Valéry Giscard dit "d'Estaing"

Août 2007 : Décès de Raymond Barre, toujours accusé de judéophobie, par certains ... Hommage à "un compagnon de route" "un de ses meilleurs serviteurs" (la France ...). Savoureux : Frédéric Grendel (gaulliste "de gauche"). Raymond Barre, Les plumes du paon, L'envol du paon,Régine Deforges, Paris, 1978, 1987.

Mars 2004 : Echec aux régionales en Auvergne, donc membre de droit siègeant au conseil constitutionnel
Décembre 2003 : L'Espagne et la Pologne rejettent sa "Constitution européenne" Elu à l'Acamédie Française
Juillet 2003 : Giscard d'Estaing Valéry, vu par un journaliste de "Libération"

Giscard revisité, Par Jean-Michel HELVIG, lundi 30 juin 2003 (p. 6)
Jean-Michel Helvig est journaliste à «Libération».
Rarement homme politique aura laissé autant de traces dans la société. Sa Constitution européenne en est une nouvelle illustration.

S'il existait un concours Lépine de la gouvernance, Valéry Giscard d'Estaing croulerait sous les honneurs. Qu'un homme aussi imbuvable puisse laisser une oeuvre aussi appréciable, que son septennat présidentiel achevé dans la déconfiture économique, sociale et morale puisse conserver autant de traces positives dans la société française, tout cela est l'illustration des voies détournées qu'emprunte souvent la modernité en politique.

Dans la lignée des présidents de la Ve République, si de Gaulle fut le Commandeur, Pompidou l'Industrialisateur, Mitterrand l'Artiste et Chirac le Transformiste, Giscard devrait être panthéonisé comme l'Ingénieur. Nul autre que lui a autant inventé dans le registre de la vie publique française et internationale, mais aussi dans la sphère privée de ses contemporains. Et, couronnement de sa carrière, voici le projet de constitution européenne entériné la semaine dernière par les Quinze, dont l'élaboration est déjà un exploit, quand bien même la prochaine conférence intergouvernementale en détricoterait demain les équilibres subtils. Si une constitution européenne doit exister un jour, ce sera à partir du compromis forgé par l'ancien président français au sein d'une convention européenne lotie de toutes les tendances et influences contradictoires de l'Union.

Sans que Giscard ait jamais pris rang parmi les grandes figures emblématiques de l'Europe, on ajoutera donc les premiers pas constitutionnels européens à son palmarès personnel, riche déjà des réunions triannuelles du Conseil européen, dont il eut l'idée en décembre 1974, et du système monétaire européen (SME), à l'origine de l'euro, même si rien de cela n'eut été possible sans la complicité et l'amitié du chancelier allemand Helmut Schmidt. Ne pas oublier non plus l'élection du Parlement européen au suffrage universel, dont il fut l'artisan. Sait-on aussi que les G8, qui font grand bruit aujourd'hui, n'auraient peut-être pas existé si Giscard n'avait pas invité en 1975, à la Guadeloupe, ses homologues américain, anglais et allemand pour évoquer l'armement stratégique soviétique, avant que se tienne l'année suivante à Rambouillet le premier G7 de l'histoire ?

Au registre des institutions françaises, si Giscard fut, dans les dernières années de son mandat, parmi ceux qui cédèrent le plus à la dérive monarchiste guettant les hôtes de l'Elysée, on lui doit une mesure, peu spectaculaire à l'époque, mais qui changea la face du système législatif de ce pays : le droit de saisine du Conseil constitutionnel par les parlementaires. Se rappelle-t-on encore que l'élection du maire de Paris au suffrage universel, c'est lui, la création de la région Ile-de-France, c'est encore lui, le début de la fin du monopole de l'ORTF, c'est toujours lui ?

Mais ce qu'il faut particulièrement accorder à Giscard, c'est d'avoir été le premier des politiques, dans une telle situation de responsabilité, à prendre la mesure de la place des jeunes dans la société avec l'abaissement de la majorité à 18 ans et surtout du rôle des femmes. En témoigne la création d'un secrétariat d'Etat à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud, qui établit un plan de cent mesures sur cinq ans pour lutter contre les discriminations sexistes.

