Lien fondamental (Ziad Takieddine)

Nicolas Sarkozy et Asif Ali Zardari devant l’Elysée, en mars 2009.
Thierry Gaubert
Nicolas Bazire

Mercredi 14 décembre 2011. Les aveux de l'ancien ministre Donnedieu de Vabres
Mercredi 21 septembre 2011. La princesse Hélène de Yougoslavie s'attaque à Nicolas Sarkozy par personnes "amies" interposées, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, gardés à vue.
16 septembre 2011. Mise en examen de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine

Vendredi 26 novembre 2010. Les surprenantes décision du Conseil constitutionnel de 1995 concernant les comptes de campagne de Jacques Chirac et Edouard Balladur
Vendredi 26 novembre 2010. Les ramifications suisses de l’affaire Karachi par Fati Mansour letemps.ch

Les intermédiaires intervenus dans la vente des sous-marins français au Pakistan sont également apparus lors des investigations menées dix ans durant par la justice genevoise

Lorsqu’est évoquée la corruption des élites pakistanaises, la Suisse n’est jamais bien loin. Durant dix ans, la justice genevoise a d’ailleurs enquêté sur un vaste réseau de sociétés destinées à enrichir l’actuel président Asif Ali Zardari. Ces investigations, réunies dans une centaine de classeurs fédéraux, ont aussi porté sur le fameux contrat Agosta du 21 septembre 1994 – la vente de trois sous-marins par Paris pour 826 millions d’euros – dont les possibles turpitudes se sont déjà transformées en un feuilleton à scandale pour la droite et pour Nicolas Sarkozy.

Les ramifications suisses de ce dossier remontent à 1997 et au dépôt d’une demande d’entraide pakistanaise. Les nouveaux maîtres d’Islamabad visent alors les comptes du clan déchu de la première ministre Benazir Bhutto et de son mari, Asif Ali Zardari, soupçonnés d’avoir octroyé des marchés publics contre de confortables commissions. La requête pakistanaise énumère une série de contrats problématiques. L’inspection de marchandises par des sociétés suisses, la vente de ­tracteurs par la firme polonaise Ursus, les sous-marins français et d’autres encore.

La liste initiale

A cette occasion, les autorités pakistanaises visent aussi nommément une série d’intermédiaires. Deux d’entre eux, Amir Lodhi et Abdulrahman El-Assir, des hommes d’affaires proches de la famille Bhutto, désormais au cœur des enquêtes françaises, sont sur cette liste initiale. Le fait que la corruption de fonctionnaires étrangers ne soit pas encore punissable à l’époque ne décourage en rien le Ministère public genevois, alors dirigé par le procureur général Bernard Bertossa, qui ouvre dans la foulée une enquête nationale pour blanchiment d’argent.

Menées avec opiniâtreté par le juge d’instruction Daniel Devaud, les investigations aboutiront au blocage de quelque 60 millions de dollars. Si l’enquête principale va ici se concentrer pour des raisons stratégiques sur le volet des commissions versées par les sociétés suisses SGS et Cotecna, d’autres tiroirs seront ouverts afin de récolter des informations sur le réseau de sociétés qui ont servi à ventiler les commissions liées à la vente des sous-marins.

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La validation disputée des comptes de campagne de 1995 Par Jim Jarrassé lefigaro.fr 26/11/2010 | Mise à jour : 12:33

En 1995, les Sages ont validé les comptes de campagne d'Edouard Balladur, malgré l'avis défavorable des rapporteurs. Le président du Conseil constitutionnel de l'époque, Roland Dumas justifie sa décision et demande la publication des débats.

La décision du Conseil constitutionnel de valider les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en octobre 1995, n'a certainement pas fini de faire parler d'elle. Dans le cadre de l'enquête préliminaire du juge Van Ruymbeke, chargé du volet financier de l'affaire Karachi, les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières ont découvert en octobre un compte-rendu de trois rapporteurs, issus du Conseil d'Etat et de la Cour des Comptes, qui avaient demandé à l'époque le rejet du compte de campagne de l'ex-premier ministre.

