Maître Michel Tubiana

Juillet 2010 : Le retour ? Maître, ancien communiste révolutionnaire reconverti en frère humaniste, Michel Tubiana, prend, contre Nicolas Sarkozy, avec la Ligue des Droits de l'Homme, la défense des Roms
avril 2005 : Portrait d'un avocat d'affaires, frère sépharade, trotskiste reconverti
06 novembre 2004 : Contre SOS Racisme
10 juillet 2004 : Pour la défense des terroristes, de "gauche" ?
22 octobre 2002 : la LDH et la sécurité
17 juillet 2002 : la LDH et la justice
10 octobre 2001 : la LDH et le terrorisme,

Inquiétude, par Michel Tubiana
Je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle ni même aux élections législatives. Cette "irresponsabilité" me laisse la liberté de dire que les mesures dites de "lutte contre le terrorisme" proposées par le gouvernement (notedt, Jospin) ne sont pas acceptables (c'est nous qui soulignons).

Certes, prises isolément, chacune d'entre elles peut paraître frappée au coin du bon sens et rendue nécessaire par la situation actuelle. Mais quelle est la situation actuelle ? Sommes-nous en état de guerre ? Avons-nous proclamé l'état d'urgence ? La France est-elle à feu et à sang ? A l'évidence non. S'agit-il alors de laisser croire que ces mesures élimineront tout risque d'attentats ? On sait bien que le risque zéro n'existe pas. Dès lors, ces mesures révèlent déjà une première faute en ce qu'elles attisent la peur plus qu'elles ne rassurent.

Il ne s'agit nullement ici de dénier le droit à une démocratie de se défendre. Nous ne pratiquons pas l'angélisme ni l'exagération qui conduit certains à évoquer un état d'exception. En même temps, nous savons bien que le respect de la légalité est, en démocratie, la première condition pour lutter efficacement contre le terrorisme, en évitant, notamment, que son objet ne soit détourné à d'autres fins. Or la simple lecture de l'exposé des motifs montre que, loin de se borner à lutter contre le terrorisme, ces projets visent aussi les trafics d'armes et de stupéfiants ainsi que l'usage des nouvelles technologies.

Les mesures proposées accroissent les pouvoirs des forces de l'ordre. Afin d'éviter une censure du Conseil constitutionnel, certaines d'entre elles sont placées sous le contrôle des juges du siège ou du parquet. C'est ignorer que ces contrôles sont illusoires ou inefficaces.

Qui peut prétendre que les magistrats du parquet exerceront les contrôles que le projet prévoit alors qu'ils ne sont déjà pas en mesure de contrôler réellement les mesures de garde à vue ? Quelle sera l'autonomie du juge des libertés pour décider d'une perquisition lorsqu'il sera saisi d'une demande en ce sens lors d'une enquête préliminaire (c'est-à-dire sans crime ou délit en train de se commettre) sur le seul fondement de pièces de police et hors de la présence de toute défense ? Est-il pensable que les traces de nos courriers électroniques soient stockées durant un an, sans d'ailleurs qu'il soit fait en l'espèce référence aux seuls actes de terrorisme ? Et pourquoi pas, dans ces conditions, prendre aussi copie de nos correspondances postales ? On sait bien pourtant - l'exemple des Etats-Unis en atteste - que lutter contre le terrorisme exige autre chose que le renforcement indéfini des pouvoirs de police : c'est avant tout un travail de renseignements long et patient qui permet de prévenir, plus que toute autre chose.

Notre inquiétude est d'autant plus grande que l'on sait qu'en matière de lutte contre le terrorisme les dysfonctionnements sont permanents : les conflits entre les services de police et le fonctionnement du service judiciaire chargé de cette mission ont déjà donné lieu à de multiples dérapages qui sont pourtant restés sans conséquences pour leurs auteurs, dont l'irresponsabilité professionnelle est la règle.

Bien plus grave encore sera la manière dont ces mesures seront appliquées - et peu importe les assurances que les pouvoirs publics se plairont à donner - : d'abord au faciès et de manière discriminatoire, à l'égal des mesures appliquées aujourd'hui dans le cadre du plan Vigipirate. La première conséquence de ce plan est la présence de 30 % en plus d'étrangers dans les centres de rétention... A cette aune-là, puisque l'origine est synonyme de soupçon, ce sera aussi la cohésion sociale de notre pays qui sera un peu plus mise à mal.