La réforme essentielle du septennat reste bien entendu la légalisation de l'avortement, provisoire en 1975, définitive en 1979. A ce sujet, une réévaluation historique oblige quand même à dire que si, sans Giscard, la réforme n'aurait pu aboutir, il n'en était pas un militant acharné. La multiplication des avortements illégaux (250 000 à 300 000 par an) commençait à faire peur aux autorités du fait des risques d'ordre et de santé publics. Aussi est-ce Michel Poniatowski, ministre de l'Intérieur, qui allait convaincre Giscard de se lancer dans le processus de légalisation. Mais celui-ci restera ensuite muet face à la meute déchaînée des députés de droite harcelant, insultant sa ministre de la Santé, Simone Veil. Une Simone Veil qui s'est longtemps souvenue que c'est Jacques Chirac, le Premier ministre du moment, hostile à cette réforme comme d'ailleurs à tous les «gadgets gauchistes» de Giscard, qui lui apportera un vrai soutien personnel dans son épreuve parlementaire (1).

Si l'on doit retenir les réformes dont les effets ont duré bien au-delà du souvenir politique laissé par Giscard, citons encore le divorce par consentement mutuel, le remboursement de la contraception, le droit des associations à se porter partie civile dans les procès de viol, la création du collège unique, l'obligation de mixité dans les écoles, etc.

Le septennat de Giscard gagne bien entendu à être revisité sur son versant législatif. Car côté part d'ombre, la guillotine continua de fonctionner, Giscard refusant trois grâces à des condamnés à mort, dont celle de Christian Ranucci, victime sans doute d'une des plus graves erreurs judiciaires de l'époque. C'est aussi sous sa présidence que trois anciens ministres (De Broglie, Boulin, Fontanet) furent assassinés, et que la question de l'éthique personnelle du chef de l'Etat fut portée en place publique (les diamants offerts par Bokassa). Comment ne pas retenir enfin que le pouvoir de l'époque n'a pas saisi la gravité de la crise ouverte par le choc pétrolier et que le pays connut dans les années 70, le dérapage du chômage de masse et de l'inflation ?

Mais c'est le Président, le plus éloigné des Français par sa suffisance aristocratique, son arrogance technocratique et son égotisme forcené, qui accomplit quelques-unes des réformes «de proximité» les plus durables. Il le doit à une intelligence exceptionnelle de son temps, à des capacités de séduction certaines, plus cérébrales qu'affectives au demeurant, et peut-être aussi à un narcissisme de surdoué et de privilégié, qui facilitait son engagement pour des causes à rebours des mentalités de sa classe sociale et des pesanteurs de sa majorité électorale. Il le paya cher en 1981.

Vingt ans après, lui qui a «tué» politiquement tous ses héritiers, boucle (définitivement ?), avec la constitution européenne, un héritage non négligeable.
(1) Valéry Giscard d'Estaing par Frédéric Abadie et Jean-Pierre Corcelette (Balland, 1997).

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(11 décembre 2004 Académie) VGE en toutes lettres

QUELQUE PART dans La Voie royale, André Malraux, qui mérita de la France et eût mérité l'Académie, lâche une phrase immortelle. Une phrase de ralliement pour des générations de lecteurs qui ont cru voir dans la littérature une société secrète où l'on ne pénètre qu'avec des mots de passe. Cette phrase la voici, nue dans sa mystérieuse simplicité : « Les bordels somalis sont remplis de surprises. »

Loin de nous la tentation de comparer la noble institution du quai de Conti à une maison de tolérance, bien que la tolérance y soit grande pour accepter en si bonne Compagnie, c'est une première, celui qui fut son protecteur naturel, en la personne de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing.

Comme les bordels somalis sublimés par Malraux, l'Académie française est donc pleine de surprises. Qui eût prédit que VGE, homme de si peu de lettres excepté ses initiales, aurait, faute de longévité élyséenne, visé rien de moins que l'éternité.

Pour le reste, ce fut une élection sans surprise, une élection dans un fauteuil, si l'on peut se permettre un mot joueur s'agissant d'un lieu qui veille avec sérieux et lenteur au bon usage de la langue.

Que le nouvel élu n'ait pas d'oeuvre littéraire derrière lui, et l'on doute qu'elle fût devant, cela, a-t-on appris, n'est nullement préjudiciable. Tout au plus VGE pourrait-il, s'asseyant désormais dans le fauteuil de Senghor, qui fut le chantre de la négritude, s'assurer les services d'un nègre talentueux et discret. Il en est même de fameux parmi ses pairs, sans que l'on soit très sûr qu'ils appartiennent à son bord.