Sur un ton mordant, Martine Denis-Linton, Rémi Frentz et Laurent Touvet, y font part de leurs doutes sur l'origine des 10,25 millions de francs en liquide versés le 26 avril 1995 sur le compte de campagne du candidat. Une somme que les familles des victimes de l'attentat de Karachi soupçonnent aujourd'hui de provenir de rétrocommissions perçues en marge de la vente de trois sous-marins au Pakistan. Les rapporteurs notent ainsi que «le candidat ne sait manifestement pas quelle argumentation opposer» aux questions sur le versement effectué trois jours seulement après la défaite d'Edouard Balladur au premier tour de l'élection.

Vente de tee-shirts

Les trois rapporteurs n'ont guère été convaincus par les explications que leur a données l'ancien premier ministre. Selon le compte-rendu, Edouard Balladur leur a dit que «ces sommes proviendraient de ventes diverses de gadgets et de tee-shirts, ainsi que de collectes au drapeau effectuées lors de manifestations et réunions publiques organisées lors de la campagne». Les rapporteurs notent que le versement des 10,25 millions de francs n'a été accompagné d'aucun justificatif, contrairement à la pratique. Dans une tribune au Figaro , le 26 avril 2010, Edouard Balladur assurait avoir «eu recours à l'ensemble des moyens légaux (...) en parfaite transparence».

Les rapporteurs s'étonnent de la décision d'Edouard Balladur de verser les 10,25 millions de francs en une seule fois, alors que les autres versements étaient réguliers : «On voit mal un ancien ministre des Finances endetté pour 31 millions de francs [le montant de l'emprunt contracté par l'association de financement de la campagne d'Edouard Balladur] laisser dormir jusqu'à 10 millions dans un coffre au lieu de les placer pour récupérer quelque intérêt...» Au total, les rapporteurs établissent que 13,2 millions de francs en espèces ont été déposés sur le compte d'Edouard Balladur. Une somme qui représente «26 fois les sommes ainsi recueillies par M. Jospin», notent-ils.

Le rôle crucial de Roland Dumas

Mais malgré cet avis consultatif, présenté lors de la séance du 3 octobre 1995, les Sages ont validé les comptes de campagne d'Edouard Balladur au cours d'une séance houleuse, le 11 octobre. Une décision sur laquelle Roland Dumas, qui présidait alors le Conseil constitutionnel, semble avoir pesé de tout son poids. Dès le début de la séance, selon les informations du quotidien Le Monde, le socialiste met en garde les huit autres membres du Conseil : il leur explique que les comptes de campagne de Jacques Chirac, le nouveau chef de l'Etat, présentent aussi des recettes injustifiées et des dépassements «beaucoup plus sérieux» que ceux d'Edouard Balladur : «Peut-on prendre le risque d'annuler l'élection présidentielle et de nous opposer, nous, Conseil constitutionnel, à des millions d'électeurs et ainsi remettre en cause la démocratie ?» aurait demandé Roland Dumas.

L'ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, aurait donc demandé aux trois rapporteurs d'«oublier» la provenance incertaine des versements en liquides. La méthode ne fait pas l'unanimité auprès des Sages, si bien que le vote final est très serré : quatre nommés par le pouvoir socialiste s'opposent à la validation des comptes, et quatre autres nommés par la droite- l'approuvent. Sans surprise, Roland Dumas vient départager les deux camps en votant «pour». Grâce à cette décision, Edouard Balladur a touché plus de 30 millions de francs de remboursement de la part de l'Etat. De quoi rembourser le prêt contracté pour la campagne.

Des débats couverts par le secret

Interrogé une première fois par Le Monde à la mi-octobre, Roland Dumas assurait ne pas avoir «le souvenir d'avoir infirmé le rapport des rapporteurs. Je ne me souviens pas qu'il y ait eu le moindre problème sur les comptes de campagne de M. Balladur, comme je ne me rappelle pas que leur rejet ait été préconisé». Changement de cap : il assume désormais la méthode employée en 1995 et se dit même «favorable à la publication du procès-verbal» des débats.

