Lien vers Alain Carignon et les juges
Suite de l'affaire

Jugement n° 7579 du 16 novembre 1995 Tribunal Correctionnel de Lyon

MINISTÈRE PUBLIC contre Monsieur Frédéric MOUGEOLLE Monsieur Jean-Jacques PROMPSY Monsieur Louis BERA Monsieur Marc-Michel MERLIN Monsieur Alain CARIGNON Monsieur Jean-Louis DUTARET Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER Monsieur Pierre MERLIN

A l'audience publique de la 6° Chambre du TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE LYON séant au Palais de Justice de ladite ville, du SEIZE NOVEMBRE MIL NEUF CENT QUATRE VINGT QUINZE tenue pour les affaires correctionnelles après débats à l'audience des 25, 26, 27, 28, 29 SEPTEMBRE 1995, 02, 03, 04, 05, 06 OCTOBRE 1995 tenue par : Monsieur CATHELIN Président, Monsieur PIFFAUT, Madame PASSET, Juges, Assistés de Melle CHANEBOUX et Mme RIGAT Greffiers, En présence de Monsieur CHARPENTIER, Procureur de la République Adjoint,

A été rendu le jugement suivant par : Monsieur CATHELIN Président, Monsieur PIFFAUT, Madame PASSET Juges, Assistés de Melle CHANEBOUX Greffier, En présence de CHARPENTIER, Procureur de la République Adjoint,

ENTRE : I- Monsieur le Procureur de la République près ledit Tribunal, demandeur, d'une part, ET :

II- LA CONFÉDÉRATION SYNDICALE DES FAMILLES Partie civile intervenante Représentée par Me ALBERT et Me CRIFO avocats associés au barreau de GRENOBLE

III- ASSOCIATION POUR L'INFORMATION ET LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS SALARIÉS (INDECOSA CGT) Partie civile intervenante Représentée par Me DUFLOT, avocat au barreau de LYON

IV- ASSOCIATION GRENOBLOISE DES USAGERS DE L'EAU DÉNOMMÉE "EAU SECOURS" Partie civile intervenante Représentée par Me GALLO et Me ALDEGUER avocats au barreau de GRENOBLE

V- LA VILLE DE GRENOBLE Représentée par son maire en exercice, Monsieur Michel DESTOT, régulièrement autorisé par délibération du conseil municipal de la vielle de GRENOBLE du 06/07/1995 demeurant en cette qualité à l'hôtel de ville Partie civile intervenante Représentée par Me PRUD'HOMME avocat au barreau de GRENOBLE et par Me ARRUE avocat au barreau de LYON

VI- L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS 38 "QUE CHOISIR" Partie civile intervenante volontaire Représentée par Me BRASSEUR avocat au barreau de GRENOBLE et Me SEON avocat au barreau de LYON

VII- LES 101 USAGERS DU SERVICE DE DISTRIBUTION D'EAU POTABLE DE GRENOBLE Madame Marie-Hélène Madame Laurence Madame Josette Monsieur Louis Monsieur François-Xavier Madame Béatrice Monsieur Jérôme Madame Nathalie Monsieur Bruno Madame Denise Madame Jeanine Madame Marianne Madame Raymonde Monsieur Aimé Madame Martine Monsieur François Monsieur Jean-Paul Monsieur Jacques Monsieur Bernard Madame Madeleine Madame Marie-José Monsieur Étienne Madame Christine Monsieur Vincent Monsieur Claude Monsieur Gilles Madame Christiane Madame Isabelle Monsieur Adilio Monsieur Jean Madame Marie-Claude Madame Marie-Geneviève Monsieur Jean-François Madame Jacqueline Madame Bernadette Monsieur Geoffroy Monsieur Jean-Édouard Monsieur Roger Madame Yvette Monsieur Bernard Madame Marie-Thérèse Madame Michèle Monsieur Michel Monsieur Claude Madame Pierrette Monsieur Robert Monsieur Michel Madame Marie-Hélène Monsieur Otto Monsieur Hervé Madame Nicole Monsieur Dominique Madame Suzanne Madame Ginette Monsieur Jean Madame Hélène Monsieur Claude Madame Marie-Lise Monsieur François Madame Nicole Madame Marie-Noëlle Monsieur Alain Madame Mireille Madame Jeannine Monsieur Thierry Monsieur Béatrix Monsieur Jean Madame Linda Monsieur Rémi Monsieur Henri Monsieur Jacques Madame Marie-Isabelle Madame Monique Madame Nicole Monsieur Vincent Monsieur Pierre Madame Christine Madame Marie Madame Geneviève Madame Régine Monsieur André Monsieur Dominique Monsieur Jean Madame Roland Madame Geneviève Monsieur Christian Monsieur Jean-Marc Madame Florence Madame Marianne Monsieur Hervé Monsieur Dominique Madame Jocelyne Monsieur Marc Monsieur Jean-Jacques Madame Christine Monsieur Pierre Monsieur Pierre Monsieur André Madame Claire Madame Odile Monsieur Gilles Parties civiles intervenantes Représentées par Me ALDEGUER et Me GALLO avocats au barreau de GRENOBLE de même part,

ET :
I- Monsieur Frédéric MOUGEOLLE né le 03 juillet 1952 Journaliste Jamais condamné Libre Contrôle judiciaire du 17 mars 1994 Confirmé le 16 mai 1995 Comparant Assisté de Me DOUMITH avocat au barreau de PARIS
II- Monsieur Jean-Jacques PROMPSY né le 08 septembre 1937 Directeur de société Jamais condamné Libre Contrôle judiciaire du 17 mars 1994 Confirmé le 16 mai 1995 Comparant Assisté de Me FARTHOUAT et Me ASSELINEAU avocats au barreau de PARIS
III- Monsieur Louis BERA né le 19 juin 1937 Directeur de société Jamais condamné Libre Contrôle judiciaire du 16 mars 1994 Modifié le 20 avril 1994 Confirmé le 16 mai 1995 Comparant Assisté de Me FARTHOUAT et Me ASSELINEAU avocats au barreau de PARIS
IV- Monsieur Marc-Michel MERLIN né le 11 novembre 1943 Président de société Jamais condamné Libre Mandat de dépôt du 16 septembre 1994 Mise en liberté sous contrôle judiciaire le 31 janvier 1995 Mainlevée partielle du 16 mai 1995 et du 1er août 1995 Comparant Assisté de Me ZELMATI et Me GUYENARD avocats au barreau de LYON
V- Monsieur Alain CARIGNON né le 23 février 1949 Président du conseil général de l'ISÈRE Jamais condamné Libre Mandat de dépôt du 12 octobre 1994 Mise en liberté sous contrôle judiciaire le 03 mai 1995 Mainlevée partielle du 16 mai 1995 et du 29 juin 1995 Comparant Assisté de Me DANET et Me GUIGUI avocats au barreau de PARIS, Me BUFFART avocat au barreau de SAINT-ETIENNE, Me BERTHIER avocat au barreau de LYON
VI- Monsieur Jean-Louis DUTARET né le 21 février 1948 Président directeur général de société Jamais condamné Libre Mandat de dépôt du 12 octobre 1994 Mise en liberté sous contrôle judiciaire le 04 avril 1995 Modifié le 16 mai 1995 Comparant Assisté de Me GIBAULT et Me GAZENGEL avocats au barreau de PARIS, Me CHOUVELLON avocat au barreau de LYON
VII- Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER née le 30 janvier 1943 Gérante de société Jamais condamnée Libre Contrôle judiciaire du 16 septembre 1994 Mainlevée partielle du 16 mai 1995 Comparante Assistée de Me DE SAINT GERMAIN avocat au barreau de PARIS
VIII- Monsieur Pierre MERLIN né le 13 mars 1945 Ingénieur, chef d'entreprise Jamais condamné Libre Contrôle judiciaire du 22 septembre 1994 Mainlevée partielle du 16 mai 1995 Comparant Assisté de Me CHANON avocat au barreau de LYON d'autre part,

PRÉVENUS DE : Abus de biens sociaux (III - VI - VI - VIII), Recel d'abus de biens sociaux (I - V - VI - VII), Complicité d'abus de biens sociaux (V - II), Subornation de témoins (V - VI), Corruption (V - IV - II), Complicité de corruption (VI), Subornation d'autrui (VI).

L'affaire appelée à l'audience publique du 15 mai 1995, les prévenus ont comparu et sollicité le renvoi, puis l'affaire a été mise en délibéré au 16 mai 1995 date à laquelle le Tribunal a sursis à statuer sur les poursuites dont il est saisi, a maintenu les obligations du contrôle judiciaire prises à l'encontre des prévenus, les modifiant en ce qui concerne Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Monsieur Pierre MERLIN, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET et renvoyé contradictoirement l'affaire à l'audience du 25 septembre 1995 6° Chambre.

L'affaire appelée à l'audience publique du 25 septembre 1995, il a été donné lecture de l'ordonnance de renvoi de le Juge d'Instruction et des exploits d'huissier de justice donnant assignation à comparaître à l'audience de ce jour et les prévenus ont comparu.

Les prévenus ont été interrogés ; Les témoins ont été entendus conformément aux articles 444 et suivants du Code de Procédure Pénale. Les greffières ont tenu note des déclarations des témoins et des réponses des prévenus ;

La CONFÉDÉRATION SYNDICALE DES FAMILLES est intervenue en qualité de partie civile contre Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, par le ministère de Me ALBERT et Me CRIFO qui ont déposé des conclusions tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir :
Recevoir sa constitution de partie civile, Lui allouer les sommes de 2 100 000 F à titre de dommages intérêts en réparation du préjudice porté à l'intérêt collectif des consommateurs ; 50 000 F par application de l'article 475-1 du code de procédure pénale, Ordonner l'exécution provisoire ;

L'ASSOCIATION POUR L'INFORMATION ET LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS SALARIÉS (INDECOSA-CGT) est intervenue en qualité de partie civile contre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Alain CARIGNON, par le ministère de Me DUFLOT, qui a déposé des conclusions tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir :
Dire et juger recevable et fondée sa constitution de partie civile, Lui allouer les sommes de 500 000 F en réparation du préjudice causé à l'intérêt collectif des consommateurs ; 100 000 F par application de l'article 45-1 du code de procédure pénale ;

La VILLE DE GRENOBLE est intervenue en qualité de partie civile contre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET par le ministère de Me PRUD'HOMME et Me ARRUE qui ont déposé des conclusions tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir :
Lui donner acte de sa constitution de partie civile, Lui allouer les sommes de 220 000 000 F au titre du préjudice financier ; 100 000 000 F au titre du préjudice matériel lié à l'image de marque de la Ville ; 100 000 000 F au titre du préjudice moral ; 500 000 F par application de l'article 475-1 du code de procédure pénale ;

L'ASSOCIATION GRENOBLOISE DES USAGERS DE L'EAU dénommée "EAU SECOURS" est intervenue en qualité de partie civile contre Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean Louis DUTARET, Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, par le ministère de Me ALDEGUER et Me GALLO qui ont déposé des conclusions tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir :
Déclarer recevable et bien fondée se constitution de partie civile, Lui allouer les sommes de 50 000 F au titre de son préjudice outre intérêts de droit à compter du jugement ; 19 287 F par application de l'article 475-1 du code de procédure pénale ;

Les 101 USAGERS DU SERVICE DE DISTRIBUTION D'EAU POTABLE DE GRENOBLE sont intervenus en qualité de parties civiles contre Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, par le ministère de Me ALDEGUER et Me GALLO qui ont déposé des conclusions tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir (Les avocats ont développé ces conclusions en plaidant) :
Déclarer recevable et bien fondée leur constitution de parties civiles, Leur allouer les sommes de 1 F à chacun au titre de leur préjudice moral ; 1 000 F par application de l'article 475-1 du code de procédure pénale ;

L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS 38 "QUE CHOISIR", association de consommateurs agréée, est intervenue en qualité de partie civile contre Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, par le ministère de Me BRASSEUR et Me SEON qui ont déposé des conclusions dont il a été donné lecture tendant à ce qu'il plaise au Tribunal de bien vouloir :
Dire recevables et bien fondées ses demandes, Lui allouer les sommes de 300 000 F à titre de dommages intérêts pour le préjudice collectif ; 50 000 F pour son préjudice personnel ; 10 000 F par application de l'article 475-1 du code de procédure pénale, Ordonner la publication du jugement intégral dans les journaux DAUPHINÉ LIBÉRÉ, le 38, LES PETITES AFFICHES, INFO à la charge des prévenus, Ordonner l'affichage pendant un mois du texte intégral du jugement à chaque porte de l'établissement concerné ;

Le MINISTÈRE PUBLIC a résumé l'affaire et requis l'application de la loi ; Les prévenus et leurs défenseurs ont présenté leurs moyens de défense et ont sollicité leur relaxe ;
Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Louis BERA, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Monsieur Pierre MERLIN, par l'intermédiaire de leurs conseils ont déposé des conclusions de relaxe.
Monsieur Jean-Louis DUTARET, par l'intermédiaire de ses conseils, Me GIBAULT, Me GAZENGEL et Me CHOUVELLON, a déposé des conclusions aux fins de : Sur la poursuite pour complicité de corruption : constater qu'il n'est poursuivi, de ce chef, que pour avoir apporté aide et assistance à Monsieur Alain CARIGNON "dans l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction de Maire de GRENOBLE", à l'exclusion de toute aide ou assistance dans la perception d'éventuelles contreparties, pour lesquelles il est poursuivi du chef de recel d'abus de biens sociaux, constater qu'il n'était investi d'aucun mandat électif ni chargé d'aucune mission de service public ni d'aucun pouvoir propre lui permettant, selon les termes mêmes de l'ordonnance de renvoi et de la citation, d'avoir été le complice de Monsieur Alain CARIGNON "dans l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction du Maire de GRENOBLE", constater pareillement qu'il n'a commis personnellement aucun acte constitutif du délit de complicité de corruption, ni au cours des négociations de 1987, ni à l'occasion des délibérations du Conseil Municipal en 1989, constater encore, et en tant que de besoin, que les faits antérieures au 06 avril 1989 sont prescrits, que la prescription couvre donc notamment toutes les négociations de 1987 et que les faits commis antérieurement au 11 mars 1988 sont de surcroît amnistiés, et, subsidiairement, dire que le délit de corruption reproché à Monsieur Alain CARIGNON n'est pas constitué, faire droit aux conclusions par lui déposées tendant à sa relaxe et, par voie de conséquence, le relaxer du chef de complicité de corruption, Constater la prescription des délits d'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux et de complicité de corruption passive qui lui sont imputés et réputés commis avant le 05 avril 1989, Vu la loi du 20 juillet 1988 et la loi du 15 janvier 1990, constater l'amnistie des délits d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux et complicité de corruption passive, Dire n'y avoir lieu à poursuites sans peine ni dépens, Sur la poursuite pour subornation de témoins : constater qu'il n'a exercé aucune pression sur Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Patrick THULL, non plus que sur Madame Véronique BOUFFARD, constater pareillement que, en incitant Monsieur Patrick THULL à modifier certaines de ses déclarations, il ne lui a pas demandé de faire une déclaration mensongère mais au contraire de rétablir la vérité, en conséquence le relaxer du chef de subornation de témoin sur la personne de Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Patrick THULL et Madame Véronique BOUFFARD, Prononcer sa relaxe des faits de recel d'abus de biens sociaux et d'abus de biens sociaux qui lui sont imputés, Sur la poursuite pour recel d'abus de biens sociaux sous forme de prestation de service : constater que l'article 460 du Code Pénal est inapplicable aux recels de prestations de service et qu'il n'existe aucun texte applicable en la matière, le relaxer en conséquence du chef de recels d'abus de biens sociaux au titre de la mise à disposition gratuite de l'appartement du Boulevard Saint-Germain au titre du voyage en AUSTRALIE, Sur l'absence de poursuites du chef des vols SINAIR et du renflouement de DAUPHINE NEWS et sur le prétendu recel d'honoraires versés par la LYONNAISE DES EAUX à WHIP SA : constater qu'il n'a pas été renvoyé devant le Tribunal Correctionnel ni pour les heures de vol facturés aux sociétés du GROUPE MERLIN ni au titre du renflouement du groupe DAUPHINE NEWS, constater pareillement que ni Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Louis BERA ne sont poursuivis pour abus de biens sociaux au titre des honoraires versés par la LYONNAISE DES EAUX à la Société WHIP et à hauteur de 2 220 000 F, en conséquence, le relaxer du chef de recel d'abus de biens sociaux au préjudice de la Compagnie LYONNAISE DES EAUX ;

Monsieur Alain CARIGNON, par l'intermédiaire de ses conseils Me DANET, Me BUFFARD, Me GUIGUI et Me BERTHIER, a déposé des conclusions aux fins de (Les avocats ont développé ces conclusions en plaidant) : Lui adjuger le bénéfice des dispositions de la loi portant amnistie du 20 juillet 1988 en son article 2 alinéa 5 et de la loi du 15 juillet 1990 en son article 19, Dire que les lois d'amnistie du 20 juillet 1988 (article 2.5) et du 15 janvier 1990 (article 19) s'appliquent à tous les faits qui lui sont reprochés antérieurement aux 11 mars 1988 et 15 juin 1989, Dire que les faits de corruption antérieurs au 06 février 1991 et en tous cas au 05 avril 1989 doivent être considérés comme prescrits, Le relaxer sur la prévention des faits de corruption postérieurs à ces dates ainsi que sur la prévention de subornation de témoins, de complicité et de recel d'abus de biens sociaux, Sur les constitution de partie civile : déclarer irrecevables les constitutions de partie civile de la VILLE DE GRENOBLE, les 101 USAGERS grenoblois, et de l'ASSOCIATION EAU SECOURS, tant pour des raisons de fond pour la ville de GRENOBLE que pour des raisons de fond et de forme pour les 101 usagers de l'association EAU SECOURS, dire les constitutions de partie civile des associations de consommation C.S.F. UFC et INDECOSA CGT recevables mais non fondées et les en débouter.

Sur quoi l'affaire a été mise en délibéré et renvoyée contradictoirement à l'audience de ce jour en laquelle le Tribunal a rendu le jugement suivant dont lecture a été faite à l'audience :

Attendu que les prévenus sont poursuivis pour :
Monsieur Louis BERA : Avoir à Lyon, à Rillieux la Pape et sur le territoire national, courant 1990 et 1991 en sa qualité de président directeur général des SA SEREPI et SERECOM, fait, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de ces sociétés un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celles-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement, en l'espèce en opérant des prélèvements au préjudice des trésoreries des sociétés SEREPI et SERECOM estimés à 6.129.400 francs pour le compte de la société "HOLDING DAUPHINÉ NEWS" et Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Faits prévus et réprimés par l'article 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966 et par l'article 131-26 du code pénal.
Monsieur Jean-Jacques PROMPSY : S'être à Lyon et sur le territoire national, courant 1990 et 1991, en qualité de directeur commercial, directeur de l'eau pour la France à la SA LYONNAISE DES EAUX, en donnant des instructions à son subordonné Monsieur Louis BERA, président directeur général des SA SEREPI et SERECOM, rendu complice d'abus de biens sociaux opérés par ce dernier au préjudice des trésoreries des deux sociétés précitées pour un montant estimé à 6.129.400 francs au profit de la société "HOLDING DAUPHINÉ NEWS" et de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Avoir à Lyon, Grenoble et sur le territoire national, entre 1989 et 1993 proposé à une personne investie d'un mandat électif public (en l'espèce Monsieur Alain CARIGNON, maire de Grenoble) et à Monsieur Jean-Louis DUTARET qui a prêté son aide et assistance à ces agissements, des dons, présents, en l'espèce : des versements courant 1990 au préjudice de la trésorerie des sociétés SEREPI-SERECOM estimés à 6.129.400 francs destinés à combler le passif des sociétés "DAUPHINÉ NEWS" et "HOLDING DAUPHINÉ NEWS", groupe de presse dans lequel était impliqué Monsieur Alain CARIGNON, des versements d'honoraires entre 1989 et 1993, supportés par la trésorerie de la SA LYONNAISE DES EAUX pour un montant de 2.200.000 francs HT en application d'un contrat du 4 janvier 1989 signé par Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, à la SA WHIP propriétaire d'un appartement utilisé par Monsieur Alain CARIGNON comme résidence, bureau et siège de son antenne parisienne et dont Monsieur Jean-Louis DUTARET était le dirigeant de fait, dons et présents consentis pour l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction du maire de Grenoble, en l'espèce la concession du service des eaux et de l'assainissement de la ville de Grenoble à la SA COGESE, société présidée par Monsieur Marc-Michel MERLIN et dont les actionnaires majoritaires sont les sociétés SDEI et SEREPI. Faits prévus et réprimés par les articles 131-26, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23 du code pénal et par les articles 177, 178, 179, 180, 42 du code pénal abrogés postérieurement à la commission des faits.
Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7 du code pénal, 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966 et par les articles 59 et 60 du code pénal abrogés postérieurement à la commission es faits.

Frédéric MOUGEOLLE : Avoir à Grenoble et sur le territoire national, courant 1990 et 1991 en sa qualité de président directeur général des sociétés du groupe "DAUPHINÉ NEWS" ("DAUPHINÉ NEWS", "NEWS GRATUIT", "HOLDING DAUPHINÉ NEWS") sciemment recelé des fonds pour un montant de 5.360.000 francs provenant de versements non conformes à leur intérêt social effectués par les sociétés SEREPI et SERECOM et destinés à renflouer le passif du groupe "DAUPHINÉ NEWS" et dont il savait qu'ils provenaient d'un usage abusif des biens sociaux, Avoir à Grenoble et sur le territoire national, de février à octobre 1990, sciemment recelé une somme de 730.000 francs correspondant à des remboursements de frais et salaires versés par les sociétés SEREPI-SERECOM en contradiction avec leur intérêt social et qu'il savait provenir d'un usage abusif des biens sociaux, Avoir à Grenoble, courant 1989, sciemment recelé en sa qualité de président directeur général des sociétés "NEWS GRATUIT" et "DAUPHINÉ NEWS" la somme de 845.560 francs correspondant au règlement de cinq factures fictives datées des 14 mars, 15 mars, 10 avril, 15 avril et 15 mai 1989 effectué par la SDEI en contradiction avec l'intérêt de cette société, et qu'il savait provenir d'un usage abusif des biens sociaux. Faits prévus et réprimés par les articles 131-26, 321-1, 321-9, 321-10 du code pénal, 460 du code pénal abrogé postérieurement à la commission des faits, 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966.

Monsieur Marc-Michel MERLIN : Avoir à Rillieux la Pape et sur le territoire national, courant 1989 en sa qualité d'administrateur et de dirigeant de fait de la SA SDEI (Société anonyme de Distribution d'Eau Intercommunale), fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société, un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser d'autres sociétés (SA "DAUPHINÉ NEWS" et SA "NEWS GRATUIT"), dans lesquelles il était intéressé directement ou indirectement en l'espèce, en opérant le règlement de cinq factures des 14 mars 1989 ("NEWS GRATUIT"), 15 mars 1989, 10 avril 1989, 15 avril 1989, 15 mai 1989 ("DAUPHINÉ NEWS") pour un montant total de 845.560 francs, Avoir à Rillieux la Pape et sur le territoire national, en sa qualité d'administrateur de la SA SEREPI (Société d'Exploitation des Réseaux d'Eau Potable Intercommunaux) courant 1990, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement en opérant au préjudice des trésoreries des sociétés SEREPI et SERECOM des prélèvements estimés à 6.129.400 francs (5.399.400 francs + 730.000 francs) au profit de la société "HOLDING DAUPHINÉ NEWS", de la SA "DAUPHINÉ NEWS" et de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Avoir à Rillieux la Pape, Lyon et sur le territoire national, en sa qualité d'administrateur et de dirigeant de droit ou de fait de la SA SDEI (Société anonyme de Distribution d'Eau Intercommunale), de la SA SCM (SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE ET DE MANAGEMENT MERLIN) de 1989 à 1993 et de la SA Cabinet d'Études MERLIN en 1989 et 1990, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de ces sociétés un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celles-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement en l'espèce en réglant à la SA WHIP des honoraires pour un montant total HT de : 4.701.475,55 francs pour la SDEI, 2.571.585,16 francs pour la SCM, 1.000.000 francs pour le Cabinet d'Études MERLIN, Avoir à Paris et sur le territoire national de 1986 à 1988, en sa qualité d'administrateur et de dirigeant de fait de la SA Société Immobilière du Boulevard Saint Germain, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un usage contraire à) l'intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement, en mettant à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET sans versement d'une contrepartie effective un appartement sis 286, Boulevard Saint Germain à Paris, soit un préjudice pour la trésorerie sociale valorisé à 726.800 francs, Avoir en sa qualité d'administrateur, de dirigeant de droit ou de fait des sociétés du GROUPE MERLIN (SDEI, SOGEDO, Cabinet MERLIN), à Rillieux la Pape et sur le territoire national, du 6 octobre 1984 au 16 juillet 1993, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de ces sociétés un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celles-ci à des fins personnelles, ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement, en prenant en charge des factures de la compagnie SINAIR pour un montant TTC de 2.487.598,50 francs, correspondant à des heures de vols pour le compte de Monsieur Alain CARIGNON, Avoir en sa qualité de dirigeant de fait de la SA SCM à Rillieux la Pape et sur le territoire national, courant 1987, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement, en prenant en charge le coût d'une croisière effectuée par Monsieur Alain CARIGNON pour un montant de 170.784 francs, Avoir en sa qualité de dirigeant de la SA SDEI à Rillieux la Pape et sur le territoire national, courant octobre 1988, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un suage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement en réglant le coût d'un montant de 137.690 francs d'un voyage effectué par Monsieur Jean-Louis DUTARET en Australie du 23 décembre 1988 au 8 janvier 1989, Avoir à Rillieux la Pape et sur le territoire national courant 1987 et 1988, en sa qualité de dirigeant de fait de la SA SCM, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un suage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement en réglant à Monsieur Jean-Louis DUTARET les honoraires suivants (HT) : 50.000 francs (facture du 9 juillet 1987), 50.000 francs (facture du 7 octobre 1987), 50.000 francs (facture du 13 novembre 1987), 100.000 francs (facture du 22 juillet 1988). Avoir à Grenoble et sur le territoire national proposé et cédé, entre 1984 et 1993, à une personne investie d'un mandat électif public en l'espèce Monsieur Alain CARIGNON, maire de Grenoble et à Monsieur Jean-Louis DUTARET qui a prêté son aide et assistance à ces agissements, les dons, présents et avantages suivants : mise à disposition d'un appartement sis 286 Boulevard Saint Germain à Paris propriété de la SA Immobilière du Boulevard Saint Germain entre 1986 et 1988, versement d'honoraires à la SA WHIP pour un montant HT de 9.373.060,71 francs entre 1988 et 1993, mise à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON d'heures de vols en avions taxis facturées par la SA SINAIR aux sociétés du GROUPE MERLIN pour un montant TTC de 2.487.598,50 francs, prise en charge d'une croisière effectuée par Monsieur Alain CARIGNON, courant 1987, pour un montant de 170.784 francs TTC, prise en charge d'un voyage effectué du 23 décembre 1988 au 8 janvier 1989 par Monsieur Jean-Louis DUTARET en Australie pour un montant de 137.690 francs, dons, présents et avantages consentis pour l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction du maire de Grenoble, en l'espèce la concession du service des eaux et de l'assainissement de la ville de Grenoble (délibérations du conseil municipal de Grenoble des 13 juillet 1989 et 13 octobre 1989, contrat de délégation du 3 novembre 1989 signé par Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Alain CARIGNON) à la SA COGESE, société présidée par Monsieur Marc-Michel MERLIN et dont les actionnaires majoritaires sont les sociétés SDEI et SEREPI. Faits prévus et réprimés par l'article 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966, les articles 131-26, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23 du code pénal et par les articles 177, 178, 179, 180, 42 du code pénal abrogés postérieurement à la commission des faits.

Monsieur Jean-Louis DUTARET : Avoir à Paris et sur le territoire national, de 1988 à 1993 en sa qualité de dirigeant de fait de la SA WHIP sciemment recelé des honoraires versés à la SA WHIP par les sociétés SDEI (4.701.475,55 francs HT), CABINET MERLIN (2.100.000 francs HT), SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN (2.571.585,16 francs HT) et la LYONNAISE DES EAUX (2.220.000 francs HT), contrairement à leur intérêt social, Avoir à Paris et sur le territoire national, sciemment commis un recel d'abus de biens sociaux valorisé à 726.800 francs en bénéficiant de la mise à disposition à titre gratuit, entre 1986 et 1988, d'un appartement sis 286, Boulevard Saint Germain, propriété de la SA Immobilière du 286 Boulevard Saint Germain, Avoir à Paris et sur le territoire national, de 1988 à 1993, en sa qualité de dirigeant de fait de la SA WHIP, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement : en prenant en charge des dépenses concernant Monsieur Alain CARIGNON et plus particulièrement le coût de cours d'anglais pour un montant de 61.000 francs dispensés par la SA BERLITZ entre 1991 et 1993, en mettant à disposition de Monsieur Alain CARIGNON les locaux du 286 Boulevard Saint Germain et le personnel pris en charge par la SA WHIP. Avoir à Paris et sur le territoire national, courant 1988 et 1989, sciemment commis un recel d'abus de biens sociaux en faisant régler par la SA SDEI, contrairement à l'intérêt de cette société, le coût d'un voyage (137.690 francs) effectué par l'intéressé en Australie du 23 décembre 1988 au 8 janvier 1989, Avoir à Paris, courant 1987 et 1988, sciemment recelé les honoraires suivants HT ne correspondant pas à des prestations économiques justifiées, versés par la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE ET DE MANAGEMENT MERLIN, contrairement à son intérêt social : 50.000 francs (facture du 9 juillet 1987), 50.000 francs (facture du 7 octobre 1987), 50.000 francs (facture du 13 novembre 1987), 100.000 francs (facture du 22 juillet 1988). S'être à Grenoble, Lyon, Paris et sur le territoire national, entre 1986 et 1993, rendu complice du délit de corruption reproché à Monsieur Alain CARIGNON en apportant son aide et assistance dans l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction du maire de Grenoble (en l'espèce la concession du service public des eaux et assainissement de la ville de Grenoble à la SA COGESE) en contrepartie du versement de dons, présents ou avantages consentis par Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Avoir à Paris et sur le territoire national, courant juillet 1994, le 6 ou le 7 juillet et le 6 septembre 1994, exercé des pressions sur le témoin Monsieur Patrick THULL pour qu'il modifie sa déposition et son témoignage, Avoir à Paris et sur le territoire national, courant août 1994, exercé des pressions sur le témoin Madame Véronique BOUFFARD pour qu'il modifie sa déposition et son témoignage, Avoir, de mai à juillet 1989, sur le territoire national exercé des pressions sur Monsieur Marc-Michel MERLIN pour qu'il modifie ses déclarations. Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 131-26, 321-1, 321-9, 321-10, 432-11, 432-17, 433-22, 433-23, 434-15, 434-44, 434-45 du code pénal, 42, 59, 60, 177, 178, 179, 460 du code pénal abrogés postérieurement à la commission des faits, 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966.

Monsieur Alain CARIGNON : Avoir à Grenoble et sur le territoire national, courant 1990 en tant que dirigeant de fait des sociétés "HOLDING DAUPHINÉ NEWS", "DAUPHINÉ NEWS" et "NEWS GRATUIT" et en tant que principal bénéficiaire des versements, sciemment recelé la somme de 5.360.000 francs provenant d'usage abusif des biens et du crédit des SA SERECOM et SEREPI (versements effectués au profit des SA "HOLDING DAUPHINÉ NEWS" et "DAUPHINÉ NEWS" présidées par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE), S'être à Grenoble et sur le territoire national, courant 1989, rendu complice d'abus de biens sociaux commis au préjudice de la SDEI, en ayant facilité la préparation ou la consommation du délit par aide, assistance, dons d'instructions à Monsieur Marc-Michel MERLIN pour le versement de la somme de 845.560 francs contraire à son intérêt social par la SDEI au profit des sociétés "DAUPHINÉ NEWS" et "NEWS GRATUIT", ladite somme correspondant au règlement de cinq factures fictives des 14 mars 1989, 15 mars 1989, 10 avril 1989, 15 avril 1989, 15 mai 1989, Avoir à Paris et sur le territoire national, sciemment commis des recels d'abus de biens sociaux : en bénéficiant de la mise à disposition à titre gratuit entre 1986 et 1988 d'un appartement sis 286, Boulevard Saint Germain à Paris, propriété de la SA Immobilière Saint Germain (soi un préjudice valorisé à 726.800 francs supporté par cette société), en ayant utilisé entre 1988 et 1993 les structures de la SA WHIP (locaux et personnel sis 286 Boulevard Saint Germain à Paris et en ayant bénéficié d'honoraires versés, contrairement à leur intérêt social par : les sociétés du GROUPE MERLIN pour un montant total de 9.373.060,71 francs HT, la SA LYONNAISE DES EAUX pour un montant de 2.220.000 francs HT. en bénéficiant entre 1991 et 1993 de cours d'anglais dispensés par la Société BERLITZ et dont le coût d'un montant de 61.079 francs a été supporté par la SA WHIP contrairement à son intérêt social. Avoir à Paris, Grenoble et sur le territoire national du 6 octobre 1984 au 16 juillet 1993, commis sciemment des recels d'abus de biens sociaux en bénéficiant de voyages en avions taxis SINAIR dont le coût, d'un montant total de 2.487.598,50 francs, a été supporté contrairement à leur intérêt social par les sociétés du GROUPE MERLIN, Avoir courant 1987, sur le territoire national, commis sciemment un recel d'abus de biens sociaux en bénéficiant d'une croisière sur la goélette "Bohème II" pour un montant de 170.784 francs TTC, supporté par la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE ET DE MANAGEMENT MERLIN contrairement à son intérêt, Avoir entre 1984 et 1993, à Paris et sur le territoire national, étant investi d'un mandat électif, bénéficié directement ou indirectement en toute connaissance de cause des dons, présents et avantages suivants : mise à disposition à titre gratuit entre 1986 et 1988 d'un appartement propriété de la SA Immobilière du Boulevard Saint Germain filiale du GROUPE MERLIN, sis 286 Boulevard Saint Germain à Paris, utilisation des structures de la SA WHIP financées par le versement d'honoraires émanant des sociétés du Groupe MERLIN pour une montant HT de 9.373.060,71 francs et de la SA LYONNAISE DES EAUX pour un montant de 2.220.000 francs HT, avantages totalisant 5.360.000 francs retirés des versements effectués par les sociétés SEREPI-SERECOM au profit des SA "HOLDING DAUPHINÉ NEWS" et "DAUPHINÉ NEWS", sociétés dans lesquelles il était directement impliqué en qualité de dirigeant de fait, utilisation d'avions taxis facturés par la société SINAIR aux sociétés du GROUPE MERLIN pour un montant de 2.487.598,50 francs TTC, paiement d'une croisière effectuée par Monsieur Alain CARIGNON courant août 1987 sur la goélette "Bohème II" pour un montant de 170.784 francs réglé par la Société SCM, dons, présents, avantages consentis pour l'accomplissement d'un acte de sa fonction (en l'espèce la délégation du service des eaux et de l'assainissement d la ville de Grenoble dont il était le maire courant 1989 à la SA COGESE, société présidée par Monsieur Marc-Michel MERLIN et dont les actionnaires majoritaires sont les sociétés SDEI et SEREPI). Avoir, le 5 ou le 6 juillet 1994, sur le territoire national exercé des pressions sur le témoin Patrick THULL pour qu'il modifie sa déposition. Faits prévus et réprimés par les articles 131-26, 321-1, 321-9, 321-10, 432-11, 432-17, 433-22, 433-23, 434-15, 434-44, 434-45 du code pénal, 42, 59, 60, 177, 178, 179, 180, 460 du code pénal abrogés postérieurement à la commission des faits, 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966.

Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER : Avoir à Paris et sur le territoire national en sa qualité de président directeur général de la SA WHIP, de 1988 à 1993, sciemment recelé des fonds provenant de versements non conformes à leur intérêt social effectués par la SDEI, la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN, le Cabinet d'Études MERLIN, la SA LYONNAISE DES EAUX pour des montants respectifs HT de 4.701.475,55 francs, 2.571.585,16 francs, 2.100.000 francs et 2.220.000 francs. Faits prévus et réprimés par les articles 131-26, 321-1, 321-9 du code pénal, 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966, 460 du code pénal abrogé postérieurement à la commission des faits.

Monsieur Pierre MERLIN : Avoir à Rillieux la Pape et sur le territoire national du 7 janvier 1991 à 1993, en sa qualité de président directeur général de la SA CABINET MERLIN, fait de mauvaise foi des biens ou du crédit de cette société un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement en l'espèce en réglant des honoraires à la SA WHIP pour un montant de 1.100.000 francs HT. Faits prévus et réprimés par l'article 437 de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966 et par l'article 131-26 du code pénal.

