inerties des bureaucraties. Je ne me laisserai pas prendre en main par les conservatismes, les corporatismes et les féodalités de toutes sortes qui depuis si longtemps paralysent l’action de l’Etat.
Ce que j’ai dit je le ferai, et je le ferai avec la volonté de ne choquer personne, de respecter les choix et les croyances de chacun. Je le ferai avec le souci que chaque Français puisse reconnaître dans la politique de la France une part de lui-même.
Je ne parlerai pas seulement au nom de tous. Je parlerai aussi pour chacun, pour que chaque opinion, chaque croyance, chaque sensibilité soit prise en considération, pour que chaque souffrance, chaque difficulté, chaque aspiration soit prise en compte.

Ce que j’ai dit, je le ferai. Je le ferai dans la concertation, dans la négociation. Je le ferai calmement. Je le ferai en essayant de convaincre plutôt que de passer en force. Mais croyez-moi, je le ferai.
Je l’ai dit : je serai un Président qui gouverne. Les Français élisent le Président de la République pour qu’il agisse et pour qu’il décide. C’est la haute idée que je me fais de la fonction présidentielle.
Je serai un Président qui gouverne. Je le serai avec le souci de préserver l’autorité de la fonction présidentielle.
Je le serai avec le souci de rester au-dessus des partis et de conserver ce rôle de rassembleur qui est l’essence même de la fonction présidentielle. Mais je le serai.

J’ai dit que je voulais une République réelle et une démocratie irréprochable.
Dès après les élections législatives je prendrai des initiatives dans ce sens.
J’ai dit que je voulais un Etat impartial. Il le sera, et les nominations aux postes les plus importants seront soumises à l’approbation du Parlement.
Pour l’heure, le gouvernement est au travail. Il travaille à mettre en œuvre le projet pour lequel les Français ont voté.
Il travaille à mettre en œuvre le changement que les Français ont souhaité.
Chacun attend que ce changement s’opère. Sitôt la nouvelle Assemblée élue, j’adresserai à chacun des Ministres une lettre de mission qui lui fixera des objectifs et qui permettra d’évaluer ses résultats.
Je dirai ce que sera le plan d’action du gouvernement. J’indiquerai quels sont la portée, la logique et les moyens de ce plan. Je fixerai la stratégie budgétaire pour les cinq ans à venir, de sorte qu’à l’échéance du quinquennat nos finances publiques soient rétablies. Je convoquerai alors le Parlement en session extraordinaire pour que soient votées au plus tôt les mesures les plus urgentes, celles qui sont les plus susceptibles de rétablir la confiance et d’entraîner la croissance. Je pense aux peines planchers pour les récidivistes. Je pense aux mesures fiscales. Je pense au premier volet de la réforme universitaire. Je pense au service minimum.

Je pense qu’il est urgent d’indiquer aux Français que les choses changent et que les promesses seront tenues. Je ne crois pas que la précipitation ait beaucoup de vertu. Mais le principal obstacle au changement réside davantage dans la tentation de l’attentisme qui a déjà provoqué l’échec de tant de gouvernements, qui à force de donner du temps au temps ont fini par ne plus avoir assez de temps devant eux.
Ma philosophie est simple : la France ne peut plus attendre et les Français non plus. Ils ont déjà trop attendu. Maintenant il faut agir.
Maintenant, il faut que la France se remette en mouvement, qu’elle se remette à créer, qu’elle se remette à inventer, qu’elle se remette à vivre, qu’elle retrouve sa joie de vivre parce que l’avenir aura cessé d’être une menace pour redevenir une promesse, parce que chacun aura à nouveau le sentiment que demain n’est pas condamné à être pire qu’hier, que demain les fils ne seront plus condamnés à vivre moins bien que leurs parents.

L’impuissance publique est la cause principale de nos maux.
Français, vous l’avez compris et vous l’avez exprimé avec force : la politique ne peut rien quand elle ne veut rien.
Et quand la politique ne peut rien parce qu’elle ne veut rien, il n’y a plus de liberté pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’en sortir tout seuls, pour ceux que leur famille ne peut pas aider, pour ceux qui partent de plus loin sur la ligne de départ de la vie, pour ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger eux-mêmes…

Vous attendez que la politique soit de nouveau au rendez-vous de l’histoire. Elle le sera. C’est pour cela que vous m’avez élu. Mais la politique de la France ne peut pas être la politique d’un seul homme. La politique de la France c’est l’affaire de toute la nation. La politique de la France c’est l’affaire de tous les Français.
Le changement pour qu’il soit profond, pour qu’il soit réel, doit être porté par un élan populaire.
Le changement, il ne peut pas être imposé d’en haut. Il peut l’être d’autant moins que pour mettre son projet en œuvre, le Président de la République ne peut pas agir sans le Parlement.

Françaises, Français, en m’élisant vous avez indiqué dans quelles directions vous vouliez aller. Vous avez choisi votre Président. Il vous faut maintenant désigner la nouvelle Assemblée.
De deux choses l’une : ou bien une majorité présidentielle qui a choisi de me soutenir est élue et le projet que vous avez approuvé lors de l’élection présidentielle pourra être mis en œuvre.
Ou bien la majorité qui s’installe à l’Assemblée Nationale s’oppose à ce projet, et alors commence une cohabitation avec son cortège de conflits larvés et de paralysie.

Françaises, Français, je vous demande de donner une majorité à la France pour qu’elle puisse avancer. Elle ne peut plus attendre cinq ans de plus dans l’immobilisme.
Il vous reste deux semaines pour choisir.
Il vous reste deux semaines pour parachever l’impensable révolution que vous avez accomplie le 22 avril et le 6 mai.
Il vous reste deux semaines pour décider ou non de me renouveler votre confiance.

Françaises, Français, je vous demande de me donner la majorité dont j’ai besoin pour gouverner et pour tenir les engagements que j’ai pris envers vous.

Vive la République !
Vive la France !

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(*) Note dt sur le discours de Dakar : L'orateur dit "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire" et non pas comme veulent nous le faire croire les médias et ses adversaires politiques, y compris Ségolène Royal lors de sa "repentance" du 06 avril 2009, "c'est que l'homme africain n'est pas encore entré dans l'histoire".

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