Quant au caractère temporaire de ces mesures (déjà prévues pour plus de deux ans...), on voit bien ce qu'il en sera à entendre l'opposition d'aujourd'hui et une partie de la majorité. Ceux-là n'ont visiblement toujours pas admis que les libertés ne sont pas une aumône que l'on consent aux citoyens mais des droits qui ne supportent de restrictions que strictement utiles au bien commun. A l'inverse du ministre de l'intérieur, nous ne pensons pas que la lutte contre le terrorisme justifie tout. Cette sorte de rodomontade - on se souvient de l'ancien "terroriser les terroristes"- n'est que la manifestation des préoccupations électorales des uns et des autres.
Michel Tubiana est président de la Ligue des droits de l'homme.
LE MONDE | 10.10.01 | 14h20, MIS A JOUR LE 10.10.01 | 18h36

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Les associations des droits de l'homme sont consternées par le projet de loi sur la justice

LA RÉPROBATION est unanime. Le projet de loi de programmation de la justice, qui devrait être présenté en conseil des ministres, mercredi 17 juillet, par le garde des sceaux, Dominique Perben, suscite l'hostilité des organisations de défense des droits de l'homme, des représentants des avocats, des éducateurs et d'un bon nombre de magistrats. Réunis lundi 15 juillet, la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (SAF), l'Observatoire international des prisons (OIP), l'Association des magistrats de la jeunesse et de la famille (AMJF), le syndicat d'éducateurs SNPES-PJJ-FSU, la CGT-pénitentiaire et le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) ont dénoncé un projet « 100 % sécuritaire », qui stigmatise « les classes dangereuses » et instaure une réponse « uniquement répressive » à la délinquance des mineurs.

Le président de la LDH a donné le ton en affirmant que « la répression devient l'horizon politique de la France ». Estimant que le projet de M. Perben comporte des « motifs d'inconstitutionnalité » et « des atteintes injustifiées aux libertés », Me Michel Tubiana a affirmé qu'il revenait à « juguler les gens d'enbas » en instaurant « une justice d'en-bas ». « Le projet du ministre de l'intérieur désigne des groupes dangereux, revenant ainsi à la dialectique du XIXe siècle sur les classes dangereuses », a ajouté l'avocat, en faisant référence aux prostituées, aux gens du voyage, aux jeunes de banlieue et à leurs parents ainsi qu'aux « mendiants ». « C'est une guerre sociale qui est déclarée envers ces groupes sociaux », a tempêté Me Tubiana, pour qui « ce message de pure répression et d'exclusion des pauvres » ne peut être porteur que de « révoltes ». « UNE GUERRE SOCIALE »

Le président du MRAP, Mouloud Aounit, a, lui, estimé que les projets du gouvernement, « en renforçant la dynamique sécuritaire », ne pouvaient qu' « amplifier le racisme antijeunes issus de l'immigration » et engendrer des « dérapages policiers ». Pour le secrétaire général du SM, Ulrich Schalchli, l'instrument de « cette guerre sociale » est la « chaîne pénale » conçue « comme une mécanique régulière de répression ». Avec Bruno Marcus, président du SAF, il a particulièrement dénoncé la création d'une justice de proximité, rendue par des juges non professionnels compétents pour les litiges civils et les petites infractions pénales. Qualifiant ce projet de « sous-justice, rendue par des sous-juges, pour des sous-citoyens », Me Marcus a expliqué que les juges de proximité pourront prononcer des amendes de 45 000 euros, décider de l'annulation d'un permis de conduire ou de la privation de droits civiques, soit « des atteintes très importantes à la liberté et au patrimoine, sans possibilité d'appel ».