Les pièces du dossier et les débats à l'audience permettent d'organiser le présent jugement ainsi qu'il suit :

CHAPITRE I : FAITS ET PROCÉDURE

CHAPITRE II : ANALYSE ET DISCUSSION DES INFRACTIONS
Section I : Les abus de biens sociaux, les recels d'abus de biens sociaux et la complicité
Section II : La corruption active et la corruption passive
Section III : La subornation de témoins et la subornation d'autrui

CHAPITRE III : SUR LA PEINE

CHAPITRE IV : SUR LES CONSTITUTIONS DE PARTIES CIVILES

CHAPITRE I - FAITS ET PROCÉDURE Le 05 Novembre 1991 un informateur anonyme, par courrier posté à LYON, dénonçait au Procureur de la République les faits suivants : « Monsieur Frédéric MOUGEOLLE faisait les journaux de Monsieur Alain CARIGNON avec sa Société DAUPHINÉ NEWS. Il manquait un milliard dans la caisse de DAUPHINÉ NEWS. Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, directeur général de la LYONNAISE DES EAUX, monte la SERECOM à LYON. La SERECOM achète DAUPHINÉ NEWS à Monsieur Frédéric MOUGEOLLE et bouche le trou de un milliard. Les petits actionnaires de la SEREPI à LYON pères de la SERECOM et les actionnaires de la LYONNAISE DES EAUX sont refaits par des gangsters qu'il faudra punir d'une façon ou d'une autre. »
Le Procureur de la République de GRENOBLE transmettait par soit-transmis ce courrier au Procureur de la République de LYON, compétent en raison de la domiciliation de la SERECOM dans son ressort (RILLIEUX LA PAPE). Ce magistrat confiait l'enquête judiciaire au SRPJ de LYON le 06 Avril 1992, enquête qui se déroulait jusqu'au 29 Novembre 1993. Une nouvelle dénonciation anonyme parvenait directement aux fonctionnaires du SRPJ dont les termes sont les suivants : « Suite à l'affaire Monsieur Pierre BOTTON l'homme de main dans le sud-est et d'ailleurs, le fusible, du président Monsieur Jérôme MONOD, est probablement Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, directeur général, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY se sert de Monsieur Marc-Michel MERLIN, un homme d'affaires lyonnais, pour arroser les élus -par exemple en 1989, la LYONNAISE et la famille Z... ont obtenu la concession de l'eau de GRENOBLE en effaçant les ardoises du maire Monsieur Alain CARIGNON, - en Juillet 1989 le cabinet d'ingénieurs lyonnais Monsieur Marc-Michel MERLIN a recommandé au Conseil Municipal la privatisation de l'eau et dans les jours suivants Monsieur Alain CARIGNON a fait aussitôt voter à la hussarde la concession de l'eau à la COGESE, société commune MERLIN-LYONNAISE, en échange Monsieur Jean-Jacques PROMPSY a fait racheter par la LYONNAISE deux sociétés d'édition au bord de la faillite, ces deux sociétés grenobloises HOLDING DAUPHINÉ NEWS et DAUPHINÉ NEWS fabriquaient les journaux municipaux et du département pour Monsieur Alain CARIGNON et probablement d'autres communications - Monsieur Alain CARIGNON avait vidé leur caisse à hauteur de un milliard de centimes - pour racheter les deux sociétés sur demande de Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY a créé à LYON une société bidon la SERECOM, filiale de la SEREPI, filiale de la LYONNAISE - le personnel de DAUPHINÉ NEWS a été licencié et les deux moribondes ont été transférées à PARIS pour y mourir un jour ou l'autre - elles sont au 1 Rue de Stockholm 8° RCS B347788721 et B350460192 - Que font à PARIS des sociétés grenobloises filiales d'une société lyonnaise inactive ? »

L'enquête et l'information révélaient, à partir de ces dénonciations, une série de faits apparaissant comme délictueux que nous examinerons dans l'ordre chronologique de leur découverte : 1 - LE GROUPE DAUPHINÉ NEWS 2 - L'APPARTEMENT DU BOULEVARD SAINT GERMAIN, PROPRIÉTÉ DE LA SI DU BOULEVARD SAINT GERMAIN 3 - LA SA WHIP 4 - LES VOLS SINAIR ET LES VOYAGES 5 - LES ÉLÉMENTS SUR LE CONTRAT DE CONCESSION 6 - LA SUBORNATION DE TÉMOINS

1 - LE GROUPE DAUPHINÉ NEWS : A - Les premiers éléments de l'enquête : L'exploitation de ces renseignements faisant états des Sociétés SEREPI et SERECOM conduisait les fonctionnaires de police aux vérifications et constatations suivantes :

La société Anonyme SOCIÉTÉ D'EXPLOITATION DES RÉSEAUX D'EXPRESSION ET DE COMMUNICATION (SERECOM) a été constituée le 21 Décembre 1989. Son capital, d'un montant de 5.400.000 F a été souscrit et libéré à hauteur de 99,98 % par la Société Anonyme SOCIÉTÉ D'EXPLOITATION DES RÉSEAUX D'EAU POTABLE INTERCOMMUNAUX (SEREPI), Le capital de la SEREPI, d'un montant de 9,3 MF, est détenu à hauteur de 62,50 % par la Société COMPAGNIE DES EAUX DE LA BANLIEUE DE PARIS, filiale de la LYONNAISE DES EAUX, et à hauteur de 35 % par la Société de DISTRIBUTION D'EAU INTERCOMMUNALE (SDEI), société anonyme dont le capital de 60 MF était détenu par la famille Z... jusqu'au 31 Décembre 1990, date à laquelle elle est devenue la filiale de la SOCIÉTÉ LYONNAISE DES EAUX par suite de la cession du capital de la Holding SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN, La SERECOM a son siège à RILLIEUX LA PAPE, (RHÔNE), à la même adresse que la SDEI et la SEREPI, Son président directeur général était Monsieur Louis BERA, directeur régional de la LYONNAISE DES EAUX et président directeur général de la SEREPI, L'examen de l'activité de la SERECOM, qui n'a eu aucun salarié et n'a pas dégagé de chiffre d'affaires permet d'établir que cette société a eu pour unique objet d'éponger les pertes du groupe DAUPHINÉ NEWS. Ce groupe était composé de trois entités : la société anonyme HOLDING DAUPHINÉ NEWS a été constituée à GRENOBLE le 04 Juillet 1988 entre sept personnes physiques qui ont apporté un capital de 250.000 F. L'actionnaire principal et président directeur général est Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Elle fut la société mère des deux sociétés qui suivent, la société anonyme NEWS GRATUIT a été constituée en Mars 1989 au capital d'un million de francs, souscrit en particulier par les sociétés SOTEGI et FRANÇAISE DE PARTICIPATION qui appartiennent au groupe BOUYGUES. Elle a en pratique édité et diffusé gratuitement, entre le mois de Février et le mois de Mai 1989, un "bi hebdomadaire à vocation populaire", le NEWS MARDI et le NEWS VENDREDI. Il convient ici de rappeler que les élections municipales ont eu lieu au moins de Mars 1989, la Société Anonyme DAUPHINÉ NEWS, constituée le 17 Mars 1989 au capital de 1 F. entre huit personnes physiques et quatre personnes morales, avait pour actionnaire majoritaire la HOLDING DAUPHINÉ NEWS; Elle éditait et tentait de diffuser un mensuel économique "haut de gamme et snob, destiné à un lectorat de cadres et professions libérales" selon Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, au prix de 15 F puis 18 F. Cette activité, commencée en Octobre 1988, a été interrompue au mois de Juin 1989. Les bilans de l'exercice 1989 établis au 30 Juin 1990 laissaient apparaître une insuffisance d'actif de : 6.527.978 F pour la HOLDING DAUPHINÉ NEWS, 5.400.000 F pour la SA DAUPHINÉ NEWS. La gestion de la SA NEWS GRATUIT se serait soldée (au 25 Juillet 1989) par une perte de 11.869.480 F. La trésorerie de la Société aurait été assurée par des prêts allant jusqu'à 11.312.000 F de la SOTEGI (GROUPE BOUYGUES) et 600.000 F des CIMENTS VICAT, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE faisait l'objet d'une interdiction d'émettre des chèques en sa qualité de PDG des sociétés du groupe DAUPHINÉ NEWS depuis le 14 Février 1989. Les fonctionnaires du SRPJ ne pouvaient s'empêcher d'établir des liens entre, d'une part, le comblement du passif et le rachat du groupe DAUPHINÉ NEWS par la SERECOM et, d'autre part, l'attribution de la concession du marché de l'eau de la ville de GRENOBLE à la société COGESE, autre filiale de la LYONNAISE DES EAUX et du GROUPE MERLIN :

Entre le 13 Octobre et le 29 Décembre 1989, la SEREPI (qui a pour objet l'alimentation des collectivités en eau potable) a apporté au total 3.700.000 F par virements à la HOLDING DAUPHINÉ NEWS, Le 20 Décembre 1989, avant même d'être inscrite au registre des sociétés, SERECOM a "racheté" pour zéro franc la majorité des actions de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS, Le capital de SERECOM (apporté par SEREPI) a été utilisé, entre le 09 Janvier 1990 et le 17 Septembre 1991, pour combler le passif de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS au moyen de six apports en compte-courant d'un montant total de 5.360.000 F, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE a ainsi pu régler avec, parfois, un an ou plus de retard, les fournisseurs de ses sociétés qui n'avaient engagé aucune procédure de recouvrement, La SERECOM a ainsi été vidée de la quasi-totalité de son actif au bénéfice des sociétés du groupe DAUPHINÉ NEWS en parfaite contradiction apparente avec son intérêt social et celui de sa société-mère, la SEREPI, Le siège des sociétés HOLDING DAUPHINÉ NEWS et DAUPHINÉ NEWS a en effet été transféré le 31 Août et le 15 Novembre 1990 15 Rue d'Astorg à PARIS où leur radiation a été rapidement demandée, Quant à la SEREPI, elle a comptabilisé la perte sur les titres SERECOM en les provisionnant à hauteur de 3.800.000 F au bilan clôturé au 31 Décembre 1989 et à hauteur de 1.599.400 F au bilan arrêté au 31 Décembre 1990. Le Procureur de la République de LYON ouvrait une information judiciaire le 07 Février 1994 des chefs d'abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociaux.

Les fonctionnaires de police du SRPJ poursuivaient leurs investigations sur commissions rogatoires successives du juge d'instruction, recherchant notamment les motifs de l'utilisation de l'actif de la SEREPI.

Il convient, à ce stade, de faire le point sur le groupe DAUPHINÉ NEWS, sur sa création, sa gestion et sur l'implication de Monsieur Alain CARIGNON dans ce groupe de presse.

B - La création du Groupe DAUPHINÉ NEWS (la conception - les financeurs) : 1) La conception : Monsieur Frédéric MOUGEOLLE assumait depuis 1983 les fonctions de rédacteur en chef du journal municipal GRENOBLE MENSUEL, après un parcours journalistique de qualité. Il percevait un salaire de 14.000 F par mois pris en charge par l'association GRENOBLE ANIMATION INFORMATION (GAI) qui gérait le journal, salaire qu'il continuait de percevoir durant l'opération DAUPHINÉ NEWS.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE affirmait qu'il était le seul concepteur de ces journaux, que ce n'était pas l'idée de Monsieur Alain CARIGNON, qu'il ne s'agissait pas de publications électorales ou devant favoriser la réélection de Monsieur Alain CARIGNON à l'approche des élections cantonales et municipales.

Il rejetait l'idée d'être un exécutant au service de Monsieur Alain CARIGNON. Il était parfaitement autonome dans la politique rédactionnelle de ces journaux et ne subissait aucunement d'instructions de la part de Monsieur Alain CARIGNON.

Il avait seul démarché des industriels sans que Monsieur Alain CARIGNON soit intervenu d'une quelconque manière. Il maîtrisait seul l'ensemble des paramètres de DAUPHINÉ NEWS.

Les collaborateurs de Monsieur Alain CARIGNON expliquaient que la conception de DAUPHINÉ NEWS avait été envisagée dès 1987 lors des réunions du lundi par les membres du cercle politique de Monsieur Alain CARIGNON (Monsieur Denis BONZY, Monsieur Patrick THULL, Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD, Madame Véronique BOUFFARD, Monsieur Xavier PENEAU, Monsieur Richard CAZENAVE) ; qu'il s'agissait d'innover et de constituer un journal d'ambiance favorable à la réélection du Maire (expression employée par plusieurs témoins).

Le Tribunal, compte tenu de l'importance de chaque mot, de chaque phrase, dans leur articulation avec le contexte, estime nécessaire de faire état des déclarations exactes et précises faites au cours de l'information ou à l'audience par les prévenus ou les témoins.

Monsieur Denis BONZY, Directeur de Cabinet, à la Mairie de GRENOBLE, remettait aux fonctionnaires de police lors de son audition du 25 Novembre 1994 un planning de la campagne électorale de Monsieur Alain CARIGNON pour les municipales de 1989 de 49 points.

Il déclarait lors de son audition du 27 Octobre 1994 :

(D 446) « Je confirme intégralement mes déclarations concernant les circonstances de constitution du groupe DAUPHINE NEWS. A l'approche des élections municipales, l'équipe du maire et Monsieur Alain CARIGNON en particulier ont souhaité lancer un journal destiné à créer une ambiance favorable à sa réélection. Il s'agissait notamment de faire connaître le nouveau candidat afin de lui faire acquérir une certaine notoriété et une bonne image de marque. J'ai effectivement assisté à au moins deux réunions préparatoires auxquelles participaient Monsieur Alain CARIGNON, Madame Véronique BOUFFARD, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Monsieur Patrick THULL, Monsieur Xavier PENEAU, probablement Monsieur Richard CAZENAVE et moi-même. Ces réunions avaient pour objet de discuter de la campagne des municipales et notamment de DAUPHINE NEWS. Je vous remettrais des comptes rendus de réunions si cette question est abordée. Pour moi il est évident que Monsieur Alain CARIGNON a pris contact avec les bailleurs de fonds pour le lancement de ce journal. Lors de ces réunions cela a été abordé. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE n'a été qu'une sorte de « marionnette » dans cette opération. Il a été chargé par le maire de remplir la mission de constitution et de lancement de ce journal qui répondait également à un souhait de sa part ».

(D 836) « Il y a eu un effet d'entraînement sur les dépenses politiques qui ont considérablement augmenté dans le but de permettre à Monsieur Alain CARIGNON de conserver ses mandats. DAUPHINE NEWS s'inscrit dans cette logique. Je confirme pleinement que l'opération DAUPHINE NEWS est une opération électorale décidée en présence de Monsieur Alain CARIGNON qui a suivi ensuite ces publications très attentivement. Un certain nombre de personnes avaient été démarchées pour s'occuper de la réalisation de ces publications, notamment Monsieur Lucien SALLIERE et Monsieur Claude MULLER ».

Monsieur Patrick THULL, Directeur de Cabinet de Monsieur Alain CARIGNON et secrétaire général à la Mairie de GRENOBLE entre 86 et 89, déclarait :

(D 445) « Je confirme ce que j'ai déclaré aux enquêteurs, DAUPHINE NEWS a bien été une idée conçue, lancée et suivie par Monsieur Alain CARIGNON. Il est possible que Monsieur Denis BONZY ait aussi contribué à ce projet. L'idée de Monsieur Alain CARIGNON s'inscrivait dans le cadre « d'une politique folle » de communication de la ville de GRENOBLE. Il s'agissait pour Monsieur Alain CARIGNON de créer une ambiance favorable pour sa réélection aux municipales de 1989. L'idée était d'agir au second degré et de donner la parole à des personnes qui lui étaient proches. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE n'a été que son exécutant. Madame Véronique BOUFFARD, directeur de la communication à GRENOBLE a été l'interface. Pour ma part, j'ai mis cela sur le compte du stress de l'homme politique qui souhaite à tout prix être réélu et je trouvais que ce projet n'avait aucune utilité.

Monsieur Alain CARIGNON a trouvé les bailleurs de fonds tant au capital que pour le soutien financier après. Le soutien financier de SEREPI et SERECOM rentre dans cette logique là.

J'ai assisté à deux réunions préparatoires, je crois, auxquelles assistaient Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Denis BONZY, Madame Véronique BOUFFARD et Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Monsieur Xavier PENEAU devait être présent lui aussi.

Je pense que le vrai initiateur de tout cela était Monsieur Denis BONZY. Je pense que le système a dû être mis en place assez tôt.

Compte tenu de ce que j'ai vu dans le cadre de mes fonctions, je ne peux pas avoir d'estime pour Monsieur Alain CARIGNON. Je pense que l'ambition politique nationale a été son moteur à n'importe quel prix. Il était très préoccupé de son image et il y était poussé par son entourage. Quant à Monsieur Jean-Louis DUTARET c'était l'argent qui l'animait.

Je crois avoir tout dit. J'éprouvais le besoin de soulager ma conscience. Je sais que je prends peut être des risques en l'ayant fait aussi brutalement et directement ».

Madame Véronique BOUFFARD, Directeur de la Communication à la Mairie de GRENOBLE, déclarait :

(D 472) « Courant 1988, je me souviens d'une réunion au Conseil Général de l'ISÈRE regroupant autour du maire son équipe politique et entre autres Monsieur Denis BONZY, Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD, Monsieur Patrick THULL, Monsieur Xavier PENEAU, Monsieur Richard CAZENAVE et moi-même. Les municipales approchaient, il convenait de définir une stratégie et c'est dans ce cadre que cette idée de journal lancée par Monsieur Denis BONZY a séduit Monsieur Alain CARIGNON. Il fallait lancer un journal d'ambiance favorable à sa réélection et Monsieur Frédéric MOUGEOLLE semblait la personne la plus capable pour mener à bien ces parutions. »

(D 476) « Je confirme mes déclarations faites devant les enquêteurs le 03 Novembre. Je reconnais effectivement avoir participé à une réunion qui s'est tenue au Conseil Général de l'ISÈRE dans le courant de l'année 1988. Mais je ne peux pas préciser exactement la date. Assistaient à cette réunion Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Denis BONZY, Monsieur Patrick THULL, Monsieur Xavier PENEAU, Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD, Monsieur Richard CAZENAVE et moi-même. C'est au cours de cette réunion qu'a été décidé le principe du lancement d'un journal destiné à créer une ambiance favorable en vue de la réélection de Monsieur Alain CARIGNON pour les municipales de 1989. Je crois que cette idée a été lancée par Monsieur Denis BONZY, Monsieur Alain CARIGNON y a adhéré. L'objet de ces journaux était de confirmer l'image moderne de Monsieur Alain CARIGNON et de la ville de GRENOBLE. En effet, GRENOBLE est par tradition politique une ville plutôt à gauche et l'électorat des jeunes ou des cadres n'était pas acquis à Monsieur Alain CARIGNON. Le but du journal était donc de s'adresser en priorité à cette catégorie d'électeurs. Pour ma part j'étais en désaccord avec ce projet. Je pensais que Monsieur Alain CARIGNON n'avait pas besoin de cela pour être réélu. Par ailleurs je pensais que c'était une idée risquée et que le moindre grain de sable ferait déraper ce projet.

Le principe DAUPHINE NEWS a donc été décidé par le maire et son équipe politique. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE a par la suite été l'instrument de la réalisation de ce projet mais il n'a pas participé à la réunion initiale. Je me souviens cependant avoir assisté à une ou plusieurs réunions où Monsieur Frédéric MOUGEOLLE est venu exposer la réalisation du projet à cette équipe politique. Il a notamment présenté des maquettes. Je ne sais pas qui avait précédemment exposé à Monsieur Frédéric MOUGEOLLE le principe et les grandes orientations de ces journaux. Je ne sais pas comment ont été récoltés les fonds nécessaires à la constitution de ces publications. De même je ne me suis pas occupée du renflouement des sociétés DAUPHINE NEWS et NEWS GRATUIT. Je pense que pour le renflouement Monsieur Jean-Louis DUTARET a apporté sa contribution.

Je reconnais effectivement avoir été destinataire de notes manuscrites rédigées par Monsieur Alain CARIGNON concernant la rédaction des publications. Il s'agissait effectivement de donner ses directives pour les journaux mais c'était une manie pour Monsieur Alain CARIGNON d'intervenir sur tous les sujets. Je reconnais cependant que le projet ne serait pas né si Monsieur Alain CARIGNON n'en avait pas été l'initiateur. Très vite au début de l'année 89 l'opposition a compris qu'il existait un lien de subordination entre Monsieur Frédéric MOUGEOLLE et le maire. Il y a eu à ce sujet une polémique.

Je tiens à préciser que Monsieur Frédéric MOUGEOLLE avait une immense affection et admiration pour Monsieur Alain CARIGNON et qu'il lui était entièrement dévoué. Il pouvait accéder au bureau du maire sans difficulté. Je pense qu'il a été content de démarrer ce projet car il commençait à s'ennuyer à GRENOBLE MENSUEL ».

Monsieur Lucien SALLIERE, Directeur de publicité déclarait :

(D 595) « En Avril-Mai 1988 Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a sollicité pour participer à la création d'un mensuel économique DAUPHINE NEWS. J'ai connu Monsieur Frédéric MOUGEOLLE en 1983-1984. Il était rédacteur en chef de GRENOBLE MENSUEL. Lorsqu'il m'a contacté, j'ai parfaitement compris que c'était Monsieur Alain CARIGNON qui était derrière ce projet toujours dans la même optique : à GRENOBLE, il n'y a qu'un seul quotidien local, le DAUPHINE LIBÉRÉ dont la ligne est fluctuante. Il s'agissait donc de créer un outil de presse afin de permettre à Monsieur Alain CARIGNON de s'exprimer. Il est clair que cet outil de presse allait servir à la campagne de 1989. Nous avons discuté de tout cela avec Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Il a reconnu que Monsieur Alain CARIGNON était derrière ce projet, cependant il m'a dit que ce ne serait pas seulement un outil électoral mais que ce serait également la création d'un groupe de presse.

Il m'a chargé de faire une étude sur la viabilité d'un tel projet. J'ai fait une analyse au terme de laquelle j'ai conclu que le marché publicitaire ne pourrait pas couvrir les charges. Par ailleurs je lui ai dit que en dessous de 5 millions de francs de roulement un tel projet ne pourrait pas se poursuivre. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a assuré qu'il y aurait de l'argent mais je n'ai pas accepté de le rejoindre tant que je n'avais pas de garanties sur les actionnaires et le capital. Pour moi il était évident que ce projet n'était pas viable. Je l'ai dit à Monsieur Frédéric MOUGEOLLE.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a présenté Monsieur Jean-Louis DUTARET en septembre 1988, je crois. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE me l'a présenté comme « l'homme clé de Monsieur Alain CARIGNON » et comme un avocat. Monsieur Jean-Louis DUTARET m'est apparu comme le grand patron. Selon moi, c'est lui qui donnait toutes les directives de DAUPHINE NEWS. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE n'a été que « l'expression journalistique ». Monsieur Jean-Louis DUTARET a essayé de me persuader de rejoindre l'équipe. Il m'a assuré que les fonds nécessaires au lancement du journal seraient débloqués. Je n'ai pas accepté car je n'avais pas d'assurance sur les actionnaires ».

2) Le financement : Les financeurs de DAUPHINE NEWS donnaient une version différente de celle de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Monsieur Serge KAMPF, PDG de la Société CAP GEMINI SOGETI déclarait dans sa déposition du 22 Avril 1994 :

(D 121) « J'ai rencontré Monsieur Alain CARIGNON le maire de GRENOBLE le 27 Février 1988. Cet entretien s'est déroulé à sa demande à la Mairie. C'est lui qui avait demandé à me rencontrer. Au cours de notre conversation qui a dû durer deux heures/deux heures trente, Monsieur Alain CARIGNON s'est d'abord inquiété d'un éventuel transfert du siège de notre société à PARIS. Depuis 1985 notre société était cotée à la Bourse de PARIS. Monsieur Alain CARIGNON semblait préoccupé par ce transfert éventuel. J'ai dû lui concéder le maintien du siège à GRENOBLE. Puis Monsieur Alain CARIGNON a dû me proposer un engagement plus public. Il a dû évoquer la possibilité de figurer sur la liste pour des élections municipales de 1989. Ensuite Monsieur Alain CARIGNON m'a dit qu'il avait l'intention de créer un magazine destiné à promouvoir la ville de GRENOBLE et la région et son action. Il m'a dit que la presse locale n'avait pas fait beaucoup de promotion pour la ville et qu'il avait besoin de faire la propagande de l'action qu'il avait menée pour GRENOBLE depuis son accession à la Mairie depuis 1983. Il m'a demandé si j'accepterais de faire passer de la publicité dans ce magazine. Je lui ai clairement dit que la politique ne m'intéressait pas et qu'en outre notre société depuis toujours n'avait jamais effectué de sponsoring, ni de publicité. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas lui donner de mon temps, ni un engagement public. En revanche je lui ai dit que je pourrais le soutenir à titre personnel car je disposais d'une surface financière. Quand nous nous sommes séparés, il est clair que le Maire de GRENOBLE avait reçu le message.

Quelques temps plus tard, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE a téléphoné à ma secrétaire pour prendre rendez-vous avec moi de la part de Monsieur Alain CARIGNON. J'ai reçu Monsieur Alain MOUGEOLLE le 21 Mars 1988. Il m'a expliqué son projet qui consistait à lancer un magazine sur GRENOBLE et sur la promotion de l'équipe municipale. Il m'a proposé de devenir actionnaire de DAUPHINE NEWS ou que la Société CAP GEMINI SOGETI prenne une participation au capital de sa société. J'ai refusé ces solutions et je lui ait dit que j'étais prêt à titre personnel à faire un prêt à ces sociétés. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE a alors attiré mon attention sur le fait que ce prêt ne serait peut être pas remboursé, notamment si l'équipe municipale en place perdait les élections de 1989. Je lui ai indiqué que j'étais d'accord pour l'aider personnellement à concurrence de un million de francs. Je tiens à préciser que j'ai connu dans le passé des difficultés personnelles et professionnelles qui m'ont conduit à une certaine générosité. C'est dans cet état d'esprit que j'ai accepté cette aide financière personnelle de un million de francs. Il est clair pour moi que ce prêt sans garantie de remboursement visait directement à rendre service à Monsieur Alain CARIGNON. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE n'étant pour moi que son envoyé. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a d'ailleurs clairement dit qu'il venait de la part de Monsieur Alain CARIGNON, c'est ainsi qu'il a pu d'ailleurs obtenir un rendez-vous avec moi.

Le 07 Septembre 1988, j'ai reçu un appel de Monsieur D'HEROUVILLE qui appelait de la part de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. J'ai dû rappeler Monsieur D'HEROUVILLE le 09 Septembre 1988. Il m'a dit qu'il attendait mon chèque. J'ai alors signé un chèque de un million de francs le 11 Septembre 1988 sur la Banque LAZARE libellé à l'ordre de HOLDING DAUPHINE NEWS SA. J'ai également signé une reconnaissance de dette datée du 11 Septembre. J'ai également signé une remise de dette abandonnant ma créance de un million de francs, cette remise de dette n'était pas datée et la société HOLDING DAUPHINE NEWS représentée par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE son président pouvait l'exciper en cas de mauvaise fortune.

Pour moi, toute cette opération procède d'une chaîne continue. La visite de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE du 21 Mars fait suite au rendez-vous que j'avais eu avec Monsieur Alain CARIGNON à sa demande le 27 Février 1988. L'appel de Monsieur D'HEROUVILLE en Septembre se réfère à l'entretien que j'avais eu avec Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, le chèque de un million de francs tiré sur mon compte personnel est un acte de soutien pour l'équipe municipale en place à l'époque et qui allait solliciter sa reconduction en Mars 1989. Je tiens également à préciser que Monsieur DE MARION, qui faisait de la publicité à DAUPHINE NEWS, a essayé d'obtenir d'un de mes collaborateurs des publications publicitaires dans des journaux publiés par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE.

Toutes les indications de dates vous ont été fournies après consultation de mes agendas ou des notes de ma secrétaire que j'ai conservées ».

Monsieur Serge KAMPF confirmait ses déclarations lors de la confrontation organisée par le juge d'instruction avec Monsieur Frédéric MOUGEOLLE (D 182).

Monsieur Marc-Michel MERLIN, PDG des Sociétés SDEI, COGESE et SOGEDO émettait cinq factures au bénéfice de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE : - Facture SDEI/NEWS GRATUIT, 14 Mars 1989 : 125.000 F HT (148.250 F TTC), - Facture SDEI/DAUPHINE NEWS, 15 Mars 1989 : 125. 000 F HT (148.250 F TTC), - Facture SDEI/DAUPHINE NEWS, 15 Avril 1989 : 168.634 F HT (200.000 F TTC), - Facture SDEI/DAUPHINE NEWS, 15 Mai 1989 : 210.000 F HT (249.060 F TTC), - Facture CABINET MERLIN/NEWS GRATUIT, 10 Avril 1989 : 84.317 F HT (100.000 F TTC).

Marc-Michel MERLIN déclarait lors de son audition du 18 Mai 1994 :

(D 144) « Comme je vous l'ai précisé, j'avais des attaches professionnelles avec Monsieur Alain CARIGNON. En début d'année 1989, si ma mémoire est fidèle, j'ai reçu un appel téléphonique de sa part où il m'a exposé qu'il serait souhaitable que je fasse un geste, peu avant la campagne des élections municipales envers une personne qui se référencerait de lui. Il m'indiquait que prochainement je devais être contacté par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. J'ai répondu favorablement à cette requête dans la limite de mes moyens mais je ne connaissais pas encore les modalités de ma participation financière.

Ce n'est que quelques temps après, il me semble une ou deux semaines que Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a joint téléphoniquement à la SDEI où nous avons convenu d'un rendez-vous. A l'occasion de cette rencontre, il m'a demandé une contribution financière pour la publication de journaux qu'il avait le soin d'éditer. Je n'ai pas cherché à en savoir plus sur le contenu de ces périodiques et je lui ai indiqué que j'étais en mesure de lui débloquer 800.000 F environ. Comme je n'avais pas d'argent personnel à mettre dans cette opération, nous avons convenu que mes sociétés, le CABINET MERLIN et la SDEI seraient facturés d'un montant équivalent en parution publicitaire.

C'est Monsieur Frédéric MOUGEOLLE en personne qui a trouvé ce subterfuge car il était bien évident pour nous deux que le coût de la prestation aurait été sans comme mesure avec la facturation.

Le jour même ou peut être quelques temps après, je lui ai adressé nos plaquettes publicitaires de la SDEI pour qu'elles soient reproduites et pour qu'elles paraissent sur GRENOBLE.

Il est évident que le CABINET MERLIN et la SDEI n'avaient aucun intérêt particulier dans ce type de campagne publicitaire eu égard à notre secteur d'activité. D'ailleurs c'est la première fois qu'un tel budget de publicité était alloué. Vous ne retrouverez jamais dans la comptabilité de ces deux affaires des dépenses de ce type pour de tels montants. En effet il nous arrive simplement en communication extérieure, de paraître dans quelques journaux de ville, à la demande d'élus pour contribuer à l'édition de leur journal. Les sommes sont dérisoires en rapport de celles annoncées plus avant ».

C - Le contenu journalistique de DAUPHINE NEWS : Des informateurs anonymes transmettaient au juge d'instruction, par courriers des 24 Mai, 17 Juin et 20 Juillet 1994 des documents établissant les liens entre la municipalité de GRENOBLE et l'équipe DAUPHINE NEWS (D 151, 154, 188) ;

Parmi ces documents figurait la copie de deux notes manuscrites en date du 19 Octobre 1988 et 31 Décembre 1988 de Monsieur Alain CARIGNON à Monsieur Frédéric MOUGEOLLE (dont copie à Madame Véronique BOUFFARD, directrice de la communication à la mairie de GRENOBLE).

Ces instructions (ou suggestions) sont les suivantes :

1) Des articles sur : Le tunnel sous Bastille : « Il désengorgera GRENOBLE. Inutile de préciser la date de sa réalisation. Mais m'en donner le plan. Me donner le BAT du papier et du plan », (traité dans NEWS VENDREDI N°2, Janvier 1989), Un petit papier « la ville est neutre », avec photo de DECAUX avec « la ville de GRENOBLE vous présente ses meilleurs voeux pour 1989 ». Commentaire : « Pour la première fois les voeux aux Grenoblois ne sont pas signés du maire mais de la ville. Monsieur Alain CARIGNON a donné comme consigne générale aux services de la ville d'être neutres dans la période électorale qui va s'ouvrir. Une première mesure : son nom n'est pas apparu sur les sucettes DECAUX pour présenter ses voeux. Le maire a aussi chargé son secrétaire général de remettre un document sur les finances de la ville à tous les candidats aux municipales » (traité dans NEWS VENDREDI N° 2, Janvier 1989), Article « Le Palais de Justice va déménager » : « La justice se modernise pour mieux accueillir les justiciables. Le palais de justice de la place Saint André (à situer, photo) trop petit, peu accessible, servira à accueillir les nombreux congrès, les visiteurs étrangers, sa cour intérieure servira à des spectacles, à des reconstitutions. Les magistrats s'installeront à EUROPOLE dans une nouvelle cité judiciaire. Monsieur Alain CARIGNON a entamé les négociations avec ARPAILLANGE qu'il a rencontré en Décembre » (traité dans NEWS MARDI N° 3), Article « Le musée de peinture et l'expo » (traité dans NEWS VENDREDI N° 4), Article Mistral : « Le Club Revol a 20 ans ce jeudi 19 à 17 heures anniversaire » (traité dans NEWS VENDREDI N° 4), Article « Trophées d'Alpexpo. Peut-être avant des articles sur leurs dirigeants ou les entreprises » (traité dans NEWS MARDI N° 7, Janvier 1989).

2) Des interviews sur : « Monsieur James MARKHAM correspondant permanent du NEW YORK TIMES à Paris : les Grenoblois qui voyagent ont été étonnés de lire quatre colonnes sur GRENOBLE et Monsieur Alain CARIGNON dans le NEW YORK TIMES repris par le HERALD. Pourquoi avoir choisi GRENOBLE ? C'est rare que l'on parle de la France aux USA. Encore plus rare que l'on parle d'une ville. Bon pour papier photo dans le bi-hebdo. Un plus long dans le mensuel » (traité dans NEWS VENDREDI N° 4, Janvier 1989), « Monsieur Guy NEVACHE, P.S. : Monsieur Alain CARIGNON est au-dessus des partis » (traité dans NEWS VENDREDI N° 4 Janvier 1989), « Monsieur Maurice FINLAZ : Président de la Chambre des Métiers, l'artisanat marche fort » (traité dans NEWS VENDREDI N° 4 Janvier 1989), « Madame Marie-Claude RIVIER : Présidente des amis de l'EIG. Grenoble aura son auditorium » (traité dans NEWS VENDREDI N° 8, Janvier 1989), « Monsieur Sahiri AZIZ, Président de France Plus » (traité dans NEWS MARDI N° 9), « Monsieur Christian GAUDUEL : nouveau futur président de la C.C.I.. Les forces économiques et politiques présentent à GRENOBLE un front commun. C'est un atout dans la bataille européenne » (traité dans NEWS MARDI N° 3, Janvier 1989), « Madame Carmen BUGADA : j'ai passé 38 ans à VALISERE. Madame Carmen BUGADA a passé 38 ans à VALISERE comme ouvrière, comme déléguée syndicale. Elle aime cettre entreprise. Elle est heureuse de la négociation aboutie entre l'entreprise et la ville : VALISERE reconstruit une usine neuve à GRENOBLE, à côté de CELLATEX, Rue..., à proximité de... Les 350 ouvrières peuvent être satisfaites... « Ce qui me plaît chez Monsieur Alain CARIGNON c'est qu'il veut que GRENOBLE bénéficie de tous les types d'emplois et ne se spécialise pas dans la haute technologie. Tout le monde a la capacité d'occuper de tels emplois. Monsieur Alain CARIGNON le sait ». Très important dans la bouche de Madame Carmen BUGADA » (traité dans NEWS VENDREDI N° 2, Janvier 1989), « Monsieur TRILLAT : à GRENOBLE la démocratie est exemplaire » (traité dans NEWS MARDI N° 5), « Monsieur QUERCIA, Président des JOJOS » (traité dans NEWS VENDREDI N° 6).

3) Des thèmes sur : Les grandes entreprises qui choisissent l'ISERE : Saint-Gobain (DAUPHINE NEWS N° 2, 15 Novembre 1988), VALEO (DAUPHINE NEWS N° 3, 15 Décembre 1988), Pisorio (THOMSON SGD) construira la nouvelle usine à GRENOBLE (DAUPHINE NEWS N° 2, 15 Novembre 1988 et N° 4, 15 Janvier 1989).

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE rappelait tout au long de l'information qu'il était le seul concepteur de DAUPHINE NEWS, qu'il n'était pas l'instrument de Monsieur Alain CARIGNON, qu'il était le seul responsable rédactionnel du groupe et avait été offusqué des suggestions de Monsieur Alain CARIGNON (BAT Bon à Tirer).

Monsieur Alain CARIGNON rejetait toute implication dans la conception de DAUPHINE NEWS. Il n'en était pas l'initiateur. Il n'était pas intervenu auprès de Monsieur Serge KAMPF et de Monsieur Marc-Michel MERLIN pour le financement de l'opération. Il reconnaissait être l'auteur de la note mais affirmait qu'il s'agissait de suggestions et non d'instructions.

Il faisait remarquer que 10 sur 18 entretiens suggérés avaient été réalisés et que s'il avait été le patron du groupe, les 18 auraient été réalisés.

Monsieur Alain CARIGNON déclarait qu'il avait parlé à Monsieur Serge KAMPF de la constitution de DAUPHINE NEWS par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. De même il maintenait qu'il n'était ni le concepteur, ni le dirigeant de fait de ce groupe.

D - La reprise de DAUPHINE NEWS : Monsieur Frédéric MOUGEOLLE expliquait que c'était grâce à Monsieur Jean-Louis DUTARET, son avocat, qu'il rencontrait Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, directeur commercial de la LYONNAISE des EAUX et Directeur de l'EAU en Août 1989.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY (Directeur commercial à la LYONNAISE DES EAUX) marquait son intérêt pour cette opération de communication et pour l'outil que pouvait présenter un groupe de presse pour la LYONNAISE DES EAUX en direction des collectivités locales. Il expliquait au cours de l'information que la LYONNAISE DES EAUX avait tout intérêt à se diversifier dans ce secteur de la communication locale.

Il déclarait :

(D 120) « Lors de ce premier entretien, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a expliqué qu'il y avait effectivement un énorme effort à entreprendre en matière de communication pour les villes. Il m'a précisé son concept qui reposait sur des idées de magazines, des tranches de vie et de la couleur afin de rendre cette communication plus vivante et moins austère. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a semblé être un créatif et un professionnel. Il m'a confirmé ce que Monsieur Jean-Louis DUTARET m'avait déjà indiqué précédemment à savoir qu'il était acculé à la faillite et qu'il recherchait un repreneur.

Par la suite j'ai revu régulièrement Monsieur Frédéric MOUGEOLLE qui m'a précisé son projet, m'a présenté ses publications, m'a fait parvenir un document sur le concept MCM qu'il envisageait de réaliser. Il doit effectivement s'agir du document que vous me présentez côte 28. C'est également au cours de ces entretiens que Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a précisé ses difficultés financières résultant de sa précédente expérience professionnelle. En Novembre 1989, j'ai su que l'impasse financière était de l'ordre de 5 millions de francs.

J'ai décidé de réaliser ce projet de communication avec Monsieur Frédéric MOUGEOLLE qui était également en contact avec d'autres repreneurs. Je craignais la concurrence et je me suis essentiellement attaché au côté personnel de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, à sa dimension créative qui m'a semblé plus importante que l'aspect purement gestionnaire.

J'endosse la paternité de cette opération. Cependant, j'ai parlé de la reprise de ces sociétés à Monsieur CABARET qui était mon supérieure hiérarchique directeur général de l'eau. J'ai également évoqué ce projet avec la direction économique et juridique. En revanche je n'en ai pas parlé au Président de la LYONNAISE DES EAUX Monsieur Jérôme MONOD, ni au vice-président Monsieur DE PANAFFIEU.

Mon projet était de constituer la société SERECOM, holding de communication qui aurait regroupé les sociétés MCM et SRC (société spécialisée dans le câblage).

Il était important pour moi d'éponger la passif de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE afin de remettre les compteurs à zéro pour que la concurrence n'exploite pas ces dettes. Par ailleurs la reprise de ce passif était une exigence de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE qui souhaitait balayer le passé pour venir travailler avec son équipe.

J'ai donc considéré que le rachat de cette équipe d'hommes justifiait un investissement de 5 millions de francs. Par ailleurs le business plan qui avait été élaboré prévoyait un chiffre d'affaires de 9 millions de francs pour 1992 et de 13 millions de francs pour 1993 dont 3 millions de résultat. Ce business plan avait été élaboré par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Ce business plan a été revu par la direction de communication de mon groupe. Par ailleurs la SEREPI a examiné la comptabilité des sociétés de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE pour préciser le montant des impayés ».