Pour qu'une telle publication puisse avoir lieu, il faudrait convaincre les parlementaires de modifier la loi organique du 7 novembre 1958 selon laquelle les délibérations des Sages sont couverts par le secret pendant 25 ans - jusqu'en 2020 en l'occurrence. Il y a dix jours, l'actuel président du Conseil constitutionnel, le chiraquien Jean-Louis Debré, avait usé de ce motif pour opposer une fin de non-recevoir au juge Van Ruymbeke, qui avait sollicité la communication du contenu des débats.

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Mars 2009, devant l'Elysée La France aide "le Pakistan"

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Affaire Karachi : Takieddine mis en examen Mis à jour le 14/09/2011 à 23:54 | publié le 14/09/2011 à 16:11 lefigaro.fr

L'homme d'affaire franco-libanais, intermédiaire présumé dans le contrat des sous-marins vendus par la France au Pakistan, est soupçonné de malversations financières. Ses biens ont été saisis, selon Le Monde.

C'est encore une histoire de mallettes. Le juge Renaud van Ruymbeke a mis en examen mercredi l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine dans le volet financier de l'enquête sur l'attentat de Karachi. D'après les informations du Monde , ses biens en France ont été saisis. Parmi eux, un hôtel particulier à Paris et une belle résidence au Cap d'Antibes, dans le Var.

Takieddine est soupçonné d'abus de biens sociaux et interdit de quitter le territoire. En 2002, onze ingénieurs de la direction des constructions navales (DCN) envoyés au Pakistan pour superviser la construction de sous-marins sont tués par une voiture piégée devant leur hôtel. Depuis, la justice tente de comprendre les raisons et les responsables de cet attentat. Après avoir soupçonné al-Qaida, les enquêteurs français se sont orientés vers l'hypothèse de versements de commissions qui auraient mal tourné.

Ziad Takieddine a été interrogé sur son rôle présumé dans le versement de commissions dans le cadre du contrat des sous-marins Agosta 90B vendus par la France à Islamabad. L'histoire commence en 1994, alors qu'Édouard Balladur dirige le gouvernement de cohabitation, et se prépare à se présenter aux présidentielles de 1995 contre son ancien ami, Jacques Chirac. Le gouvernement a accepté de vendre des sous-marins et le contrat est sur le point d'être signé. Le montant des commissions à verser aux responsables pakistanais autorisées à cette époque- a déjà été négocié, et doit atteindre 6,25% du contrat global.

C'est alors que Takieddine entre en jeu. D'après les éléments recueillis par les parlementaires auprès des différents acteurs interrogés, Takieddine a été imposé à la fin des négociations par Renaud Donnedieu de Vabres, à l'époque chargé de mission au ministère de la Défense. Takieddine forme avec le Libanais Abdul al-Assir, un autre intermédiaire connu, le «réseau K», qui propose 4% de commissions supplémentaire sur le contrat, payables tout de suite. Le rapport parlementaire publié en mai 2010 par la commission de défense de l'Assemble nationale souligne le cas «exceptionnel» d'un intermédiaire qui arrive aussi tardivement dans les négociations d'un contrat industriel.

Un intermédiaire imposé par le pouvoir politique

C'est ce point précis qui intéresse les enquêteurs : pourquoi proposer une deuxième enveloppe alors que les deux parties s'étaient déjà mises d'accord sur une première commission ? Le rapport parlementaire souligne que la situation politique au Pakistan avait changé fin 1993, avec le retour de Benazir Bhutto au pouvoir. Un versement supplémentaire pourrait s'expliquer par la volonté de donner un gage au nouveau pouvoir.