Martine de Maximy, juge des enfants et représentante de l'Association des magistrats de la jeunesse, partage la même inquiétude : le projet constitue « une atteinte extrêmement grave » à l'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante, en ce qu'il affecte « le principe de primauté de l'éducatif sur le répressif » et remet en cause, par la création d'un juge de proximité compétent pour les petits délits commis par des mineurs, « la spécialisation du juge des enfants ». « Les enfants et les adolescents deviennent des groupes dangereux qu'il ne faut plus éduquer mais sanctionner, et ce dès 10 ans », a déploré Mme de Maximy, qui a estimé que le projet de comparution immédiate des mineurs « met à bas le travail des juges des enfants sur la durée, et revient à répondre au passage à l'acte de l'adolescent, par un autre passage à l'acte ».

Pour les éducateurs du SNPES-PJJ, Claude Beuzelin a qualifié le projet de centres fermés pour mineurs délinquants d' « anti-chambres des maisons d'arrêt » . « Les jeunes placés dans ces établissements seront sous la menace d'un emprisonnement », a ainsi rappelé Mme Beuzelin, pour qui aucun travail éducatif n'est dès lors possible. Le recours massif à l'emprisonnement a enfin été dénoncé par la CGT-pénitentiaire et le président de l'OIP, Me Thierry Lévy, qui a estimé que « deux ans après une vaste protestation de l'ensemble des partis politiques contre l'état des prisons, on se jette à corps perdu dans le tout carcéral, imitant la politique américaine de pénalisation des laissés-pour-compte. »
CECILE PRIEUR, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17 Juillet 2002

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Contre-feu à gauche contre le projet Sarkozy
Appel unitaire d'une trentaine d'associations opposées au projet de loi sur la securité.

Nicolas Sarkozy est passé maître dans l'art de s'approprier les mots de ceux qui combattent ses projets sécuritaires. Coïncidence ou habile calcul de calendrier, il a répété hier à Evreux (Eure) que son texte donne la priorité à «la France des oubliés ; ceux qui ont le travail le plus pénible, ceux qui ont la durée de trajet la plus longue, ceux qui habitent dans des appartements les moins confortables», au moment même où une trentaine de partis, de syndicats et d'associations de gauche lançaient à Paris un appel unitaire contre un projet qualifié de «guerre contre les pauvres». On ne peut guère faire mieux en matière de télescopage lexical à l'heure où les lignes traditionnelles du débat droite-gauche sur la sécurité sont brouillées. En appui à Sarkozy, Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis, s'est fendu hier d'un communiqué pour affirmer que «la gauche d'en haut n'a plus les pieds sur terre». L'ancien secrétaire d'Etat à la Ville du gouvernement Balladur a «proposé» aux partis de gauche de «venir une semaine en Seine-Saint-Denis en quittant la rue de Solférino, afin de comprendre que les mesures présentées par Nicolas Sarkozy répondent à une situation d'insécurité dont les pauvres sont les premières victimes».

Stigmatisation.
Parmi les signataires de l'appel à gauche figurent Attac, la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Mouvement de lutte contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), le Syndicat des avocats de France (Saf), le Syndicat de la magistrature (SM), le Parti communiste, les Verts et le Parti socialiste qui a longuement tergiversé avant d'apposer sa signature (Libération des 19 et 20 octobre) au bas du texte. «Ce qui nous a réunis, c'est que, depuis vingt-cinq ans, nous n'avions pas vu un tel projet qui vise à la criminalisation de pans entiers de la société, a expliqué hier Michel Tubiana, président de la LDH. Ce texte nous inquiète d'autant plus qu'il conduit à baisser les bras dans la lutte contre la pauvreté.» Selon le président de la LDH, «on a remplacé les fortifs et les apaches de la fin du XIXe siècle par le périphérique et les banlieues» dans la stigmatisation de la pauvreté. «C'est un texte de renoncement à refaire du tissu social», a dit encore le président du Syndicat des avocats de France.

A deux jours de la présentation du projet Sarkozy en Conseil des ministres, les signataires ont accusé hier le gouvernement de mentir aux Français : «Ce texte ne concourt en rien à la sécurité intérieure mais à celle des gens d'en haut qui veulent se protéger des gens d'en bas», a conclu Tubiana. Pour Ulrich Schalchli, secrétaire général du Syndicat de la magistrature, les moyens mis en oeuvre par le projet de loi «vont toucher tout le monde», à travers la fouille des véhicules ou l'extension du contenu des fichiers de police. «Ce gouvernement s'apprête à ficher toute personne qui aura été soupçonnée, a-t-il affirmé. A terme, avec la politique de "tolérance zéro", quinze millions de personnes seront fichées.»