Parallèlement à cette reprise de DAUPHINE NEWS, la LYONNAISE DES EAUX prenait 5 % du capital d'une société MCM créée par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE ayant comme objet de lancer et d'aider à la création de journaux édités par une collectivité locale.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE sera alors rémunéré par la Société SEREPI à hauteur de 730.000 F (rémunération et remboursement de frais) refacturés postérieurement à SERECO

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE sur ce point reconnaissait lors de l'information que cette rémunération était un avantage et n'avait pas donné lieu de sa part à un travail effectif.

Monsieur Alain CARIGNON affirmait avoir été informé des difficultés financières du groupe DAUPHINE NEWS, mais n'être intervenu à aucun moment.

Monsieur Louis BERA, PDG des sociétés SEREPI et SERECOM, affirmait quant à lui n'avoir été qu'un exécutant des décisions de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY.

Il convient de rappeler les déclarations de Monsieur Patrick THULL :

(D 600) « Je ne pense pas que Monsieur Jean-Louis DUTARET se soit occupé du lancement de ces publications, mais il est évident qu'à la demande de Monsieur Alain CARIGNON, il s'est occupé du renflouement. Monsieur Alain CARIGNON avait l'habitude de le solliciter pour les dossiers délicats. Je me souviens que Monsieur Jean-Louis DUTARET m'a dit que c'était la holding de tête de la LYONNAISE qui avait renfloué DAUPHINE NEWS et que c'était une erreur car cela ne rentrait pas dans ses attributions. Selon lui il aurait fallu s'adresser à la LYONNAISE DE COMMUNICATION, filiale de la LYONNAISE DES EAUX qui avait pour objet de prendre des participations dans les entreprises de communication. Je me souviens également que Monsieur Jean-Louis DUTARET m'a dit que le soutien financier de BOUYGUES était couvert par la loi d'amnistie de 1990 et qu'il n'y aurait pas de problème sur ce point. Il a dû me dire tout cela lorsque je l'ai rencontré au début de l'année 1994 à sa demande. Il se doutait que je serais entendu et il m'a dit ce que je devais expliquer. Sa préoccupation majeure était que l'on évite de parler des négociations de 1987 ».

(D 609) « Comme je vous l'ai déclaré, je n'ai appris la reprise du groupe DAUPHINE NEWS qu'après mon départ de GRENOBLE et par la bouche de Monsieur Jean-Louis DUTARET courant 1990, sans trop de précision. Bien après, au début de l'année 1994 il m'avait confié que ce renflouement connaissait quelques ratées car le montage était imparfait en faisant intervenir une société d'eau au lieu d'une société de communication du groupe LYONNAISE DES EAUX. Je n'en sais rien de plus ».

Monsieur Alain NIEVOLLET, Dirigeant de la Société d'Imprimerie IN, déclarait :

(D 168) « Il est vrai qu'il s'agit d'une fausse facture mais je n'ai pas agi de ma propre initiative, c'est sur les instructions de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE que j'ai donné les ordres à mon service comptable de changer de type de prestation et de société facturée.

Effectivement, j'ai été patient dans l'obtention du règlement des prestations effectuées puisqu'en milieu d'année 1989 DAUPHINE NEWS restait nous devoir environ 1,4 million de francs alors que lesdits journaux venaient d'arrêter leur parution. Si j'avais eu à faire à un client comme les autres, j'aurais mis en oeuvre les procédures commerciales qui aident aux recouvrement des créances. Je ne l'ai pas fait car je savais que la mairie de GRENOBLE était derrière le journal. Ma société avait besoin de cet argent, aussi à plusieurs reprises, je me suis simplement contenté de relances verbales et téléphoniques. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'a toujours rétorqué que j'allais être payé sous peu et que Monsieur Alain CARIGNON s'employait à trouver les fonds nécessaires. Le dû nous a été réglé en fin d'année 1989 - début d'année 1990, tout d'un seul coup. C'est par la presse et bien plus tard que j'ai entendu dire que la LYONNAISE DES EAUX avait renfloué le groupe DAUPHINE NEWS.

Les termes employés par Monsieur Frédéric MOUGEOLLE concernant Monsieur Alain CARIGNON étaient du genre : « Monsieur Alain CARIGNON s'y emploie » : « il attend une rentrée d'argent » ; « la solution est trouvée il faut attendre la rentrée d'argent » ; ces propos m'ont été tenus dès l'été, ou même avant à la fin du printemps 1989.

(D 171) « Il est exact que j'ai été patient dans le recouvrement de ma créance. Je me doutais bien que la mairie de GRENOBLE était derrière la parution de ces journaux. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE m'avait clairement fait comprendre que Monsieur Alain CARIGNON était en train de trouver une solution pour la prise en charge des factures de ma société. J'attendais car je ne pouvais pas faire autrement. J'ai souvent relancé Monsieur Frédéric MOUGEOLLE. Monsieur Frédéric MOUGEOLLE me faisait patienter. J'ai commencé à avoir des difficultés de paiement très rapidement ».

Le 06 Septembre 1994, le magistrat instructeur communiquait le dossier à le Procureur de la République de LYON au vu de nouveaux éléments. Il avait reçu une lettre anonyme émise par les citoyens grenoblois datée de PARIS le 21 Février 1994 qui précisait (D 101) :

« En 1983 Monsieur Alain CARIGNON a gardé Monsieur Guy NEVACHE Directeur du SIEPARG (EAUX) à 60.000 F par mois avec engagement de se rallier politiquement à lui ce qui a été fait. Monsieur Alain CARIGNON a monté une Société WHIP 286 boulevard Saint Germain PARIS 75007 avec Monsieur Jean-Louis DUTARET son ami, aujourd'hui président de la SOFIRAD. Cette société a acheté l'appartement qui fait aussi bureau, avec quel argent (vérification concierge) ou 3615 Greffe INFO. Monsieur Alain CARIGNON a acheté un appartement à l'ALPES D'HUEZ avec quel argent ? Voir les liens RIVIER, CUPILLARD, Monsieur Alain CARIGNON. Le train de vie de sa famille, voyage, etc… avec manipulations de liquide, origine ? Monsieur Guy NEVACHE s'est fait arrêter à la frontière suisse avec 600.000 F en liquide il y a deux ans, affaire étouffée. Monsieur le juge nous espérons sur votre fermeté pour arrêter tous ces voyous. Avec l'expression de notre profond respect ».

Le 09 Septembre 1994, le Procureur de la République de LYON adressait au juge d'instruction des réquisitions supplétives du chef d'abus de biens sociaux contre Monsieur Marc-Michel MERLIN et de recel d'abus de biens sociaux contre tous les autres (D 230).

Les renseignements recueillis au Registre du Commerce de PARIS permettaient d'établir, dans un rapport remis le 05 Septembre 1994, l'existence d'une société anonyme WHIP SA immatriculée le 23 Juin 1988 au capital de 250.000 F domiciliée initialement 44, Quai de Jemmapes à PARIS.

2 - L'APPARTEMENT DU 286 BOULEVARD SAINT GERMAIN, PROPRIETE DE LA SOCIETE IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN : La Société WHIP se révélait propriétaire d'un appartement de 280 m2 sis 286 boulevard Saint Germain à PARIS qui lui avait été revendu par la Société Immobilière du boulevard Saint Germain, filiale du GROUPE MERLIN, le 19 Décembre 1988.

Cette SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN était immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de LYON le 11 Février 1986 (radiée le 18 Février 1992) et présidée par Madame Colette CHARRIN, tante de Monsieur Marc-Michel MERLIN. Il s'agissait d'une Société Anonyme au capital de 6 millions de francs réparti entre les membres de la famille Z... et la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN.

L'unique activité de cette société a été l'acquisition le 14 Janvier 1986 d'un appartement de 7 pièces pour un montant de 5 millions de francs, majoré du coût de l'aménagement (706.108 F) et du mobilier (356.002 F). Le loyer était de 34.800 F par mois.

L'expertise financière réalisée par Monsieur Michel BRUYAS (expert commis par le juge d'instruction) révélait qu'aucun loyer n'avait été payé. Au bilan clos au 31 Décembre 1987, une somme de 626.400 F correspondant au montant des impayés était portée au débit d'un compte courant MODERNITE REGIONALE. Dans le bilan du 31 Décembre 1988 figurait une écriture de 417.600 F correspondant aux loyers à recevoir.

L'expert concluait ainsi son rapport déposé le 15 Décembre 1994 : « aucune échéance de loyer n'avait été payé en 1986 et 1987, la SA IMMOBILIERE SAINT GERMAIN avait consenti un abandon de créances de 326.400 F sur le total de 626.400 F des loyers des deux années 86 et 87, qui étaient impayés en 1988, aucun loyer n'avait été mis à la charge du locataire au titre de la période du 1er Janvier au 19 Décembre 1988 ce qui constitue un avantage gratuit, non conforme à l'objet social de la SA IMMOBILIERE SAINT GERMAIN, que nous évaluons à 400.200 F, Nous avons pu constater que le solde de la créance de loyers restant à la charge de Monsieur Jean-Louis DUTARET (300.000 F) avait été effectivement réglé à hauteur de 200.000 F en 1990 et de 100.000 F en 1991.

Nous avons relevé l'existence d'un paiement de 100.000 F d'honoraires à la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN comptabilisé sous le libellé « honoraires de vente » en 1988. La seule vente de l'exercice correspondant à la cession de l'appartement, nous considérons que ces honoraires de vente constituent un prélèvement anormal de l'actif social de sa SA IMMOBILIERE SAINT GERMAIN au bénéfice de la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN ».

726.800 F constituaient des prélèvements abusifs effectués au détriment de la SA IMMOBILIERE SAINT GERMAIN.

Les auditions de plusieurs témoins par les fonctionnaires du SRPJ et par le juge d'instruction permettaient d'établir que l'appartement du 286 boulevard Saint Germain était essentiellement utilisé par Monsieur Alain CARIGNON et n'avait jamais été utilisé par le GROUPE MERLIN.

Monsieur Thierry MARCHALL collaborateur direct de Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait :

(D 439) « Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a donné mission de réaliser la transaction s'agissant de l'appartement qui lui avait été désigné par Monsieur Alain CARIGNON à l'adresse du 286 boulevard Saint Germain à PARIS 7°. Il s'agissait pour moi de régler les modalités juridiques et financières, puis de mettre le bien à la disposition personnelle de Monsieur Alain CARIGNON selon le voeu de celui-ci. Je ne sais pas pourquoi son dévolu avait été jeté sur cet appartement, j'ai toujours entendu dire qu'il le voulait à tout prix et j'ai su que d'autres personnalités politiques y avaient été domiciliées et notamment le marie de BORDEAUX. Je vous indique immédiatement que je ne me suis jamais rendu sur place et que je n'ai donc jamais visité cet appartement ce qui est en effet curieux alors que je procédais à son achat, mais j'ai su qu'il était situé à deux pas de l'Assemblée Nationale.

Monsieur Marc-Michel MERLIN m'avait laissé carte blanche pour négocier avec les anciens propriétaires, les époux JANNEST et je me souviens que le prix spécifié par Monsieur Alain CARIGNON à Monsieur Marc-Michel MERLIN était de l'ordre de 5.000.000 F. C'est effectivement sur cette base là que j'ai traité avec les intéressés puisque le coût total d'acquisition pour le groupe s'est monté à 6.000.000 F environ avec les frais.

Bien entendu, comme vous l'avez compris, nous n'avons jamais été commanditaires de ces travaux. C'est au travers des factures que j'avais à connaître les entreprises qui y travaillaient ou qui fournissaient du mobilier. J'ai entretenu occasionnellement quelques contacts téléphoniques avec une décoratrice parisienne qui semblait orchestrer la décoration de l'appartement, car je n'étais pas d'accord sur certaines factures.

Par contre, je dois vous préciser que quelques travaux, notamment l'installation électrique, ont été directement effectués par nos services techniques me semble t-il la direction de Monsieur Maurice BORNE, directeur technique du CETEREC. Celui-ci pourrait vous confirmer plus en détail ces éléments de même que préciser les relations qu'il a directement entretenues avec la décoratrice dont je viens de parler. Néanmoins, il est clair que cette dernière agissait pour le compte de Madame Jacqueline BON et de Monsieur Alain CARIGNON, donneurs d'ordre, d'autant qu'en cette matière les goûts personnels ont plus d'importance que le reste.

Comme je vous l'ai déjà dit j'étais destinataire des factures de travaux et j'avais pour instructions de les payer, bien que cela ne me plaisait pas du tout. Je veux dire par là que j'ai toujours été opposé à l'achat de cet appartement puis à sa mise à disposition auprès de Monsieur Alain CARIGNON, non pas que la procédure de « cadeaux » m'embarrassait, mais que j'estimais que cette fois-ci on dépassait certaines bornes de façon outrancière. En effet, avant l'arrivée de Monsieur Alain CARIGNON, nous nous contentions soit d'offrir des voyages, soit de payer par exemple une piscine à un élu, mais cela restait du domaine du raisonnable. Sur ce point, je trouvais les prétentions de Monsieur Alain CARIGNON très excessives, en dehors de l'ordinaire et je ne m'étais pas gêné pour le dire et le redire à Monsieur Marc-Michel MERLIN. Ainsi, je profitais souvent de l'occasion des factures de travaux pour râler auprès de mon patron. Celui-ci, je dois le préciser, était semble t-il de mon avis et il s'engageait souvent auprès de moi à faire payer certaines factures directement par l'intéressé. Mais ceci est resté un voeu pieux et je pense qu'il a toujours cédé aux exigences de Monsieur Alain CARIGNON.

A l'issue des travaux Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a présenté physiquement Monsieur Jean-Louis DUTARET que j'avais eu à quelques reprises au téléphone et dont je savais qu'il était un proche de Monsieur Alain CARIGNON. C'est donc vraisemblablement en fin d'année 1986 que Monsieur Jean-Louis DUTARET ma présenté sommairement l'Association MODERNITE REGIONALE, me donnant pour instruction d'établir un bail locatif à son endroit. L'intéressé ne m'en a pas dit plus sur cette association, je comprenais néanmoins que nous entrions dans la deuxième phase des accords à savoir la mise à disposition du bien au profit de Monsieur Alain CARIGNON. L'aspect juridique était orchestré très certainement par Monsieur Jean-Louis DUTARET qui me demandait seulement d'établir un bail. J'ai donc fait rédiger ce document que j'ai transmis à Monsieur Jean-Louis DUTARET. J'indique que le bail en question ne m'a jamais été retourné signé. Pour des raisons juridiques et comptables évidentes, j'ai néanmoins considéré qu'il était en vigueur et j'ai dû émettre des factures de loyer au travers de la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN.

En ce qui concerne le bail à Monsieur Jean-Louis DUTARET, je peux par ailleurs vous indiquer que la signature qui semble correspondre à celle de Madame Colette CHARRIN n'est en fait qu'une imitation. Je suis catégorique sur ce point, car je connais bien sa signature.

En conclusion, s'agissant du bail, je prétends qu'il s'agit là d'un document purement et simplement faux qui a été certainement réalisé a posteriori ».

(D 446) « Je confirme effectivement que vers la fin de l'année 1985, je crois, Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a fait part d'un accord de principe intervenu entre Monsieur Alain CARIGNON et lui. Il m'a dit que la Maire de GRENOBLE était prêt à concéder à une société de notre groupe le marché des eaux de la Ville de GRENOBLE à la condition que nous achetions un appartement à PARIS pour Monsieur Alain CARIGNON. Pour ma part je n'ai effectué aucune recherche d'appartement. Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a dit que Monsieur Alain CARIGNON avait arrêté son choix sur un appartement situé 286 boulevard Saint Germain. Pour ma part, je n'ai jamais vu l'appartement mais j'ai su qu'il était bien situé et qu'il était juste à côté de l'Assemblée Nationale.

C'est moi qui ai négocié l'acquisition de cet appartement pour un prix de 5 millions de francs. Il y a dû y avoir à peu près un million de francs de travaux effectués courant 1986. Ces travaux on été essentiellement supportés par la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN filiale de SCM. Quelques travauxs ont pu être réglés par d'autres sociétés du groupe. Il était parfaitement clair que cet appartement était la contrepartie de la concession du marché de l'eau. Il était prévu qu'à terme Monsieur Alain CARIGNON en devienne propriétaire. Par la suite ce transfert de société s'est opéré par la Société WHIP sur laquelle je m'expliquerai ultérieurement. A ma connaissance cet appartement devait devenir la résidence parisienne de Monsieur Alain CARIGNON.

Il est exact que Madame Colette CHARRIN, présidente de la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN, était informée de la destination de ce bien. Elle savait qu'il allait bénéficier à Monsieur Alain CARIGNON. Elle était très réticente car elle n'appréciait pas ce genre de pots de vin ».

Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait :

(D 549) « Je confirme que c'est Monsieur Denis BONZY qui, à la fin de l'année 1985, m'a indiqué que Monsieur Alain CARIGNON souhaitait avoir une structure parisienne lui permettant de développer ses activités politiques à PARIS. Monsieur Denis BONZY m'a dit que Monsieur Alain CARIGNON avait arrêté son choix sur un appartement boulevard Saint Germain. Monsieur Denis BONZY était l'émissaire de Monsieur Alain CARIGNON afin que j'achète l'appartement. Il exerçait les fonctions de directeur de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON à l'époque.

Dans la foulée, j'ai rencontré Monsieur Alain CARIGNON pour qu'il me confirme sa demande. Il m'a dit qu'il souhaitait effectivement disposé d'une structure parisienne politique bien installée. Il m'a dit qu'il avait l'ambition d'être ministre de l'équipement. Il souhaitait disposer d'une antenne à PARIS avant la formation du nouveau gouvernement. Il m'a demandé d'acheter cet appartement qui était bien situé, notamment vers le siège du RPR et l'Assemblée Nationale. Il voulait que les choses se fassent rapidement car il y avait plusieurs acheteurs potentiels. Il était prévu que j'achèterais l'appartement et que Monsieur Alain CARIGNON paierait la location. Il m'a dit qu'il s'occuperait lui même de cette location.

J'ai visité une fois cet appartement tout seul le 08 Janvier 1986. Ensuite j'ai chargé Monsieur Thierry MARCHALL de s'occuper de l'achat de cet appartement qui était bien destiné à Monsieur Alain CARIGNON. Monsieur Thierry MARCHALL s'est également occupé du bail.

Par conséquent ma rencontre avec Monsieur Alain CARIGNON doit remonter à Janvier 1986. Je ne me souviens pas précisément où je l'ai rencontré. En tous cas je suis affirmatif sur ce qu'il m'a demandé c'est à dire acheter cet appartement en vue de s'y installer.

Je reconnais effectivement que le montant des travaux de rénovation a été d'un million de francs environ. Il est exact que j'ai protesté devant les factures qui arrivaient. J'en ai parlé à Monsieur Jean-François BOYER et également à Monsieur Alain CARIGNON. Monsieur Alain CARIGNON m'a dit qu'il allait voir cela et que c'était son amie qui suivait cela avec la décoratrice. Je lui ai dit que j'augmenterais le prix de location pour tenir compte des suppléments.

J'ai effectivement dit à Monsieur Alain CARIGNON que je ferais l'effort d'acheter cet appartement mais qu'en cas de privatisation du marché de l'eau de la Ville de GRENOBLE, il devrait penser à moi. Il m'a dit que si cela se présentait, il ne m'oublierait pas. A cette époque là je pensais que les loyers seraient payés. Il s'agissait effectivement d'un achat que j'acceptais pour entretenir de bonnes relations avec le maire de GRENOBLE sinon je n'aurais pas effectué un tel investissement.

En 1986, il n'était pas prévu que cette appartement soit un cadeau octroyé à Monsieur Alain CARIGNON. Cependant au fil du temps j'ai accepté de consentir cette libéralité à Monsieur Alain CARIGNON dans la perspective de bénéficier de différents marchés octroyés par la Ville de GRENOBLE et notamment la concession du marché des eaux.

Je suis d'accord pour reconnaître qu'à la fin de l'année 1987, j'ai compris que je devrais en passer par là pour obtenir le marché de l'eau de la ville de GRENOBLE. J'ai compris que ce serait les sociétés de mon groupe qui assureraient financièrement la charge de l'achat de cet appartement qui allait bénéficier à Monsieur Alain CARIGNON. C'était aussi une façon pour moi de se débarrasser en le vendant de cet appartement occupé mais dont les loyers n'étaient pas payés. Le transfert de propriété ne s'est effectué que plus tard par l'intermédiaire de WHIP et par les factures qui ont été payées par les sociétés de mon groupe ».

Monsieur Denis BONZY déclarait :

(D 598) « ...puis un jour, je me souviens avoir accompagné Monsieur Alain CARIGNON voir Monsieur Jacques CHABAN DELMAS boulevard Saint Germain dans les locaux du maire de BORDEAUX. C'est à cette occasion que nous avons appris que cet appartement allait se libérer. Nous avons envisagé de faire reprendre cet appartement dans le cadre d'une antenne de la Ville de GRENOBLE mais le projet a été abandonné car trop onéreux. Nous avons également envisagé l'hypothèse d'y installer le siège de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES VILLES D'AVENIR (AIVA), mais cette association n'a pas pu avoir le budget. C'est dans ce contexte que dans une conversation à bâtons rompus avec Monsieur Marc-Michel MERLIN j'ai dû évoquer cette recherche d'un appartement pour le compte de Monsieur Alain CARIGNON qui ne se concrétisait pas. Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a alors dit qu'il était intéressé lui aussi par un local pour ses affaires. Il a dû ensuite en parler directement en tête à tête avec Monsieur Alain CARIGNON. Je n'ai pas assisté à leur conversation. Je ne sais pas sur quels accords ils ont débouché. Monsieur Alain CARIGNON ne m'a pas dit où en était la réalisation de son projet d'appartement. Il n'avait pas à me le dire. Je ne m'y suis jamais rendu. J'ai entendu dire que le groupe MERLIN avait acheté cet appartement et qu'il l'avait mis à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON. Ces bruits ont commencé à devenir plus précis à la fin de l'année 1988. Je n'ai jamais demandé d'explications ou de précisions à Monsieur Marc-Michel MERLIN ou à Monsieur Alain CARIGNON à ce sujet ».

Jean-François BOYER, Chef de Cabinet de Monsieur Alain CARIGNON au Ministère de l'Environnement, déclarait :

(D 493) « Effectivement les statuts de cette association (MODERNITÉ RÉGIONALE), prévoyaient sa domiciliation au 286 boulevard Saint Germain de même que le président y était déclaré domicilié. Pour être complet il faut remonter quelque peu dans le temps car cette élection de domicile faisait suite à des événements ayant eu lieu en fin d'année 1985. Sur certains points la mémoire me fait défaut mais à cette période j'avais reçu pour instructions de trouver un local pouvant accueillir l'activité politique que l'on se proposait de développer.

C'est Madame Jacqueline BON qui a communiqué ses souhaits d'aménagement et de décoration à Mademoiselle Sophie MARTEL pour ce qui concerne la partie privative, puisque l'appartement était scindé en deux parties. Pour ce faire elle profitait de ses déplacements parisiens puisqu'elle y accompagnait souvent Monsieur Alain CARIGNON pour fixer ses choix à Mademoiselle Sophie MARTEL.

Dans les faits, Monsieur Alain CARIGNON a partagé ce logement avec Monsieur Jean-Louis DUTARET au gré des venues sur PARIS de Monsieur CARIGNON ».

Les développements de l'enquête établissaient que la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN avait inscrit dans ses comptes de charges locatives l'Association MODERNITE REGIONALE.

Cette association avait fait l'objet d'une demande de déclaration à la Préfecture en date du 18 Février 1986. Le Président de cette association en était Monsieur Alain CARIGNON qui se domiciliait 286 boulevard Saint Germain avec comme membres Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Jean-François BOYER. L'objet était de « contribuer à l'émergence d'authentiques structures régionales ».

Monsieur Jean-Louis DUTARET affirmait être l'initiateur de cette association, qu'il s'agissait d'une association mort-née qui n'avait eu aucune réalité.

Monsieur Alain CARIGNON précisait tout ignorer de cette association et avoir signé les statuts au milieu de son courrier fort abondant.

Des vérifications permettaient d'établir qu'un bail avait bien été établi au nom de cette association MODERNITE REGIONALE. Qu'elle était enregistrée au titre de débitrice de loyers de la Société Immobilière ; que les taxes d'habitation, les factures EDF et de téléphone avaient été envoyées à l'ordre de cette association.

Les investigations démontraient que Monsieur Alain CARIGNON était le bénéficiaire principal de cet appartement.

Mademoiselle Sophie MARTEL, décoratrice de l'appartement avait été choisie par Madame Jacqueline BON. Elle déclarait :

(D 495) « C'est un ami à moi de longue date, Monsieur Jean-François BOYER qui m'a proposé de prendre en charge la décoration et l'aménagement intérieur d'un appartement utilisé par Monsieur Alain CARIGNON situé au 286 de l'adresse précitée. Il m'avait été précisé que ce logement devait être son pied à terre parisien ; c'est d'ailleurs Madame Jacqueline BON, à l'époque sa fiancée je crois, qui m'avait apporté cette indication.

J'ai rencontré Monsieur Alain CARIGNON une ou deux fois au début des travaux et je me souviens seulement qu'il avait souhaité que la partie privative de l'appartement soit décorée de tons « chauds ». J'indique au passage que je ne me suis pas occupée de la rénovation de la partie bureau.

Néanmoins j'ai présenté des photos de repérage de meubles ainsi que des échantillons de tissus à Madame Jacqueline BON laquelle m'avait même accompagnée à plusieurs reprises dans des magasins pour y faire des achats notamment de mobiliers. Ceci dit, je précise qu'elle m'a très peu dirigée dans mon travail ».

Madame Mireya OVARES LEON, gardienne de l'immeuble, déclarait :

(D 316) « Je suis gardienne de l'immeuble du 286 boulevard Saint Germain depuis le 02 Décembre 1983.

C'est en 1986 que Monsieur Alain CARIGNON a commencé à venir dans l'appartement du 4° étage. Il venait chaque semaine. Il arrivait le mardi et repartait le jeudi matin ou le mercredi soir. Il dormait dans l'appartement dans la chambre attenante au salon. Il s'agit bien de la pièce figurant à gauche du plan que vous me présentez. A cette époque, Monsieur Jean-Louis DUTARET qui était conseiller de Monsieur Alain CARIGNON venait également. Il y avait aussi une dame de GRENOBLE qui m'avait dit qu'elle travaillait pour CARIGNON là-bas. Elle était venue à PARIS pour travailler à l'Assemblée.

Je sais que Monsieur Alain CARIGNON venait ici notamment quand il était ministre de l'environnement entre 1986 et 1988. J'avais remarqué qu'une voiture de ministère l'amenait ici et lui portait également à manger ».

Madame Claude JEANNEST DE GYVES, habitant de l'immeuble, déclarait :

(D 258) « Il est exact que mon mari et moi avons été propriétaire d'un appartement de 280 m2 comportant 7 pièces principales, une cuisine, 2 salles de bains et 2 W-C, le tout situé au 4° étage de l'immeuble du 286 boulevard Saint Germain à PARIS. ...c'est aussi à cette époque ou au plus tard à l'hiver 86/87 que Monsieur Alain CARIGNON a commencé à fréquenter les lieux. Je ne peux pas vous dire s'il venait régulièrement. Je le voyait de temps en temps, surtout le soir, lorsqu'il montait à l'appartement. Pour moi, l'appartement était un pied à terre de Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Alain CARIGNON est venu dans l'appartement jusqu'en Mars ou Avril 1993, date à laquelle il a été nommé au Ministère de la Communication. Il a alors déménagé de l'appartement pour s'installer à son ministère ».

Les investigations ordonnées par le juge d'instruction ont démontré que la SA WHIP était devenue propriétaire de l'appartement du 286 boulevard Saint Germain racheté au GROUPE MERLIN et qu'elle constituait une structure écran abritant l'activité politique de Monsieur Alain CARIGNON.

3 - LA SA WHIP : L'objet statutaire de la SA WHIP était : « représenter et agir au nom de toutes personnes physiques ou morales, civiles ou administratives tant sur le plan national qu'international aux fins de défendre les intérêts de ces personnes dans la question de tous dossiers nécessitant un traitement juridique, administratif, commercial ou institutionnel ».

Le capital se répartissait ainsi : Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER (Président du Conseil d'Administration) 15,2 % Monsieur Bernard MEINNIER (Administrateur) 14,4 % Société S.P. GRENOBLE (Monsieur Denis BONZY) (Participation revendue à la Société CIRF) 14,4 % Société GALLIENA (PARIS) 14,4 % Monsieur Jean-Louis DUTARET 13,6 % Monsieur Jean-François BOYER 13,6 % Madame Véronique BOUFFARD 14,4 % Total 100 %

(Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER est la soeur de Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Bernard MEINNIER le beau frère de Monsieur Jean-Louis DUTARET, la société GALLIENA est dirigé par Monsieur Bernard MEINNIER, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER y est salariée, Monsieur Jean-François BOYER est l'ancien chef de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON, Madame Véronique BOUFFARD l'ancien directeur de la communication de Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Denis BONZY (SMP), ancien directeur de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON).

L'acquisition de l'appartement était entièrement financé par un prêt de la SOCIÉTÉ LYONNAISE DE BANQUE (agence de LYON) d'un montant de 7,6 millions de francs d'une durée de 15 ans au taux de 9,40 % selon la ventilation suivante : Bien immeuble 6.700.000 F Bien meuble 300.000 F Droits d'enregistrement + frais 609.000 F Total 7.609.000 F

A - L'achat et l'affectation de l'appartement : Monsieur Jean-Georges CASTEX, Directeur de l'Agence Presqu'Ile de la SOCIÉTÉ LYONNAISE DE BANQUE, déclarait :

(D 409) « Jamais je n'ai rencontré le ou les dirigeants de la Société WHIP ; je n'ai obtenu des pièces nécessaires à la constitution des deux dossiers que par l'entremise de Monsieur Jacques CAZIN. Ultérieurement des échanges de documents se sont fait par courrier.

Vu mon expérience professionnelle, je n'étais pas dupe qu'il s'agissait d'un don déguisé puisque le cédant allait lui même assurer la bonne fin du prêt à travers des prestations précitées. D'ailleurs, si ma mémoire est bonne, lorsque j'ai rédigé mon dossier pour le service des engagements, j'ai fait un parallèle direct entre les ressources financières de la société WHIP et le montant des échéances du prêt. Ces masses s'équilibraient et si je n'ai pas fait l'analyse de la valeur ajoutée qu'aurait pu dégager la WHIP, c'est que dans mon esprit, les prestations n'allaient occasionner aucune charge. On en revient à l'idée que j'en avais, à savoir d'un don du GROUPE MERLIN au profit de cette identité juridique.

Au vu des enjeux, le comité des engagements s'est prononcé favorablement après que j'ai verbalement exposé les informations obtenues auprès de Monsieur Jacques CAZIN. Nous ne savions pas à l'époque que le bien en question allait être occupé par Monsieur Alain CARIGNON et je n'ai appris ce fait que dans les six mois suivants. En effet à plusieurs reprises, j'ai questionné Monsieur Jacques CAZIN sur la personnalité de Monsieur Jean-Louis DUTARET et il a fini par m'avouer qu'il était le conseiller de Monsieur Alain CARIGNON, ancien ministre. Devant des demandes réitérées, il m'a également fait savoir que l'appartement du 286 boulevard Saint Germain était quant à lui occupé par Monsieur Alain CARIGNON, sans plus de précision.

Toujours dans les mêmes conditions, et après que la SDEI ait obtenu le contrat de concession auprès de la ville de GRENOBLE, Monsieur Jacques CAZIN a fini par me dire que l'opération du boulevard Saint Germain constituait en fait la contrepartie personnelle du donneur d'ordre dans l'obtention du marché de l'eau ».

Pour sa part, Monsieur Jacques CAZIN, collaborateur de Monsieur Marc-Michel MERLIN, contestait (D 417) avoir tenu ces propos lors de la confrontation par les services de police avec Monsieur Jean-Georges CASTEX, mais finissait par reconnaître certains éléments :

(D 637) « J'ai fait part de cette observation à Monsieur Thierry MARCHALL qui était mon supérieur hiérarchique. Monsieur Thierry MARCHALL était l'interlocuteur de Monsieur Marc-Michel MERLIN à cette époque. Je n'ai pas sur les raisons de ces impayés, ni l'identité du locataire. A la fin de l'année 1988 j'ai su que la Société WHIP allait acheter l'appartement. Je me suis occupé des dossiers de prêt auprès de la SOCIÉTÉ LYONNAISE DE BANQUE. Je savais qu'il y avait un contrat entre WHIP et la SDEI qui allait permettre le remboursement des échéances. J'ai rencontré le directeur de l'agence centrale de la SOCIÉTÉ LYONNAISE DE BANQUE (SLB) sur ce dossier. Pour faciliter l'obtention du prêt j'ai dit que le GROUPE MERLIN retirerait les comptes si le dossier n'était pas accepté. Je pense cependant que la SOCIÉTÉ LYONNAISE DE BANQUE (SLB) savait que Monsieur Jean-Louis DUTARET était un proche de Monsieur Alain CARIGNON, ce qui a pu aider. Par ailleurs je crois que Monsieur Marc-Michel MERLIN avait des discussions directes avec le supérieur hiérarchique de Monsieur Jean-Georges CASTEX dont je ne me souviens plus du nom ».

Les déclarations de Monsieur Marc-Michel MERLIN sur l'objectif de ce rachat de l'appartement à la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN par la société WHIP sont claires : « l'appartement doit servir à installer l'antenne parisienne de Monsieur Alain CARIGNON et d'après Monsieur Jean-Louis DUTARET les factures WHIP payées par le GROUPE MERLIN sont un montage pour financer l'appartement ».

Ainsi à compter de 1988 l'appartement est essentiellement occupé par Monsieur Alain CARIGNON et son personnel dévoué à ses activités politiques parisiennes.

Les membres de l'équipe parisienne de Monsieur Alain CARIGNON étaient entendus et affirmaient qu'ils consacraient la plupart de leur temps à prendre en charge l'activité politique de Monsieur Alain CARIGNON.

Madame Florence STUMM, attachée de presse de Monsieur Alain CARIGNON, déclarait :

(D 536) « Je reconnais avoir travaillé de 1988 à 1993 boulevard Saint Germain exclusivement pour le compte de Monsieur Alain CARIGNON. Je me suis occupée des relations avec la presse. J'étais chargée de prendre des rendez-vous avec des journalistes de la presse nationale qui souhaitaient rencontrer Monsieur Alain CARIGNON. J'ai effectué un travail relationnel avec ces journalistes. Un certain nombre de ces journalistes sont venus boulevard Saint Germain pour s'entretenir avec Monsieur Alain CARIGNON ».

Monsieur Marik CHARLOT, chauffeur, déclarait :

(D 528) « J'ai donc pris mes fonctions dans WHIP au tout début de sa création en 1988 après m'être mis en disponibilité du Ministère de l'Environnement. J'ai bien entendu immédiatement constaté que je retrouvais au sein de cette société deux personnes du Ministère de l'Environnement attachées au service de Monsieur Alain CARIGNON, à savoir Madame Florence STUMM, ex-attachée de presse du Ministre de l'Environnement et Madame Pierrette AUVRAY, secrétaire de Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Sans qu'on ne me l'ait dit à la date de mon embauche, j'ai très vite compris que la société WHIP formait une cellule de travail attachée à Monsieur Alain CARIGNON. Je dois dire que je ne connaissait pas personnellement Monsieur Alain CARIGNON avant et que c'est après la création de WHIP que j'ai été amené à faire sa connaissance.

La partie privative était à usage d'appartement privé pour Monsieur Alain CARIGNON qui passait en moyenne une ou deux soirées par semaine à PARIS. Je suis formel, Monsieur Alain CARIGNON logeait dans cet appartement. Quant à son épouse, elle y a séjourné à quelques reprises, mais je n'avais pas à m'occuper d'elle ».

Monsieur Hugues AMOURETTE, chargé de mission, précisait :

(D 478) « Je rencontrais un certain nombre d'élus. Je prenais un certain nombre de rendez-vous pour Monsieur Alain CARIGNON sous le couvert de Monsieur Jean-Louis DUTARET qui s'occupait de l'emploi du temps parisien de Monsieur Alain CARIGNON. Environ 80 % de ses rendez-vous concernaient des journalistes. Toutes les grandes plumes politiques toutes presses confondues sont venues boulevard Saint Germain pour rencontrer Monsieur Alain CARIGNON. A compter de sa réintégration au RPR (courant 1991), il a également rencontré beaucoup d'intellectuels et d'hommes de culture.

Monsieur Alain CARIGNON venait chaque semaine à PARIS. Il arrivait la plupart du temps le mardi soir et repartait en principe le jeudi matin. Il logeait boulevard Saint Germain dans l'aile droite de l'appartement. Il travaillait également dans son bureau au 286 boulevard Saint Germain. Travaillaient dans cette équipe parisienne de Monsieur Alain CARIGNON : Madame Florence STUMM attachée de presse, Monsieur Marik CHARLOT qui était chauffeur de Monsieur Alain CARIGNON lorsque celui-ci était à PARIS et de Monsieur Jean-Louis DUTARET le reste du temps. Madame Pierrette AUVRAY qui effectuait des tâches de secrétariat. Pour ma part j'était présent boulevard Saint Germain comme le reste de l'équipe à l'exception de Monsieur Marik CHARLOT qui se déplaçait beaucoup en voiture.

En août 1992 je suis revenu boulevard Saint Germain pour reprendre mes fonctions de chargé de mission auprès de Monsieur Alain CARIGNON. A compter de cette date là je n'ai plus été rémunéré par le CABINET MERLIN mais je suis devenu salarié du Conseil Général de l'ISERE. Je percevais environ 15.000 F nets par mois.

… le 286 boulevard Saint Germain était le siège de l'antenne parisienne de Monsieur Alain CARIGNON. J'ignore tout des activités de WHIP. Je ne savais pas quels étaient ses clients. Dans les documents facturés par WHIP que la police judiciaire m'a montrés, je n'ai retrouvé aucune synthèse que j'avais personnellement rédigée. De plus le travail que j'effectuais était destiné à Monsieur Alain CARIGNON et pas à Monsieur Jean-Louis DUTARET ».

Monsieur Jean-François BOYER précisait :

(D 494) « Cela semblait correspondre à un vrai projet qui avait l'air de lui tenir à cœur. Dans la réalité j'ai rapidement obtenu des informations puis constaté que la société en question n'était en fait qu'une cellule politique propre à l'émergence des idées de Monsieur Alain CARIGNON.