Une autre théorie explique qu'il pourrait en fait s'agir d'un moyen d'obtenir des rétro-commissions : en vue de la campagne électorale, le gouvernement Balladur aurait donné de l'argent en plus au pouvoir pakistanais, qui lui en aurait rendu une partie en liquide. Selon le témoignage d'un proche de l'affaire dévoilé par Mediapart, Takieddine se serait rendu à plusieurs reprises en Suisse en compagnie de Thierry Gaubert pour ramener des mallettes d'argent liquide. Thierry Gaubert est un proche de Nicolas Sarkozy, avec qui il a travaillé à la mairie de Neuilly. En 1994, Sarkozy est ministre du Budget et prépare la campagne de Balladur. Un versement de 10 millions de francs en liquide sur un compte de campagne d'Édouard Balladur accrédite cette thèse, défendue par les familles des victimes.

En 1995, le premier ministre est battu et Jacques Chirac arrive à l'Élysée. Les balladuriens sont ostracisés, et le gouvernement d'Alain Juppé, alors premier ministre, exige dès 1996 de suspendre le versement de commission au Pakistan et à l'Arabie Saoudite, à laquelle la France a vendu des frégates. Jacques Chirac aurait voulu empêcher les proches de Balladur d'engranger grâce à des rétro-commissions un trésor de guerre. La suspension des commissions aurait fâché les responsables pakistanais, qui se seraient vengé en organisant en 2002 l'attentat contre les ingénieurs français. Une théorie que les parlementaires ont mise en doute : au moins 80% des commissions ont été versées aux intermédiaires pakistanais. De plus, le laps de 6 ans entre la fin des commissions et l'attentat laisse planer un doute sur le lien entre les deux affaires.

Takieddine, homme d'affaires en vue et en plein divorce

Ziad Takieddine a reconnu son rôle dans la négociation du contrat des frégates saoudienne, mais a nié avoir participé à celles concernant les sous-marins pakistanais. Pourtant, son nom revient avec insistance dans le rapport parlementaire de 2010, même s'il est la seule personne à avoir refusé de s'exprimer devant les députés. Son rôle d'intermédiaire dans les contrats industriels, notamment avec la Libye, n'est pas un secret : Total a reconnu avoir bénéficié de l'entregent de cet homme d'affaire pour négocier avec Mouammar Kadhafi des droits de forage sur le sol libyen.

Né en 1950 dans le sud du Liban, dans une famille en vue de la communauté musulmane druze, Ziad Takieddine a fait fortune en France où il connaît tout le monde polique et médiatique. Propriétaire d'un hôtel particulier dans le 16ème arrondissement de Paris selon le magazine L'Express, il était proche du défunt premier ministre libanais Rafic Hariri, grand ami de Jacques Chirac, mais aussi de l'entourage de Balladur. Il a commencé sa carrière en 1979 comme gérant de la station de ski d'Isola 2000, où il y a rencontré son épouse britannique Nicola Johnson. Cette dernière a été entendue par les enquêteurs français : actuellement en pleine procédure de divorce avec Takieddine, elle aurait fourni à la justice des documents intéressants sur les activités de son mari.

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Karachi : le témoignage qui éclabousse deux proches de Sarkozy Publié le 20-09-11 à 19:03 Modifié le 21-09-11 à 17:16 Le Nouvel Observateur Par Serge Raffy.

Alors que Nicolas Bazire et Thierry Gaubert sont rattrapés aujourd'hui par l'affaire Karachi, Le Nouvel Observateur révèle que la princesse Hélène de Yougoslavie accuse ces deux intimes du chef de l'Etat d'avoir joué les porteurs de valises.

La princesse Hélène de Yougoslavie, descendante du roi d’Italie, Umberto II, entre en fanfare dans le dossier Karachi. Entendue à la fin de l’été par les policiers de la DNIF (Direction Nationale des Investigations Financières), elle avait révélé aux enquêteurs que son ex-mari, Thierry Gaubert, ami intime de Nicolas Sarkozy avait accompagné, en Suisse, l’intermédiaire libanais Ziad Takieddine, pour aller chercher des valises "volumineuses de billets", durant la période 94-95. Il doit être déféré devant le juge mercredi 21 septembre.