Travail pédagogique.
L'appel lancé hier vise à «mobiliser les militants» de manière à ce qu'ils «multiplient les initiatives locales», selon Michel Tubiana. De son côté, le secrétaire général du Mrap, Mouloud Aounit, a insisté sur la mise en oeuvre d'un travail pédagogique sur la loi Sarkozy. «Nous envisageons une sorte de vade-mecum qui va décortiquer le texte et le traduire concrètement avec une tournée au plus près du terrain.» Une mission de grenadier-voltigeur face à l'artillerie déployée par Nicolas Sarkozy sur le terrain de la sécurité.
Libération, Par Jacky DURAND, mardi 22 octobre 2002

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(10 juillet 2004) La fidélité du marrane
IL est toujours délicat de s'emparer des paroles d'un mort. Gilles Martinet, dans son point de vue « L'affaire Battisti et le complexe du marrane » ( Le Monde du 8 juillet (2004)), cite ce que Le Monde daté 24-25 février 1985 rapportait des propos de François Mitterrand concernant les réfugiés italiens : il en aurait exclu les auteurs de crimes de sang.

Ce n'est pas le souvenir que j'ai des propos du même François Mitterrand au congrès de la Ligue des droits de l'homme (de laquelle j'étais secrétaire général) où, répondant à son président Yves Jouffa, il prenait l'engagement de ne pas extrader les réfugiés italiens sans se livrer à une quelconque distinction selon les crimes reprochés.

C'est d'ailleurs le sens de la seconde partie de la citation à laquelle se réfère Gilles Martinet où François Mitterrand accorde un asile général aux réfugiés italiens qui « ont de façon évidente rompu avec le terrorisme ».

Ce fut là, à ma connaissance, la seule condition posée (et remplie). Ce ne fut pas le sort des Basques de l'ETA qui, malgré les protestations de la LDH, furent remis aux autorités espagnoles. Il est vrai que François Mitterrand était fondé à considérer qu'ils n'avaient pas « rompu avec le terrorisme ».

Mais, encore plus que les paroles d'un mort, c'est la suite des choses qui atteste de leur portée. Parmi les réfugiés italiens présents en France depuis plus de vingt ans, un certain nombre se voient reprocher des crimes de sang. Or cela ne changea rien à l'attitude de François Mitterrand et des gouvernements successifs, de droite ou de gauche : aucun ne fut extradé. Au- delà des mots, les faits démontrent quelle a été la volonté de François Mitterrand.

S'opposer aujourd'hui à l'extradition de Cesare Battisti, et à celles annoncées d'autres réfugiés italiens, c'est d'abord faire respecter cette règle d'évidence : une parole donnée se respecte, surtout si cette parole est celle d'un Etat à l'égard d'individus. L'éthique de la parole donnée ne supporte pas les demi-mesures et les lignes de fuite. Que cela échappe à certains me surprend, je l'avoue.

Mais puisque cette considération d'évidence ne semble pas suffire, venons-en au fond des choses. Battisti innocent ou coupable ? Je refuse de consacrer un mot à ce débat. La seule question qui vaut est celle de savoir s'il a été jugé conformément aux principes élémentaires d'un procès équitable ou s'il peut l'être encore.

A ces deux questions, la réponse est non. Ainsi que le rappelle la Cour européenne des droits de l'homme, rien ne peut se substituer à la présence effective à son procès de celui ou de celle qui est accusé des crimes les plus graves. Or Cesare Battisti, en fuite lors des procès ayant conduit à de multiples condamnations, ne sera pas, s'il devait être extradé, jugé à nouveau. Il ne pourra faire entendre sa voix, faire passer ce sentiment d'humanité qui trouve sa place dans tout procès et que ne résument ni la parole de l'avocat ni les pièces d'un dossier (et encore moins les dires d'un repenti). Ce droit lui est dénié par la procédure de contumace italienne qui en l'espèce, il faut le relever, offre moins de garanties que la loi française nouvellement adoptée, qui prévoit la possibilité d'être défendu en son absence par un avocat mais impose quand même, et dans tous les cas, un nouveau procès.