Durant ces deux mois, j'ai continué à mener une action politique pour Monsieur Alain CARIGNON, par la préparation de discours et la prise de contact avec les parlementaires, j'ai d'autre part renoué des relations avec des entreprises travaillant dans le secteur de l'environnement. L'autre partie du personnel à savoir Madame Florence STUMM et Madame Pierrette AUVRAY traitait respectivement le secrétariat politique et les rendez-vous de presse de Monsieur Alain CARIGNON. Enfin, Monsieur Marik CHARLOT devenait le chauffeur de Monsieur Alain CARIGNON lorsqu'il venait à PARIS et de Monsieur Jean-Louis DUTARET le reste du temps.

Pendant cette période l'appartement était occupé alternativement par Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET. Après mon départ, il m'est arrivé à trois ou quatre reprises que je fasse une incursions au 286 boulevard Saint Germain pour rendre visite à mes anciennes relations en veillant à ne pas y rencontrer Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Lors de ces visites, j'ai constaté que tout le personnel oeuvrait toujours dans le même sens pour développer les idées politiques de Monsieur Alain CARIGNON et lui assurer sa logistique. J'ai constaté l'arrivée d'un nouveau collaborateur Monsieur Hugues AMOURETTE et l'on m'avait dit qu'il s'occupait des relations avec les parlementaires. Il était de notoriété publique et surtout pour le monde parisien que Monsieur Alain CARIGNON recevait à cette adresse ».

Madame Pierrette AUVRAY, secrétaire, déclarait :

(D 538) « En réalité, au lendemain des élections présidentielles de 1988, la logistique de l'activité politique de Monsieur Alain CARIGNON sur PARIS se retrouvait compromise et c'est la raison pour laquelle la Société WHIP a été mise en place. D'ailleurs avant le déménagement du Ministère, Monsieur Jean-Louis DUTARET m'avait demandé si je voulais bien accepter dans les mois prochains un emploi de secrétariat dans la société de sa sœur qui dans les faits était une cellule politique parisienne de l'ancien ministre.

Avec Monsieur Hugues AMOURETTE, Monsieur Marik CHARLOT et Madame Florence STUMM, nous avons donc œuvré pour les besoins de Monsieur Alain CARIGNON alors que de mon seul côté, j'avais quand même des travaux directement lié à l'activité de WHIP ».

Madame Marie Edith LEGENDRE, relation commune à Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET, déclarait :

(D 728) « Il est exact que Monsieur Alain CARIGNON fréquentait régulièrement les locaux de la WHIP, boulevard Saint Germain à PARIS. Il y venait plusieurs fois par mois mais je précise me souvenir que Monsieur Jean-Louis DUTARET insistait parfois même lourdement sur le fait qu'il était son invité alors que lui était le patron.

Néanmoins, il est exact que le secrétariat de la WHIP, qui était pour partie l'ancien secrétariat de Monsieur Alain CARIGNON, travaillait aussi pour le compte de Monsieur Alain CARIGNON. Je ne peux rentrer dans les détails de ces travaux que je n'ai pas eu à connaître ».

Ainsi l'ensemble de ces témoignages faisait ressortir que l'appartement du 286 boulevard Saint Germain servait exclusivement à développer l'activité politique parisienne de Monsieur Alain CARIGNON, seule Madame Pierrette AUVRAY a déclaré avoir effectué quelques travaux de secrétariat pour WHIP qu'elle expédiait aux sociétés du Groupe MERLIN.

Il s'avérait également que la SA WHIP avait entre 1991 et 1993 financé des leçons d'anglais au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON dispensées par la société BERLITZ pour un montant de 61.079 F.

Le 05 janvier 1995 Monsieur Michel BRUYAS expert mandaté par le juge d'instruction déposait son rapport dont les conclusions étaient les suivantes :

« L'examen de la comptabilité de la Société WHIP, que nous avons traité au chapitre I nous a permis de mettre en évidence un certain nombre d'anomalies que nous avons développées au chapitre V. Nous avons notamment relevé des dépenses que nous considérons n'avoir pas été engagées dans l'intérêt de la Société WHIP. Il s'agit de :

Honoraires : 315.000 F Frais de taxis : 128.860 F Dépenses que nous avons qualifiées de somptuaires : 192.561 F Inscription à un cercle d'affaires : 13.000 F Frais de déplacement en avion : 20.755 F Frais de déplacement de Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER : 53.564 F Par ailleurs nous estimons que les bilans clos au 31 décembre 1989 et au 31 décembre 1992 ne sont ni réguliers ni sincères :

le premier comportant une erreur de 100.000 F dans le calcul des produits comptabilisés d'avance, le second prenant en compte une réévaluation libre totalement exagérée à hauteur de 1.422.231 F qui sera d'ailleurs régularisée sur l'année suivante. Nous avons développé au chapitre II les conditions de financement de l'appartement du boulevard Saint Germain à PARIS. Cet investissement disproportionné par rapport à l'activité et aux besoins de la société WHIP a occasionné un coût global de 3.816.352 F au cours des années 1989 à 1993 et constitue un acte de gestion qui ne paraît pas réalisé dans l'intérêt de la société WHIP à hauteur de 2.818.352 F.

Le chapitre III a été consacré à l'examen du chiffre d'affaires de la société WHIP. L'incohérence relevée sur certaines facturations, la nature et la faible importance des travaux livrés nous permettent de mettre en doute la réalité même de ces facturations, position qui se trouve corroborée par les déclarations de Monsieur Marc Michel MERLIN et de Monsieur Thierry MARCHALL.

Le chapitre IV est consacré aux moyens humains de la société WHIP. L'examen des effectifs salariés par la société WHIP tant à PARIS qu'à Bruxelles, la qualification des personnes employées, leurs propres déclarations lors de leurs différentes auditions, nous ont conduit à considérer qu'une fraction importante des salaires et charges sociales correspondantes avait été payée par la société WHIP dans un but non conforme à son intérêt social. Nous avons valorisé cette dépense à hauteur de 2.925.792 F ».

L'essentiel de l'activité de WHIP a été effectué au profit des sociétés du GROUPE MERLIN et de la LYONNAISE DES EAUX. 57,2 % du chiffre d'affaires de la SA WHIP a été facturé aux sociétés du GROUPE MERLIN pour un montant total de 9.373.060 F. 246 documents relatifs aux travaux facturés par WHIP ont été saisis dont 33 % semblent provenir d'un travail effectif de la société WHIP. Parallèlement la Société LYONNAISE DES EAUX versait entre 1989 et 1994 2.220.000 F à la SA WHIP. Les sociétés SCM, SDEI et CABINET MERLIN ont été facturées à hauteur de 6.880.000 F par la SCP DUTARET-LAROZE-LA GIRAUDIERE, société d'avocats d'affaires parisiens dont Monsieur Jean-Louis DUTARET est l'un des associés, entre 1988 et 1994.

B - Les contrats de la SA WHIP : Pour la période allant de 1986 à 1992 les sociétés du GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX procuraient à la SA WHIP 70 % de ses ressources au travers des contrats de prestations de service suivants : 1) Les contrats avec les sociétés du GROUPE MERLIN : 3 contrats ont été conclu avec la SDEI, la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN et le Cabinet d'Études MERLIN :

SDEI : Contrat initial du 1er octobre 1988 de 800.000 F HT porté à 900.000 F le 1er septembre 1984 et à 950.000 F le 1er mars 1990, SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : Contrat initial de 250.000 F HT porté à 300.000 F le 1er mars 1989 et 400.000 F le 1er mars 1990, CABINET D'ÉTUDES MERLIN : Contrat initial de 250.000 F HT porté à 300.000 F le 1er septembre 1989 et 400.000 F le 1er avril 1990. Soit la somme de 9.373.060 F pour l'ensemble du GROUPE MERLIN.

L'objectif de travail de la SA WHIP pour le GROUPE MERLIN est de « représenter la société concernée auprès de toute personne physique ou entité française ou internationale dans le but de favoriser le développement de l'activité de la société, de présenter et de la défendre là où elle est impliquée, pour obtenir la prise en compte de ses intérêts auprès de tout décideur dans les domaines de la vie économique, politique, administrative ou sociale ».

2) Les contrats avec les SA LYONNAISE DES EAUX : Par contrat en date du 04 janvier 1989 signé par Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, la LYONNAISE DES EAUX versait une rémunération initiale de 120.000 F pour 6 mois correspondant à une prestation de 120 heures. Plusieurs avenants de 1989, 1991 et 1992 augmentaient le coût du contrat. La LYONNAISE DES EAUX versait durant cette période de 1989 à 1993 la somme de 2.220.000 F à WHIP.

La SA WHIP devait représenter la LYONNAISE DES EAUX en France et à l'étranger et plus précisément auprès des autorités de la CEE à Bruxelles, informer la LYONNAISE DES EAUX des projets de réglementation pouvant l'intéresser tant en matière de distribution d'eau que de concession.

3) Les autres clients de la SA WHIP : La COVEG (COnseil pour la Valorisation de l'Économie Grenobloise) : Cette association fondée en 1987, présidée par Madame DE LEIRIS, a réglé sur instructions de la Ville de GRENOBLE deux factures émanant de la SA WHIP, le 14 juin 1989 et le 1er octobre 1989 d'un montant de 100.000 F HT chacun. Monsieur Jean-Pierre GOY, représentant de la COVEG, déclarait que ces factures faisaient référence à des contrats qui n'avaient pas existé et n'avaient donné lieu à aucune prestation effective de WHIP, La mission TETRAPOLE : Sur instructions de Monsieur Xavier PENEAU, Monsieur CORBET chargé de mission au Conseil Général de l'ISERE signait un contrat de prestations de service liant la mission TETRAPOLE GRENOBLE à la SA WHIP. Le département de l'ISERE réglait à la SA WHIP une somme de 100.000 F HT à la SA WHIP le 29 novembre 1988 qui ne correspondait à aucune prestation réelle, La mairie de GRENOBLE : Un facture en date du 02 décembre 1988 d'un montant de 143.000 F HT était réglée par la mairie de GRENOBLE à la SA WHIP, La SA SFADT : La SA SFADT est une filiale de la Société OSE (ORGANISATION SERVICE) dont le siège social est à MARSEILLE et présidée par Monsieur Gilbert MUSIQUIAN.

La SA WHIP facturait en décembre 1988 pour un montant de 490.000 F et en juin 1989 pour un montant de 350.000 F la SA SFADT.

Le motif de ce contrat était pour la WHIP « d'exercer une action de lobbying dont l'objectif était la publication d'un règlement rendant obligatoire le diagnostic des réseaux de distribution d'eau, ainsi que la rémunération de l'intervention de Monsieur Jean-Louis DUTARET dans le cadre de la prise de participation de la SA LYONNAISE DES EAUX dans le Groupe PHINELEC SEBA contrôlé par Monsieur Gilbert MUSIQUIAN ».

Or ce décret n'a pas été pris en 1989 et Monsieur Jean-Louis DUTARET n'est pas intervenu dans cette reprise. Monsieur Gilbert MUSIQUIAN reconnaissait que cette facturation à la SA WHIP était excessive et ne correspondait pas à un travail réel.

Pour Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, le travail effectué par la SA WHIP était un travail effectif, il ne s'agissait pas d'un habillage et de fausses facturations comme le prétendait le juge d'instruction.

Monsieur Marc Michel MERLIN déclarait quant à lui :

(D 477) « Je reconnais effectivement que les sommes versées par la société SDEI, la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN et le CABINET D'ÉTUDES MERLIN à la SA WHIP entre 1988 et 1993 ne correspondent pas à des prestations économiques réelles. Il s'agissait de factures destinée à permettre le remboursement de cet appartement acquis par la SA WHIP à la fin de l'année 1988. J'ai été obligé de céder à ces prétentions car si je refusais, j'aurais été écarté du contrat de concession et des études que nous réalisions avec la Ville de GRENOBLE ; la plupart des documents adressés par la société WHIP constitue l'habillage de cette facturation... Monsieur Jean-Louis DUTARET a été impératif, il nous a dit qu'il fallait procéder de cette façon là ; que WHIP allait racheter l'appartement et que les sociétés du Groupe allaient payer les factures pour assurer le paiement de l'appartement. Par conséquent, je n'avais aucune ambiguïté sur le fondement des factures WHIP... Je savais que si je n'acceptais pas ce système, je n'aurais pas de marché ».

Monsieur PETITJEAN, responsable du service juridique, puis secrétaire général du CABINET MERLIN déclarait :

(D 515) « Je reconnais clairement que nous étions abreuvés de documentations diverses dont la plus grande partie ne représentait pas d'intérêt pour le CABINET MERLIN... A la limite notre service documentation aurait pu se charger d'un premier tri dans le journal officiel européen pour aliemnter nos techniciens qui auraient exploité ces documents et réalisé la même analyse dont je vous ai parlé plus haut... Connaissant à ce jour le montant de la facturation WHIP au CABINET MERLIN de 1988 à 1993, je reconnais effectivement que cela est sans commune mesure avec le service apporté. »

Il précisait cependant qu'il s'était rendu à Bruxelles pour rencontrer Madame Véronique DESBROSSES accompagné de cadres du GROUPE MERLIN afin de prendre contact avec des fonctionnaires de la Communauté Européenne.

C - L'analyse du travail de la SA WHIP : L'ensemble des documents ont permis l'analyse du travail fourni par la SA WHIP et envoyé à ses interlocuteurs.

1) Les documents saisis au cours de la procédure d'instruction : L'expertise de Monsieur Michel BRUYAS démontre que sur 246 documents saisis : 96 sont émis par les services de la CEE, 32 émanent du GROUPE MERLIN ou du CABINET MERLIN, 82 sont de provenance inconnue et peuvent être considérés comme la production de WHIP.

2) Les documents remis par la LYONNAISE DES EAUX : 138 documents ont été produits, 19 doublons et 62 pièces déjà examinés par Monsieur Michel BRUYAS peuvent être déduits. Il reste 57 documents dont 52 donnent lieu à une réelle exploitation : 38 sont une note d'information, 11 des compilations et 3 correspondent à un travail de lobbying. L'expertise réalisée par Monsieur GUIBERT à la demande de la LYONNAISE DES EAUX (rapport du 02 mars 1995) n'apporte pas pour le juge d'instruction d'éléments nouveaux.

Pour Monsieur Michel BRUYAS, les facturations de WHIP à ses clients ne correspondaient à aucune prestation sérieuse et effective.

Madame Véronique DESBROSSES, juriste installée à Bruxelles et travaillant pour la SA WHIP déclarait dans son audition :

(D 682) « J'avais demandé que l'activité ne démarre qu'au 1er février 1989 pour me donner le temps de résilier mon précédent engagement. Entre temps, j'avais toutefois prospecté pour engager la secrétaire Madame EVRARD et une consultante Madame Martine RIZZI. Toutes deux ont débuté leur activité pour WHIP le 1er janvier 1989.

Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur DE LA GIRAUDIERE m'avaient indiqué que si la plupart des clients seraient des clients WHIP, le bureau serait également amené à s'occuper de clients dépendant du cabinet d'avocats. Il s'agit des clients suivants que l'on m'avait annoncés : GENERAL SUCRIERE et SUCRE UNION. Par la suite j'ai pu constater que je travaillais pour d'autres clients du cabinet d'avocats à savoir la CISAC, l'AFTA, plus un certain nombre de dossiers traités pour des clients occasionnels ou moins réguliers du cabinet.

J'ai travaillé pour d'autres clients mais je ne suis pas sûre qu'il s'agisse des clients WHIP. ainsi j'ai traité les dossiers ASSOCIATION DES CHASSEURS DE FRANCE, COLGATE, PALMOLIVE, CHAUFFERIE DE GRENOBLE, la ville des NIMES, DUMEZ je crois. C'est tout ce dont je me souviens. Parallèlement à cela Monsieur Jean-Louis DUTARET nous a commandé aussi plusieurs travaux sur des thèmes généraux tel que l'environnement, les assurances... ».

D - Les factures SCP DUTARET / SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : Enfin 4 notes d'honoraires sont considérées par le juge d'instruction comme des abus de biens sociaux :

1) Facture du 22 juillet 1988 : SCP DUTARET / SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : 100 000 F Monsieur Jean-Louis DUTARET facture à la SCM 100 000 F au titre de son travail pour l'acquisition de l'appartement du 286 boulevard Saint Germain pour la SA WHIP. Cette facture se réfère à " l'étude du compromis de l'appartement du boulevard Saint Germain et à la révision des différents points des contrats WHIP / SCM ".

2) Facture du 09 juillet 1987 : SCP DUTARET / SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : 50 000 F Pour Monsieur Marc-Michel MERLIN, cette facture est due à la tentative de rachat du journal MINUTE en procédure de liquidation judiciaire par Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET. Monsieur Jean-Louis DUTARET reconnait que 7 millions de francs avaient été versés sur le compte CARPA par Monsieur Marc-Michel MERLIN avec cet objectif de rachat de MINUTE et qu'une facture de 50 000 F pour ses démarches avait été admises et réglée par la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN.

3 Factures des 07 octobre et 13 novembre 1987 SCP DUTARET / SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : 50 000 F et 50 000 F Intitulées " Etudes des relations de prestation de service entre la société et le service des eaux de GRENOBLE ainsi que la mairie ", ces factures confirment, pour le juge d'instruction, d'une part, la participation de Monsieur Jean-Louis DUTARET aux négociations de 1987, d'autre part, l'existence indubitable des ces négociations suffisamment précises et avancées pour justifier de la part de cet avocat la réclamation d'une somme de 100 000 F au titre de ses interventions.

E - Les charges de la SA WHIP : En ce qui concerne les charges de la SA WHIP, l'expert Monsieur Michel BRUYAS relève une liste de dépenses de 192 561 F constituant des charges indues supportées par la trésorerie sociale ainsi que plusieurs déplacepments des collaborateurs de WHIP. L'ensemble des charges salariales de la SA WHIP à PARIS s'élève à 4 169 785 F entre 1988 et 1993. Madame Véronique DESBROSSES a perçu durant cette période 2 006 540 F. Ce prélèvement anormal est estimé par l'expert à la somme de 2 925 792 F.

5 - LES VOLS SINAIR - LA CROISIERE - LE VOYAGE EN AUSTRALIE : A - Les vols SINAIR : Dans le même temps où ils procédaient à l'ensemble des investigations supra, les fonctionnaires du SRPJ saisissaient le 26 septembre 1994 au siège de la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN à LYON un procès verbal de conseil d'administration de cette société (scelle 154) notamment un procès verbal autorisant : une prise de participation de 10 % dans la société de transport aérien SINAIR, une caution de 7 millions de francs au titre de l'emprunt contracté par la société SINAIR pour l'acquisition d'un avion BEECH KRAFT 200 série BB-239. La société SINAIR est installée à SAINT ETIENNE de SAINT GEOIRS (ISERE, 60 km de LYON).

De 1984 à 1993, la société SINAIR a encaissé des sociétés du GROUPE MERLIN les montants suivants : SOGEDO : 790 374 F SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : 2 354 864 F SDEI : 5 249 570 F L'audition des pilotes (Monsieur RIGAUD, Monsieur BOYER, Monsieur MOUTET, Monsieur BOURGEOIS), de Monsieur Jean-Claude SINOUR, de son épouse allaient permettre d'attribuer à Alain CARIGNON la majorité des vols financés par les sociétés du GROUPE MERLIN entre le 06 octobre 1984 et le 16 juillet 1993. 192 vols ont été financés par le GROUPE MERLIN, Monsieur François LEOTARD, Monsieur Philippe MARCHAND, Monsieur François GUILLAUME ont été les autres bénéficiaires. 142 vols sont imputés à Alain CARIGNON d'un montant de 2 487 598 F TTC ; sur ces 142 vols, 44 concernent des déplacements d'agrément du fait de leur destination (CORSE, MALAGA, BARCELONE, BALEARES, DUBROVNIK) pour un montant de 911 809 F TTC.

Le SRPJ établissait le tableau suivant des vols imputés à Alain CARIGNON :

(D 632) : N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 1 06/10/1984 Grenoble Ajaccio 8 750 9 362,50 2 07/10/1984 Ajaccio Grenoble 8 750 9 362,50 7 01/12/1984 Grenoble Turin 3 750 4 012,50 8 01/12/1984 Turin Grenoble 5 000 5 350 9 15/01/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Strasbourg Strasbourg Dôle Dôle Le Bourget 23 750 25 412,50 10 16/01/1985 Paris Grenoble 7 500 8 025 11 19/01/1985 Grenoble Paris Paris Grenoble 15 000 16 050 12 04/04/1985 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050 13 08/04/1985 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050 15 12/05/1985 Grenoble Paris Paris Grenoble 16 250 17 387,50 16 14/05/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 16 250 17 387,50 17 24/05/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 16 250 17 387,50 18 25/05/1985 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050 19 28/05/1985 Grenoble Ajaccio 7 500 8 025 20 09/06/1985 Grenoble Orly Orly Grenoble 16 250 17 387,50 21 18/06/1985 Grenoble Le Bourget 7 500 8 025 22 19/06/1985 Le Bourget Grenoble 7 500 8 025 23 24/06/1985 Grenoble Le Bourget 7 500 8 025 24 25/06/1985 Le Bourget Grenoble 7 500 8 025

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 26 29/08/1985 Grenoble Dôle Dôle Grenoble 7 500 8 025 27 26/09/1985 Grenoble Barcelone Barcelone Grenoble 17 500 18 725 28 02/10/1985 Grenoble Barcelone Barcelone Grenoble 17 500 18 725 29 05/10/1985 Grenoble Orly Orly Grenoble 15 000 16 050 30 08/10/1985 Grenoble Strasbourg Strasbourg Le Bourget Le Bourget Grenoble 20 000 21 400 31 16/10/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 32 19/10/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 33 24/10/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 16 250 18 387,50 34 01/12/1985 Grenoble Le Bourget 8 750 9 362,50 35 03/12/1985 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 36 18/12/1985 Grenoble Nantes 17 500 18 725 37 18/12/1985 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 17 500 18 725 38 14/01/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 17 500 18 725 39 18/02/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 17 500 18 725 40 19/02/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Nevers Nevers Grenoble 18 750 20 062,50 41 26/02/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Epinal Epinal Grenoble 17 500 18 725 42 05/03/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Bourges Bourges Grenoble 15 000 16 050

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 45 24/03/1986 Grenoble Montpellier Montpellier Grenoble 6 250 6 687,50 47 26/08/1986 Grenoble Nice Nice Grenoble 12 500 13 375 50 19/09/1986 Grenoble Le Bourget 8 750 9 362,50 51 20/09/1986 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 52 26/09/1986 Grenoble Tours Tours Grenoble 12 500 13 375 53 01/10/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Epinal Epinal Grenoble Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 24 075 54 02/10/1986 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 55 08/10/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 56 18/10/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Ajaccio Ajaccio Le Bourget 27 500 29 425 57 21/10/1986 Le Bourget Grenoble 20 000 21 400 58 22/10/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 7 500 8 025 62 27/11/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 16 250 17 387,50 63 01/12/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 64 07/12/1986 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 65 05/01/1987 Grenoble Le Bourget 7 500 8 025 66 06/01/1987 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 67 17/04/1987 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 12 500 13 375 68 27/04/1987 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 69 10/05/1987 Grenoble Béziers Béziers Grenoble 15 000 16 050 71 20/08/1987 Grenoble Figari Figari Grenoble 17 500 18 725 75 30/10/1987 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 77 07/11/1987 Grenoble Barcelone 10 000 10 700 78 08/11/1987 Barcelone Grenoble 10 000 10 700 79 03/12/1987 Grenoble Tours 8 750 9 362,50 80 04/12/1987 Tours Grenoble 8 750 9 362,50 84 12/04/1988 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble Grenoble Le Bourget 22 500 24 075 85 13/04/1988 Le Bourget Grenoble 7 500 8 025 86 13/04/1988 Grenoble Le Bourget 8 750 9 362,50 87 08/06/1988 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 88 09/06/1988 Grenoble Le Bourget 8 750 9 362,50 89 20/06/1988 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 90 21/06/1988 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 16 250 17 387,50 91 28/06/1988 Grenoble Le Bourget 8 750 9 362,50 92 29/06/1988 Le Bourget Grenoble 8 750 9 362,50 93 30/07/1988 Grenoble Dubrovnik Dubrovnik Grenoble 30 000 32 100 94 0608/1988 Grenoble Dubrovnik Dubrovnik Grenoble 30 000 32 100 95 18/08/1988 Grenoble Figari Figari Grenoble 17 500 18 725 97 27/09/1988 Grenoble Naples Naples Satolas Satolas Grenoble 27 500 29 425

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 100 15/10/1988 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050 101 21/10/1988 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 15 000 16 050 102 12/11/1988 Grenoble Toulon Toulon Grenoble 10 000 10 700 103 14/11/1988 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 10 000 10 700 106 29/01/1989 Grenoble Orly 8 750 9 362,50 107 30/01/1989 Orly Grenoble 7 500 8 025 108 06/02/1989 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 109 22/02/1989 Grenoble Nice Nice Grenoble Grenoble Nice Nice Grenoble 20 000 21 400 110 08/03/1989 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 111 17/03/1989 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050 112 13/05/1989 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 8 750 9 362,50 113 21/05/1989 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 8 750 9 362,50 117 15/07/1989 Grenoble Nice Nice Grenoble 7 500 8 025 118 29/07/1989 Grenoble Figari Figari Grenoble 15 250 16 317,50 119 30/07/1989 Grenoble Orly Orly Grenoble 13 750 15 712,50 120 18/08/1989 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 15 000 16 050

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 121 08/09/1989 Grenoble Perpignan Perpignan Grenoble Grenoble Perpignan Perpignan Grenoble 42 000 44 940 122 14/10/1989 Grenoble Orly Orly Nice 21 000 22 470 123 15/10/1989 Nice Grenoble 6 000 6 420 124 25/10/1989 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 18 000 18 990 127 16/01/1990 17/01/1990 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 18 000 18 990 128 15/02/1990 Grenoble Malagua Malagua Grenoble 36 000 37 980 129 18/02/1990 Grenoble Liège Liège Grenoble 18 000 18 990 130 18/02/1990 Grenoble Malagua 18 000 18 990 131 19/02/1990 Malagua Grenoble 18 000 18 990 132 25/02/1990 Grenoble Malagua Malagua Grenoble 36 000 37 980 133 20/03/1990 Grenoble Le Bourget 9 000 9 495 134 21/03/1990 Le Bourget Grenoble 9 000 9 495 135 14/04/1990 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 18 000 18 990 136 18/04/1990 Grenoble Ajaccio Ajaccio Grenoble 18 000 18 990 137 29/04/1990 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 15 000 15 825 138 01/051990 Grenoble La Môle La Môle Le Bourget Le Bourget Grenoble 27 000 28 486 141 29/071990 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 142 18/08/1990 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 15 000 15 825

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 144 18/10/1990 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 146 30/12/1990 Grenoble Marseille Marseille Bastia Bastia Grenoble 25 000 26 375 147 03/01/1991 Grenoble Bastia Bastia Grenoble 22 500 23 737,50 148 24/01/1991 Grenoble Orly Orly Grenoble 22 500 23 737,50 154 01/08/1991 Grenoble Figari Figari Grenoble 25 000 26 375 155 30/08/1991 Grenoble Figari Figari Grenoble 25 000 26 375 156 12/09/1991 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 161 26/01/1992 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 162 10/04/1992 Grenoble Milan Milan Grenoble 20 000 21 100 163 17/04/1992 Grenoble Biarritz Biarritz Grenoble 22 500 23 737,50 164 24/04/1992 Grenoble St Sebastian St Sebastian Grenoble 25 000 26 375 166 06/06/1992 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 20 000 21 100 167 08/06/1992 Grenoble La Môle La Môle Grenoble 20 000 21 100 170 03/07/1992 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 171 04/07/1992 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50 172 09/07/1992 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 22 500 23 737,50

N° RÉF DATE VOYAGE FRANC HT FRANC TTC 173 18/08/1992 Grenoble La Môle La Môle Palma Palma Grenoble 30 000 31 650 174 22/08/1992 Grenoble Minorque Minorque Bari 35 000 36 925 175 28/08/1992 Bordeaux Grenoble 12 500 13 187,50 178 17/09/1992 Le Bourget Grenoble 12 500 13 187,50 179 30/10/1992 Grenoble Bordeaux Bordeaux Grenoble 25 000 26 375 180 01/11/1992 Grenoble Bordeaux Bordeaux Grenoble 25 000 26 375 181 09/01/1993 Grenoble Le Bourget 15 000 15 825 182 10/01/1993 Le Bourget Grenoble 15 000 15 825 183 11/01/1993 Grenoble Le Bourget 15 000 15 825 184 12/01/1993 Le Bourget Grenoble 15 000 15 825 185 01/02/1993 Grenoble Le Bourget 15 000 15 825 186 02/02/1993 Le Bourget Grenoble 15 000 15 825 187 04/02/1993 Grenoble Bordeaux Bordeaux Grenoble 30 000 31 650 188 11/02/1993 Grenoble Le Mans Le Mans Grenoble 30 000 31 650 189 06/03/1993 07/03/1993 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 25 000 26 375 190 03/03/1993 Grenoble Clermont Clermont Nice Nice Grenoble 27 750 29 276,25 191 08/03/1993 Grenoble Le Bourget Le Bourget Grenoble 25 000 26 375 192 16/07/1993 Grenoble Aix Aix Grenoble Grenoble Aix Aix Grenoble 30 000 31 650 TOTAL FRANC 2 336 250 2 487 598,50

Pour arriver à ce chiffrage, les enquêteurs du SRPJ, en l'absence de tout agenda de Monsieur Alain CARIGNON ou du manifeste passager, ont pris en compte : les déclarations de Monsieur Jean-Claude SINOUR et des pilotes, les déclarations de Monsieur Marc-Michel MERLIN, seul utilisateur d'avion au départ ou à l'arrivée de BRON (à part quelques vols familiaux), de Madame MONTAVIT, sa secrétaire, les dossiers remis par Monsieur Jean-Claude SINOUR récapitulant depuis 1984 les relevés d'heures de vol, les comptes rendus d'équipages, les traces de règlement carte bleue de Monsieur Marc-Michel MERLIN, attestant qu'il se trouvait le jour du vol dans une autre localité, les tableaux de protocole du Conseil Général de l'ISERE, des copies de chèques tirés sur le compte bancaire de Monsieur Alain CARIGNON, les carnets de Madame Florence STUMM.

Monsieur Jean-Claude SINOUR, Dirigeant de la Compagnie SINAIR, déclarait :

(D 431) « Je confirme mes précédentes déclarations. A compter de 1984 / 1985, Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a demandé de mettre à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON des appareils de ma compagnie. Il était prévu que le coût de ces heures de vol destinées à Monsieur Alain CARIGNON serait pris en charge par les sociétés du GROUPE MERLIN, c'est à dire les sociétés SOGEDO, SDEI et CABINET MERLIN.

...Je reconnais que 90 % environ des vols SAINT GEOIRS / PARIS et PARIS / SAINT GEOIRS concernent Monsieur Alain CARIGNON. Nous le prenions à SAINT GEOIRS et nous le déposions au BOURGET ou l'inverse. C'était souvent à des heures tardives.

Je reconnais effectivement que Monsieur Alain CARIGNON s'est aussi déplacé dans d'autres villes de France que PARIS, comme MONTEPELLIER, STRASBOURG, VALENCIENNES, BORDEAUX. Il s'agissait de vols facturés aux sociétés du GROUPE MERLIN. Il y a eu aussi des vols d'agrément comme DUBROVNIK en juillet 1988 où Monsieur Alain CARIGNON et des gens de sa famille étaient allés faire du bateau.

Je pense effectivement que le montant des vols supportés par les sociétés du GROUPE MERLIN concernant Monsieur Alain CARIGNON peut être évalué entre 3 et 4 millions de francs sur 10 ans ».

Il donnait des précisions et des anecdotes dont lui ou ses pilotes se souvenaient à propos des vols effectués par Monsieur Alain CARIGNON.

Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait :

(D 477) « C'est effectivement dans le courant de l'année 1984 que Monsieur Alain CARIGNON m'a demandé dans un premier temps de le dépanner en utilisant une ou deux fois un avion de la compagnie SINAIR réglé par les sociétés de mon groupe. C'est Monsieur Denis BONZY (à l'époque directeur de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON) qui m'a présenté Monsieur Jean-Claude SINOUR, dirigeant de la compagnie SINAIR. Monsieur Denis BONZY m'a dit que la compagnie SINAIR avait des difficultés financières et que mon aide serait bien vue de la municipalité. J'ai donc commencé à voler avec cette société car je me déplaçais beaucoup. Concernant Monsieur Alain CARIGNON il avait été prévu initialement qu'il pourrait utiliser les avions SINAIR en cas d'urgence, puis par la suite c'est devenu une pratique courante que je n'ai même plus contrôlée. SINAIR nous envoyait les relevés d'heures de vol qui étaient réglés par les sociétés de mon groupe ».

Monsieur Alain CARIGNON reconnaissait en fin d'information (26 janvier 1995) que certains vols SINAIR pouvaient le concerner. Il rejetait le nombre de vols qui lui était imputé par le SRPJ et le juge d'instruction.

Il précisait que ces vols étaient rattachés à son activité politique.

B - La croisière : Lors de ses auditions du 24 octobre 1994, Monsieur Thierry MARCHALL, pour la première fois évoquait une croisière au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON, payée par le GROUPE MERLIN.

L'enquête établissait qu'une goélette " La BOHEME II " avait été louée par le GROUPE MERLIN du 08 au 23 août 1987 à la société cannoise CAMPER et NICHOLSON (factures de 170 784 F et de 42 696 F).

Madame FEKETE, cuisinière sur le bateau, déclarait :

(D 626) « Comme je vous l'avais déclaré lors de notre conversation téléphonique, je tenais un livre de bord où je consignais en quelque sorte des notes personnelles et quotidiennes sur le déroulement de la croisière et sur les menus que je composais. Malheureusement, je n'ai pu retrouver ces cahiers, mais ayant une excellente mémoire, je peux néanmoins vous relater les faits avec suffisamment de précisions et d'exactitude.

La croisière dont il est question a débuté le 08 août 1987, je m'en souviens particulièrement puisque le lendemain était mon anniversaire. Elle a duré un peu plus de 15 jours, puisque nous sommes revnus à CANNES que le 23 août après avoir navigué en Méditerrannée, le long de la côte métropolitaine mais aussi aux alentours de la CORSE.

...En définitive, la croisière s'est déroulée avec Monsieur Alain CARIGNON que nous appelions notre " petit ministre " en raison de sa petite taille comparée à cette du capitaine qui est immense, Madame Jacqueline BON qui nous a été présentée comme sa femme, une dame blonde dont je ne me souviens plus de l'identité mais qui était semble t-il la soeur de Madame Jacqueline BON avec ses eux garçons âgés de 12 et 17 ans je crois, l'aîné se prénommant Christophe.

La croisière ne s'est pas terminée avec cinq passagers, puisque nous avons débarqué Monsieur Alain CARIGNON et Madame Jacqueline BON au sud de la CORSE, aux alentours du 20 août, et que ceux-ci ont regagné la métropole par avion depuis l'éroport de FIGARI d'après ce qui m'a été rapporté. Je me souviens qu'ils sont venus tous deux saluer les membres de l'équipage avant leur départ. Monsieur Alain CARIGNON a même était très généreux à mon égard puisqu'il m'a remis un pourboire de 500 F. Je ne sais pas quelle somme il a pu remettre aux autres mais en tout cas il a vu tout le monde.

Je suis formelle sur le point de dire que Monsieur Alain CARIGNON était présent du 08 août, soit le début de la croisière, jusqu'à son débarquement en CORSE aux environs du 20 ».

Un vol SINAIR FIGARI / GRENOBLE en date du 20 août 1987 a été pris en charge par le GROUPE MERLIN et attribué à Monsieur Alain CARIGNON.

Ce dernier conteste être resté sur le bateau aussi longtemps. Il y serait resté 2 à 3 jours et serait rentré à PARIS postérieurement.

Monsieur Jean-Louis DUTARET affirmait quant à lui qu'il était présent sur le bateau en compagnie de Monsieur Alain CARIGNON.

C - Le voyage en AUSTRALIE : Un voyage en AUSTRALIE au bénéfice de Monsieur Jean-Louis DUTARET était également répertorié pour un montat de 137 690 F supporté par la trésorerie de la SDEI.

Monsieur Jean-Louis DUTARET estimait qu'il s'agissait d'un cadeau d'affaires, traditionnel de la part de Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Le 21 septembre 1994, suite à la découverte de ces nouveaux éléments, le juge d'instruction transmettait le dossier à Monsieur le Procureur de la République sur l'opportunité de décerner un réquisitoire supplétif.

Le 06 octobre 1994, il communiquait à nouveau la procédure à le Procureur de la République par une ordonnance dûment motivée sur de nouvelles infractions apparues au cours de l'enquête et notait que l'ensemble des faits exposés « pourrait être de nature à démontrer l'existence d'une opération concertée réunissant Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Marc-Michel MERLIN, susceptible de revêtir la qualification de corruption » (D 375).

Le 11 octobre 1994, le Procureur de la République lui adressait un réquisitoire supplétif visant ses ordonnances des 21 septembre et 06 octobre 1994 et le saisissant des faits nouveaux de :

Abus de biens sociaux au préjudice des sociétés anonymes WHIP et IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN contre Monsieur Jean-Louis DUTARET, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Recel d'abus de biens sociaux contre Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON, Corruption active et passive respectivement contre Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Alain CARIGNON, Complicité de corruption contre Monsieur Jean-Louis DUTARET (D 376).

Des mises en examens et mises en examens supplétives étaient notifiées en vertu des réquisitoires des 09 septembre et 11 octobre 1994 :

Les 16 septembre et 12 octobre 1994 à Monsieur Jean-Louis DUTARET pour : Abus de biens sociaux résultant : d'encaissement d'honoraires indus effectués par la SA WHIP sur les sociétés SDEI, CABINET MERLIN, SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN, société LYONNAISE DES EAUX (D 271), de la mise à disposition à titre gratuit entre 1986 et 1988, par la SA IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN de l'appartement sis au 286 de ce boulevard. Abus de biens sociaux résultant du règlement à BERLITZ des cours d'anglais dispensés à Monsieur Alain CARIGNON et de la mise à disposition de celui-ci de la structure (locaux, personnel) de la SA WHIP dont il était le gérant de fait, Complicité de corruption par aide et assistance dans la conclusion du contrat de privatisation de l'eau de la Ville de GRENOBLE concédé à la société COGESE en contrepartie d'avantages, de dons et présents consentis par les sociétés du GROUPE MERLIN, la LYONNAISE DES EAUX et la SA WHIP à Monsieur Alain CARIGNON entre 1986 et 1993 (D 381).