Elle avait ajouté que l’homme qui récupérait les "mallettes" en France était Nicolas Bazire. Alors directeur de cabinet du Premier ministre de l'époque Edouard Balladur, il vient d'être placé en garde à vue. Ce témoignage a fait l’effet d’une bombe et méritait de plus amples investigations avant que ce témoin-clé de l’enquête sur l’attentat de Karachi ne soit entendu par le juge Van Ruymbeke.

Actuellement auditionnée par le magistrat instructeur au pôle financier du tribunal de Paris, boulevard des Italiens, Hélène de Yougoslavie, habituée des magazines people, comme "Point de vue", a vécu un divorce tumultueux avec Thierry Gaubert, il y a trois ans. Depuis, elle s’est lancée dans l’activité photographique. Son témoignage est un véritable pavé jeté dans le milieu des très proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy.

Thierry Gaubert est en effet un ami de 30 ans du Président de la République. Il fut son directeur de la communication à la mairie de Neuilly, puis son chargé de mission au ministère du Budget. Emporté par une affaire de détournements de fonds dans les Hauts de Seine à la fin des années 90, il avait disparu des écrans et travaillait à la Caisse d’Epargne, mais s’était éloigné de la politique, pour ne pas gêner l’ascension de son ami.

Le retour sur le devant de la scène de Thierry Gaubert, connu aussi pour ses amitiés israéliennes, pourrait bien provoquer une suite d’auditions de plusieurs personnalités politiques qui ont eu des relations très amicales avec le sulfureux Ziad Takieddine, comme Claude Guéant, Jean-François Copé, François Léotard, ou Brice Hortefeux.

Nicolas Bazire, impliqué par la princesse de Yougoslavie dans la "valse des mallettes" et dont le nom avait circulé à plusieurs reprises dans l’affaire de Karachi, est un des conseillers les plus proches du Président de la République. Il fut son témoin de mariage avec Carla Bruni.

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Nouvelles gardes à vue dans l'affaire Karachi lefigaro.fr Mis à jour le 21/09/2011 à 17:05 | publié le 21/09/2011 à 14:38

Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet de Balladur, a été interpellé mercredi matin dans le volet financier de l'affaire. Un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget devrait être lui déféré devant le juge.

Deux proches de Nicolas Sarkozy ont été placés en garde à vue dans l'enquête sur le volet financier de l'affaire Karachi. Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet d'Edouard Balladur et témoin de mariage du chef de l'État et de Carla Bruni, a été interpellé mercredi matin par les policiers du juge Renaud Van Ruymbeke, révèle le site du Journal du Dimanche. Le domicile et les locaux professionnels de ce haut responsable de LVMH font l'objet d'une perquisition. Parallèlement, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget au milieu des années 1990, Thierry Gaubert, a été déféré en vue d'une possible mise en examen. Il avait été placé en garde à vue lundi.

Ces auditions surviennent quelques jours après la mise en examen de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, intermédiaire présumé dans deux contrats d'armement. Devant le juge Renaud Van Ruymbeke, son ex-épouse a évoqué les rapports de son mari d'alors avec plusieurs hommes politiques, dont Nicolas Bazire. D'après le Nouvel Observateur de cette semaine, la princesse Hélène de Yougoslavie, ex-épouse de Thierry Gaubert, met en cause les deux intimes du président de la République. Entendue à la fin de l'été, elle aurait confié aux enquêteurs que Thierry Gaubert a accompagné, en Suisse, Ziad Takieddine, pour aller chercher des valises «volumineuses de billets», dans les années 1994-1995. Elle aurait assuré que l'homme qui récupérait les «mallettes» en France était Nicolas Bazire.