Mais au nom du « un pour tous et tous pour un », une plume alerte pourrait se dévouer. Giscard ferait ainsi mieux oublier son oubliable premier et dernier roman intitulé Le Passage, qui, comme passage à l'acte littéraire, fut plutôt un acte manqué.

Le nouvel académicien n'est pas au bout de ses révérences. Elu et bien élu, il y a encore loin de la Coupole à ses lèvres. Lui qui s'était juré, après sa défaite de mai 1981, de ne plus reparaître à l'Elysée, devra se fendre d'un retour sur le lieu de sa chute, pour y être « présenté », qui plus est, à son vieil ennemi intime Jacques Chirac.

On voudrait être petite souris pour assister à cette formalité qui d'ordinaire, on suppose, doit émoustiller plus d'un immortel en bicorne emplumé. Mais après tout Giscard pouvait-il rêver plus romanesque prise - ou éphémère reprise - de l'Elysée, l'épée au bout de la main ?

Imaginons un peu.
- Comme le vert vous sied ! dirait Chirac.
- Je suis enfin reconnu ! piafferait VGE. Tenez-vous bien : je suis vert depuis que j'ai dû laisser le poste à ce Mitterrand qui n'avait pas le monopole de mon coeur. Cela remonte à loin, bien avant JC (impossible, pour Giscard, de prononcer Jacques Chirac en toutes lettres).
- Moi, répondrait l'actuel président, je reste vert, et pas besoin d'Académie pour ce faire. Le pouvoir conserve à condition de savoir le garder, naturellement.

Et pour ne pas dire qu'il avait foulé le sol de son ennemi, Giscard aurait fait semer à son passage, par quelques huissiers complices et nostalgiques de son règne, de la bonne terre d'Auvergne. Un rituel de fierté qui n'aurait pas déplu à Senghor l'Africain.
Éric Fottorino, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.12.03

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CENTRE Raymond Barre est mort
NOUVELOBS.COM | 25.08.2007 | 10:17

Hospitalisé depuis avril à la suite d'un malaise cardiaque, l'ancien Premier ministre est décédé samedi matin à l'âge de 83 ans. "La France vient de perdre un de ses meilleurs serviteurs", déclare Valéry Giscard d'Estaing.

L'ancien Premier ministre Raymond Barre est mort dans la nuit de vendredi 24 à samedi 25 août à l'âge de 83 ans à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, où il avait été admis en avril dernier, apprend-on de source familiale.

"M. Raymond Barre est décédé cette nuit samedi 25 août 2007 à l'hôpital du Val-de-Grâce", a fait savoir sa famille.

L'ex-Premier ministre et ancien maire de Lyon avait été hospitalisé le 12 avril à Paris après avoir été victime d'un malaise cardiaque sur la Côte d'Azur. Il s'était retiré de la vie politique en 2002 pour des raisons de santé.

En février dernier, ses propos sur son ancien ministre Maurice Papon et le "lobby juif" avaient provoqué une vive polémique.

"Meilleur économiste de France"

Né le 12 avril 1924 à Saint-Denis, sur l'île de la Réunion, Raymond Barre, qualifié de "meilleur économiste de France", fut Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing de 1976 à 1981 et a incarné la politique de "rigueur."

Maire de Lyon (1995-2001) et député du Rhône, il avait été en outre candidat malheureux à l'Elysée en 1988, battu au premier tour par François Mitterrand et Jacques Chirac.

Raymond Barre, qui avait eu 83 ans le 12 avril, souffrait depuis plusieurs années de problèmes rénaux et cardiaques.

En 2001, il avait renoncé à se représenter à la mairie de Lyon pour des raisons de santé. L'année suivante, il abandonnait son mandat de député dans sa circonscription du Rhône pour les mêmes raisons.

Gouverner la France au centre

Il avait publié au début de l'année "L'expérience du pouvoir", un livre d'entretien avec le journaliste Jean Bothorel dans lequel il revenait sur sa carrière atypique de professeur d'économie entré sur le tard dans l'arène politique.

Il y réglait des comptes avec Jacques Chirac ("Le Chirac humain, chaleureux, je l'apprécie. Pour le reste, je suis incapable de lui reconnaître la moindre conviction, sauf l'obsession du pouvoir").