Le 12 octobre 1994 à Monsieur Alain CARIGNON pour : Recel d'abus de biens sociaux résultant de : la msie à sa disposition à titre gratuit de l'appartement du 286 boulevard Saint Germain par la société du même nom, l'utilisation des structures (locaux et personnel) de la SA WHIP, versements de 15 905 000 F au total d'honoraires par les sociétés du GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX. Corruption, pour avoir, entre 1984 et 1993, étant investi d'un mandat électif, bénéficié directement ou indirectement en toute connaissance de cause : des avantages ci-dessus précisés, des versements d'un montant total de 5 360 000 F des sociétés SEREPI et SERECOM au profit des sociétés DAUPHINE NEWS et HOLDING DAUPHINE NEWS, de la valeur de 3 898 308 F de vols en avion-taxi facturés par la compagnie SINAIR aux sociétés du GROUPE MERLIN en contrepartie d'un acte de sa fonction, en l'espèce la concession du contrat de privatisation des eaux de la ville de GRENOBLE, dont il était le maire, courant 1989, à la société COGESE, présidée par Monsieur Marc-Michel MERLIN et dont les actionnaires majoritaires sont les sociétés SDEI et SEREPI (D 385).

Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUARET étaient placés sous mandat de dépôt le 12 octobre 1994.

Le 24 octobre 1994 à Monsieur Marc-Michel MERLIN : Placé sous mandat de dépôt depuis le 16 septembre 1994, pour de nouveaux abus de biens sociaux et pour corruption. Après avoir maintenu ses dénégations (D 432) Monsieur Marc-Michel MERLIN devait reconnaître les faits le 07 novembre 1994 (D 477).

5 - LES ELEMENTS SUR LE CONTRAT DE CONCESSION DU SERVICE DES EAUX ET DE L'ASSAINISSEMENT DE LA VILLE DE GRENOBLE A LA SA COGESE : Suite au renflouement du Groupe DAUPHINE NEWS l'enquête menée sous la conduite du juge d'instruction s'orientait parallèlemet vers le contrat de concession du service public d'eau et d'assainissement de la Ville de GRENOBLE à la SA COGESE.

Les premiers éléments avaient permis d'établir les points suivants :

Dans une première délibération en date du 13 juillet 1989, le Conseil Municipal de GRENOBLE adoptait le rapport du maire présenté par Monsieur Guy NEVACHE (3° adjoint) proposant la concession du service des eaux et de l'assainissement à la COGESE, Cette société concessionnaire était constituée le 30 juin 1989, immatriculée le 27 juillet 1989 et était installée 47 avenue Alsace Lorraine à GRENOBLE et postérieurement 70 rue des Alliés à GRENOBLE, Le capital de cette SA porté le 27 novembre 1989 à 36 000 000 F se répartissait entre la SDEI (51 %) et la société SEREPI (49 %), Monsieur Marc-Michel MERLIN en est le PDG, Monsieur Louis BERA l'un des administrateurs, En raison d'un défaut de consultation du Comité Technique Paritaire, le Tribunal Administratif annulait la délibération du 13 juillet 1989. Elle était finalement reprise et votée le 13 octobre 1989, Monsieur Alain CARIGNON, maire de GRENOBLE et Monsieur Marc-Michel MERLIN signaient le 03 novembre 1989 deux conventions, délégant la gestion du service public de l'eau et de l'assainissement de la ville de GRENOBLE à la SA COGESE pour une durée de 25 ans, Les clauses financières prévoyaient, une redevance annuelle de 8 800 000 F au titre de la convention sur le service des eaux (pas de redevance sur l'assainissement), le versement entre 1990 et 2004 d'une somme totalisant 262 451 504 F correspondant aux annuités (capital et intérêts) des emprunts contractés par GRENOBLE au titre du budget de l'eau et à une contribution spéciale équivalente aux annuités d'un prêt de 120 millions de francs d'une durée de 15 ans au taux de 9,1 %, Monsieur Patrick THULL précisait dans ses premières déclarations que la convention de concession avait été mise au point avec l'assistance de Monsieur Jean-Louis DUTARET, que ce dernier jouait un rôle essentiel dans la négociation, Monsieur Jean-Louis DUTARET ne présentait aucune note d'honoraires à la municipalité pour sa participation à la négociation avec la SA COGESE mais percevait un salaire de 245 502 F payé le 28 juillet 1989 par NEWS GRATUIT et 207 550 F payé le 15 janvier 1990 par la SA DAUPHINE NEWS, ainsi que deux factures de 50 000 F chacune payées par le GROUPE MERLIN.

Après la mise en examen pour corruption de Monsieur Alain CARIGNON, de Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Marc-Michel MERLIN, l'information connaissait alors une évolution déterminante par la révélation de faits qui avaient été jusque là cachés aux enquêteurs et au juge d'instruction notamment avec les déclarations de Monsieur Thierry MARCHALL, Monsieur Patrick THULL et Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Monsieur Thierry MARCHALL déclarait le 24 octobre 1994 :

(D 446) « Je confirme effectivement que vers la fin de l'année 1985, je crois, Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a fait part d'un accord de principe intervenu entre Monsieur Alain CARIGNON et lui. Il m'a dit que le maire de GRENOBLE était prêt à concéder à une société de notre groupe le marché des eaux de la Ville de GRENOBLE à la condition que nous achetions à PARIS un appartement pour Monsieur Alain CARIGNON. Pour ma pat je n'ai effectué aucune recherche d'appartement, Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a dit que Monsieur Alain CARIGNON avait arrêté son choix su un appartement situé au 286 boulevard Saint Germain. Pour ma part je n'ai jamais vu l'appartement, mai j'ai su qu'il était bien situé et qu'il était juste à côté de l'Assemblée Nationale.

Je pense que les négociations réelles sur le contrat de concession ont commencé fin 1986 début 1987. Il était acquis compte tenu des accords antérieurs (portant notamment sur l'appartement du boulevard Saint Germain) que le concessionnaire serait la SDEI. Cependant Monsieur Alain CARIGNON a imposé à Monsieur Marc-Michel MERLIN une association avec la LYONNAISE DES EAUX. C'est dans ce contexte qu'ont été organisées plusieurs réunions avec les représentants de la société LYONNAISE DES EAUX : Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur MALIVERT, et Monsieur GAUDIN, juriste, Monsieur Marc-Michel MERLIN et moi pour la SDEI et pour la mairie : Monsieur Patrick THULL et Monsieur Charles LEMAIGNAN, Monsieur Jean-Louis DUTARET était toujours présent. Pour moi c'était l'oeil de Monsieur Alain CARIGNON. Des réunions ont dû se tenir une fois à GRENOBLE, mais également à LYON et PARIS. Plusieurs réunions ont également été tenues dans des relais châteaux et notamment à " l'Osteau Beaumanière " aux BAUX DE PROVENCE. On discutait de la teneur du contrat, du prix de l'eau facturable et des amortissements possibles.

Je me souviens avoir également surpris une conversation entre Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY où il était question d'une " participation " de la société LYONNAISE DES EAUX à verser au décideur c'est à dire au maire de GRENOBLE. Je ne sais pas quelle forme a pris cette participation ou si elle a été réalisée.

Par conséquent la concession du contrat d'eau a été cédée à la SDEI grâce à un certain nombre de libéralités octroyées au maire de GRENOBLE : appartement du boulevard Saint Germain, heures de vol SINAIR. Je me souviens également qu'une des sociétés du GROUPE MERLIN (la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN, je crois) a pris en charge une facture correspondant à la location d'un yatch de luxe avec son équipage pour Monsieur Alain CARIGNON au cours de l'été 1987. Monsieur Alain CARIGNON a effectué une croisière en compagnie de ses proches. Je crois que la facture devait être de l'ordre de 180 000 F. J'ai visé cette facture sur ordre de Monsieur Marc-Michel MERLIN qui m'a indiqué qu'elle concernait Monsieur Alain CARIGNON. Il a dû y avoir d'autres libéralités mais je ne m'en souviens plus. »

(D 601) « Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a parlé d'un déjeuner au cours duquel le maire de GRENOBLE lui aurait proposé un partenariat avec la LYONNAISE DES EAUX. Il y a bien eu des négociations dans la dernière partie de l'année 1987 après ce déjeuner dont m'avait parlé Monsieur Marc-Michel MERLIN. Ces négociations ont porté sur le droit d'usage, le prix de l'eau à lisser sur plusieurs années etc... Du côté de la LYONNAISE, il y avait Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur MALIVERT, du côté de la mairie Monsieur Patrick THULL et Monsieur Jean-Louis DUTARET et quelque fois Monsieur Charles LEMAIGNAN et de notre côté, Monsieur Marc-Michel MERLIN et moi ».

Monsieur Patrick THULL déclarait le 24 octobre 1994 :

(D 441) « ...Je dois souligner que je n'ai pas assisté à la totalité de cette entrevue néanmoins, j'ai retenu que Monsieur Marc-Michel MERLIN, s'adressant à Monsieur Alain CARIGNON, confirmait que malgré la décision de report, les engagements seraient tenus.

Comme je vous l'ai indiqué dans ma déposition précédente les pourparlers ont été repris juste après le scrutin du mois de mars 1989, et dans les formes décrites par moi. Néanmoins, je savais déjà à cette époque que le retour du marché de concession reposait au moins pour partie sur la mise à disposition tout d'abord puis sur le " don " de l'appartement du 286 boulevard Saint Germain à PARIS. En effet en fin d'année 1988, ou peut être au début de l'année 1989, je m'y suis rendu un jour où il avait neigé. Alors que des travaux de remise en état n'étaient pas encore finis, Monsieur Alain CARIGNON qui m'y avait fixé rendez-vous pour une réunion de travail m'a fait visiter les lieux en m'indiquant qu'il s'agissait de son appartement parisien. Ceci matérialisait une fois pour toutes des indiscrétions de son entourage politique grenoblois et notamment de Monsieur Denis BONZY, directeur de cabinet à la mairie de GRENOBLE, et qui m'avait fait savoir que le GROUPE MERLIN avait offert ce bien immobilier en échange du marché de l'eau ».

(D 445) « Le principe de concéder le marché des eaux de la ville de GRENOBLE a été décidé en octobre 1987. Je me souviens d'un déjeuner auquel j'ai participé le samedi 03 octobre, je crois, au pavillon du Conseil Général de l'Isère. Participaient à ce déjeuner Monsieur Jérôme MONOD, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET et je crois Monsieur Xavier PENEAU. C'est au cours de ce déjeuner auquel j'ai assisté qu'à été entériné le partenariat entre la SDEI et la LYONNAISE DES EAUX pour la concession du marché des eaux de la ville de GRENOBLE. Il a été arrêté le principe d'une participation de 51 % pour la SDEI et 49 % pour la LYONNAISE. Le nom de la société concessionnaire n'avait pas été déterminé.

J'ai revu par la suite Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur MALIVERT pour la société LYONNAISE, Monsieur Marc-Michel MERLIN pour la SDEI. Ma tâche était de finaliser le projet sur le plan technique. Pour ma part, j'avais préconisé une concession cédée à une société d'économie mixte.

J'ai participé le 15 décembre 1987 ou aux alentours du 15 à une réunion dans le bureau de Monsieur Alain CARIGNON au Ministère de l'Environnement, avenue Georges Mandel à PARIS. Participaient à cette réunion, Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Jean-Louis DUTARET et moi-même. Il a été décidé qu'il serait plus opportun de renvoyer le projet de privatisation du marché des eaux au lendemain des municipales de 1989. C'est au cours de cette réunion que j'ai entendu Monsieur Marc-Michel MERLIN dire à Monsieur Alain CARIGNON que de toutes façons, malgré la décision de report, les engagements seraient maintenus. J'ai alors compris qu'il y avait autre chose que la stricte négociation. J'ai compris qu'il y avait une contrepartie.

J'ai vraiment compris la forme de cette contrepartie lorsque je me suis rendu au 286 boulevard Saint Germain dans l'appartement occupé par Monsieur Alain CARIGNON au début de l'année 1988, je crois. C'était en quelque sorte la visite du propriétaire. Il nous a fait visiter les lieux. Il se sentait vraiment chez lui. Il y avait à cette réunion, Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Richard CAZENAVE, suppléant de Monsieur Alain CARIGNON à l'Assemblée Nationale, Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD, Madame Jacqueline BON. A l'époque ils n'étaient peut être pas encore mariés.

Je connaissais déjà l'existence de cet appartement du 286 boulevard Saint Germain et je savais que Monsieur Alain CARIGNON l'occupait déjà lorsqu'il était Ministre de l'Environnement. Il m'avait laissé ses coordonnées personnelles et un numéro à cette adresse. Je n'ai jamais eu connaissance d'un autre appartement. Je n'ai pas eu connaissance d'un appartement de fonction qu'il occupait.

Monsieur Denis BONZY qui était directeur de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON à la mairie de GRENOBLE m'a dit que l'appartement du boulevard Saint Germain était la contrepartie de la concession du marché de l'eau à la SDEI et à la société LYONNAISE. Il a dû me dire cela courant 1987 peut être ».

(D 600) « Le tableau que vous me présentez intitulé " fiche, activité G 1989 " a été discuté lors de ces réunions. Il s'agit d'un tableau de campagne avec un échéancier d'un certain nombre d'actions à effectuer. Le point 40 visé dans ce tableau concerne effectivement " DAUPHIINÉ NEWS " au niveau départemental. Les initiales de Monsieur Xavier PENEAU figurent à côté de ce point 40 car il était sollicité pour les informations concernant le département. Les initiales " PLV " correspondent à celles de Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD qui était le conseiller en communication de Monsieur Alain CARIGNON.

La création de ce magazine a été envisagée dès 1987 car il devait concerner non seulement les municipales de 89 mais également les cantonales de 1988. Je pense donc que ce tableau a été dressé et discuté dès 1987. Comme l'indique le document à entête " Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD " et intitulé " Création d'un magazine départemental " je pense que c'est Monsieur Philippe LANGENIEUX VILLARD qui a réfléchi aux différents aspects de ce projet (cible, diffusion, équilibre financier) ».

Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait le 07 novembre 1994 :

(D 477) « Jusqu'à octobre 1987, j'ai pensé que la SDEI était le seul concessionnaire pressenti par la ville de GRENOBLE pour la privatisation du service des eaux. A l'époque, Monsieur Alain CARIGNON avait évoqué un droit d'entrée de l'ordre de 50 millions de francs, ce qui correspondait à la charge financière que pouvaient supporter nos sociétés. Un ou deux mois avant la réunion du mois d'octobre 1987, Monsieur Alain CARIGNON m'a dit que la LYONNAISE serait également consultée. Monsieur Alain CARIGNON m'a dit qu'il avais pris des engagements avec Monsieur Jérôme MONOD. Pour ma part je n'étais pas d'accord car je suis indépendant de nature.

Il est exact qu'une réunion s'est tenue au Conseil Général de l'Isère un samedi du mois d'octobre 1987. Ont participé à ce déjeuner, Monsieur Jérôme MONOD, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Patrick THULL et moi-même. Monsieur Jérôme MONOD m'avait demandé de le rencontrer à l'aéroport de SAINT GEOIRS juste avant la réunion. Il m'a dit que la LYONNAISE participerait à cette concession à hauteur de 30 %. Pour ma part je ne souhaitais pas une participation de la LYONNAISE supérieure à 10 %. Monsieur Jérôme MONOD m'a dit qu'en contrepartie il me donnerait la possibilité de prendre une participation de 30 % dans la SEREPI, filiale de la société LYONNAISE installée dans la région. J'ai alors accepté le partenariat avec la LYONNAISE car j'étais intéressé au développement sur la région de l'AIN et de la COURLY par le biais de SEREPI .»

Ces déclarations quant aux négociations antérieures à l'année 1989 et au 03 novembre 1989 (date de la signature de la concession) sont étayées par plusieurs éléments matériels : une note (D 786 remise en fin d'information (janvier 1995) par Monsieur Marc-Michel MERLIN portant une référence " PY/JK " datée du 02 octobre 1987 intitulée " Ville de GRENOBLE ". Le texte de cette note : « Le maire de GRENOBLE souhaite déléguer la gestion de son service d'eau. Il lui faut pouvoir justifier de ce choix devant l'opinion publique... .» Cette note de travail, rédigée par Monsieur Jean-Jacques PROMPSY aborde ensuite les moyens juridiques permettant à la municipalité grenobloise de concéder le service des eaux par le moyen de la concession ou affermage direct ou de l'affermage indirect, divers documents remis également par Monsieur Marc-Michel MERLIN dans une chemise jaune faisant état d'un travail effectif réalisé durant les derniers mois de l'année 1987 par les services de la mairie, de la LYONNAISE DES EAUX et du GROUPE MERLIN, l'agenda de Monsieur Jérôme MONOD saisi lors d'une perquisition à PARIS le 1er décembre 1994 démontrant la réalité d'un déplacement de Monsieur Jérôme MONOD pour la journée du 03 octobre 1987 à GRENOBLE avec un déjeuner au Conseil Général de l'ISERE en compagnie de Monsieur Alain CARIGNON, une lettre de remerciement saisie dans le cadre de la même perquisition du 1er décembre 1994 au siège de la LYONNAISE DES EAUX rédigée par Monsieur Jean-Jacques PROMPSY en date du 12 juillet 1989 contenant ces termes : « Monsieur le Ministre, au terme d'une longue démarche et d'une rude bataille, le pari que nous avions fait à la fin de l'été 1987 a été gagné .» Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Jérôme MONOD, à la suite de la production de ces éléments confirmaient que des négociations et des travaux avaient été réalisés en 1987, qu'ils avaient oublié de le mentionner aux enquêteurs et au juge d'instruction parce qu'il s'agissait de travaux habituels d'étude dont ils n'avaient pas gardé de souvenirs précis.

6 - LA SUBORNATION DE TEMOINS OU D'AUTRUI : Il a été fait état, au cours de cet exposé, des déclarations évolutives des témoins et des prévenus. Il est à noter les revirements de certains d'entre eux à compter du mois d'octobre 1994, expliquant avoir subi des pressions de la part de Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Alain CARIGNON, de leur entourage ou de leurs avocats (Me GUMERY et Me BOEDELS).

Il convient de faire état de l'ensemble des éléments constituant un environnement fort désagréable pour le déroulement d'une procédure judiciaire.

Monsieur Charles LEMAIGNAN, Secrétaire général adjoint de la ville de GRENOBLE, déclarait le 21 décembre 1994 :

(D 657) « En effet, je vous ai menti sur la période à laquelle ont démarré les négociations avec la GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX, car en réalité ces discussions avaient été engagées dès le second semestre 1987. Avant de venir déposer la première fois, j'avais passé un appel téléphonique à Monsieur Xavier PENEAU, alors simplement directeur des services du Conseil Général et ex-directeur de cabinet de Monsieur Alain CARIGNON à la mairie de GRENOBLE lorsque Monsieur Patrick THULL est partie. Lui faisant par de votre convocation, il n'a pas été étonné par mon contact téléphonique et semblant être au courant de l'affaire en cours concernant le marché de l'eau, il m'a demandé de ne pas faire état, dans ma déposition, des pourparlers qui avaient eu lieu avant les municipales de 1989, sans me donner de raisons particulières. Dans mon esprit, j'ai compris que l'objectif était de lier la concession de l'eau au seul renflouement de Dauphiné News dont la presse s'en était fait l'écho ».

Madame Pierrette AUVRAY déclarait le 17 novembre 1994 :

(D 538) « ...A ce moment Monsieur Alain CARIGNON m'a suggéré d'écrire une lettre à l'intention du juge d'instruction pour le démarquer de la WHIP en me recommandant d'appeler son avocat Me BOEDELS ».

Monsieur Marik CHARLOT déclarait le 17 novembre 1994 :

(D 528) « Je confirme avoir été convoqué par Me BOEDELS pour rédiger la lettre qui fut ensuite adressée à le juge d'instruction. Je me suis donc rendu au cabinet de Me BOEDELS situé avenue Hoch dans le 16è ou 8è arrondissement de PARIS. Je ne me souviens plus exactement du n°, c'était aux alentours du 30. Je connaissais l'adresse de toute manière, car j'avais conduit plusieurs fois Monsieur Alain CARIGNON à ce cabinet. Il m'était arrivé du temps où Monsieur Jean-Louis DUTARET utilisait également mes services, d'apporter des plis à ce cabinet. Je les déposais alors à l'accueil.

Par contre, cette fois-ci, j'ai été reçu par Me BOEDELS en personne, que je ne connaissais auparavant que de vue, pour l'avoir rencontré en compagnie de mon employeur Monsieur Alain CARIGNON. C'est Me BOEDELS lui-même qui m'a accueilli ce jour là et nous ne nous sommes pas dirigés dans son bureau, mais dans une salle de réunion. Je ne saurais pas décrire la pièce, ceci ne m'ayant pas marqué.

Me BOEDELS m'a alors demandé de m'installer sur une partie de la grande table, en fournissant, comme je l'ai dit, le papier nécessaire pour recopier le modèle de lettre qu'il me soumettait. Il m'a donné comme instructions de recopier la lettre et m'a laissé seul. Il revenait de temps à autre pour voir où j'en étais. Lorsque j'ai eu fini, il m'a fourni l'enveloppe et l'adresse du juge d'instruction pour que je puisse préparer l'expédition de cette lettre. C'est ensuite moi-même qui me suis chargé de cette expédition en recommandé à mes frais ».

Madame Véronique BOUFFARD déclarait le 03 novembre 1994 :

(D 472) « Si je demande à être entendue à ce jour, c'est parce que je tiens à faire le point avec vous de tout ce que je sais dans cette affaire. Dans mes deux précédentes dépositions, je ne vous ai pas dit la vérité pour ne pas passer pour une délatrice. De plus, avant ma première déposition, Monsieur Jean-Louis DUTARET, sachant que je serais convoquée par vous, m'a joint téléphoniquement pour me faire la leçon et surtout m'indiquer de ne pas mettre en cause Monsieur Alain CARIGNON dans l'affaire Dauphiné News. Cet avocat proche du maire de GRENOBLE savait pertinemment comme moi que les deux journaux de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE étaient des moyens de propagande électorale. Lors de cet entretien téléphonique .Monsieur Jean-Louis DUTARET n'avait pas abordé la société WHIP ».

Monsieur Patrick THULL déclarait le 24 octobre 1994 :

(D 445) « Je reconnais effectivement avoir fait l'objet de pressions, ce qui explique la différence entre ma déposition du 1er juillet chez les enquêteurs et celle effectuée devant vous le 13 juillet 1994.

Le 05 ou le 06 juillet 1994, je me trouvais à PARIS dans mon bureau, au Ministère de l'Industrie. Ma secrétaire m'a passé directement Monsieur Alain CARIGNON qui cherchait à me contacter. A l'époque, il était encore Ministre de la Communication. Il avait manifestement connaissance de mes déclarations du 1er juillet. Il me les a reprochées en me disant que je ne connaissait rien à "Dauphiné News" et que cela allait conduire à sa mise en examen. Monsieur Alain CARIGNON m'a dit que Monsieur Jean-Louis DUTARET allait me contacter afin de trouver une version qui revenait sur mes précédentes déclarations. Je ne me souviens pas si j'ai dit à Monsieur Alain CARIGNON que j'étais convoqué par vous.

Le lendemain Monsieur Jean-Louis DUTARET m'a appelé à METZ pour me fixer un rendez-vous le 11 ou le 12 juillet. Monsieur Jean-Louis DUTARET savait que j'étais convoqué par vous. Il m'a dit que je devais éviter de dire devant le juge qu'il était " l'autorité de négociation " dans le cadre du contrat de concession de l'eau. Il m'a dit que mes déclarations contribueraient à établir une gestion de fait de Monsieur Alain CARIGNON dans le cadre de " Dauphiné News ". Il m'a fixé un rendez-vous au " Café de Flore " ou au " Deux Magots " à PARIS juste avant ma convocation chez vous.

Le lundi 11 juillet, j'ai rencontré Monsieur Gérard LONGUET, Ministre de l'Industrie, qui revenait de CHINE. Après une réunion du Conseil Régional, il m'a demandé à s'entretenir avec moi en tête à tête. Monsieur Gérard LONGUET m'a dit qu'il avait reçu un appel de Monsieur Alain CARIGNON le matin même. Il lui avait dit que j'avais fait une déposition qui risquait d'entraîner sa mise en examen. Monsieur Gérard LONGUET m'a demandé de faire un effort pour ne pas le charger. A cette époque Monsieur Gérard LONGUET commençait lui-même à être mis en cause dans le cadre d'une affaire judiciaire. Il m'a fait comprendre que par solidarité politique il convenait de ne pas charger Monsieur Alain CARIGNON, s'agissant d'un ministre du même gouvernement que lui. J'ai dis à Monsieur Gérard LONGUET que je rencontrais Monsieur Jean-Louis DUTARET le lendemain. Je ne crois pas que Monsieur Jean-Louis DUTARET connaisse Monsieur Gérard LONGUET.

Le 11 ou le 12 juillet en fin d'après-midi, j'ai rencontré Monsieur Jean-Louis DUTARET. Il m'a montré un extrait de document qui selon lui provenait du Parquet Général et qui citait un extrait de ma déclaration affirmant que Monsieur Jean-Louis DUTARET avait autorité sur moi lors des négociations dans le cadre du contrat de concession d'eau. Il m'a dit que je devais expliquer les choses différemment, que son nom ne devait pas apparaître de cette façon-là. Il savait que je vous rencontrais le 13 juillet.

C'est à la suite de ces pressions que j'ai été amené à modifier devant vous mes déclarations et à limiter le rôle de Monsieur Jean-Louis DUTARET dans le cadre du contrat de concession d'eau à la fonction de " superviseur ". De même j'ai atténué considérablement le rôle de Monsieur Alain CARIGNON dans la direction des journaux édités par " Dauphiné News ".

J'ai à nouveau fait l'objet de pression de la part de Monsieur Jean-Louis DUTARET le 06 septembre 1994 ».

Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait le 07 novembre 1994 :

(D 477) « Je n'ai pas rédigé cette lettre spontanément. J'ai fait l'objet de pressions incessantes après ma mise en examen du 19 mai. A plusieurs reprises, Monsieur Jean-Louis DUTARET par l'intermédiaire de Me GUMERY m'a demandé de charger mes dépositions et de mettre Monsieur Alain CARIGNON hors de cause. Me GUMERY est venu me vois régulièrement à SABLET dans la résidence où je me reposais. Entre le mois de mai et le mois de juillet, Me GUMERY est venu me vois tous les dix jours environs. Il est clair que ces interventions étaient totalement téléguidées par Monsieur Jean-Louis DUTARET et par Monsieur Alain CARIGNON, en tout cas je le pense. Me GUMERY m'a remis un courrier que je devais vous recopier et vous adresser au terme duquel je revenais sur mes dépositions. La lettre que je vous ai adressée datée du 12 juillet, a été inspirée de ce modèle mais j'ai enlevé tous les termes qui me paraissaient choquants ou outranciers.

J'ai rencontré Monsieur Jérôme MONOD le 27 juillet à PARIS. Il m'a dit qu'il pourrait y avoir des problèmes à GRENOBLE mais que je ne devais pas m'en inquiéter. il ne m'a rien dit d'autre. C'est lui qui m'avait demandé de venir le voir ».

Cette déclaration de Monsieur Marc-Michel MERLIN est confirmée par la déposition de Monsieur Jacques CAZIN, qui déclarait :

(D 637) « Lorsque nous sommes arrivés à SABLET nous avons discuté un moment avec Monsieur Marc-Michel MERLIN. Puis Me GUMERY s'est entretenu en tête à tête avec Monsieur Marc-Michel MERLIN. Il est clair que Me GUMERY était venu voir en catastrophe Monsieur Marc-Michel MERLIN pour l'inciter à se rétracter. Ce jour là j'ai compris qu'en réalité Me GUMERY n'était pas intéressé par la défense de Monsieur Marc-Michel MERLIN ou en tout cas qu'elle venait au deuxième plan de la protection des intérêts de Monsieur Jean-Louis DUTARET qui lui protégeait Monsieur Alain CARIGNON.

Je suis allé souvent à SABLET avec Me GUMERY. Sa principale préoccupation était de la convaincre de revenir sur ses déclarations. Monsieur Marc-Michel MERLIN était déstabilisé car Me CHAINE ne partageait pas cette position.

Je me souviens que manifestement Me GUMERY était averti par d'autres avocats parisiens des éléments nouveaux du dossier. Dans ces cas-là il me contactait en me demandant d'appeler Me CHAINE pour qu'il vienne consulter le dossier. A chaque fois il s'agissait d'éléments nouveaux susceptibles de mettre en cause Monsieur Alain CARIGNON ou Monsieur Jean-Louis DUTARET. Je sais qu'à plusieurs reprises Me CHAINE a attiré l'attention de Monsieur Marc-Michel MERLIN sur les problèmes que posait le maintien de Me GUMERY, du cabinet d'avocats DUTARET, dans le dossier. A chaque fois Me GUMERY allait voir Monsieur Marc-Michel MERLIN pour s'incruster dans le dossier ».

Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET rejetaient l'infraction de subornation de témoins qui leur était reprochée, sur la personne de Monsieur Patrick THULL, en ce qui concerne Monsieur Alain CARIGNON, de Madame Véronique BOUFFARD et Monsieur Marc-Michel MERLIN, en ce qui concerne Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Ils reconnaissaient, dans le cadre de l'information, avoir approché prévenus ou témoins, mais que ces contacts ne constituaient pas des pressions et l'infraction de subornation de témoins.

Après avoir exposé le déroulement des faits tels que le juge d'instruction les a mis à jour ainsi que les éléments de procédure, il convient dans un chapitre II de dire si les infractions reprochées aux prévenus sont juridiquement établies et de statuer sur leur culpabilité du chef d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux, complicité d'abus de biens sociaux, subornation de témoin et subornation d'autrui, corruption et complicité de corruption selon le plan suivant :

CHAPITRE II : ANALYSE ET DISCUSSION DES INFRACTIONS SECTION I : LES INFRACTIONS D'ABUS DE BIENS SOCIAUX, DE RECEL D'ABUS DE BIENS SOCIAUX, DE COMPLICITE SECTION II : LES DELITS DE CORRUPTION ACTE, DE CORRUPTION PASSIVE ET DE COMPLICITE DE CORRUPTION SECTION III : LES DELITS DE SUBORNATION DE TEMOIN ET DE SUBORNATION D'AUTRUI

CHAPITRE II - ANALYSE ET DISCUSSION DES INFRACTIONS

SECTION I - LES INFRACTIONS D'ABUS DE BIENS SOCIAUX, DE RECEL D'ABUS DE BIENS SOCIAUX, DE COMPLICITE

L'article 437 de la loi 66-537 du 14 juillet 1966 prévoit et réprime le délit d'abus de biens sociaux, à savoir : « l'usage non conforme à l'intérêt social par les dirigeants de droit ou de fait, des biens ou du crédit d'une société commerciale dans le but de satisfaire un intérêt pécuniaire ou moral, direct ou indirect ».

L'article 321-1 du Code Pénal (article 460 ancien Code Pénal), prévoit l'infraction de recel : « Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de transmettre une chose, ou de faire office d'intermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient d'un crime ou d'un délit. Constitue également le recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier par tout moyen du produit d'un crime ou d'un délit ».

La jurisprudence a établi que le délit de recel d'abus de biens sociaux est « le fait de recevoir, de détenir ou tirer profit d'une chose que l'on savait provenir d'un usage abusif des biens ou du crédit d'une société ».

Il y a lieu de vérifier si les conditions juridiques des délits d'abus de biens sociaux, de recel d'abus de biens sociaux et de complicité reprochés aux prévenus sont réunies pour l'ensemble des quatre séries de faits que nous avons décrits supra (chapitre I).

1 - LES VOLS SINAIR ET LES VOYAGES :

A - Les vols SINAIR :

A l'audience Monsieur Marc-Michel MERLIN maintenait les déclarations faites antérieurement : (notes d'audience III-XX) « En 1984, j'ai fait la connaissance de Monsieur Alain CARIGNON, qui m'a mis en relation avec Monsieur Denis BONZY. Monsieur Denis BONZY m'a demandé, fin 84, d'aider Monsieur Jean-Claude SINOUR à travailler, à la demande de Monsieur Alain CARIGNON. J'ai accepté. J'ai procédé par des acomptes d'heures de vol. Monsieur Alain CARIGNON m'a demandé d'utiliser ces avions. J'ai donné mon accord. ...Monsieur Alain CARIGNON me l'a demandé personnellement une ou deux fois par téléphone. ...Ces voyages à Monsieur Alain CARIGNON étaient un avantage que j'accordais à Monsieur Alain CARIGNON, cela a duré sur plusieurs années. ...J'ai continué à payer ces factures pour ne pas être écarté du contrat de concession. ...Après 1989, il y avait des recours, le contrat n'était pas garanti, j'ai continué à honorer ces avantages pour garder le contrat ».

A l'audience, Monsieur Alain CARIGNON reconnaissait avoir voyagé sur la compagnie SINAIR mais contestait le nombre de 142 vols établi par le rapport du SRPJ. (notes d'audiences III-XXIII) « J'ai effectué quelques déplacements avec la Compagnie SINAIR pour des déplacements politiques comme tous les hommes politiques le font. ...Il y a eu un vol à PALMA en 1992 de loisir, un vol à MALAGA en 1990, ce sont deux vols de trop. ...Je ne savais pas que je voyageais sur le compte de Monsieur Marc-Michel MERLIN. Je ne savais pas que les 49 vols que je reconnais étaient payés par le GROUPE MERLIN. ...A par les 3 vols contestables, c'était des vols faits dans le cadre de mon activité politique ».

Monsieur Alain CARIGNON et ses conseils produisaient en cours d'audience un dossier au soutien de leur thèse.

Ce dossier ayant été régulièrement joint et communiqué à le Procureur de la République ainsi qu'à toutes les parties, chacun présentait ses observations.

La défense de Monsieur Alain CARIGNON s'est rigoureusement élevée contre le fait que les vols effectués au départ de l'aéroport de GRENOBLE SAINT GEOIRS lui étaient quasi-systématiquement imputés, et qu'il revenait en quelque sorte à Monsieur Alain CARIGNON de faire la preuve de son innocence, ce qui aboutit à un renversement inacceptable de la charge de la preuve.

1) Sur la méthode d'enquête utilisée : Le Tribunal observe que : Au départ de l'aéroport de GRENOBLE SAINT GEOIRS, lorsque la compagnie SINAIR était affrétée par le GROUPE MERLIN, ce n'est que le seul Monsieur Marc-Michel MERLIN qui en bénéficiait (cf D 632 p. 3), Ce dernier, domicilié à LYON, n'avait aucun intérêt à faire environ une heure de route pour embarquer à SAINT GEOIRS, alors qu'il pouvait le faire à l'aéroport de LYON-BRON, Tant Monsieur Marc-Michel MERLIN que sa secrétaire, Madame MONTAVIT, que Monsieur Jean-Claude SINOUR, chef pilote et directeur de la SINAIR, que son pilote, Monsieur BOYER et que Madame SINOUR, secrétaire comptable de la SINAIR, témoignent de ce que la quasi totalité des vols facturés au GROUPE MERLIN au départ où à l'arrivée de SAINT GEOIRS ont bénéficié à Monsieur Alain CARIGNON ou à ses proches, Cette position unanime est confirmée par l'absence de justificatifs qui auraient permis à Monsieur Alain CARIGNON d'établir sa bonne foi : la liste des passagers embarqués sur un vol commercial, appelée manifeste, n'a pas été conservée par la compagnie SINAIR pour une raison qui ne s'explique pas hormis la volonté délibérée de cacher l'identité des bénéficiaires, et Monsieur Alain CARIGNON n'a conservé aucun agenda concernant cette période, sauf celui de février à juillet 1993. Si cette attitude n'est pas en soi critiquable quoiqu'étonnante de la part d'un homme politique ayant au moins deux emplois du temps officiels - maire et président du Conseil Général - et parfois trois - lorsqu'il était ministre - à gérer simultanément, elle ne contribue pas, à l'évidence, à faciliter la preuve d'un emploi du temps incompatible avec les vols en cause. Si l'on ajoute à ces différents critères, d'une part la prise en compte de l'emploi du temps de Monsieur Marc-Michel MERLIN et de celui de Monsieur Alain CARIGNON, reconstitué partiellement à partir de tableaux de protocole du Conseil Général et, d'autre part, l'exploitation des notes de frais payées à partir des comptes et cartes bancaires de l'un et de l'autre pendant la période 1984 / 1994, la méthode ainsi utilisée par les enquêteurs apparaît comme la seule qui pouvait l'être au vu des éléments exploitables. Dès lors que l'accusation établit à l'encontre de Monsieur Alain CARIGNON la preuve de charges précises et concordantes de recel d'abus de biens sociaux consistant en de très nombreux vols dont il a bénéficié, c'est bien à lui de s'expliquer sur les charges dont il doit régulièrement répondre.

2) Sur le nombre de vols imputables à Monsieur Alain CARIGNON et leur valeur : La prévention retient un montant de 2 487 598 F pour les voyages effectués par Monsieur Alain CARIGNON en avions-taxis SINAIR entre le 06 octobre 1984 et le 16 juillet 1993 et dont le prix a été supporté par les sociétés du GROUPE MERLIN contrairement à leur objet social.

Il s'agit du chiffrage établit à la cote D 632, page 59, correspondant à 142 vols SINAIR payés par le GROUPE MERLIN entre ces deux dates au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON étant précisé que Monsieur François LEOTARD a été le bénéficiaire des vols 46, 48, 49, 51 et 51 bis soit 5 vols, Monsieur François GUILLAUME des vols 59 et 60 soit 2 vols et Monsieur Guy MARCHAND, maire de SETE, des vols 70, 72, 73, 74, 81, 82, 98, 99, 114, 115, 116, 125, 126, 139, 140, 152, 153, 157, 158, 159, 160, 165, 168, 169 soit 24 vols et, au total, 31 vols, distincts des 142 vols correspondant à Monsieur Alain CARIGNON et supporté par le GROUPE MERLIN pour un montant de 845 014 F.

Sur ces 142 vols, la défense de Monsieur Alain CARIGNON a versé aux débats un dossier intitulé : " Observations critiques du tableau relatif aux vols SINAIR, P.V. cote D 632 N0 809/237 ", se décomposant en trois sous dossiers : Vols non attribués à Monsieur Alain CARIGNON, Vols dont Monsieur Alain CARIGNON reconnaît être le bénéficiaire, Vols contestés par Monsieur Alain CARIGNON (se décomposant eux-mêmes en 2 catégories). Du rapprochement de ces trois sous-dossiers, il ressort que :

Sont reconnus : les vols 7, 8, 9, 10, 11, 15, 26, 27, 28, 30, 36, 38, 41, 42, 47, 64, 69, 93, 106, 107, 110, 119, 120, 121, 124, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 141, 144, 161, 163, 164, 170, 173, 174, 175, 177, 178, 179, 180, 181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190 et 191 soit 57 vols ; Sont contestés (première catégorie) : les vols 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 29, 31, 32, 33, 34, 35, 37, 39, 40, 45, 50, 51, 52, 53, 54, 62, 63, 71, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 88, 89, 90, 91, 92, 97, 102, 103, 108, 111, 112, 113, 117, 118, 122, 123, 127, 137, 138, 154, 155, 156, 172, 192, soit 55 vols " pour lesquels Monsieur Alain CARIGNON était dans l'impossibilité matérielle d'y participer " ; Sont également contestés (seconde catégorie) : les vols 1, 2, 12, 13, 23, 24, 56, 58, 65, 66, 67, 68, 84, 85, 86, 87, 95, 100, 101, 109, 135, 136, 142, 146, 147, 148, 162, 166 et 167, soit 29 vols " contestés mais attribués par raisonnement des enquêteurs ". Avant d'analyser les vols il convient d'observer, avec la défense de Monsieur Alain CARIGNON, que les enquêteurs ont écarté les vols non compris dans les énumérations précédentes et pour lesquels le bénéficiaire n'a pu être établi avec certitude, soit les vols 3, 4, 5, 6, 14, 25, 43, 44, 61, 76, 83, 96, 104, 405, 143, 145, 149, 150, 151 et 176, soit au total 20 vols.