Roland Dumas aurait été entendu comme témoin

Ziad Takieddine est au centre de deux importants contrats d'armement des années 1990, la vente de sous-marins au Pakistan en 1994 et un marché de frégates avec l'Arabie saoudite. Une mission d'information parlementaire et des procédures judiciaires le désignent comme l'intermédiaire par lequel sont passés 33 millions d'euros de commissions occultes au Pakistan et 200 millions en marge du contrat saoudien. Dans le cadre de la vente de sous-marins au Pakistan, des commissions ont été versées à des décideurs pakistanais, pratique légale à l'époque. Mais à celles-ci se seraient ajoutées des rétrocommissions par lesquelles une partie des sommes revenait illégalement en France au profit de responsables politiques français.

La justice se demande si ces rétrocommissions ont pu alimenter la campagne présidentielle d'Édouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était un des porte-paroles. Soupçons qu'a toujours réfutés l'ancien premier ministre. Après sa victoire en 1995, Jacques Chirac avait fait cesser le versement des commissions aux Pakistanais et aux Saoudiens. La justice n'exclut pas que cet arrêt pourrait être une cause possible de l'attentat de Karachi, qui a coûté la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant sur la construction de ces sous-marins en mai 2002 dans le cadre du contrat Agosta. D'après le JDD, Renaud Van Ruymbeke aurait également entendu, comme témoin, Roland Dumas, l'ancien président du Conseil constitutionnel, afin de comprendre dans quelles conditions les Sages ont validé les comptes de campagne pour l'élection présidentielle de 1995, malgré la présence d'espèces en quantités importantes. Roland Dumas aurait mis en avant le secret des délibérations.

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Thierry Gaubert, ancien proche de Sarkozy et homme de l'ombre LEMONDE.FR | 21.09.11 | 18h37

Thierry Gaubert, déféré mercredi 21 septembre devant le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke dans l'enquête sur le financement de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, a connu Nicolas Sarkozy au début des années 90 lorsque ce dernier était encore un débutant en politique.

Né le 14 mai 1951 à Paris, il devient secrétaire général de "Neuilly communication", une association qui regroupe toutes les entreprises de communication de la ville. Il met ses réseaux au service de M. Sarkozy, organisant pour lui des déjeuners avec des patrons de presse ou des chefs d'entreprises influents. Il devient vite indispensable au futur chef de l'Etat qui, en 1994, le nomme chef de cabinet adjoint au ministère du budget. Il y reste jusqu'à l'élection présidentielle de 1995.

Il est ensuite secrétaire général à la mairie de Neuilly. Une brouille avec Cécilia Sarkozy, l'ex-épouse du président de la République, l'éloigne du premier cercle des amis de M. Sarkozy à la fin des années 90. Il se fâche également avec l'ancien premier ministre Edouard Balladur. M. Gaubert reste, en revanche, étroitement lié à Brice Hortefeux dont il est aujourd'hui encore l'ami.

PROCHE DE "HORTEFEUX, BAZIRE, COPÉ ET TAKIEDDINE"

"Ses quatre amis intimes sont M. Hortefeux, M. Nicolas Bazire, M. Jean-François Copé et M. Ziad Takieddine", l'intermédiaire franco-libanais, explique un de ses proches qui le décrit comme un mondain aimant le luxe et les femmes. Premier mari de Diane Barrière, il a ensuite épousé la princesse Hélène de Yougoslavie, une personnalité du gotha international dont il a également divorcé.

Réputé intelligent et drôle, il devient en 2001 et 2002 conseiller du président de la caisse nationale des caisses d'épargne (CNCE), Charles Milhaud, puis conseiller à titre officieux au cabinet de Jean-François Copé, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement entre 2002 et 2004. Comme il l'avait fait avec M. Sarkozy, il aide M. Copé à se faire un carnet d'adresses.

Aujourd'hui, il est directeur des affaires publiques et conseiller du président du groupe BPCE (Banques populaires-Caisses d'épargne), François Pérol, un autre proche de M. Sarkozy. En 2008, M. Gaubert avait été mis en examen pour abus de biens sociaux et escroqueries dans une affaire immobilière concernant la collecte et l'utilisation des fonds du "1 % logement" dans les Hauts-de-Seine dans les années 1980-1990. En mars 2011, son procès a été renvoyé. Vanessa Schneider

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