Il revenait aussi sur sa candidature à l'élection présidentielle de 1988 et sur la nécessité, à ses yeux, de gouverner la France au centre.

"(...) Je n'aurais eu aucune objection de principe à gouverner avec des socialistes raisonnables, à l'instar de ce que l'on a vu dans d'autres pays européens", y disait-il notamment.

"Je crois que notre pays a besoin de cet équilibre, sinon le débat politique se crispe jusqu'à se caricaturer", ajoutait-il.

"Raymond Barre n'a jamais été, n'a jamais voulu être un homme politique comme les autres. Avant tout grand universitaire de vocation et de tempérament, (...) il a placé au-dessus du reste l'indépendance d'esprit, la compétence et le courage, fût-ce électoralement sacrificiel, fût-ce exprimé avec un brin de provocation", écrivait alors le commentateur Alain Duhamel dans une chronique sur cet ouvrage publié dans l'hebdomadaire Le Point.

"Un compagnon de route" de VGE

L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing a déclaré samedi matin que "la France vient de perdre un de ses meilleurs serviteurs", en apprenant le décès de son ancien Premier ministre Raymond Barre.

"Son action s'inscrivait dans la grande ligne de ceux qui depuis Colbert ont construit la prospérité de notre pays", a déclaré VGE dans un communiqué. "Raymond Barre était un homme d'Etat qui ne poursuivait aucun objectif personnel mais qui cherchait à assurer par une compétence exceptionnelle et un travail acharné le bien être de notre pays", poursuit l'ancien président.

"Démarche solitaire et désintéressée"

"Le milieu politique a eu du mal à comprendre sa démarche solitaire et désintéressée qui était trop éloignée de ses habitudes. Et l'opinion publique n'a réalisé que tardivement qu'il travaillait en réalité pour son bien", ajoute VGE.

Valéry Giscard d'Estaing explique que Raymond Barre était pour lui "un compagnon de route", et ajoute: "Quand nous avons quitté le pouvoir ensemble en 1981, la France était malgré les deux chocs pétroliers, dans une situation qu'elle n'a jamais retrouvé depuis: une dette réduite, un déficit budgétaire de 1,1 %, un nombre de chômeurs inférieur à celui d'aujourd'hui". (avec Reuters)

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Barre, une autorité morale ternie par la polémique

Accusé d'antisémitisme après ses propos sur l'attentat de la rue Copernic, en 1980, il avait de nouveau été confronté à la polémique en avril dernier.
nouvelobs.com - le 25/08/2007 - 17h15

Fort de ses convictions et n'hésitant pas à les proclamer, quitte à ce qu'elles nuisent à sa popularité, Raymond Barre était autant estimé que peu apprécié pour sa capacité à dire aux Français des vérités économiques désagréables.

Son refus de la langue de bois et son aversion vis-à-vis des usages du "microcosme" pouvaient le rendre cassant. Derrière le politique venu sur le tard aux plus hautes responsabilités, pointait facilement l'universitaire mal à l'aise face à la logique des partis, aux nécessités d'une campagne électorale, et plus encore face à la polémique.

Celle, tenace, sur des soupçons d'antisémitisme, l'aura poursuivi de l'attentat de la rue Copernic jusqu'à l'antenne de France Culture.

Une accusation dont il s'est toujours défendu avec vigueur.
"Nul ne peut trouver dans mes activités de professeur, dans mes responsabilités à Bruxelles, dans mon action de Premier ministre et de maire de Lyon, la moindre trace d'antisémitisme, pour une raison simple, c'est que je ne suis pas antisémite, en aucune façon", écrivait-il dans un communiqué rageur, peu avant le malaise qui devait conduire à son hospitalisation.

"En réalité, Copernic, Gollnisch et Papon, tout cela conduit à présenter mes propos de façon tendancieuse en me prêtant des sentiments qui me sont totalement étrangers".

La polémique rebondit au bout de 27 ans

La polémique avait pris naissance le 3 octobre 1980 : le Premier ministre, exprimant son indignation à la suite de l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris, déplorait alors "cet attentat odieux qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic".

L'expression faisait scandale. Elle ne devait pas être la seule : ainsi en décembre 1985, Simone Veil, rescapée d'Auschwitz, s'était émue de la formule "Oui au travail, oui à la famille, oui à la patrie mais dans une France libre", employée par Raymond Barre, estimant qu'elle rappelait "le drame absolu" des années 1940-1945.