Les vols 55 et 171 ne figurant pas sur la liste des vols contestés, seront attribués à Monsieur Alain CARIGNON qui, sur le total de 142 vols reprochés, en conteste directement 55, indirectement 29, n'en conteste pas ou en reconnaît 57 + 2 = 59, soit 143 vols, la défense contestant à tort le vol 51 attribué à Monsieur François LEOTARD.

3) Sur les vols contestés du fait de l'impossibilité matérielle de Monsieur Alain CARIGNON de s'y trouver : Les justifications apportées par Monsieur Alain CARIGNON pour contester sa présence sur ces vols sont rigoureusement de même nature que celles qu'il joint à l'appui des vols qu'il reconnaît, à savoir des coupures de presse relatant ses activités d'élu et provenant pour l'essentiel du " DAUPHINE LIBERE ", dont la majeure partie ne fait foi de la date que par l'apposition d'un timbre à date ou d'une mention manuscrite en marge. C'est pourquoi la seule présence d'une coupure de presse sera insuffisante à elle seule pour écarter un vol, d'autres éléments devant s'y rajouter, par exemple les réserves (ou à l'inverse la certitude) de Monsieur Jean Claude SINOUR quant à l'attribution exacte du bénéficiaire du vol, et ce, d'autant plus que l'intérêt d'utiliser l'avion est, précisément, de réduire considérablement les délais de transport et donc de rendre compatible avec les déplacements reprochés un emploi du temps apparemment serré.

Au bénéfice du doute, et compte tenu des réserves de Monsieur Jean-Claude SINOUR, les vos n° 16 du 14 mai 1985 et 20 du 09 juin 1985 seront écartés.

a) Seront par contre maintenus dans la prévention les vols : 17, du 14 mai 1985, la présence de Monsieur Alain CARIGNON dans les locaux de FR 3 pour un débat public à 21 H 25 ne lui interdisant nullement de prendre l'avion à PARIS à 23 H 05, 18, du 24 mai 1985, Monsieur Alain CARIGNON pouvant partir en CORSE avec quatre personnes de son entourage, qui seront rapatriées le 28 tandis que lui-même reviendra le 24 pour vaquer à ses occupations. Le vol du 28 mai, destiné à récupérer ses proches, ne lui sera pas imputé, bien que bénéficiant à son entourage, 21 et 22, des 18 et 19 juin 1985, Monsieur Alain CARIGNON ne justifie de son emploi du temps que le dimanche 19 juin après-midi, alors qu'il a pu rentrer à PARIS à 11 H 30 après y être parti la veille à 19 H 45, la réception des anciens combattants en mairie le 18 à 19 H n'étant pas justifiée de façon précise, Seront écartés, pour les raisons énoncées ci-dessus, les vols 29 du 05 octobre 1985 et 31 du 16 octobre 1985.

b) Demeure dans la prévention le vol : 32 du 19 octobre 1985, entre 7 H 35 et 15 H, Monsieur Alain CARIGNON participant au congrès du RPR à PARIS, le coupon de réduction SNCF distribué aux participants ne prouvant pas qu'il a pris le train, alors qu'il justifie de sa participation aux journées portes ouvertes du CENG dans l'après-midi, puis à d'autres manifestations. Le vol 33 du 24 octobre 1985 sera écarté au bénéfice du doute, la date de l'incendie du palais des sports n'étant pas certaine.

c) Demeurent dans la prévention les vols : 34 et 35, la participation alléguée à la réunion du Club Perspective et Réalité n'étant nullement de nature à empêcher un départ pour PARIS le 03 décembre 1985 à 21 H et un retour le lendemain, 37 du 18 décembre 1985, la participation à l'Arbre de Noël du personnel de la Préfecture, qui débutait, selon le protocole du Conseil Général, à 14 H 30, permettait parfaitement de décoller à 17 H 25 pour LE BOURGET, 39 du 18 février 1986, Monsieur Jean Claude SINOUR confirme la présence de Monsieur Alain CARIGNON sur ce vol GRENOBLE / LE BOURGET, 40 du 19 février 1986, l'article de presse daté du 20 février 1986, ne comporte pas de précisions de date suffisantes pour écarter ce vol GRENOBLE / LE BOURGET, LE BOURGET / NEVERS, NEVERS / GRENOBLE. Seront écartés les vols 45 du 24 mars 1986, Monsieur Alain CARIGNON justifiant d'activités électives à GRENOBLE, ce jour là, incompatibles avec le vol GRENOBLE / MONTPELLIER / GRENOBLE s'étant déroulé entre 7 H 15 et 17 H 50, et 51 du 20 septembre 1986, attribué expressément, comme il a été dit plus haut, à Monsieur François LEOTARD, et en conséquence contesté à tort par la défense.

d) Demeurent dans la prévention les vols : 50 du 19 septembre 1986, départ GRENOBLE 21 H 30 pour PARIS, la journée passée à ROYAN par le Ministre de l'Environnement ne l'empêchant nullement d'être de retour à GRENOBLE dans la soirée pour repartir sur PARIS, 52 du 26 septembre 1986, GRENOBLE / TOURS / GRENOBLE, la défense ayant largement eu le temps de demander au maire de TOURS ce qu'il en était et la participation du maire à l'apéritif offert par Madame POUGNAND n'étant nullement certaine, 53 du 1er octobre 1986, GRENOBLE / LE BOURGET, Monsieur Alain CARIGNON n'est concerné que par cette partie du vol, qui était préalablement allé chercher quatre passagers à EPINAL et qui a redécollé à 22 H, Monsieur Jean Claude SINOUR reconnaissant expressément le maire de GRENOBLE, qui a pu dîner rapidement à la Conférence de l'Eau qu'il a présidée dans l'après-midi, 54, du 02 octobre 1986, retour du BOURGET le lendemain, 62 des 27 et 28 novembre 1986, le fait que le ministre soit à RODEZ ne contredit nullement qu'il ne revienne le soir à PARIS où l'avion-taxi est venu le chercher pour revenir à GRENOBLE à 0 H 10, 63 du 1er décembre 1986, l'avion est parti de GRENOBLE à 17 H 05 pour PARIS où Monsieur Alain CARIGNON a réglé par chèque son dîner au restaurant " le Siècle ", 71 du 20 août 1987 GRENOBLE / FIGARI / GRENOBLE, l'avion part à vide récupérer quatre passagers après la croisière sur la goélette " BOHEME II ", qu'il ramène à GRENOBLE à 17 H 15. Monsieur Alain CARIGNON déclare être remonté en voiture avec son épouse depuis la Côte d'Azur où le voilier les avait débarqués, alors que, selon les déclarations de Madame FEKETE, la croisière n'a pris fin que le 23 pour les derniers participants, après que le ministre ait été débarqué à GIARI le 20 août pour prendre l'avion et que les justificatifs produits par la défense elle-même font état de la participation, les 22 et 23 août, de Monsieur Alain CARIGNON à une cérémonie de jumelage avec la ville CORATO en ITALIE, 75 du 30 août 1987, GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, la réunion de l'Union Hôtelière de l'ISERE s'étant tenue récemment, selon la coupure de presse et non forcément la veille, et Monsieur Jean-Claude SINOUR reconnaissant Monsieur Alain CARIGNON comme le bénéficiaire. Le vol 76 sera écarté, puisqu'il est contesté à tort par la défense, les enquêteurs ne le reprochant pas à Monsieur Alain CARIGNON.

e) Demeurent dans la prévention les vols : 77 et 78 GRENOBLE / BARCELONE / GRENOBLE des 07 et 08 novembre 1987, la coupure de presse, non datée, faisant état de la remise de la Légion d'Honneur au maire de RIVES, ne contient elle-même aucune date s'opposant à l'attribution de ce vol de week-end à Monsieur Alain CARIGNON et deux de ses proches, 79 et 80 des 03 et 04 décembre 1987, GRENOBLE / TOURS et TOURS / GRENOBLE, même observation que ci-dessus, la défense n'oppose aucun élément à ces vols dont Monsieur Jean-Claude SINOUR attribue le bénéfice à Monsieur Alain CARIGNON, 88 et 89 du 20 juin 1988 GRENOBLE / LE BOURGET et 21 juin LE BOURGET / GRENOBLE (à vide). L'emploi du temps de Monsieur Alain CARIGNON pour la journée du 20 juin ne l'empêche nullement d'embarquer à 21 H 55. le retour de l'avion à vide le lendemain ne contredit pas la présence de Monsieur Alain CARIGNON à la fête de la musique dans la soirée du 21 à GRENOBLE, 90 du 23 juin 1988, GRENOBLE / LE BOURGET (à vide) et LE BOURGET / GRENOBLE (deux passagers débarqués à 19 H 35), Monsieur Jean-Claude SINOUR désigne formellement Monsieur Alain CARIGNON, qui ne produit aucun justificatif, 91 et 92 du 28 juin 1988, GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, départ 21 H 05 avec un passager, retour à vide, désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR comme le bénéficiaire, Monsieur Alain CARIGNON ne produit en justificatif que des coupures de presse faisant état de manifestations s'étant déroulées le 28 au matin. Sera écarté le vol 97 du 27 septembre 1988 GRENOBLE / NAPLES / SATOLAS dont Monsieur Alain CARIGNON reconnaît qu'il a bénéficié à son proche conseiller, Monsieur Haroun TAZIEFF.

f) Demeurent dans la prévention les vols : 102 du 12 novembre 1988, GRENOBLE / TOULON, départ à 18 H 45, retour à vide, Monsieur Alain CARIGNON est désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR et ne justifie que d'une messe le 12 novembre à 11 H parfaitement compatible avec ce vol de week-end, 103, GRENOBLE / LA MOLE / GRENOBLE du lundi 14 novembre 1988, prise en charge de trois passagers à la MOLE et arrivée à GRENOBLE à 12 H 50. Monsieur Alain CARIGNON ne participe aux débats d'orientation budgétaire qu'à 14 H 30, selon le protocole du Conseil Général (et non comme d'habitude à 9 H 30) et son arrivée vers 13 H permet sa participation au repas d'ouverture de la session. Il est en outre désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR, 108 du 06 février 1989, GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, départ à 18 H 25, retour à vide. La coupure de presse datée du 07 février 1989 et relatant la présentation de la future équipe municipale ne contient en elle-même aucune indication de date, rien n'établissant qu'elle a été faite la veille au soir et ne contre indique son attribution à Monsieur Alain CARIGNON, par ailleurs désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR, 111 du 17 mars 1989 où une remise de médailles à la mairie à 16 H suivie d'un pot ne contredit pas ce vol GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE (retour à vide) avec départ à 19 H 15 pour un week-end à PARIS de Monsieur Alain CARIGNON, désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR, 112 GRENOBLE / LA MOLE / GRENOBLE du 13 mai 1989, départ à 12 H 45 avec cinq personnes et 113 retour le 231 mai à 18 H 20 avec 7 personnes, si Monsieur Alain CARIGNON a bien inauguré une maison de retraite le 13 mai à 11 H, il a pu, ensuite, partir pour 8 jours dans le VAR avec son entourage, aucune manifestation n'étant rapportée par sa défense pendant cette période et les deux coupures de presse relatant sa présence dans la soirée du 21 mai à GRENOBLE (centenaire du syndicat d'initiative et gala de l'association Enfant Handicapé - espoir ostéopathique) sont parfaitement compatibles avec le retour à GRENOBLE à 18 H 20, 117 du 15 juillet 1989 GRENOBLE / NICE / GRENOBLE, quatre personnes embarquées à 13 H 40, retour à vide. Monsieur Alain CARIGNON, désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR, ne produit aucun justificatif du repas de famille auquel il dit avoir participé ce jour là à ST ROMAN, 118 du 29 juillet 1989, GRENOBLE / FIGARI / GRENOBLE, sept personnes embarquées à ST GEOIRS à 5 H 15, retour à vide, Monsieur Alain CARIGNON, désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR, ne justifie par du départ qu'il allègue le lendemain 30 juillet pour le TIBET avec l'alpiniste Monsieur Pierre BEGUIN, alors que cette circonstance était normalement facile à établir, 122 du samedi 14 octobre 1989, GRENOBLE / ORLY / NICE, et 123 du dimanche 15 octobre NICE / GRENOBLE, Monsieur Alain CARIGNON est reconnu formellement par les pilotes de la SINAIR et s'il donne le coup d'envoi du match d'inauguration du stade SALVADOR ALLENDE à GRENOBLE, cela ne lui interdit nullement de prendre ensuite l'avion à 15 H 45, 127 du samedi 16 janvier 1990 GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, départ à 12 H 25. Monsieur Alain CARIGNON est désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR et ne justifie pas du déjeuner dont il fait état avec des élus et des collaborateurs du Conseil Général, Seront écarté au bénéfice du doute, les vols 137 du 29 avril 1990 et 138 du 1er mai 1990, GRENOBLE / LA MOLE / LE BOURGET / GRENOBLE, puisque Monsieur Alain CARIGNON n'a pu, du fait de ses obligations justifiées, participer au vol conduisant probablement deux personnes de son entourage à la MOLE pour le week end du 1er mai, même s'il est, selon Monsieur Jean-Claude SINOUR, au nombre des trois passagers qu'il a remontés du midi le mardi 1er mai.

g) Demeurent dans la prévention les vols : 154 du 1er août 1991, GRENOBLE / FIGARI et 155 du 30 août 1991 FIGARI / GRENOBLE, où la présence de Monsieur Alain CARIGNON et de cinq membres de sa famille est attestée à l'aller comme au retour par Monsieur Jean-Claude SINOUR. La participation du maire à la cérémonie de commémoration de la libération de GRENOBLE, le 22 août, est parfaitement compatible avec ces faits, 156 du 12 septembre 1991, GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, la prise en charge très matinale à PARIS d'un passager débarqué à GRENOBLE à 6 H 45 est particulièrement compatible avec le voyage d'étude en POLOGNE organisé par le Conseil Général à compter du même jour et auquel a participé Monsieur Alain CARIGNON, par ailleurs désigné comme bénéficiaire du vol par Monsieur Jean-Claude SINOUR, 172 du 09 juillet 1992, GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE, prise en charge d'un passager ramené à GRENOBLE à 16 H 40, désigné comme étant Monsieur Alain CARIGNON par Monsieur Jean-Claude SINOUR, et dont le DAUPHINE LIBERE annonce que la séance du Conseil Municipal de GRENOBLE débutera à 17 H. S'il contestait réellement cet horaire, il appartenait au maire de produire les procès-verbaux de la réunion préparatoire puis de la séance publique. Au bénéfice du doute, le vol 192 du vendredi 16 juillet 1993, GRENOBLE / AIX, AIX / GRENOBLE deux fois, concernant 10 personnes, sans doute de l'entourage du maire, mais dont ce dernier n'a pas bénéficié directement lui-même, ne sera pas imputé à Monsieur Alain CARIGNON.

Il ressort de l'analyse systématique des justificatifs produits par la défense que sur les 55 vols qu'elle conteste au titre de l'impossibilité matérielle pour Monsieur Alain CARIGNON de s'y trouver, le Tribunal estime devoir conserver dans la prévention les vols 17, 18, 20, 21, 22, 32, 34, 35,37, 39, 40, 50, 52, 53, 54, 62,63, 71,75, 77, 78, 79, 80, 88, 89, 90, 91, 92, 102, 103, 108, 111, 112, 117, 118, 122, 127, 154, 155, 156, 172 soit 41 vols.

4) Sur les vols contestés "mais attribués par raisonnement des enquêteurs" : La même analyse doit être conduite, en observant que la destination de la CORSE comme lieu de villégiature des époux Monsieur Alain CARIGNON et Madame Jacqueline BON est habituelle selon Monsieur Jean-Claude SINOUR, Madame Jacqueline BON ayant déclaré qu'elle avait de la famille dans l'île de beauté.

Vu l'ancienneté des faits, et du fait que Monsieur Jean-Claude SINOUR n'est pas catégorique, les vols 1 et 2 des 06 et 07 octobre 1984 et 12 et 13 des 04 e 08 avril 1985 seront écartés de la prévention au bénéfice du doute, de même que les vols 23 et 24 GRENOBLE / LE BOURGET / GRENOBLE des 24 et 25 juin 1985.

a) Demeurent dans la prévention les vols : 56 du samedi 18 octobre 1986, GRENOBLE / LE BOURGET / AJACCIO / GRENOBLE où Monsieur Jean-Claude SINOUR désigne formellement les époux Monsieur Alain CARIGNON et Madame Jacqueline BON, 57 du mardi 21 octobre 1986, vol de retour avec dépose à PARIS, 58 du mercredi 22 octobre 1986, retour à vide de l'avion de PARIS à GRENOBLE, conséquence nécessaire du vol de la veille, 65 GRENOBLE / LE BOURGET du lundi 05 janvier 1987, Monsieur Alain CARIGNON est nommément désigné par Monsieur Jean-Claude SINOUR comme bénéficiaire de ce vol. Le vol 66 du mardi 06 janvier 1987, retour de Monsieur Alain CARIGNON de PARIS à GRENOBLE est, effectivement, peu probable compte tenu du conseil des ministres du mercredi 07 janvier, ainsi que le souligne sa défense. Au bénéfice du doute, ce vol sera écarté.

b) Demeurent à la prévention les vols : 67 du vendredi 17 avril 1987, GRENOBLE / AJACCIO, AJACCIO / GRENOBLE, pour quatre personnes parmi lesquelles le couple Monsieur Alain CARIGNON et Madame Jacqueline BON, identifié par Monsieur Jean Claude SINOUR, 68 du lundi 20 avril 1987, vol de retour, avion à vide à l'aller, retour avec les quatre personnes emmenées le 17 avril, 84 du mardi 12 avril 1988, GRENOBLE / LE BOURGET, LE BOURGET / GRENOBLE, GRENOBLE / LE BOURGET, concernant 5 personnes prises à PARIS, débarquées à GRENOBLE à 12 H 05 et dont quatre seront remontées à PARIS le soir même. Ce vol est attribué par Monsieur Jean-Claude SINOUR à Monsieur Alain CARIGNON et son entourage. Compte tenu de la coupure de presse produite faisant état de la présence de Monsieur Alain CARIGNON aux côtés de Monsieur Jacques CHIRAC lors du meeting de ce dernier le mercredi 13 avril 1988 au soir au Palais des Sports de LYON, et de la mention selon laquelle " le 13 avril, il (Monsieur Alain CARIGNON) reviendra à LYON avec Monsieur Jacques CHIRAC ", le Tribunal estime que ce n'est pas Monsieur Alain CARIGNON qui est resté à GRENOBLE et qu'il fait partie des bénéficiaires de la remontée sur PARIS le 12 août au soir, veille du conseil des ministres, 85 du mercredi 13 avril 1988, retour à vide de l'avion, Monsieur Alain CARIGNON empruntant la suite de Monsieur Jacques CHIRAC, 86 du mercredi 08 juin 1988, GRENOBLE / PARIS pour deux passagers dont Monsieur Jean Claude SINOUR désigne l'un deux comme étant Monsieur Alain CARIGNON, lequel ne produit aucune justification, 87 du jeudi 09 juin 1988, retour à vide de l'avion, 95 du jeudi 18 août 1988, GRENOBLE / FIGARI / GRENOBLE, un passager emmené en CORSE et deux ramenés, vol attribué par Monsieur Jean-Claude SINOUR à Monsieur Alain CARIGNON qui a parfaitement pu, comme il a déjà été dit, présider la 22 août à GRENOBLE les cérémonies du 47° anniversaire de la libération de la ville, 100 du samedi 15 octobre 1988 et 101 du vendredi 21 octobre 1988, GRENOBLE / AJACCIO / GRENOBLE, cinq personnes emmenées pour sept jours en CORSE, sur deux vols expressément attribués par Monsieur Jean-Claude SINOUR à Monsieur Alain CARIGNON qui ne produit aucun justificatif contraire, 109 du mercredi 02 février 1989, GRENOBLE / NICE / GRENOBLE, ce vol est attribué par Monsieur Jean Claude SINOUR à Monsieur Alain CARIGNON qui fêtait, le lendemain seulement, son 40° anniversaire chez lui, 135 du samedi 14 avril 1990 et 136 du mercredi 18 avril 1990, GRENOBLE / AJACCIO / GRENOBLE, les époux Monsieur Alain CARIGNON et Madame Jacqueline BON, nommément désignés par Monsieur Jean-Claude SINOUR, passent, comme à l'habitude, un week-end prolongé en CORSE et ils n'ont trouvé aucun ami pour témoigner qu'ils avaient passé Pâques dans leur propriété dauphinoise, 142 du jeudi 02 août 1990, GRENOBLE / LA MOLE / GRENOBLE, vol concernant huit personnes à l'aller et cinq au retour, expressément attribué à Monsieur Alain CARIGNON et son entourage par Monsieur Jean Claude SINOUR. Le mis en cause se borne à contester être aller à ST TROPEZ à cette période, 146 du dimanche 30 décembre 1990, GRENOBLE / MARSEILLE / GRENOBLE, concernant deux personnes, 147 du jeudi 03 janvier 1991, le retour de cinq personnes à GRENOBLE après un séjour de 4 jours en CORSE pour les fêtes de fin d'année. Ces vols sont expressément attribués par Monsieur Jean-Claude SINOUR à Monsieur Alain CARIGNON qui se borne à soutenir qu'il a passé le réveillon en famille, 148 du jeudi 24 janvier 1991, GRENOBLE / ORLY / GRENOBLE, prise en charge de deux passagers à PARIS, retour à GRENOBLE à 22 H 35, Monsieur Alain CARIGNON est formellement reconnu par l'équipage SINAIR et n'oppose aucune justification, 162 du vendredi 10 avril 1992, GRENOBLE / MILAN / GRENOBLE, trois passagers embarqués à ST GEOIRS à 9 H 40 et transportés à MILAN et retour à GRENOBLE à 16 H 25, Monsieur Jean-Claude SINOUR désigne formellement Monsieur Alain CARIGNON et son entourage et pas de contre preuve du bénéficiaire, 166 du samedi 06 juin 1992 et 167 du lundi 08 juin 1992, GRENOBLE / LA MOLE / GRENOBLE, week-end de Pentecôte pour deux personnes dont Monsieur Alain CARIGNON, selon la désignation de Monsieur Jean-Claude SINOUR, le bénéficiaire se bornant à affirmer, sans en justifier, qu'il n'était pas à ST TROPEZ à cette date.

Au terme de l'analyse de la seconde série de "vols contestés mais attribués par raisonnement des enquêteurs", le Tribunal constate que, le plus souvent, ce raisonnement correspond à la réalité, Monsieur Alain CARIGNON n'opposant qu'une dénégation purement formelle, alors même qu'il a eu tout le temps matériel pour réunir les attestations et témoignages dont il écrit souvent qu'ils seraient faciles à établir, à l'argument de l'accusation selon lequel le vol est imputé à Monsieur Alain CARIGNON, compte tenu de ce qui a été dit sur la méthode d'enquête utilisée, lorsque le déplacement ne peut être attribué à Monsieur Marc-Michel MERLIN, débute ou se termine à GRENOBLE ST GEOIRS, fait l'objet d'une reconnaissance par Monsieur Jean-Claude SINOUR ou l'un de ses pilotes et n'est pas incompatibles avec l'emploi du temps de Monsieur Alain CARIGNON.

Appliquée à la seconde catégorie de vols contestés, cette analyse conduit en conséquence le Tribunal à retenir à charge de Monsieur Alain CARIGNON les vols n° 56, 57, 58, 65, 67, 68, 84, 85, 86, 87, 95, 100, 101, 109, 135, 136, 142, 146, 147, 148, 162, 166, 167 soit 23 vols.

Sur les 142 vols visés à la prévention le Tribunal en retient en définitive 57 + 41 +23 = 121.

Le prix des vols, tel que calculé par les enquêteurs, ne fait pas l'objet de critiques.

Le montant exact du recel d'abus de biens sociaux au titre des vols SINAIR reproché à Monsieur Alain CARIGNON correspond donc à la différence entre le prix total des 142 vols, soit 2 487 598 F et celui des 21 vols écartés par le Tribunal, soit 323 793 F, ce qui donne : 2 163 805 F.

5) Sur le délit de recel d'abus de biens sociaux : Le Tribunal ayant ainsi déterminé le nombre et le coût des vols SINAIR payés par les sociétés du GROUPE MERLIN, ces faits constituent-ils les délits d'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux ?

Monsieur Alain CARIGNON savait pertinemment que le GROUPE MERLIN payait ses voyages de 1984 à 1993. Il n'est pas concevable que sur une période de 10 ans, Monsieur Alain CARIGNON ne se soit pas posé la moindre question sur l'origine des fonds qui permettaient de financer ses voyages. Même s'il avait un emploi du temps chargé, s'il exerçait plusieurs mandats électifs, s'il était ministre, il ne pouvait pas ne pas s'interroger, vu le nombre de voyages effectués, sur le financement de ces voyages.

Il savait que ces voyages, s'il s'agissait de voyages effectués dans l'intérêt de son travail de maire, de président du Conseil Général ou de ministre, pouvaient être financés par les collectivités locales ou la Ministère, ce qui a été le cas en 1993.

Ministre, il pouvait utiliser les avions du GLAM et bénéficier de facilités de la part de compagnies d'aviations ou de la SNCF.

Est-il acceptable qu'un Ministre de la République puisse voyager continuellement aux frais d'industriels et de groupes privés ?

Député, Conseiller Général, Président du Conseil Général, il ne peut être soutenu que dans ces fonctions là ces voyages étaient indispensables ; l'activité d'un homme politique de province est essentiellement une activité dirigée vers les ministères parisiens et non vers des destinations ensoleillées.

Enfin, un homme politique aussi avisé que Monsieur Alain CARIGNON ne pouvait ignorer le trouble considérable causé dans l'opinion publique par la loi d'amnistie de 1988 et aurait dû faire preuve d'attention et de prudence à l'égard de ses financeurs. Il devait refuser la prise en charge quasi systématique de ses voyages par des industriels.

Les déclarations de Monsieur Marc-Michel MERLIN confirment ces éléments, Monsieur Alain CARIGNON savait que ces vols étaient financés par les sociétés de son groupe.

De plus, il est à rappeler qu'aucun agenda ni de Monsieur Alain CARIGNON (sauf un, sur un semestre), ni de Monsieur Marc-Michel MERLIN ou de Monsieur Jean-Claude SINOUR n'a été retrouvé durant l'information, qu'aucun manifeste passager n'a été établi par la compagnie SINAIR lorsque Monsieur Alain CARIGNON empruntait ces vols.

Cela confirme, avant que Monsieur Marc-Michel MERLIN ne reconnaisse les faits, que beaucoup avait été fait pour que les infractions ne puissent être découvertes.

Monsieur Marc-Michel MERLIN reconnaissait l'infraction d'abus de biens sociaux de ce chef.

Monsieur Alain CARIGNON savait que les voyages étaient financés par le GROUPE MERLIN et ne pouvait ignorer qu'il s'agissait de dépenses contraires à l'intérêt social du GROUPE MERLIN. Ces infractions constituent le délit de recel d'abus de biens sociaux.

B - Les voyages : 1) La croisière sur la goélette " Bohème II " : A l'audience, Monsieur Alain CARIGNON contestait la durée de la croisière qui lui était imputée. Il reconnaissait avoir été présent sur le bateau 2 ou 3 jours, invité par Monsieur Jean-Louis DUTARET. Il contestait les déclarations de Madame FEKETE.

Les déclarations de Madame FEKETE (cf page 68 du présent jugement) relatent un ensemble de souvenirs précis ayant trait à la vie à bord du bateau et à la personnalité de Monsieur Alain CARIGNON. Elle décrit un personnage sympathique, avec ses habitudes, ses qualités, ses défauts (notamment culinaires) dont les détails ne peuvent avoir été inventés et requièrent une observation de longue durée.

Les dénégations de Monsieur Alain CARIGNON ne peuvent être retenues. Il a bien participé à cette croisière du 08 au 20 août 1987. Il est bien parti de FIGARI (aéroport situé au sud de la CORSE) pour GRENOBLE le 20 août 1987, tels qu'en atteste Monsieur Jean-Claude SINOUR et le vol n° 71 FIGARI / GRENOBLE.

Les déclarations de Madame FEKETE, de Monsieur Jean-Claude SINOUR, de Monsieur Marc-Michel MERLIN : « J'ai payé cette croisière, à la demande de Monsieur Jean-Louis DUTARET, pour continuer à travailler avec le maire de GRENOBLE », sont concordantes. Monsieur Marc-Michel MERLIN soulignait à l'audience (notes III-XXXIV) que cette croisière était payée « en plein contrat de concession ».

Monsieur Alain CARIGNON savait pertinemment que cette croisière, d'un montant de 170 784 F était payée par le GROUPE MERLIN et qu'elle avait, pour l'essentiel, bénéficié à sa famille et à lui-même, la présence de Monsieur Jean-Louis DUTARET étant discutée.

Les infractions d'abus de biens sociaux (Monsieur Marc-Michel MERLIN) et de recel d'abus de biens sociaux (Monsieur Alain CARIGNON) sont établies en ce qui concerne cette croisière.

2) Le voyage en AUSTRALIE : Les déclarations de Monsieur Jean-Louis DUTARET (« cadeau d'entreprise de MERLIN ») ne sont pas éloignées de celle de Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Monsieur Jean-Louis DUTARET reconnaissait avoir bénéficié d'un voyage en AUSTRALIE du 23 décembre 1988 au 05 janvier 1989 qu'il avait effectué en compagnie de Monsieur Michel PLANQUE.

Ses explications ne sont pas sérieuses si l'on se réfère au coût de ce voyage. Il savait pertinemment que le voyage payé par le GROUPE MERLIN avait un coût important et était contraire à l'intérêt social de ce groupe.

Son défenseur Me GIBAULT soutient sur ce point qu'un voyage est une prestation de service et ne constitue pas " le recel de chose " prévu par l'article 460 du Code Pénal.

Il y a lieu de rejeter cet argument, un voyage d'agrément, payé par une société commerciale est bien un avantage contraire à l'intérêt social de l'entreprise et constitue bien le délit d'abus de biens sociaux (Monsieur Marc-Michel MERLIN) et de recel d'abus de biens sociaux (Monsieur Jean-Louis DUTARET).

2 - L'APPARTEMENT DU 286 BOULEVARD SAINT-GERMAIN

Monsieur Marc-Michel MERLIN confirmait à l'audience (notes III-XXXV) les déclarations faites à compter du 07 novembre 1997 :

«C'est Monsieur Denis BONZY qui m'a clairement demandé cet appartement. Monsieur Alain CARIGNON m'a dit qu'il avait besoin de cet appartement... Moi-même, je n'aurais jamais acheté boulevard Saint Germain, si on ne me l'avais pas demandé... cet appartement devait servir à Monsieur Alain CARIGNON... Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON m'ont dit qu'ils allaient trouver une solution quand j'ai su que le loyer n'était pas payé».

Monsieur Alain CARIGNON maintenait à l'audience qu'il n'avait pas demandé à Monsieur Marc-Michel MERLIN d'acheter cet appartement pour le mettre à sa disposition, qu'il y était passé quelques fois : (notes III-XVIII) « Monsieur Denis BONZY a dû demander à Monsieur Marc-Michel MERLIN. Monsieur Marc-Michel MERLIN a dû me dire « j'ai décidé d'acheter des bureaux à Paris que je peux mettre à votre disposition », je n'y ai vu aucune malice ».

Monsieur Jean-Louis DUTARET niait également avoir utilisé l'appartement à cette époque. Il avait effectivement participé à la rédaction des statuts de MODERNITÉ RÉGIONALE.

Il ressort des déclarations répétées de Monsieur Marc-Michel MERLIN que c'est bien Monsieur Denis BONZY, au nom de Monsieur Alain CARIGNON, et Monsieur Alain CARIGNON lui-même qui lui ont demandé d'acheter l'appartement du 286 boulevard Saint Germain pour le mettre à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON.

Ce fait ne peut-être contesté par Monsieur Alain CARIGNON.

Monsieur Marc-Michel MERLIN n'avait aucun intérêt personnel à acheter cet appartement. Le GROUPE MERLIN n'avait aucun besoin d'une antenne de cette importance (280 m2) à Paris.

Monsieur Thierry MARCHALL a suivi l'opération d'achat et d'aménagement de l'appartement. Ses contacts avec Madame Sophie MARTEL et Monsieur Jean-François BOYER ne laissent aucun doute quant à l'affectation de l'appartement au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON.

Madame Jacqueline BON a reconnu avoir joué un certain rôle lors de l'aménagement de l'appartement.

L'association MODERNITÉ RÉGIONALE était bien le locataire initial de l'appartement. La création de cette association dont le président est Monsieur Alain CARIGNON qui se domicilie 286 boulevard Saint Germain démontre bien que l'appartement ne servait qu'à Monsieur Alain CARIGNON.

Monsieur Thierry MARCHALL rappelait à l'audience qu'il avait envoyé à MODERNITÉ RÉGIONALE des avis d'appels de loyer trimestriels. Des factures EDF et de téléphone ont été acquittées par MODERNITÉ RÉGIONALE. Cette association n'était pas une association mort-née, comme le prétendait Monsieur Jean-Louis DUTARET. Elle a été l'interlocuteur du GROUPE MERLIN dans la gestion initiale de l'appartement au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON.

Les déclarations, de Monsieur Marc-Michel MERLIN, de Monsieur Thierry MARCHALL, de Madame Mireya OVARES LEON (cf. page 48), de Madame Claude JEANNEST DE GYVES (cf. page 48), de Monsieur Denis BONZY (cf. page 46) doivent être prises en compte et constituent un ensemble concordant qui atteste que Monsieur Marc-Michel MERLIN a bien acheté l'appartement du 286 boulevard Saint Germain pour le mettre à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON qui en était l'occupant principal.

Ainsi Monsieur Alain CARIGNON est à l'origine de la demande de cet appartement auprès de Monsieur Marc-Michel MERLIN et il en est l'utilisateur.

Monsieur Jean-Louis DUTARET a aidé Monsieur Alain CARIGNON dans la création de MODERNITÉ RÉGIONALE, il a également utilisé l'appartement sachant parfaitement, compte tenu des contacts qu'il avait lui-même avec Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Thierry MARCHALL, que cet appartement appartenait au GROUPE MERLIN et était mis à la disposition de Monsieur Alain CARIGNON pour ses activités parisiennes personnelles.

Ces faits constituent les délits d'abus de biens sociaux (Monsieur Marc-Michel MERLIN), recel d'abus de biens sociaux (Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Alain CARIGNON).

3 - LA SA WHIP : A - L'acquisition et l'utilisation de l'appartement : A l'audience, Monsieur Marc-Michel MERLIN déclarait : (notes IV-I) « L'appartement de Saint Germain m'a été demandé en septembre 1987 par Monsieur Alain CARIGNON en présence de Monsieur Jean-Louis DUTARET, et Madame Jacqueline BON dans les sous-sols du ministère de l'environnement à deux conditions : l'obtention du marché de l'eau et m'entendre avec la LYONNAISE DES EAUX. J'ai accepté et ne pouvais plus reculer. Le transfert à WHIP est un montage mis au point en juillet 1988 en présence de Monsieur Thierry MARCHALL. L'essentiel est un habillage par factures adressées à mon groupe. C'est Monsieur Alain CARIGNON qui me l'a demandé. Monsieur Jean-Louis DUTARET a toujours été l'émissaire de Monsieur Alain CARIGNON. Monsieur Jean-Louis DUTARET a proposé cette solution... Monsieur Alain CARIGNON voulait cet appartement. Monsieur Jean-Louis DUTARET a trouvé la solution la moins pire ».

Monsieur Alain CARIGNON quant à lui déclarait à l'audience : (notes IV-III) « Monsieur Marc-Michel MERLIN aggrave ses déclarations. Je répète qu'en septembre 1987, jamais avec mon épouse, je ne lui ai indiqué que s'il n'achetait pas l'appartement il serait écarté du contrat de l'eau. Je n'ai pas été l'utilisateur de cet appartement... Pour moi que Monsieur Marc-Michel MERLIN ait traité ou pas avec WHIP n'aurait rien changé à la prise du contrat d'eau ou pas... Je rejette les déclarations que Monsieur Marc-Michel MERLIN vient de faire. Monsieur Jean-Louis DUTARET ne m'a jamais parlé de cette société. Il m'a donné sa philosophie ».

Monsieur Jean-Louis DUTARET déclarait qu'il était le créateur de la société WHIP, qu'il s'agissait d'une société effective créée pour venir en aide aux industriels, que l'appartement du boulevard Saint Germain servait pour accomplir ce travail et non pour Monsieur Alain CARIGNON, même s'il arrivait qu'il y vienne de temps en temps.

Il ressort des pièces du dossier qu'au 31 décembre 1987 une somme de 626 400 F correspondant au montant des impayés était portée au débi d'un compte courant MODERNITÉ RÉGIONALE ; que Monsieur Marc-Michel MERLIN aurait interrogé Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON sur ces impayés locatifs, que le GROUPE MERLIN pouvait avoir des problèmes fiscaux avec cette situation comptable et que l'intérêt de Monsieur Marc-Michel MERLIN n'était pas de garder la propriété de cet appartement. Il ne pouvait qu'accepter le montage préparé par Monsieur Jean-Louis DUTARET, faire passer l'appartement du patrimoine du GROUPE MERLIN à celui d'une société WHIP créée pour la circonstance.

Les déclarations de Monsieur Marc-Michel MERLIN, de Monsieur Jean-Georges CASTEX (cf. page 50), de Monsieur Thierry MARCHALL démontrent que l'objectif principal de la création de la SA WHIP au-delà de son objet social, était d'acquérir l'appartement du 286 boulevard Saint Germain dans le but de faire en sorte que Monsieur Alain CARIGNON y poursuive ses activités politiques parisiennes.

Le Tribunal ne peut apprécier, à ce stade, si la démarche de Monsieur Jean-Louis DUTARET n'était pas de garder la propriété de l'appartement pour son propre compte ou de la faire passer dans le patrimoine de Monsieur Alain CARIGNON, ce qui était juridiquement difficile à effectuer (cf. notes de plaidoiries de Maître GAZENGEL).