Au nom de quoi cette règle d'évidence devrait-elle être méconnue ? Les magistrats de la chambre de l'instruction de Paris ont déjà répondu : « La conduite de l'extradable était de nature à l'exclure du bénéfice des droits définis à l'article 6-1 de la Convention européenne des droits de l'homme. » Se rend-on bien compte de ce que ces magistrats ont écrit ? A les suivre, nul n'a droit à un procès équitable s'il n'est pas lui-même respectueux du droit ! Détestable époque qui, de George Bush aux magistrats de la chambre de l'instruction de Paris, voit les droits de chacun relativisés au gré des intérêts des Etats.

S'opposer à l'extradition des réfugiés italiens, ce n'est pas faire injure à l'Italie ni même à l'Europe. C'est rappeler que le respect des principes ne se divise pas plus que celui de la parole donnée. Le propre du marrane, c'est aussi la fidélité à sa foi, en l'espèce à ses principes.
Michel Tubiana, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.07.04

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(Novembre 2004) « La réponse contre le racisme doit être collective »
Michel Tubiana défilera dimanche (07 novembre 2004) contre le racisme et l'antisémitisme.

«VIVRE ENSEMBLE libres, égaux et solidaires »...
Malgré ce mot d'ordre fédérateur, plusieurs grandes organisations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, SOS Racisme, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), ne participeront pas à la « grande manifestation » de dimanche (07 novembre 2004) contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations.

Initiés par la Ligue des droits de l'homme et le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), les défilés à Paris et dans huit grandes villes de province réuniront pourtant une impressionnante brochette de représentants d'organisations syndicales ou associatives, comme la CFDT, la CGT, la FSU, la FCPE, Act Up...

« Une tentation communautariste »

Mais la présence de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), des Musulmans de France proche de Tariq Ramadan et du collectif Une école pour tous - opposé à la loi contre le port ostensible de signes religieux à l'école - dérange ceux qui jugent ces organisations trop religieuses ou trop complaisantes envers l'antisémitisme.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme, s'en expliquait hier dans nos colonnes. Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme, lui répond.

Vous qui vous battez pour organiser la manifestation la plus fédératrice possible, que vous inspire la défection de SOS Racisme ou de la Licra ?

Michel Tubiana.
Nous sommes plus de cent vingt organisations à appeler à cette mobilisation contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations de toutes sortes, le sexisme et l'homophobie. Ce sont des phénomènes graves et permanents qui rongent le lien social et nous concernent tous. L'ensemble du mouvement syndical va y participer, y compris FO, ce qui n'était pas arrivé depuis des temps immémoriaux, si l'on exclut la manif d'entre deux tours de la dernière présidentielle !
C'est bien la preuve que c'est un mouvement de fond, bien au-delà des clivages et des règlements de comptes.

Vous ne vous êtes pas réservé le droit de refuser leur participation aux associations sujettes à caution ?
L'initiative est ouverte à tout le monde, à l'exception de l'extrême droite, qui a été condamnée en justice pour ses positions. Chaque association ou organisation qui participe adhère totalement au texte d'appel de la manifestation. C'est un texte très clair, qui fait expressément référence à la laïcité. L'UOIF, le collectif des Musulmans de France et le collectif Une école pour tou(te)s l'ont approuvé. A partir de là, on ne leur fait pas de procès d'intention. Je n'ai pas à me transformer en tribunal !

Vous estimez donc que SOS Racisme et la Licra font un procès d'intention à l'UOIF ?
Je pense aussi, et j'en suis navré, que cette polémique illustre une tentation communautariste qui consiste à défendre les siens. Il y a bien des spécificités pour chaque forme de racisme, mais pas de primauté chez les victimes. Et la réponse doit être collective. Je conçois qu'il y ait des personnes que cela dérange, de se retrouver aux côtés d'organisations qui ont combattu la loi sur la laïcité. Mais d'avoir été pour ou contre cette loi ne fait pas de nous des racistes ou des antilaïcs absolus. Et ça ne doit pas nous empêcher de nous réunir pour dire non à toutes les discriminations.
Propos recueillis par Florence Deguen, Le Parisien, samedi 06 novembre 2004

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Michel Tubiana, 52 ans, avocat, président de la Ligue des droits de l'homme. Il refuse la paranoïa ambiante sur le racisme et l'antisémitisme.