Près de 27 ans plus tard, la controverse pouvait sembler éteinte.

Pourtant, invité le 1er mars 2007 sur France Culture, et interrogé sur ces accusations d'antisémitisme et sur le cas Papon, Raymond Barre ranimait les critiques
en se présentant en victime du "lobby juif", "capable de monter des opérations indignes".

Dans le même entretien, il dédouanait Maurice Papon - ministre de son gouvernement - pour son rôle sous l'Occupation en affirmant que celui-ci avait choisi de rester à son poste à la préfecture de Gironde pour "faire fonctionner la France" et que seul "un intérêt national majeur" eût justifié une démission.

Et il affirmait à propos de Bruno Gollnisch, condamné pour propos négationnistes : "J'ai dit que je blâmais ce qu'il avait dit mais que pour le reste, je l'avais connu et que c'était un homme bien".

Ces propos avaient "scandalisé" le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et "indigné" le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).

L'historien et cinéaste Claude Lanzmann avait déclaré dans une tribune publiée par Libération : "J'accuse M. Raymond Barre d'être un antisémite. Plus encore : je l'accuse de se faire le héraut de cette passion immonde, de la propager, de s'en glorifier, délit qui tombe sous le coup de la loi".

Rappelant qu'il avait témoigné au procès de Maurice Papon, de même que l'ancien ministre Olivier Guichard, Raymond Barre rétorquait : "On ne peut pas nous soupçonner d'être collaborationnistes, ni d'être antisémites".

Et tout en dénonçant "ce 'lobby de gauche' qui ne représente pas (...) la communauté juive de France", il affirmait : "Je suis et j'ai toujours été du côté des survivants de l'Holocauste pour condamner la barbarie et ses complices".

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Le lobby israélien au cœur de la polémique aux Etats-Unis (Sur le même sujet L’Aipac au centre de la vie politique)
Un ouvrage dénonce le soutien inconditionnel de Washington à l’Etat hébreu.
Par Philippe Grangrereau, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007, p. 4

Washington de notre correspondant
Lorsque, l’an dernier, l’ambassadeur de France aux Etats-Unis a invité la candidate à la présidentielle Hillary Clinton, celle-ci lui a adressé ce message très direct : «Je ne parle avec aucun ambassadeur, sauf un, l’ambassadeur d’Israël.» Cet échange confirme l’importance cardinale d’Israël dans la politique intérieure des Etats-Unis. L’influence profonde du lobby pro-israélien dans la diplomatie américaine au Moyen-Orient est indiscutable. Mais jusqu’où va-t-elle ? Ce soutien sert-il les intérêts américains ? Telles sont les questions explorées par le Lobby pro-israélien et la Politique étrangère des Etats-Unis (1), un livre dont débat le tout-Washington depuis sa sortie, voilà quelques semaines. «Aucun autre essai académique a eu un tel impact, écrit la New York Review of Books, depuis la publication du livre de Samuel Huntington le Choc des civilisations [1993].»

Charge.

Compte tenu des tabous historiques et sémantiques qu’elle aborde, cette étude a demandé un courage considérable à ses deux auteurs, John Mearsheimer, de l’université de Chicago, et Stephen Walt, de Harvard. Les deux universitaires ont conscience de marcher sur un champ de mines. A la suite d’un article à l’origine de l’ouvrage actuel publié dans la London Review of Books en 2006, «nous avons été dénoncés comme antisémites […] par des éditorialistes du Jerusalem Post, du New York Sun, du Wall Street Journal et du Washington Post», constatent-ils dans leur préface.

«Dès qu’on critique Israël ou l’Aipac [le Comité des affaires publiques américano-israélien, qui s’intitule sur son site web «le lobby pro-israélien en Amérique», ndlr] , on est sûr d’être accusé d’antisémitisme. C’est la tactique diffamatoire classique.

La plupart des gens hésitent à aborder ce genre de questions en raison de ces attaques», dit Stephen Walt. Leurs pressentiments ont été amplement confirmés. La charge a été sonnée par Eliot Cohen, un professeur de l’université Johns-Hopkins, dans une opinion publiée dans le Washington Post intitulée «Oui, c’est antisémite».