Ainsi la SA WHIP a bien été conçue pour remédier aux impayés locatifs dus à la SOCIÉTÉ IMMOBILIERE DU BOULEVARD SAINT GERMAIN et pour que dans ce nouveau cadre juridique elle puisse permettre d'assurer la continuité du travail parisien de Monsieur Alain CARIGNON.

Monsieur Alain CARIGNON ne pouvait ignorer les données de ce montage et son objectif. Ses relations étroites de travail avec Monsieur Jean-Louis DUTARET amènent à penser qu'il était parfaitement informé.

D'autre part, l'organisation du capital social de WHIP (famille de Monsieur Jean-Louis DUTARET, membres du cabinet de Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Denis BONZY, Madame Véronique BOUFFARD, Monsieur Jean-François BOYER), sa direction écran par Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, soeur de Monsieur Jean-Louis DUTARET, les déclarations de Monsieur Marik CHARLOT (cf. page 51), de Madame Florence STUMM (cf. page 51), de Madame Véronique BOUFFARD, de Monsieur Hugues AMOURETTE (cf. page 51), de Madame Marie-Edith LEGENDRE (cf. page 53), de Madame Pierrette AUVRAY (cf. page 53), de Monsieur Jean-François BOYER (cf. page 52), de Monsieur Patrick THULL... démontrent également que l'appartement était la structure politique parisienne de Monsieur Alain CARIGNON, que tout le personnel (à l'exception de Madame Pierrette AUVRAY qui faisait quelques photocopies pour WHIP et de Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER) travaillait essentiellement pour Monsieur Alain CARIGNON et était rémunéré pour partie par la SA WHIP.

Il s'agit là d'un ensemble d'éléments concordants qui établissent que Monsieur Alain CARIGNON, avec l'aide de Monsieur Jean-Louis DUTARET, à l'époque son directeur de cabinet officieux au ministère de l'environnement, était l'utilisateur principal des parties privatives et d'un bureau et le bénéficiaire principal du travail de son équipe parisienne hébergée dans cet appartement.

Cette structure passive ne produisait aucun travail effectif répondant à l'objet social de WHIP, seule la structure bruxelloise de WHIP faisait un travail conforme à son objet social.

B - Les prestations de la SA WHIP : Il doit être rappelé que le GROUPE MERLIN a versé la somme de 9 373 060 F à la SA WHIP de 1988 à 1993, que les filiales de la LYONNAISE DES EAUX ont versé à la SA WHIP de 1989 à 1993 une somme de 2 220 000 F.

Deux thèses sont en présence : celle du Juge d'Instruction, dans le cadre de son ordonnance de renvoi, reprise par Monsieur le Procureur de la République à l'audience, qui soutient que le versement des sommes indiquées supra par le GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX ne correspondent à aucun travail effectif de la SA WHIP, qu'il s'agit de fausses facturations ayant servi à financer par le GROUPE MERLIN le rachat de l'appartement du 286 boulevard Saint Germain par la SA WHIP et de payer pour partie le personnel de la SA WHIP qui travaillait pour Monsieur Alain CARIGNON, celle des prévenus, excepté Monsieur Marc-Michel MERLIN, qui soutiennent que le travail de WHIP a été un travail effectif correspondant aux facturations envoyées au GROUPE MERLIN et à la LYONNAISE DES EAUX, que WHIP n'était pas la structure écran de Monsieur Alain CARIGNON et n'avait pas non plus comme objectif le financement de l'appartement du boulevard Saint Germain.

Les déclarations de Monsieur Marc-Michel MERLIN, celles des cadres de son groupe (Monsieur PETITJEAN (cf. page 57), Monsieur COMBEAU, Monsieur Thierry MARCHALL), les déclarations faites dans le cadre de l'instruction par Monsieur Pierre MERLIN expliquant que la SA WHIP n'avait pas produit de travail utile, démontrent que le travail de WHIP n'était pas un travail effectif et que WHIP était un habillage habile du financement des activités parisiennes de Monsieur Alain CARIGNON.

Elles sont corroborées par les déclarations faites par Madame Véronique DESBROSSES (cf. page 58) disant que les bureaux de Bruxelles n'avaient fonctionné qu'à partir de février 1989, alors que le GROUPE MERLIN avait déjà versé à la SA WHIP durant l'année 1988 1 125 000 F. Madame Véronique DESBROSSES a travaillé essentiellement pour des clients de la SCP DUTARET : COLGATE, GESAL... Il est à noter que trois contrats sont signés par le GROUPE MERLIN portant sur le même objet, que la même documentation irrigue les trois sociétés de ce groupe.

Le rapport d'audit MAZARS faisait état, sous réserve de justificatifs postérieurs, d'honoraires versés par le GROUPE MERLIN élevés au regard des services fournis.

De même les factures COVEG, TETRAPOLE, SFADT ne reposent sur aucun travail sérieux et constituent une double facturation pour rémunérer Monsieur Jean-Louis DUTARET et la SA WHIP.

Les collaborateurs de la SA WHIP au 286 boulevard Saint Germain travaillaient exclusivement pour Monsieur Alain CARIGNON. La SA WHIP à Paris n'avait pas de production propre. Madame Pierrette AUVRAY se contentait de photocopier les documents que lui envoyait WHIP à Bruxelles et de les dispatcher aux sociétés du GROUPE MERLIN et à la LYONNAISE DES EAUX.

es éléments démontrent que seule WHIP à Bruxelles (Madame Véronique DESBROSSES et Madame Martine RIZZI) a fait un travail effectif pour le GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX.

Il est à souligner les déclarations à l'audience de Monsieur MANGIN D'OUINCE, de Monsieur VINCENT, de Monsieur GAUDIN (cadres supérieurs de la LYONNAISE DES EAUX), celles de Monsieur GUIBERT (expert officieux de la LYONNAISE DES EAUX) précisant que la SA WHIP a fait un travail effectif pour la LYONNAISE DES EAUX (notamment activité de lobbying, subvention européenne de 30 millions de francs pour l'usine de Vigneux), les déclarations de Monsieur Pierre MERLIN à l'audience disant que WHIP a fait un travail effectif, celles de Monsieur PETITJEAN et de cadres du GROUPE MERLIN expliquant avoir, grâce à Madame Véronique DESBROSSES, pris contact avec des fonctionnaires de la communauté européenne.

Au surplus le rapport de l'expert Monsieur Michel BRUYAS retenait également que WHIP avait eu une production propre (environ 33 %).

En fonction de l'ensemble de ces éléments, le tribunal dit que la SA WHIP est essentiellement une société écran qui a servi à maintenir et à développer l'activité parisienne de Monsieur Alain CARIGNON ; qu'elle a cependant fait un travail effectif correspondant à son objet social en faveur des sociétés du GROUPE MERLIN et de la LYONNAISE DES EAUX, mais seulement à partir de son antenne bruxelloise.

Le tribunal possède suffisamment d'éléments pour évaluer le travail effectif de la SA WHIP à la somme de 2 373 060 F en faveur des sociétés du GROUPE MERLIN et à la somme de 1 million de francs pour la société LYONNAISE DES EAUX.

Monsieur Jean-Louis DUTARET apparaît comme l'organisateur, le gérant de fait de la SA WHIP, sa soeur Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER a joué un rôle d'exécutant mais ne pouvait ignorer l'activité exacte de la SA WHIP puisqu'elle était présente tous les mercredis au boulevard Saint Germain.

Monsieur Alain CARIGNON, bénéficiaire de l'appartement et du personnel de la WHIP à Paris, ne pouvait pas non plus ignorer le montage réalisé par Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Monsieur Pierre MERLIN qui avait repris le contrat WHIP en 1991 avait initialement reconnu le rôle exact de WHIP. Il savait bien que l'essentiel du travail de la SA WHIP ne correspondait pas aux rémunérations versées par sa société. Le tribunal chiffre le travail effectif de la SA WHIP pour Monsieur Pierre MERLIN à la somme de 300 000 F.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, signataire du contrat WHIP pour la LYONNAISE DES EAUX en 1989, savait également parfaitement qu'une partie des sommes payées à la société WHIP ne correspondait pas à un travail réel. Le tribunal fait état de cet élément pour mémoire, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY n'étant pas poursuivi pour abus de biens sociaux de ce chef. Même si l'auteur principal n'est pas poursuivi, la poursuite de recel d'abus de biens sociaux contre Monsieur Jean-Louis DUTARET est autonome et parfaitement établie.

C - Les factures SCP DUTARET / SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN : Maître GIBAULT, conseil de Monsieur Jean-Louis DUTARET, soutient que ces factures ne peuvent être qualifiées d'abus de biens sociaux ou de recel d'abus de biens sociaux, s'agissant de factures émanant d'une SCP d'avocats et qui ne peuvent être arbitrées que par le Bâtonnier de Paris.

Cet argument ne peut-être retenu. Le décret du 23 novembre 1991 stipule qu'en cas de contestation d'honoraires, l'intervention du Bâtonnier est requise.

En ce qui concerne ces cinq factures, il ne s'agit nullement de contestation d'honoraires de la part d'un partie.

Ces quatres notes d'honoraires émises par Monsieur Jean-Louis DUTARET constituent des abus de biens sociaux et recel opérés au préjudice des sociétés du GROUPE MERLIN : la facture du 22 juillet 1988 de 100 000 F, émise en règlement de l'étude du compromis de l'appartement du boulevard Saint Germain est dépourvue de fondement, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON sont débiteurs des loyers de l'appartement et la seule réponse de Monsieur Jean-Louis DUTARET est de facturer le GROUPE MERLIN qui va payer l'appartement à WHIP par une surfacturation. les factures du 07 octobre 1987 et 13 novembre 1987 (2 x 50 000 F) sont parfaitement contraires à l'intérêt social du GROUPE MERLIN qui paye Monsieur Jean-Louis DUTARET pour ses prestations effectuées pour le maire de Grenoble dans le cadre ses négociations sur le contrat de l'eau. la facture du 09 juillet 1987 de 50 000 F correspond également à une facturation indue. Quel intérêt le GROUPE MERLIN pouvait-il avoir dans la reprise du JOURNAL MINUTE ? Pourquoi Monsieur Marc-Michel MERLIN avance t-il 7 millions de francs sur le compte CARPA de Monsieur Jean-Louis DUTARET et paye t-il cette facture de 50 000 F au titre des négociations ? Une nouvelle fois cette facture constitue un abus de biens sociaux et un recel d'abus de biens sociaux contraires à l'intérêt social du GROUPE MERLIN.

D - Les cours d'anglais dispensés à Monsieur Alain CARIGNON par la société BERLITZ : Il en est de même en ce qui concerne les cours BERLITZ payés par la SA WHIP à hauteur de 61 079 F. Il s'agit là encore d'abus de biens sociaux et de recel. L'infraction est bien constituée même si postérieurement Monsieur Jean-Louis DUTARET a remboursé sur ses deniers personnels la SA WHIP.

L'ensemble de ces éléments constitue les délits d'abus de biens sociaux (Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Pierre MERLIN), de recel d'abus de biens sociaux (Monsieur Jean-Louis DUTARET, Monsieur Alain CARIGNON, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER).

4 - LE GROUPE DAUPHINÉ NEWS : Monsieur Frédéric MOUGEOLLE rappelait à l'audience : (V-III) « J'ai réalisé le concept de DAUPHINÉ NEWS. Ce projet est antérieur aux réunions de campagne. Je n'ai pas participé à ces réunions. J'ai choisi mon équipe ». Il confirmait dans la même déposition être le rédacteur en chef du journal, l'avoir créé, avoir trouvé les financiers et gérer les mauvais résultats de ce groupe de presse. Pour lui Monsieur Alain CARIGNON n'est pas le gérant de fait de ce groupe, ce que confirmait Monsieur Alain CARIGNON à l'audience : (V-IX) « Je n'étais pas le rédacteur en chef de ce journal ». Monsieur Jean-Jacques PROMPSY confirmait à l'audience la nécessité pour la LYONNAISE DES EAUX de se diversifier sur des segments d'activité répondant aux besoins nouveaux des collectivités locales. C'est par l'intermédiaire de Monsieur Jean-Louis DUTARET qu'il rencontrait Monsieur Frédéric MOUGEOLLE et, séduit par ce dernier, reprenait le passif de DAUPHINÉ NEWS pour développer le produit.

Les déclarations de Monsieur Serge KAMPF (cf. page 34) et de Monsieur Marc-Michel MERLIN (cf. pages 35-36) ne peuvent être contestées. Ils ont tous les deux clairement affirmé qu'ils s'étaient engagés dans le financement de DAUPHINÉ NEWS à la demande de Monsieur Alain CARIGNON, qu'ils ne l'auraient pas fait si ce dernier ne le leur avait pas demandé.

Les déclarations de Monsieur Denis BONZY (cf. page 31), de Monsieur Patrick THULL (cf. page 31), de Madame Véronique BOUFFARD (cf. page 32), trois des plus proches collaborateurs du maire, de Monsieur Lucien SALLIERE, ne peuvent être contestées. Le groupe DAUPHINÉ NEWS répondait à un travail du staff politique de Monsieur Alain CARIGNON (le point 40 de la note rédigée par Monsieur Denis BONZY), créer un « journal d'ambiance favorable » en vue des élections cantonales (1988) et municipales (1989).

C'est bien Monsieur Alain CARIGNON qui est, avec l'aide de ses collaborateurs, à l'origine de la création de ce groupe de presse et de ces journaux.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, bon professionnel, a été l'exécutant journalistique de Monsieur Alain CARIGNON. Ses compétences soulignées à l'audience par les témoins Monsieur Paul DREYFUS, Monsieur Aimery CHAIGNE, Monsieur BOUCHET, Monsieur Virgile TANASE... ne sont pas remises en cause. Il a parfaitement mis en musique la partition écrite par d'autres en faisant de DAUPHINÉ NEWS un journal de qualité.

Monsieur Alain CARIGNON s'est impliqué directement dans la réalisation de DAUPHINÉ NEWS.

Qu'un homme politique envoie à un rédacteur en chef de journaux une note aussi détaillée comportant 18 instructions (ou suggestions d'articles) lui demandant également l'envoi du BAT (Non À Tirer) n'est pas ordinaire !

Ces directives, même si elles ne sont pas toutes reprises en l'état, marquent bien l'implication réelles de Monsieur Alain CARIGNON dans la politique rédactionnelle de DAUPHINÉ NEWS.

Monsieur Alain CARIGNON apparaît ainsi comme le véritable initiateur de ces publications qui sont faites dans son intérêt et pour servir son image d'homme politique dynamique, proche du terrain, des gens, des réalités de sa ville, il en surveille également le contenu par ses suggestions et le droit de regard qu'il exerce sur ces publications.

Le renflouement du groupe DAUPHINÉ NEWS par les filiales SEREPI et SERECOM de la LYONNAISE DES EAUX est organisé grâce à l'aide de Monsieur Jean-Louis DUTARET et dans le but d'éteindre le passif du groupe de presse très proche de Monsieur Alain CARIGNON.

Monsieur Alain CARIGNON se profile également derrière cette opération qu'il a téléguidée avec l'aide de Monsieur Jean-Louis DUTARET. Les déclarations de Monsieur Denis BONZY, de Monsieur Alain NIEVOLLET et de Monsieur Patrick THULL sont également sur ce point concordantes et convaincantes.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY ne peut soutenir que la LYONNAISE DES EAUX avait de justes raisons de renflouer pour 6,2 millions de francs un groupe qui n'avait plus de personnel. Le groupe de presse de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE ne représentait aucun intérêt stratégique pour la LYONNAISE DES EAUX, ou alors cette société est bien mal gérée, argument que le tribunal écartera. C'est Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, déjà négociateur du contrat WHIP, qui gérera cette opération, alors que ce segment communication de la LYONNAISE DES EAUX aurait dû être pris en charge par les filiales communication de la LYONNAISE DES EAUX.

Il est à rappeler la remarque de Monsieur Bernard CABARET, supérieur hiérarchique de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY à l'époque des faits, disant « que cette activité de reprise de DAUPHINÉ NEWS n'était pas opportune et n'avait rien à voir avec la communication ». Note du 09 octobre 1989 : « Ce métier n'est pas le nôtre ».

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY savait pertinemment que les filiales SEREPI et SERECOM n'avaient aucun intérêt à reprendre un tel groupe.

Le fait également d'avoir salarié Monsieur Frédéric MOUGEOLLE (qui venait de créer MCM) sans travail effectif de la part de ce dernier, est tout aussi illogique et incohérent si l'on se place sur le terrain économique.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, contrairement à ses déclarations à l'audience, n'a pas fait un travail effectif pour la LYONNAISE DES EAUX lorsqu'il a créé MCM. Il a eu quelques contacts (attestés par son agenda), sans rapport avec les prestations financières perçues.

Monsieur Louis BERA reconnaît avoir agi sur instructions de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, ce que confirme ce dernier. Il est le signataire des chèques représentant les salaires de complaisance versés à Monsieur Frédéric MOUGEOLLE et le créditeur du compte courant de la société MCM. Surtout, il est, en sa qualité de PDG des sociétés SEREPI et SERECOM, responsable du renflouement du groupe DAUPHINÉ NEWS.

Monsieur Marc-Michel MERLIN, en tant qu'administrateur de la SEREPI où il possédait 35 % du capital, était parfaitement informé de l'utilisation des fonds de cette société contraire à son intérêt social.

L'ensemble de ces éléments constituent les délits d'abus de biens sociaux (Monsieur Louis BERA, Monsieur Marc-Michel MERLIN), de recel d'abus de biens sociaux (Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE) et de complicité d'abus de biens sociaux (Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY).

5 - SUR L'AMNISTIE ET LA PRESCRIPTION : A - L'amnistie : Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET sollicitent par l'intermédiaire de leurs conseils, l'application des lois d'amnistie du 20 juillet 1988 et du 15 janvier 1990 aux infractions d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux et de complicité d'abus de biens sociaux qui leur sont reprochées. Monsieur Alain CARIGNON soutient que les lois d'amnistie du 20 juillet 1988 (article 2.5) et du 15 janvier 1990 (article 19 s'appliquent à tous les faits qu'on lui reproche antérieurement au 11 mars 1988 et 15 juin 1989. Monsieur Jean-Louis DUTARET soutient qu'au vu des deux lois citées, il y a lieu de constater l'amnistie des délits d'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux qu'on lui impute.

Aux termes de l'article 2.5 de la loi d'amnistie du 20 juillet 1988 sont amnistiés, lorsqu'ils ont été commis avant le 11 mars 1988 les délits « en relation avec des élections de toute nature, notamment en relation avec le financement direct ou indirect de campagnes électorales ou de partis politiques ».

Aux termes de l'article 19 de la loi d'amnistie du 15 janvier 1990 sont amnistiés « sauf en cas d'enrichissement personnel de leurs auteurs... toutes infractions en relation avec le financement direct ou indirect de campagnes électorales ou de partis et de groupements politiques à l'exclusion des infractions prévues par les articles 175 à 179 du code pénal (ancien) »c'est à dire à l'exception de la corruption.

Chaque loi d'amnistie ayant un champ d'application particulier le bénéfice de la loi d'amnistie du 20 juillet 1988 ne peut-être évoqué pour des faits commis postérieurement à la date d'entrée en vigueur de la loi.

1) L'amnistie en ce qui concerne les faits antérieurs au 11 mars 1988 (loi du 20 juillet 1988) : L'utilisation du boulevard Saint Germain, l'utilisation des avions taxis SINAIR, la croisière effectuées sur la goélette BOHEME II n'entrent pas dans le cadre prévu par la loi d'amnistie.

Monsieur Alain CARIGNON, homme politique bien implanté dans l'Isère, n'a aucunement besoin d'un appartement parisien pour organiser sa vie politique dauphinoise. Cet appartement sert, entre 1986 et 1988, à ses activités personnelles et n'a aucune relation avec le financement d'un parti politique ou d'une campagne électorale en Dauphiné. Monsieur Alain CARIGNON n'exerce pas, entre 1986 et 1988, de responsabilités politiques nationales au RPR.

La croisière sur la goélette la BOHEME II n'est pas non plus en relation avec l'activité politique ou à la préparation d'échéances électorales. Il s'agit d'un voyage d'agrément.

Les vols SINAIR de 1984 à 1988, ne peuvent être rattachés, durant cette période, à l'activité électorale ou politique. Il s'agit de vols d'agrément ou de facilités de déplacement accordés par le GROUPE MERLIN. Si cela correspondait à des activités politiques ou électorales, ils auraient dû être pris en charge par le RPR, par la mairie de Grenoble ou le conseil général de l'Isère. Il n'est pas acceptable qu'un homme politique utilise de manière aussi intensive des heures de vols mises à sa disposition par une compagnie privée payées par un groupe industriel.

2) L'amnistie en ce qui concerne les faits commis entre le 12 mars 1988 et le 15 juin 1989 (loi du 15 janvier 1993) : L'utilisation des vols SINAIR durant cette période, les factures WHIP finançant l'achat de l'appartement du boulevard Saint Germain ne sont pas en relation avec le financement de campagnes électorales ou d'un parti politique.

Monsieur Alain CARIGNON n'avait aucun besoin d'une importante structure politique parisienne (propriété de la SA WHIP) pour développer ses activités électorales ou politiques en Dauphiné, terre dont il est l'élu.

Les vols SINAIR durant cette période ne sont pas plus en relation avec les activités électorales « voyage à Bastia, Ajaccio, Malaga... », et ne servent pas à préparer des élections en Dauphiné ou à financer le travail d'un parti politique.

Ainsi Monsieur Alain CARIGNON ne peut prétendre bénéficier de la loi d'amnistie du 15 janvier 1990.

Monsieur Jean-Louis DUTARET, du fait du même raisonnement ne peut pas plus prétendre au bénéfice des lois d'amnistie.

Au vu de ces éléments, il n'apparaît pas utile de s'interroger sur le critère de l'enrichissement personnel développé par le Juge d'Instruction, le MINISTÈRE PUBLIC ou les parties.

Au surplus, l'absence d'enrichissement personnel démontré, revendiquée par la défense, n'est nullement établie : le non-paiement de toutes les prestations en cause par les intéressés sur leurs fonds personnels les a, à l'évidence, enrichis du montant de leur coût.

B - La prescription : Monsieur Jean-Louis DUTARET, par l'intermédiaire de ses conseils, soutient que les délits d'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux réputés commis avant le 05 avril 1989 sont prescrits aux motifs suivants :

« Aux termes de l'article 8 du code de procédure pénale, la prescription court à compter du jour de la commission du délit. En ce qui concerne le délit d'abus de biens sociaux, la prescription court à compter du versement des avantages indus. Pour ce qui est du recel d'abus de biens sociaux qui constitue un délit différent et qui peut se poursuivre au-delà de l'abus de biens sociaux, la prescription court à partir du jour où le receleur se débarrasse de la chose ou cesse de tirer profit du produit obtenu frauduleusement.

La saisine du SRPJ de Lyon, en vue d'une enquête consécutive aux dénonciations, transmise par le Parquet de Grenoble le 15 novembre 1991, est en date du 06 avril 1992. En application de l'article 8 du code de procédure pénale, à la date de déclenchement de l'action publique, la prescription avait fait son oeuvre pour tous les faits accomplis avant le 05 avril 1989 ».

L'article 8 du code de procédure pénale stipule que la prescription est acquise trois ans après la commission du délit.

1) La prescription du délit d'abus de biens sociaux : L'action publique destinée à sanctionner l'abus de biens sociaux ne commence à se prescrire que du jour où les délits sont apparus et ont pu être constatés dans des conditions permettant l'exercice de l'action publique.

En l'espèce les faits d'abus de biens sociaux relatifs au groupe DAUPHINÉ NEWS ont été dénoncés au Procureur de la République de Grenoble qui les a transmis au Procureur de la République de Lyon le 15 novembre 1991. Ils donnaient lieu à ouverture d'un enquête de police du SRPJ par soit-disant du 06 avril 1992.

Ce soit-transmis est l'acte interruptif de prescription.

Ainsi la dénonciation des faits d'abus de biens sociaux est effectuée le 15 novembre 1991, date du départ du délai de prescription. L'acte interruptif est du 06 avril 1992. La prescription ne peut-être retenue de ce chef.

En ce qui concerne les faits d'abus de biens sociaux concernant la mise à la disposition gratuite de l'appartement du boulevard Saint Germain entre 1986 et 1988, les facturations WHIP entre 1988 et 1993 ont été portées à la connaissance du juge d'instruction en septembre 1994, dans le cadre du développement de l'information judiciaire. Le point de départ de la prescription pour cet ensemble de faits nouveaux par rapport à la saisine initiale du Juge d'Instruction est cette date de septembre 1994.

La prescription ne peut-etre retenu de ce chef.

2) La prescription du recel d'abus de biens sociaux : Ainsi si le point de départ de la prescription en matière d'abus de biens sociaux est reporté au jour où l'emploi abusif desdits biens a pu être constaté dans des conditions permettant l'exercice de l'action publique, le point de départ de la prescription du délit de recel d'abus de biens sociaux, infraction de conséquence, est le jour où l'infraction d'origine a été constatée dans ces mêmes conditions permettant l'exercice de l'action publique.

Le tribunal vient d'établir que les faits d'abus de biens sociaux n'étaient pas prescrits, en conséquence les faits de recel d'abus de biens sociaux ne peuvent non plus être prescrits.

L'action publique du chef des délits d'abus de biens sociaux, de recel d'abus de biens sociaux, de complicité d'abus de biens sociaux n'est pas éteinte par la prescription et l'amnistie.

En fonction de l'ensemble des éléments de fait et de droit, il convient :

En ce qui concerne Monsieur Louis BERA : De le déclarer coupable du délit d'abus de biens sociaux qui lui est reproché,

En ce qui concerne Monsieur Jean-Jacques PROMPSY : De le déclarer coupable du délit de complicité d'abus de biens sociaux qui lui est reproché,

En ce qui concerne Monsieur Frédéric MOUGEOLLE : De le déclarer coupable du délit de recel d'abus de biens sociaux qui lui est reproché,

En ce qui concerne Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER : De la déclarer coupable du délit de recel d'abus de biens sociaux qui lui est reproché,

En ce qui concerne Monsieur Pierre MERLIN : De le relaxer du chef d'abus de biens sociaux pour le règlement d'honoraires à la SA WHIP pour la somme de 300 000 F uniquement et de la déclarer coupable pour le surplus,

En ce qui concerne Monsieur Jean-Louis DUTARET : De le relaxer du chef de recel des honoraires versés à la SA WHIP en tant que dirigeant de fait de cette société : - par les sociétés du GROUPE MERLIN pour la somme de 2 373 060 F uniquement, - par la LYONNAISE DES EAUX pour la somme de 1 million de francs uniquement, Et de le déclarer coupable de recel d'abus de biens sociaux pour le surplus ainsi que des autres délits de recel d'abus de biens sociaux et d'abus de biens sociaux qui lui sont reprochés,

En ce qui concerne Monsieur Alain CARIGNON : De le relaxer du chef de recel d'abus de biens sociaux concernant les vols SINAIR financés par les sociétés du GROUPE MERLIN pour la somme de 323 793 F seulement correspondant à 21 vols et de le déclarer coupable pour les 121 vols restants pour un coût de 2 163 805 F, De le relaxer du chef de recel des honoraires versés à la SA WHIP : - par les sociétés du GROUPE MERLIN pour la somme de 2 373 060 F uniquement, - par la LYONNAISE DES EAUX pour la somme de 1 million de francs uniquement, Et de le déclarer coupable de recel d'abus de biens sociaux pour le surplus ainsi que des autres délits de recel d'abus de biens sociaux et comlicité d'abus de biens sociaux qui lui sont reprochés,

En ce qui concerne Monsieur Marc-Michel MERLIN : De le relaxer du chef d'abus de biens sociaux pour le règlement d'honoraires à la SA WHIP pour la somme de 2 073 060 F seulement et de le déclarer coupable pour le surplus, De le relaxer du chef d'abus de biens sociaux pour la prise en charge des factures de la compagnie SINAIR pour 21 vols suelement soit la somme de 323 793 F et de la déclarer coupable pour les 121 vols restants au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON pour un montant de 2 163 805 F, De le déclarer coupable des autres délits d'abus de biens sociaux qui lui sont reprochés.

Les infractions d'abus de biens sociaux, de recel et de complicité d'abus de biens sociaux étant ainsi établies, les faits qui les sous-tendent constituent-ils des contreparties au contrat de délégation du service public de l'eau et de l'assainissement de la ville de Grenoble à la SA COGESE ?

Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY sont-ils les acteurs d'un délit de corruption active et de corruption passive ?

Il convient de rappeler que les délits d'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux ne constituent pas un cumul idéal d'infraction avec les délits de corruption active ou passive. Il s'agit de deux ensembles d'infractions différentes dont les éléments constitutifs sont différents, délits qui sanctionnent la violation d'intérêts distincts.

En conséquence les mêmes faits qualifiés d'abus de biens sociaux ou recel d'abus de biens sociaux peuvent être pareillement un des éléments du délit de corruption (contrepartie).

SECTION II : LES DÉLITS DE CORRUPTION ACTIVE, DE CORRUPTION PASSIVE ET DE COMPLICITÉ DE CORRUPTION PASSIVE : L'article 432-11 du code pénal (ancien article 177 du code pénal abrogé) prévoit et réprime le délit de corruption passive :

« Est puni de dix ans d'emprisonnement et de 1 000 000 F d'amende le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public, de solliciter ou d'agréer, sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques :

1° Soit pour accomplir ou s'abstenir d'accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ou facilité par sa fonction, sa mission ou son mandat ; 2° Soit pour abuser de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d'une autorité ou d'une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable ».

L'article 433-1 du code pénal (ancien article 179 du code pénal abrogé) prévoit et réprime le délit de corruption active : « Est puni de 10 ans d'emprisonnement et de 1 000 000 F d'amende le fait de proposer, sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour obtenir d'une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public : 1° Soit qu'elle accomplisse ou s'abstienne d'accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ou facilité par sa fonction, sa mission ou son mandat ; 2° Soit qu'elle abuse de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d'une autorité ou d'une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable. Est puni des mêmes peines le fait de céder à une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif qui sollicite, sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour accomplir ou s'abstenir d'accomplir un acte visé au 1° ou pour abuser de son influence dans les conditions visées au 2° ».

En premier lieu, il est établi que Monsieur Alain CARIGNON a signé le contrat de délégation du service de l'eau et de l'assainissement de la ville de Grenoble en tant que maire de la ville de Grenoble après le vote favorable de son conseil municipal le 13 octobre 1989 et cela dans le cadre des pouvoirs qu'il tient du code des communes.

Monsieur Alain CARIGNON est bien titulaire d'un mandat électif public. La signature du contrat de délégation est bien un acte de son mandat ou facilité par son mandat.

En second lieu, il ne ressort pas du dossier et les débats à l'audience qu'il y ait un pacte de corruption avec trois acteurs principaux, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Alain CARIGNON.

Il en ressort qu'il y a eu deux faisceaux de corruption, l'un émanant de Monsieur Marc-Michel MERLIN et l'autre de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY en direction de Monsieur Alain CARIGNON.

1 - LA CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE Monsieur Marc-Michel MERLIN / Monsieur Alain CARIGNON : Monsieur Alain CARIGNON rejetait toute infraction de corruption. Il niait avoir concédé le marché de l'eau de sa ville moyennant des contreparties. Il déclarait à l'audience : (notes I-XIV) « Je n'ai jamais demandé, exigé, souhaité, voulu une quelconque compensation. Je n'ai jamais menacé Monsieur Marc-Michel MERLIN de l'écarter du contrat de privatisation de l'eau ». (notes VIII-XI) « Jamais je n'ai échangé un marché public contre de l'argent ».

Monsieur Marc-Michel MERLIN à compter du 07 novembre 1994 et du 24 novembre 1994 déclarait : (D 477) « Je savais que si je n'acceptais pas d'acheter cet appartement, je serais sorti de la compétition du contrat de concession... Je lui ai donc dit que s'il privatisait, il fallait penser à moi. Il m'a dit que je ferais partie de la compétition ». (D 601) « Si je n'achetais pas cet appartement, je ne serais pas retenu dans la compétition. La formulation de Monsieur Alain CARIGNON était très claire. Il s'agissait effectivement d'un achat que j'acceptais pour entretenir de bonnes relations avec le maire de Grenoble, sinon je n'aurais pas effectué un tel investissement ». (D 594) « Le maire de Grenoble m'a dit que la concession de l'eau était une chose très difficile, qu'il y avait de grosses sociétés sur l'opération et que j'étais le plus petit. J'ai compris que je devais en passer par là ».

Ces déclarations sont corroborées par celles de Monsieur Thierry MARCHALL : (D 446) « Je confirme que vers la fin de l'année 1985, je crois, Monsieur Marc-Michel MERLIN m'a fait part d'un accord de principe intervenu entre Monsieur Alain CARIGNON et lui. Il m'a dit que le maire de Grenoble était prêt à concéder à une société de notre groupe le marché des eaux de la ville de Grenoble à la condition que nous achetions un appartement à Paris pour Monsieur Alain CARIGNON... »,

et par celles de Monsieur Patrick THULL : (D 441) « J'ai retenu que Monsieur Marc-Michel MERLIN, s'adressant à Monsieur Alain CARIGNON, confirmait que malgré la décision de report, les engagements seraient tenus... Je savais déjà à cette époque que le retour du marché de concession reposait au moins pour partie sur la mise à disposition tout d'abord, puis sur le rachat de l'appartement ».

Ces trois déclarations, confirmées à l'audience, faites par un proche collaborateur de Monsieur Alain CARIGNON, Monsieur Patrick THULL, parfaitement informé des éléments du dossier, par l'industriel Monsieur Marc-Michel MERLIN à compter du 07 novembre et son proche collaborateur Monsieur Thierry MARCHALL, doivent être prises en considération et démontrent qu'un accord a pris naissance dès 1985 entre Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Alain CARIGNON qui va donner lieu à des contreparties et à la signature du contrat le 03 novembre 1989.

Cet accord entre Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Alain CARIGNON va s'ébaucher à compter de 1985 et va confirmer dans le temps la convergence de deux volontés, celle de Monsieur Alain CARIGNON de concéder moyennant avantages, celle de Monsieur Marc-Michel MERLIN d'obtenir la concession en finançant ces avantages.

Cette convergence se confirme lors du déjeuner du 03 octobre 1987, l'élément nouveau pour Monsieur Marc-Michel MERLIN étant le choix par Monsieur Alain CARIGNON d'un partenaire, la LYONNAISE DES EAUX. Ce déjeuner marquera le pacte d'actionnariat entre le GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX et donnera le signal de travaux intensifs de préparation du contrat.

Le report de la concession décidé par Monsieur Alain CARIGNON en décembre 1987 est la décision normale d'un homme politique avisé à quelques mois d'échéances électorales importantes pour lui et s'apparentait bien, ainsi que l'a dit Monsieur Patrick THULL à un « tour de chauffe ». Les négociations de 1989 n'ont fait que reprendre le travail effectif fait en 1987.

Cet accord, cette convergence de volontés et d'intérêt seront confirmés par la dimension des contreparties apportées par Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Dès 1984 et essentiellement dès 1985, Monsieur Marc-Michel MERLIN paye des voyages à Monsieur Alain CARIGNON sur la compagnie SINAIR.

Dès 1986, Monsieur Marc-Michel MERLIN achète l'appartement du 286 boulevard Saint Germain pour l'activité parisienne de Monsieur Alain CARIGNON.

En août 1987, il paye une croisière au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON.

Dès 1988, Monsieur Marc-Michel MERLIN paye le rachat de cet appartement par la SA WHIP à l'aide de fausses factures adressées à cette société.

Dès 1988, Monsieur Alain CARIGNON continue à utiliser l'appartement et le personnel parisien de la WHIP.

Dès 1988, Monsieur Alain CARIGNON s'implique dans la création, la gestion journalistique de DAUPHINÉ NEWS. Monsieur Marc-Michel MERLIN paye pour 840 000 F de fausses factures pour le lancement de ce groupe de presse.

L'ensemble de ces contreparties et leur dimension démontrent que Monsieur Marc-Michel MERLIN a voulu obtenir pour son groupe la concession de l'eau de Grenoble en payant et en finançant au prix fort le train de vie de Monsieur Alain CARIGNON et ses activités parisiennes.

Le coût de ces contreparties démontre aussi que l'on a dépassé le domaine classique de l'abus de biens sociaux et du recel d'abus de biens sociaux pour entrer dans le domaine de la corruption.

Le tribunal ne peut concevoir qu'un industriel consente autant d'avantages à un élu sans retirer de son côté un avantage, en l'occurrence le contrat de concession, ce que reconnaît Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Le tribunal ne peut concevoir non plus que Monsieur Alain CARIGNON ne se soit pas interrogé sur le montant considérable des aides financières dont il a bénéficié de la part de Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Le tribunal ne peut concevoir qu'il n'ait pu, à aucun moment, mettre un terme à la spirale folle de l'argent.

Le coût, les dates qui marquent le début du versement de ces contreparties établissent bien qu'il y a retour au décideur public. Monsieur Marc-Michel MERLIN ne pouvait pas verser autant d'argent sans contrepartie, Monsieur Alain CARIGNON ne pouvait pas recevoir autant d'avantages sans qu'il y ait un acte de sa fonction consenti à Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Les conditions juridiques de l'infraction sont bien réunies en l'espèce :

Monsieur Alain CARIGNON, investi d'un mandat électif public, en l'espèce celui de maire de Grenoble, a sollicité, agréé ou reçu directement ou indirectement des dons ou avantages de la part de Monsieur Marc-Michel MERLIN en vue de l'attribution de la concession du service public de l'eau et de l'assainissement de la ville de Grenoble.

L'ensemble de ces éléments permet d'établir les infractions de corruption active pour Monsieur Marc-Michel MERLIN et de corruption passive pour Monsieur Alain CARIGNON.

2 - LA CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE Monsieur Jean-Jacques PROMPSY / Monsieur Alain CARIGNON : L'ébauche de l'accord entre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Alain CARIGNON prend naissance à la fin de l'été 1987. La lettre de remerciement (scellé n° 277) adressée par Monsieur Jean-Jacques PROMPSY à Monsieur Alain CARIGNON, découverte lors de la perquisition au siège de la LYONNAISE DES EAUX « Monsieur le Ministre, au terme d'une longue démarche et d'une rude bataille, le pari que nous avions fait à la fin de l'été 1987 a été gagné... » contrairement aux explications de Monsieur Jérôme MONOD et de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY signe bien la naissance de l'accord entre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY (rédacteur de la lettre) et Monsieur Alain CARIGNON.

Le dîner du 02 octobre 1987 entre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Marc-Michel MERLIN confirme cela : Monsieur Jean-Jacques PROMPSY rencontrait Monsieur Marc-Michel MERLIN à la COUR DES LOGES à Lyon et lui faisait part d'un document adressé à Monsieur Jérôme MONOD avant le déjeuner du 03 octobre 1987 au conseil général de Grenoble.