Maçon de tolérance

Cela tient du sismographe et de la boussole. Prendre la mesure du choc des plaques tectoniques qui fendillent les certitudes les mieux ancrées et, malgré tout, tenir le cap.
Fort de l'histoire de la Ligue des droits de l'homme (LDH) et usant de son identité comme d'un boomerang, Michel Tubiana, président en exercice, ne vacille en rien au coeur d'une tempête très française qui n'est pas loin de scinder en deux camps rivaux un mouvement antiraciste qui fit longtemps l'honneur de ce pays.
Il y aurait d'un côté la LDH et le Mrap, dénoncés comme très banlieue et assez angéliques, et il y aurait de l'autre la Licra, finalement rejointe par SOS Racisme, suspects d'en pincer pour la sanction, de surprotéger les filles des cités en stigmatisant leurs frères, et de faire de l'antisémitisme le crime des crimes, cent coudées devant tous les autres.

Il est vrai que la situation est délétère et que la panique gagne. Et personne pour calmer le jeu. Dieudonné joue les incendiaires, Cukierman (président du Crif) n'est pas en reste, et Finkielkraut, Taguieff et Kouchner, qu'on espérait moins inflammables, en rajoutent avec leur pétition contre le racisme antiblanc.

Tubiana affronte la pénible réalité sans angoisse exagérée.
Vraiment pas son genre d'aller pleurnicher dans le giron des regrets, d'aller se cacher au creux du corsage du «c'était mieux avant». Ce rapatrié, qui n'avoue aucune nostalgie d'Alger la Blanche, a des allures de grand bestiau que personne ne mènera par les naseaux, des tangages de plantigrade voûté et pataud au coup de patte griffu.
On pensait aller à la rencontre d'un précieux civilisé et accommodant comme le sont parfois les militants de haute extraction, et voilà un ruffian barbu qui emboucanne l'atmosphère de ses cigarettes expectorées, un gourmand qui frise le quintal et qui n'écoute pas ses médecins qui voudraient qu'il modère ses bombances, ses outrances, ses violences.
Jean-Jacques de Felice, avocat et mentor: «Il a un tempérament de lutteur, vif et pratique.» (1) Un observateur: «Il est très rentre-dedans, mais il manque parfois de finesse.» Tubiana, ancien membre du service d'ordre des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR), aime toujours la castagne, et qu'importe si aujourd'hui les mots ont remplacé les poings. Son premier fait d'armes? Un bourre-pif à un lycéen qui l'avait traité de «sale Juif». A mettre en regard d'une des seules taloches paternelles, quand il traita un de ses camarades d'école de «raton».

Car Tubiana est né et a grandi à Alger. La famille descendrait d'un rabbin de Livourne ayant traversé la Méditerranée au XVIe siècle. Le conditionnel est de circonstance car Tubiana se revendique «peu fasciné par les origines» et n'a jamais entrepris l'ascension de son arbre généalogique. Le père est juge auprès du tribunal de commerce.
La mère élève ses trois fils. Chez les Tubiana, on est des Juifs laïques et de gauche. Armand, le père, est secrétaire de la section locale de la ligue.
Il est aussi franc-maçon. Aujourd'hui, son petit dernier préside la LDH, appartient au Grand Orient, loge Salvador-Allende, travaille comme avocat quand son père était conseiller juridique. Mais Tubiana s'emploie à miner le mimétisme, en faisant état, comme ça, juste en passant, de conflits sévères avec son géniteur qui disparut alors qu'il n'était qu'adolescent et avant que le temps n'émousse l'agressivité des affrontements.