Cohen reproche aux auteurs, non sans une certaine mauvaise foi, le fait que leur ouvrage ait été applaudi par l’ancien chef du Ku Klux Klan. D’autres critiques ont qualifié les universitaires de «sombres obsédés du complot». Et ce n’était qu’un début.

En septembre, un livre a été publié pour dénoncer les deux auteurs : les Mensonges les plus mortels, le lobby israélien et le mythe du contrôle juif.
Selon son auteur, Abraham Foxman - président très controversé, y compris au sein de la communauté juive américaine, de l’Anti-Defamation League -, l’idée «pernicieuse» qu’il existe un lobby israélien doté d’une influence hors de proportion sur la diplomatie des Etats-Unis «fait partie du mythe antisémite traditionnel du complot juif ». «Les stéréotypes antisémites haineux refont surface et deviennent acceptables», s’inquiète Foxman.

Christ.

Que disent Walt et Mearsheimer ? Qu’il y a un lobby pro-israélien composé d’organisations juives, mais aussi d’éditorialistes, d’hommes d’affaires et de «chrétiens sionistes». Cette importante minorité fondamentaliste, qui vote républicain, croit littéralement que le Christ reviendra lorsque les juifs auront repris possession de la «Terre sainte».

«Ce n’est en aucun cas, insistent les auteurs, un mouvement unifié doté d’une direction, et ce n’est pas un complot ou une conspiration qui contrôle la diplomatie américaine», mais plutôt «une coalition disparate d’individus et d’organisations qui œuvre pour aiguiller la politique américaine sur une voie pro-israélienne».

Les auteurs n’ont aucun mal à démontrer la nature exceptionnelle de la relation entre les Etats-Unis et Israël. Entre 1972 et 2006, les Etats-Unis ont mis leur veto à 42 résolutions des Nations unies critiquant Israël. L’an dernier, pendant qu’Israël bombardait le Liban, la Chambre des représentants a adopté, par 410 voix contre 8, une motion de soutien inconditionnel à Israël.

L’ouvrage devient discutable lorsqu’il affirme que sans le lobby pro-israélien «la guerre [d’Irak] n’aurait presque certainement pas eu lieu». La démonstration : «La quasi-totalité des néoconservateurs est fortement engagée aux côtés d’Israël», ajoutent-ils. Mais les vrais maîtres d’œuvre de la guerre d’Irak demeurent George W. Bush et le vice-président Dick Cheney. Et c’est oublier que plusieurs sondages, comme le concèdent les auteurs, ont démontré que la communauté juive américaine était plus opposée à ­cette guerre que l’Américain moyen.

«Pays normal».

L’influence du lobby serait telle qu’il compromettrait l’intérêt national américain, avancent-ils. L’alliance entre les Etats-Unis et Israël, utile pendant la guerre froide, suscite l’hostilité des pays arabes à l’égard des Etats-Unis, qui sont la cible des terroristes islamistes. Et s’il n’est pas dans l’intérêt de Washington de poursuivre son soutien inconditionnel à Israël, c’est que le lobby pro-israélien y est pour quelque chose.

Pour Walt et Mearsheimer, les Etats-Unis devraient considérer Israël comme un «pays normal», car son existence, selon eux, n’est plus en danger : «L’influence politique du lobby et sa sagacité en termes de relations publiques ont découragé les leaders américains à rechercher des politiques moyen-orientales conformes à leurs intérêts, qui protégeraient aussi Israël de ses pires erreurs. L’influence du lobby, pour résumer, est mauvaise pour les deux pays.» Ils préconisent «une discussion franche et civilisée sur l’influence du lobby».
(1) John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, éditions la Découverte, 20 euros.

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L’Aipac au centre de la vie politique Libération, QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007, p. 4

Le mot «lobby» peut choquer en Europe, car il renvoie au langage de l’extrême droite ; ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, où les lobbys structurent la vie politique.

L’Aipac (lire ci-contre) explique qu’elle «travaille avec les leaders démocrates et républicains pour mettre en place des politiques qui renforcent la relation vitale entre les Etats-Unis et Israël».

«Grâce au soutien de ses membres à l’échelle nationale, Aipac a œuvré avec le Congrès et l’exécutif sur de nombreuses initiatives essentielles» pour «arrêter le programme nucléaire illicite de l’Iran» et «obtenir une aide militaire et économique de 2,46 milliards de dollars en 2007».

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