Le déjeuner du 03 octobre 1987 marquera une étape importante dans le processus de corruption : le pacte d'actionnariat est défini, Monsieur Alain CARIGNON entend déléguer au GROUPE MERLIN et à la LYONNAISE DES EAUX.

Le revirement tactique de Monsieur Alain CARIGNON en décembre 1987 fera reculer la date de la concession. Un véritable travail de préparation du contrat se fera à partir d'octobre 1987 entre la mairie de Grenoble (Monsieur Patrick THULL, Monsieur Charles LEMAIGNAN), la LYONNAISE DES EAUX (Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur MALIVER) et le GROUPE MERLIN (Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Thierry MARCHALL).

Si l'accord initial de partenariat de 1987, manifesté par les travaux communs LYONNAISE DES EAUX - GROUPE MERLIN - ville de Grenoble ne traduit pas, en l'état des documents soumis au Tribunal, l'évidence d'une contrepartie à cette époque, il en va tout autrement pour la période de 1989 qui a précédé, accompagné ou suivi la signature du contrat de concession de l'eau le 03 novembre 1989.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY signait le 04 janvier 1989 un contrat avec la société WHIP. Nous avons étudié supra que ce contrat, initié en 1989 et poursuivi postérieurement, reposait pour partie sur de fausses facturations (1,2 million de francs) qui permettait à Monsieur Alain CARIGNON, par l'intermédiaire du montage WHIP de Monsieur Jean-Louis DUTARET, de poursuivre son activité parisienne à partir de l'appartement du boulevard Saint Germain.

Entre le 13 octobre 1989 et le 29 décembre 1989 (en période de signature des conventions de délégation du 03 novembre 1989), la SEREPI, qui a pour objet l'alimentation des collectivités locales en eau, apportera 3 700 000 F par plusieurs versements à DAUPHINÉ NEWS. Cet apport ne répond pas à l'intérêt social de la SEREPI.

La SERECOM sera seulement constituée en décembre 1989 et interviendra avant même d'être inscrite au Registre des Sociétés.

Le 20 décembre 1989, elle rachetait pour zéro franc la majorité des actions de la HOLDING DAUPHINÉ NEWS (cf. page 29).

Dès le 09 janvier 1990, le capital de SERECOM apporté par SEREPI était utilisé pour combler le passif de DAUPHINÉ NEWS (cf. page 29).

Ce montage financier, ces manoeuvres montrent qu'il y avait urgence à renflouer DAUPHINÉ NEWS et qu'il s'agit bien d'une contrepartie offerte à Monsieur Alain CARIGNON : reprendre le passif de son groupe de presse en déconfiture contre un avantage : le contrat de concession.

Le montant du renflouement (5,7 MF), la prise en charge financière ultérieurement de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE (732 000 F) par la SEREPI, comme nous l'avons écrit supra, ne répondent à aucun critère économique et ne peuvent s'analyser qu'en la volonté de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY d'aider Monsieur Alain CARIGNON dans le but d'obtenir le marché de l'eau.

Ainsi le tissu des dons remis et des complaisances obtenues tel que décrit ci-dessus fait bien la preuve du concert frauduleux unissant Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Alain CARIGNON et démontre bien l'existence d'une volonté punissable, chaque fois renouvelée.

Là aussi le coût des contreparties payées sur ordre de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY au bénéfice de Monsieur Alain CARIGNON établit que l'on a dépassé le domaine classique de l'abus de biens sociaux et de recel d'abus de biens sociaux pour entrer dans celui de la corruption.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY ne peut prétendre avoir tout ignoré de la situation de DAUPHINÉ NEWS. Monsieur Jean-Jacques PROMPSY était bien implanté au niveau régional et ne pouvait qu'être informé de la situation exacte de DAUPHINÉ NEWS.

Enfin il y a lieu de s'interroger sur les déclarations évolutives des prévenus et des témoins.

Pourquoi Monsieur Denis BONZY, Monsieur Patrick THULL, Madame Véronique BOUFFARD, Monsieur Marik CHARLOT, Madame Florence STUMM, Madame Pierrette AUVRAY, Monsieur Charles LEMAIGNAN ont caché à un moment donné certains aspects du dossier ?

Pourquoi les pressions incessantes de Maître Philippe GUMERY sur Monsieur Marc-Michel MERLIN ?

Pourquoi les vives insistances de Monsieur Jean-Louis DUTARET vis à vis de Madame Véronique BOUFFARD, de Monsieur Patrick THULL et de Monsieur Alain CARIGNON vis à vis de Monsieur Patrick THULL ?

Pourquoi ce silence de la part de tous les prévenus et participants au déjeuner du 03 octobre 1987 ?

Tout cela avait bien pour but de taire les éléments essentiels du délit de corruption et relevait d'une stratégie organisée qui visait à empêcher que ce délit soit découvert.

Ces éléments accréditent a fortiori la thèse de la corruption entre Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Alain CARIGNON.

Le délit de corruption active et passive est établi.

Monsieur Alain CARIGNON, investi d'un mandat électif public, en l'espèce celui de maire de Grenoble a sollicité, agréé ou reçu directement ou indirectement des dons ou des avantages de la part de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY en vue de l'obtention de la concession du service de l'eau et de l'assainissement de la ville de Grenoble.

Il reste à ce stade, à faire état des hypothèses développées lors de leur plaidoirie par Maître Richard ZELMATI pour Monsieur Marc-Michel MERLIN et par Monsieur le Bâtonnier DANET pour Monsieur Alain CARIGNON :

Maître Richard ZELMATI émet l'hypothèse que le corrupteur principal est Monsieur Jérôme MONOD, président directeur général de la LYONNAISE DES EAUX qui s'est servi de Monsieur Marc-Michel MERLIN comme « d'un cheval de Troie » pour pénétrer à Grenoble et obtenir le marché de l'eau et qu'il s'est servi de Monsieur Alain CARIGNON pour l'obtention de ce marché, Maître DANET s'étonne de ce que, si pacte de corruption il y a eu le 03 octobre 1987, Monsieur Jérôme MONOD ne soit pas poursuivi pour le délit de corruption puisqu'il était présent à ce déjeuner. Le Tribunal ne peut que s'interroger sur ces hypothèses qui se complètent, sans apporter de réponse définitive étant donné que Monsieur Jérôme MONOD a été entendu en qualité de témoin à l'audience, cité par la défense de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Louis BERA, et, pour le Tribunal, son rôle ne peut pas dépasser celui d'un témoin.

3 - LA COMPLICITÉ DE CORRUPTION (Monsieur Jean-Louis DUTARET) : Maître GIBAULT, au soutien des intérêts de Monsieur Jean-Louis DUTARET, expose que l'ordonnance de renvoi et la citation délivrée à Monsieur Jean-Louis DUTARET limitent à la poursuite pour complicité de corruption à l'aide et à l'assistance qu'il aurait apportées à Monsieur Alain CARIGNON dans l'accomplissement d'un acte relevant de la fonction de maire de Grenoble et non pour complicité dans la perception de contreparties.

Sur ce point, il y a lieu de donner acte à Maître GIBAULT de sa remarque pertinente en disant que l'ordonnance de renvoi et la citation qui saisissent le Tribunal limitent effectivement la poursuite contre Monsieur Jean-Louis DUTARET à la complicité de corruption par aide et assistance reprochée à Monsieur Alain CARIGNON.

Durant l'information Monsieur Jean-Louis DUTARET situait le déjeuner du 03 octobre 1987 plutôt en 1989. Il ne contestait pas formellement à l'audience y avoir assisté. Il reconnaissait avoir fait un certain travail juridique dans l'établissement du contrat de concession mais rappelait avoir été mandaté par toutes les parties et non directement par Monsieur Alain CARIGNON.

Pour Monsieur Patrick THULL, Monsieur Jean-Louis DUTARET était le superviseur représentant le maire lors des négociations. Pour Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET a joué un rôle important dans la négociation du contrat et représentait le maire. Monsieur TOFFOLET (D 615), technicien de la LYONNAISE DES EAUX ayant participé aux négociations de 1989 expliquait que les éléments de négociation du contrat en 1989 étaient transmis à Monsieur Alain CARIGNON par Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Il ressort de ces éléments que Monsieur Jean-Louis DUTARET a participé aux négociations de 1987 et à la reprise des négociations en 1989, qu'il avait un rôle important et représentait le maire de Grenoble Monsieur Alain CARIGNON.

A l'époque Monsieur Jean-Louis DUTARET était conseiller de Monsieur Alain CARIGNON au ministère de l'environnement, il était proche de Monsieur Alain CARIGNON et travaillait pour lui, autant en tant que ministre que maire de Grenoble.

Il est l'acteur important, le pivot de la négociation du contrat.

Il est à rappeler que Monsieur Jean-Louis DUTARET a facturé le 07 octobre 1987 et le 13 novembre 1987 deux fois 50 000 F à la SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE MERLIN pour des « Études de relations de prestations de service entre la société et le service des eaux de Grenoble ainsi que le maire ».

Ces deux factures payées par le GROUPE MERLIN, émises par Monsieur Jean-Louis DUTARET, signent bien le rôle actif qu'il a eu, représentant Monsieur Alain CARIGNON lors des négociations sur la concession du service des eaux.

Il est à rappeler la déclaration de Monsieur Patrick THULL (D 609) disant que 453 000 F versés par DAUPHINÉ NEWS à Monsieur Jean-Louis DUTARET avaient servi à monnayer l'intervention de Monsieur Jean-Louis DUTARET dans le contrat de concession et non pour son aide dans la reprise de DAUPHINÉ NEWS qui reste hypothétique.

Monsieur Jean-Louis DUTARET a bien prêté aide et assistance à Monsieur Alain CARIGNON dans l'établissement du contrat de concession du service de l'eau et de l'assainissement de la ville de Grenoble.

Il savait pertinemment les enjeux et les données de ce contrat et qu'il avait donné lieu à des contreparties de la part du GROUPE MERLIN et de la LYONNAISE DES EAUX.

Le délit de complicité de corruption est parfaitement établi à l'encontre de Monsieur Jean-Louis DUTARET.

4 - LA PRESCRIPTION ET L'AMNISTIE DU DÉLIT DE CORRUPTION ET DE COMPLICITÉ DE CORRUPTION : Les conseils de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET soutiennent que le délit de corruption et de complicité de corruption est prescrit.

Il est à rappeler les éléments de procédure développés supra en ce qui concerne la prescription du délit d'abus de biens sociaux et de recel.

15 novembre 1991 : saisine du Procureur de la République de Lyon par le Procureur de la République de Grenoble, 06 avril 1992 : le SRPJ est saisi pour enquête par le Procureur de la République de Lyon, 07 février 1994 : ouverture de l'information judiciaire pour abus de biens sociaux et recels. L'article 8 du code de procédure pénale stipule que le délit de corruption se prescrit par l'écoulement d'une durée de trois ans à compter de sa connaissance.

Il est établi que la corruption est une infraction instantanée, mais à chaque manifestation de la volonté coupable le délit se manifeste à nouveau complètement. A chaque acte nouveau, un délit instantané de corruption s'accomplit mais ce délit s'inscrit dans un concert frauduleux qui se tisse dans la durée et seul le dernier marque le point de départ de la prescription.

Ainsi, les éléments du délit de corruption en ce qui concerne Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Alain CARIGNON et de complicité en ce qui concerne Monsieur Jean-Louis DUTARET se manifestent de 1984 (vols SINAIR) à 1993, et en ce qui concerne Monsieur Jean-Jacques PROMPSY de 1989 (DAUPHINÉ NEWS) à 1989-1993 (WHIP).

Ils participent d'un concert frauduleux qui se tisse dans la durée et qui s'interrompt en 1993 aux derniers versements (mars 1993). Cette date de mars 1993 marque le point de départ à partir duquel court le délai de prescription.

En conséquence les faits de corruption et de complicité de corruption ne sont pas prescrits. Il convient de rejeter l'argument présenté par la défense de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Il convient de rappeler que la loi d'amnistie exclut de son champ d'application les délits de corruption passive et active et en conséquence la complicité de corruption.

L'argument présenté par la défense de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET sera de ce fait écarté.

L'action publique du chef des délits de corruption active, de corruption passive et de complicité de corruption passive n'est éteinte ni par la prescription, ni par l'amnistie.

En fonction de l'ensemble de ces éléments de fait et de droit, il convient dès lors :

En ce qui concerne Monsieur Jean-Jacques PROMPSY et Monsieur Marc-Michel MERLIN : De les déclarer coupables du délit de corruption active qui leur est reproché,

En ce qui concerne Monsieur Alain CARIGNON : De le déclarer coupable du délit de corruption passive qui lui est reproché,

En ce qui concerne Monsieur Jean-Louis DUTARET : De le déclarer coupable du délit de complicité de corruption qui lui est reproché.

SECTION III - LES DÉLITS DE SUBORNATION DE TÉMOIN ET DE SUBORNATION D'AUTRUI : L'article 434-15 du code pénal stipule : « Le fait d'user de promesses, offres, présents, pressions, menaces, voies de fait, manoeuvres ou artifices au cours d'une procédure ou en vue d'une demande ou défense en justice afin de déterminer autrui soit à faire ou délivrer une déposition, une déclaration ou une attestation mensongère, soit à s'abstenir de faire ou délivrer une déposition, une déclaration ou une attestation, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 F d'amende, même si la subornation n'est pas suivie d'effet ».

Il y a lieu pour l'examen des infractions de subornation reprochées à Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET de se reporter aux éléments décrits dans le chapitre I et à l'environnement désagréable qui a entouré les déclarations de certains témoins ou prévenus.

1 - LA SUBORNATION À L'ENCONTRE DE Monsieur Patrick THULL : Monsieur Patrick THULL dans son audition du 12 avril 1994 avait abordé le rôle de Monsieur Alain CARIGNON dans le groupe de presse DAUPHINÉ NEWS et le rôle de Monsieur Jean-Louis DUTARET dans la négociation sur la concession du service des eaux. IL faisait quelques avancées dans une nouvelle déclaration aux fonctionnaires de police le 1er juillet 1994 où il impliquait Monsieur Alain CARIGNON dans la conception, la gestion de DAUPHINÉ NEWS et Monsieur Jean-Louis DUTARET dans la négociation sur le contrat de l'eau.

Le 13 juillet 1994 il revenait sur ses déclarations et tentait de mettre hors de cause Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Il adressait un courrier au Juge d'Instruction le 19 octobre 1994 pour faire établir « la vérité sur toute autre considération ».

Il était alors entendu le 24 octobre 1994 par le Magistrat Instructeur et déclarait avoir été l'objet de pressions de la part de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET dans les termes rapportés au chapitre I.

Il confirmait ces éléments à l'audience. MOnsieur Alain CARIGNON reconnaissait avoir été en contact avec Monsieur Patrick THULL sans qu'il ait fait pression sur lui pour qu'il modifie ses déclarations. Il reconnaissait également avoir été en possession d'un rapport du Parquet Général de Lyon sur l'affaire, que détenait un membre de son cabinet.

Monsieur Jean-Louis DUTARET niait également que son intervention auprès de Monsieur Patrick THULL puisse s'apparenter à un pression.

Certes Monsieur Patrick THULL est un haut fonctionnaire d'expérience et d'autorité, comme le soutiennent les avocats de Monsieur Jean-Louis DUTARET et de Monsieur Alain CARIGNON.

Il n'en reste pas moins que Monsieur Patrick THULL était à cette période de juillet 1994 dans un état de dépendance psychologique vis à vis de son ancien <> Monsieur Alain CARIGNON et de son conseiller Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Monsieur Alain CARIGNON continuait à exercer sur lui une autorité née des relations de travail qu'ils avaient eues longuement et du poste de ministre de la communication qu'il occupait.

Monsieur Patrick THULL, pas plus que beaucoup d'autres témoins, ne pouvait s'affranchir de ses relations avec Monsieur Alain CARIGNON et retrouver une certaine liberté. Il était pris dans un tissu de relations, de travail en commun qui l'empêchaient, à la demande de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET, de dire la vérité.

Les démarches de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET constituent bien un ensemble de pressions psychologiques destiné à le faire revenir sur des déclarations qui les mettaient en cause et introduisaient une brèche dans leur système de défense.

S'il n'y avait pas eu ces pressions vives et coordonnées de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET, le 13 juillet 1994, Monsieur Patrick THULL aurait fait des déclarations au Juge d'Instruction plus proches de celles faites le 24 octobre 1994.

Monsieur Patrick THULL a bien subi des pressions au sens de l'article 434-15 du code pénal.

Le délit est parfaitement constitué en ce qui concerne Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET.

2 - LA SUBORNATION À L'ENCONTRE DE Madame Véronique BOUFFARD : Madame Véronique BOUFFARD a confirmé à l'audience les déclarations faites devant le Juge d'Instruction le 03 novembre 1994 (cf. page 77).

Monsieur Jean-Louis DUTARET donne une version sereine de ces faits.

Le Tribunal a pu constater l'état psychologique de Madame Véronique BOUFFARD lors de sa déposition à l'audience le 28 septembre 1995 à 18 heures, sa peur et sa grande dépendance psychologique à l'égard de Monsieur Jean-Louis DUTARET et de Monsieur Alain CARIGNON, de nombreux mois après leur rupture professionnelle.

Les démarches de Monsieur Jean-Louis DUTARET auprès de Madame Véronique BOUFFARD doivent également s'entendre comme des pressions psychologiques inadmissibles sur un témoin affaibli.

Le délit de subornation de témoin à l'égard de Madame Véronique BOUFFARD par Monsieur Jean-Louis DUTARET est donc parfaitement établi.

3 - LA SUBORNATION À L'ENCONTRE DE Monsieur Marc-Michel MERLIN : Monsieur Marc-Michel MERLIN a confirmé à l'audience les déclarations faites devant le Juge d'Instruction le 07 novembre 1994 (cf. page 79).

Ces déclarations sont corroborées par celles de Monsieur Jacques CAZIN (cf. page 79). Maître Philippe GUMERY était l'exécutant de Monsieur Jean-Louis DUTARET et participait ainsi à une stratégie de défense faite de pressions sur des témoins ou un prévenu qui devaient se taire par solidarité.

Les démarches incessantes de Maître Philippe GUMERY entre mai et juillet 1994 auprès de Monsieur Marc-Michel MERLIN, affaibli, constituent bien des pressions sur ce dernier pour qu'il taise certains éléments du dossier compromettants pour Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON.

Maître Philippe GUMERY, collaborateur de Monsieur Jean-Louis DUTARET, n'a pas la dimension pour être le concepteur de ce système. Il n'est que l'exécutant de Monsieur Jean-Louis DUTARET.

L'infraction de subornation d'autrui à l'encontre de Monsieur Marc-Michel MERLIN est parfaitement constituée en ce qui concerne les pressions exercées par Monsieur Jean-Louis DUTARET, par l'intermédiaire de Maître Philippe GUMERY.

Profiter de la faiblesse et de la dépendance psychologique de certains témoins ou prévenus pour les influencer dans des déclarations faites dans le cadre d'une information judiciaire est parfaitement inacceptable et démontre la perte de tout repère de la part de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Jean-Louis DUTARET en situation de toute puissance par rapport à leurs subordonnés et par rapport au déroulement d'une procédure judiciaire.

En fonction de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu de déclarer Monsieur Alain CARIGNON coupable du délit de subornation de témoin et Monsieur Jean-Louis DUTARET coupable des délits de subornation de témoins et subornation d'autrui.

CHAPITRE III - SUR LA PEINE Dans l'application de la peine, le Tribunal prend en compte les éléments suivants :

1 - Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Louis BERA, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Monsieur Pierre MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON n'ont pas d'antécédent judiciaire et bénéficient d'une situation professionnelle stable,

2 - Les faits d'abus de biens sociaux, de recel d'abus de biens sociaux et de complicité constituent des infractions graves qui causent un trouble certain à l'ordre public et à l'ordre économique.

Il n'est pas acceptable que des industriels (Monsieur Pierre MERLIN, Monsieur Louis BERA, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY) utilisent le crédit de leurs sociétés et procurent des avantages à un élu Monsieur Alain CARIGNON et à son associé Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Il n'est pas acceptable qu'un élu, Monsieur Alain CARIGNON, retire autant d'avantages de la part de groupes économiques (sociétés du GROUPE MERLIN et la LYONNAISE DES EAUX) avec qui il est en négociation pour le marché de l'eau.

Il n'est pas acceptable que Monsieur Frédéric MOUGEOLLE et Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER prêtent leur concours sciemment à une telle organisation.

Cependant, il convient de dire que le rôle de Monsieur Pierre MERLIN, de Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, de Monsieur Louis BERA, de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE est limité et qu'ils sont tous les exécutants de décisions ou d'une politique décidées à un autre niveau que le leur.

Une peine d'emprisonnement avec sursis et une peine d'amende sanctionneront les délits qu'ils ont commis.

Les infractions d'abus de biens sociaux, de recel d'abus de biens sociaux doivent être différenciées dans l'échelle de la gravité des infractions des délits de corruption active et passive reprochés à Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON.

3 - Sur le délit de corruption, il y a lieu de distinguer le rôle du corrupteur actif de celui du corrompu. Si la peine prévue par les articles 432-11 et 433-1 du code pénal est la même, leur niveau de responsabilité dans le processus de corruption n'est pas le même.

Les corrupteurs actifs Monsieur Marc-Michel MERLIN et Monsieur Jean-Jacques PROMPSY sont en recherche permanente de tout nouveau marché d'importance pour leurs sociétés, ils livrent une bataille économique continuelle pour faire prospérer leurs entreprises. Compte tenu des enjeux, ils ont dépassé le cadre <> de l'abus de biens sociaux en déclenchant par la spirale folle de l'argent le processus de corruption. Ils ont l'argent pour corrompbre. Ils ont beaucoup d'argent. Ils participent à une dérive considérable qui touche et gangrène petit à petit le monde économique et le monde politique : payer pour obtenir un marché.

En face, il y a l'élu, le corrompu, Monsieur Alain CARIGNON qui a le pouvoir, en tant que maire, de condéer un marché. Il exerce ce pouvoir seul, les garanties éventuelles (vote et contrôle par le conseil municipal, recours administratifs) n'existent pas compte tenu de la toute puissance politique de Monsieur Alain CARIGNON, de sa majorité politique au conseil municipal de Grenoble et des recours administratifs postérieurs.

Il est en situation de résister aux sollicitations continuelles des entreprises ou de se laisser corrompre pour devenir un acteur du processus de corruption, celui qui concède un marché en échange de contreparties.

Sa responsabilité est bien plus grande que celle des corrupteurs actifs.

Il est l'élu.

Il est élu par les citoyens grenoblois à l'une des tâches la plus noble dans une démocratie, la fonction de maire. Il est au surplus conseiller général, ministre.

Il a la confiance de ses concitoyens grenoblois et dauphinois qui par ailleurs le décrivent comme un bon maire.

Il n'a pas le droit de trahier leur confiance, issue de leur bulletin de vote. Une fonction tirée du suffrage du peuple est sacrée et ne peut-être monnayée.

Se maintenir au pouvoir à tout prix, en acceptant de violer cette confiance n'est pas digne de ce pouvoir que Monsieur Alain CARIGNON tient du peuple.

Monsieur Alain CARIGNON a commis l'acte le plus grave pour un élu, vendre une parcelle de son pouvoir à des groupes privés et en accepter des avantages considérables.

Monsieur Alain CARIGNON a perdu tout repère et s'est laissé entraîner dans un tourbillon qu'il ne maîtrisait plus.

Le délit de corruption qu'il a commis attente profondément aux valeurs de la République et mine la confiance des citoyens dans ce noble métier qu'est l'administration de la cité et par là, la politique.

Monsieur Alain CARIGNON doit être sévèrement sanctionné pour ces faits par une peine d'emprisonnement mixte dontune partie ferme conséquente ainsi que par une peine d'amende et par l'inéligibilité pour une durée de 5 ans.

Le rôle de Monsieur Jean-Louis DUTARET est à stigmatiser également.

Il est depuis 1986 le conseiller et l'ami de Monsieur Alain CARIGNON. Rien ne lui a échappé comme nous l'avons démontré. Il a participé au processus de corruption en prenant part aux négociations sur le contrat de l'eau en connaissant parfaitement les données de cette négociation. Il a organisé le montage WHIP pour permettre à Monsieur Alain CARIGNON de rester au plus haut niveau de l'État.

Monsieur Jean-Louis DUTARET n'est pas un élu, il doit être sanctionné par une peine d'emprisonnement mixte dont une partie ferme de moindre importance que celle prononcée contre Monsieur Alain CARIGNON et par une peine d'amende.

4 - Enfin, il reste à distinguer au niveau des corrupteurs actifs les rôles de Monsieur Marc-Michel MERLIN et de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY.

Monsieur Marc-Michel MERLIN a reconnu l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées. Le Tribunal le sanctionnera par une peine d'emprisonnement mixte dont une partie ferme et par la peine d'amende maximum car il est un élément clef du processus de corruption. Un industriel ne peut bafouer la loi et doit également garder des repères. La bataille économique ne saurait commander le recours à des violations graves de la loi. Même dans une situation économique difficile, l'entreprise n'est pas au-dessus des lois.

En ce qui concerne Monsieur Jean-Jacques PROMPSY, le Tribunal s'est interrogé (Chapitre II Section II-2) sur les hypothèses émises par les défenseurs de Monsieur Alain CARIGNON et de Monsieur Marc-Michel MERLIN.

Le Tribunal reste sur ces interrogations : Monsieur Jean-Jacques PROMPSY n'est-il que l'exécutant d'une politique de corruption définie à un autre niveau par la LYONNAISE DES EAUX ?

Est-il le corrupteur unique au sein de la LYONNAISE DES EAUX ?

Du fait de ces interrogations, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY ne pourra être sanctionné par une peine d'emprisonnement ferme, mais par une lourde peine d'emprisonnement avec sursis et par une peine d'amende.

En fonction de l'ensemble de ces éléments, il convient de prononcer les peines suivantes :

A l'encontre de Monsieur Pierre MERLIN : - 6 mois d'emprisonnement avec sursis, - 50 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Louis BERA : - 1 an d'emprisonnement avec sursis, - 70 000 F d'amende.

A l'encontre de Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER : - 18 mois d'emprisonnement avec sursis, - 70 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Frédéric MOUGEOLLE : - 18 mois d'emprisonnement avec sursis, - 70 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Jean-Jacques PROMPSY : - 4 ans d'emprisonnement avec sursis, - 400 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Marc-Michel MERLIN : - 4 ans d'emprisonnement dont 3 ans avec sursis, - 1 000 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Jean-Louis DUTARET : - 4 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis, - 400 000 F d'amende.

A l'encontre de Monsieur Alain CARIGNON : - 5 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis, - 400 000 F d'amende, - inéligibilité pour une durée de 5 ans.

Il convient en dernier lieu dans un chapitre IV d'examiner la recevabilité et le bien fondé des différentes constitutions de parties civiles.

CHAPITRE IV - SUR LES CONSTITUTIONS DE PARTIES CIVILES 1 - LA CONSTITUTION DE L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS 38 "QUE CHOSIR" (UFC) : L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS "QUE CHOISIR" est une association de défense des consommateurs qui peut-être autorisée à exercer, à l'encontre des auteurs des infractions, les droits reconnus à la partie civile, par dérogation légale à l'article 2 du code de procédure pénale.

Elle doit néanmoins, conformément aux dispositions de l'article L 421-1 du code de la consommation, justifier de son agrément.

En l'espèce, cette association ne produit aucun agrément. Il y a donc lieu de déclarer sa constitution irrecevable.

2 - LA CONSTITUTION DE L'ASSOCIATION "EAU SECOURS" : L'association EAU SECOURS a pour objet aux termes de ses statuts : - la défense du service public de l'eau et de l'assainissement, - l'amélioration du service des usagers et la préservation de la qualité de l'eau, - la protection et l'économie des ressources en eau potable.

En pratique, il apparaît que ses actions, selon les termes mêmes du bilan établi par elle à l'issue d'une année d'activité, ressemblent de plus en plus à celles d'un comité de défense des usagers des services de l'eau. Il y a donc lieu de faire application de l'article L 421-1 du code de la consommation subordonnant la constitution de partie civile d'une association dont l'objet est la défense des intérêts des consommateurs, à la production d'un agrément.

Or, en l'espèce, l'association EAU SECOURS ne justifie d'aucun agrément. Ayant fait l'objet d'une déclaration à la préfecture de l'Isère le 23 septembre 1994, elle ne justifiait pas de surcroît avant les débats de la présente affaire du délai prévu par l'article 1er du décret du 06 mai 1988 et requis pour l'obtention de l'agrément.

La constitution de partie civile de l'association EAU SECOURS est donc irrecevable.

3 - LA CONSTITUTION DE L'ASSOCIATION POUR L'INFORMATION ET LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS SALARIÉS (INDECOSA-CGT) et de LA CONFÉDÉRATION SYNDICALE DES FAMILLES (CSF) : Il y a lieu d'apprécier la recevabilité de ces demandes, selon les termes de l'article 2 du code de procédure pénale, exigeant la preuve d'un préjudice direct et personnel.

En l'espèce, les association INDECOSA-CGT et CSF fondent leurs demandes sur l'existence d'une atteinte à l'intérêt collectif des consommateurs qu'elles représentent dans le cadre de cette affaire, atteinte résultant des délits de corruption reprochés aux différents prévenus.

La Chambre Criminelle de la Cour de Cassation, dans un arrêt du 03 novembre 1992 a estimé que « les infractions de corruption active et passive ne sont pas de nature à porter atteinte à l'intérêt collectif des consommateurs ».

Il y a donc lieu de déclarer irrecevables les constitutions de parties civiles d'INDECOSA-CGT et de la CSF, les infractions de corruption reprochées aux prévenus ne pouvant être considérées comme portant atteinte à l'intérêt collectif des consommateurs qu'elles représentent.

4 - LA CONSTITUTION DES 101 USAGERS DE L'EAU : Il y a lieu d'examiner la constitution des USAGERS DE L'EAU en application de l'article 2 du code de procédure pénale.

Il appartient donc aux USAGERS DE L'EAU de rapporter la preuve qu'ils ont subi un préjudice personnel et direct du fait des délits de corruption reprochés aux prévenus.

Ils ne démontrent pas, pour chacun d'eux, l'existence d'un préjudice distinct de celui qui est pris en compte par le MINISTÈRE PUBLIC.

Au surplus, il résulte des pièces de l'information que les factures d'eau ont connu une augmentation à partir de 1992, si l'information a démontré que les sociétés concessionnaires ont octroyé des avantages au maire de Grenoble en échange de l'accomplissement d'un acte de sa fonction, il n'est pas établi, au vu des éléments du dossier, que la hausse relevée dans les factures d'eau soit la conséquence des actes de corruption reprochés aux différents prévenus.

Les USAGERS DE L'EAU ne peuvent donc être considérés comme ayant subi un préjudice direct du fait des infractions de corruption.

Leur constitution est donc irrecevable.

5 - LA CONSTITUTION DE LA VILLE DE GRENOBLE : Il convient d'apprécier la consitution de la partie civile de la VILLE DE GRENOBLE au regard de l'article 2 du code de procédure pénale.

La VILLE DE GRENOBLE, représentée par son maire, Monsieur Michel DESTOT, est recevable en la forme à agir. Elle subit, du fait du comportement de son ancien maire, un préjudice propre dont elle peut demander réparation et qui est distinct de celui pris en compte par le MINISTÈRE PUBLIC.

La VILLE DE GRENOBLE invoque trois chefs de préjudice : - un préjudice matériel, - un préjudice économique, - un préjudice moral.

A - Sur le préjudice matériel : La VILLE DE GRENOBLE produit aux débats une note intitulée <> aux termes de laquelle apparaît <> de 220 000 000 F dépourvu de toute espèce de justification ; si ce n'est, selon les conclusions de la ville, <>.

Si la méthode de calcul retenue par la VILLE DE GRENOBLE n'est pas contestée par la défense, les montants retenus le sont en revanche.

De surcroît, la défense fait valoir qu'à ce jour, en 1995, l'intérêt que la ville retire de l'opération s'élève en valeur actuelle à la somme de 62 millions de francs. Le préjudice invoqué par la ville ne peut donc, selon la défense, être considéré comme actuel.

Au vu de ces différents éléments, au vu des pièces produites par les parties, l'existence d'un préjudice matériel subi par la VILLE DE GRENOBLE n'apparaît pas rapportée, tant les incertitudes liées au calcul du coût de l'eau sont nombreuses, rendant impossible l'établissement de la preuve du caractère certain du préjudice matériel que subirait la VILLE DE GRENOBLE à ce jour.

La demande doit donc être rejetée sur ce point.

B - Sur le préjudice économique particulier : Aucun document apporté au dossier ne permet d'établir l'existence d'un préjudice économique particulier résultant de la commission des infractions par les prévenus.

Il y a donc lieu de rejeter la demande de VILLE DE GRENOBLE sur ce point.

C - Sur le préjudice moral : Si une personne morale publique peut demander réparation du préjudice matériel résultant d'une infraction dont elle a été victime, la jurisprudence lui interdit en revanche de demander réparation du dommage moral qui en découle.

La Chambre Criminelle estime en effet que cet intérêt se confond avec l'intérêt social dont la protection est déjà assurée par le MINISTÈRE PUBLIC (Crim 1er mai 1925).

Peu importe que l'action civile soit intentée par un établissement, un département ou une commune (Crim 16 janvier 1975).

La demande formulée de ce chef par la VILLE DE GRENOBLE ne peut donc être accueillie favorablement.

En conséquence, la constitution de partie civile de la VILLE DE GRENOBLE est recevable mais non fondée.

Vu les articles 131-26, 132-19, 132-29 du code pénal, 470, 473, 734, 749, 750 du code de procédure pénale.

PAR CES MOTIFS Le Tribunal, statuant publiquement, en matière correctionnelle et après en avoir délibéré conformément à la loi, par jugement en premier ressort et contradictoirement,

I - SUR L'ACTION PUBLIQUE

Rejette les moyens soulevés au fond par les prévenus Monsieur Alain CARIGNON et Monsieur Jean-Louis DUTARET en ce qui concerne : l'application des lois d'amnistie du 20 juillet 1988 et du 15 juillet 1990 du chef des délits d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux, complicité d'abus de biens sociaux, corruption et complicité de corruption, la prescription des délits d'abus de biens sociaux, complicité d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux, corruption, complicité de corruption, Rejette les autres moyens soulevés par Monsieur Jean-Louis DUTARET.

Relaxe Monsieur Pierre MERLIN du chef d'abus de biens sociaux concernant les honoraires versés à la SA WHIP par la SA CABINET MERLIN pour la somme de 300 000 F, uniquement,

Relaxe Monsieur Marc-Michel MERLIN du chef d'abus de biens sociaux concernant les honoraires versés à la SA WHIP par les sociétés du GROUPE MERLIN pour la somme de 2 373 060 F, uniquement,

Relaxe Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON du chef de recel d'abus de biens sociaux concernant les honoraires versés à la SA WHIP par les sociétés du GROUPE MERLIN pour la somme de 2 373 060 F, uniquement,

Relaxe Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON du chef de recel d'abus de biens sociaux concernant les honoraires versés par la LYONNAISE DES EAUX pour la somme de 1 000 000 F, uniquement,

Relaxe Monsieur Marc-Michel MERLIN du chef d'abus de biens sociaux et Monsieur Alain CARIGNON du chef de recel d'abus de biens sociaux concernant la prise en charge par les sociétés du GROUPE MERLIN des vols SINAIR effectués par Monsieur Alain CARIGNON pour la somme de 323 793 F, uniquement.

Déclare Monsieur Pierre MERLIN, Monsieur Marc-Michel MERLIN, Monsieur Jean-Louis DUTARET et Monsieur Alain CARIGNON coupables du surplus des faits qui leur sont reprochés,

Déclare Monsieur Louis BERA, Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER, Monsieur Frédéric MOUGEOLLE, Monsieur Jean-Jacques PROMPSY coupables des faits qui leur sont reprochés,

En répression les condamne à la peine de :

Monsieur Pierre MERLIN : - SIX MOIS D'EMPRISONNEMENT AVEC SURSIS par application des articles 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 50 000 F D'AMENDE.

Monsieur Louis BERA : - UN AN D'EMPRISONNEMENT AVEC SURSIS par application des articles 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 70 000 F D'AMENDE.

Madame Claudine DUTARET épouse MEINNIER : - DIX HUIT MOIS D'EMPRISONNEMENT AVEC SURSIS par application des articles 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 70 000 F D'AMENDE.

Monsieur Frédéric MOUGEOLLE : - DIX HUIT MOIS D'EMPRISONNEMENT AVEC SURSIS par application des articles 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 70 000 F D'AMENDE.

Monsieur Jean-Jacques PROMPSY : - QUATRE ANS D'EMPRISONNEMENT AVEC SURSIS par application des articles 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 400 000 F D'AMENDE.

Monsieur Marc-Michel MERLIN : - QUATRE ANS D'EMPRISONNEMENT DONT TROIS ANS AVEC SURSIS par application des articles 132-19, 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 1 000 000 F D'AMENDE.

Monsieur Jean-Louis DUTARET : - QUATRE ANS D'EMPRISONNEMENT DONT DEUX ANS AVEC SURSIS par application des articles 132-19, 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 400 000 F D'AMENDE.

Monsieur Alain CARIGNON : - CINQ ANS D'EMPRISONNEMENT DONT DEUX ANS AVEC SURSIS par application des articles 132-19, 132-29 du code pénal et 734 du code de procédure pénale, - 400 000 F D'AMENDE, - PRONONCE À SON ENCONTRE L'INÉLIGIBILITÉ PENDANT CINQ ANS.

Constate que l'avertissement prévu par l'article 132-29 du code pénal a été donné aux condamnés dans la mesure de leur présence effective lors du prononcé du jugement.
La présente décision est assujettie à un droit fixe de procédure d'un montant de 600 F dont est redevable chaque condamné ;
Fixe la durée de la contrainte par corps par application de l'article 750 du code de procédure pénale.

II - SUR L'ACTION CIVILE Déclare irrecevables les constitutions de parties civiles de : - L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS "QUE CHOISIR" (UFC 38), - L'ASSOCIATION EAU SECOURS, - L'ASSOCIATION POUR L'INFORMATION ET LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS SALARIÉS (INDECOSA-CGT), - LA CONFÉDÉRATION SYNDICALE DES FAMILLES (CSF), - LES 101 USAGERS DE L'EAU.
Déclare recevable la constitution de partie civile de la VILLE DE GRENOBLE,
Rejette ses demandes au titre des préjudices matériel, économique et morale, comme non fondés.

Déboute les parties civiles de toutes leurs autres demandes.
Laisse à la charge des parties civiles les frais de leur intervention.

En foi de quoi le Président et le Greffier ont signé le présent jugement. (...)