Tubiana a la judéité négligente mais pas négligée. Il dit : «Je ne fais pas Kippour, je ne mange pas casher, je ne crois pas. Mais, malgré tout, je suis juif. Comme dirait Sartre, c'est le regard de l'autre qui me détermine.» Dans l'assignation à résidence originelle qui gangrène même les mouvements antiracistes, Tubiana se sert de son patronyme, à la façon d'un judoka.
Il sait bien qu'être juif lui autorise une radicalité sans fioritures quand la LDH, née pour défendre le capitaine Dreyfus, dédouane les filles voilées, plaide pour la coexistence Israël-Palestine, ou relativise la diabolisation de Tariq Ramadan.
Il dit: «Ma judéité m'a protégé. Personne n'a osé me traiter d'antisémite. La haine de soi, ça va comme ça.» Et d'ajouter: «Mouloud, lui, s'est fait taper dessus. Il en a pris beaucoup plus parce qu'il est arabe.» Mouloud, c'est Mouloud Aounit, le secrétaire général du Mrap, compagnon de combat de Tubiana, et absurdement suspect de faire la politique de sa communauté, dans une société où l'universalisme est en charpie.

Tubiana est de cette génération qui a flirté avec l'extrême gauche. Il en a gardé la tchatche cinglante et le pragmatisme sans états d'âme. Aujourd'hui, il se situe «à la gauche du PS et à la droite des alters». Sa fonction lui interdit d'être plus précis. Mais on s'est laissé dire qu'il s'apprête à choisir le oui au référendum ou qu'il a voté Jospin dès le premier tour en 2002. Ce qui ne l'empêche pas de harponner la course à l'échalote sécuritaire du dernier gouvernement de gauche.
Et de dresser un hit-parade des ministres de l'Intérieur qu'il eut à côtoyer et qui pourrait se décliner ainsi: Joxe-Deferre-Debré-Quilès-Sarkozy-Pasqua. Avec bonnet d'âne à Daniel Vaillant. Qui poussa Jospin à snober les 100 ans de la LDH, querelle des sans-papiers oblige.
Côté sociétal, Tubiana et la LDH seraient plutôt libertaires: mariage gay, adoption facilitée, dépénalisation des drogues, peines de substitution à la prison, etc.

Ce bénévole cornaque 15 permanents et anime 300 sections de par la France. Avec jubilation, il grille ses soirées et ses dimanches pour la LDH. Ses honoraires d'avocat tournent autour de 10 000 euros mensuels. Il a pu défendre Klaus Croissant, l'avocat de la bande à Baader, ou intervenir au procès Papon, mais ses ressources lui viennent surtout du droit des affaires.
Et, si ses prises de position lui ont valu quelques défections de clients, il serait bien en peine de se plaindre de son sort. Débarqué un peu par hasard en Calédonie, défendre Tjibaou et les siens, Tubiana tombe amoureux de l'île et y rencontre la mère de ses enfants, une Caldoche pro-Kanaks. Aujourd'hui, les enfants sont adolescents et les parents, séparés, restent en bonne intelligence.

En juin, Tubiana va passer la main. Il pourra écouter Eminem avec son fils. Lire Kundera et Philip Roth «plutôt que Christine Angot». Retourner au théâtre voir si l'on peut faire mieux que le Diable et le bon Dieu, la pièce de Sartre, son émotion fondatrice. Mais pourra-t-il vraiment décrocher de cette actualité tragique, bulletin de mauvaise santé d'une société, qui épuise et inquiète ses médecins les plus déterminés ?
(1) in Qu'est-ce que la Ligue des droits de l'homme ? (l'Archipel).
liberation.fr, Par VAILLANT Luc LE mercredi 27 avril 2005, p. 36

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Bio-express (2005)

Michel Tubiana en 7 dates

24 novembre 1952 Naissance à Alger.
1962 Sa famille quitte l'Algérie et s'installe à Paris.
1967 Lycéen, il milite à la JCR.
1972 Membre du Grand Orient, loge Salvador-Allende.
1974 Devient avocat.
12 juin 2000 Succède à Henri Leclerc à la présidence de la LDH.
Juin 2005 Fin de mandat.
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article611

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30/07/10 18:18 47 réactions Nicolas Sarkozy "attise la haine contre les étrangers"

Le chef de l'Etat et son gouvernement "ont manifestement décidé d'agiter les vieux refrains des années 30", dénonce la Ligue des Droits de l'Homme au sujet du discours sécuritaire du chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy agite "les refrains des années 30" contre les étrangers, a réagi la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), vendredi 30 juillet, après le discours du chef de l'Etat à Grenoble. "On est dans la manière la plus insupportable d'attiser la haine en désignant ces étrangers qui viennent manger notre pain", a dénoncé Michel Tubiana, le président de la LDH.

"Sur ce terrain-là, le président de la République et son gouvernement ont manifestement décidé d'agiter les vieux refrains des années 30 destinés à attiser la haine contre les étrangers", a-t-il ajouté, dressant un parallèle avec la montée des ligues d'extrême-droite, avant la Seconde guerre mondiale.

Un "fantasme"

Interrogé sur le souhait du chef de l'Etat d'évaluer les prestations auxquelles ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière, Michel Tubiana a estimé qu'il s'agissait d'un "fantasme".

"C'est un fantasme parce que l'on sait que la plupart des étrangers travaillent dans des conditions dures en payant des cotisations dont ils ne percevront même pas les fruits", a-t-il expliqué.

"Faire un discours sur la délinquance uniquement centré sur une question de retrait de nationalité, sur l'immigration, après avoir tenu une réunion sur les gens du voyage et sur les Roms, c'est l'assimilation des étrangers et des personnes d'origine étrangère à la délinquance, à ceux qui mangent le pain des Français", a encore déploré Michel Tubiana.

Des lois "spectacle"

Du côté du Parti socialiste, le secrétaire national à la sécurité, Jean-Jacques Urvoas, a estimé sur LCI que "le président de la République parle pour faire oublier son échec". "J'aurais aimé qu'il donne les moyens aux policiers et aux gendarmes de protéger les personnes et les biens. En quatre ans, nous avons supprimé dans ce pays 11.000 postes de policiers et de gendarmes. La nature essentielle des lois que propose Nicolas Sarkozy sur la sécurité, c'est leur caractère de spectacle. Quand il y aura un texte, je l'examinerai. Une loi ne vit pas simplement par ce qu'en dit le président, mais par l'application que l'on veut en faire. Evidemment c'est un coup de communication. C'est navrant. Parce que les mots sont tellement usés que personne n'y croit."

C'est "un discours usé", a également estime le porte-parole du PS, Benoît Hamon. "Nicolas Sarkozy monte la voix crescendo à mesure que la violence augmente. Or, il devrait se demander comment cela se fait que la violence continue à augmenter" alors qu'il a "les pleins pouvoirs depuis 2002 dans la lutte contre la violence et l'insécurité", a-t-il ajouté. Benoît Hamon a souligné que les mauvais résultats en matière de sécurité signifiaient "l'échec d'une politique manichéenne et simpliste qui consiste à chercher des boucs émissaires à ses propres échecs" en la matière.

"Parler fort pour récupérer des dividendes électoraux"

Quant aux annonces sur la déchéance de la nationalité pour certains criminels d'origine étrangère, elles sont "particulièrement graves", selon Benoît Hamon. "La République est une et indivisible. Le président de la République qui est garant de la Constitution, est en train d'introduire une différence entre citoyens récemment français et citoyens français depuis plusieurs générations", a-t-il dit.

Selon lui, "Nicolas Sarkozy est dépassé par l'insécurité, débordé par l'échec d'une politique beaucoup trop simpliste et il est engagé dans un bras-de-fer avec Marine Le Pen dans la perspective du premier tour de la présidentielle de 2012". "L'essentiel pour lui est de parler fort pour récupérer des dividendes électoraux", et il "ne pense pas à régler les problèmes de violences dans ce pays".

Premier concerné par les annonces du président, le maire de Grenoble, Michel Destot (PS), a estimé qu'"il est dangereux de faire aujourd'hui l'amalgame entre délinquance et immigration, en parlant de 'déchéance de nationalité'", a-t-il déclaré dans un communiqué. "Je m'oppose à cette idée selon laquelle il y aurait plusieurs catégories de citoyens français. Cette stratégie de la tension contribue malheureusement un peu plus au délitement du lien social dans notre pays. Dire cela, ce n'est pas faire preuve d'angélisme. C'est réaffirmer nos convictions", a-t-il ajouté. (Nouvelobs.com)

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