Juin 2010 : Un nouvel Eldorado pour les USA ? ou bien la Chine ?

Hamid Kharzaï

Juin 2011 : Enfin ? L'Empereur métis se retire ... et l'"américain" s'aligne immédiatement

Mai 2010 : Malgré la corruption Hamid Kharzaï, qui rend hommage aux morts américains, toujours fermement soutenu par les anglo-saxons ; un capitaine français tué
Février 2010 : Comme les Russes les Américains préfèrent les civils ; et les résistants refusent toujours la "libération" anglo-saxonne
Février 2010 : La députée afghane, expulsée et menacée de mort, Malalaï Joya dénonce l'occupation occidentale en Afghanistan, la corruption des seigneurs de la guerre au pouvoir, ainsi que les talibans, et affirme, à Paris, que "Personne ne peut imposer ou interdire la burqa", qu'elle utilise pour se dissimuler ...
Décembre 2009 : L'Empereur américain métis Obama, Prix Nobel de la Paix, envoie 30.000 hommes de plus, pour "civiliser" les Afghans ? Une "guerre juste" selon le prix Nobel de la Paix 2009 Barack Obama
Septembre 2009 : Elections démocratiques, fraudes massives, Bernard Kouchner et Bernard-Henry Lévy soutiennent Karzaï, qui est réélu officiellement
Mai 2009 : Le Congres américain refuse de financer la fermeture de Guantanamo
Mai 2009 : Crimes de guerre ? Des civils afghans bombardés par les américains
Avril 2009 : Otan, 5 000 soldats de plus, pour plus de liberté à l'occidentale, notamment pour les femmes ; les islamistes près d'Islamabad au Pakistan imposent le respect de la sharia, ce qui inquiète Obama
Novembre 2004 : Liberté d'expression "démocratique" : Les télévisions "impies" interdites
Octobre 2004 : Présidentielle et american chaos.
Avril 2004 : Encore plus "libre" : la carte des flux de l'héroïne vers l'Europe
Octobre 2003 : Toujours plus "libre"
Août 2003 : L'Afghanistan, libéré des Talibans, maximise la culture du pavot
Juin 2003 : Une salle d'exécution pour les prisonniers ; dont certains deviennent fous ...
Octobre 2002 : Victoire démocratique
25 mars 2002, 1800 morts dans un séisme ...
22 janvier 2002 : Financement d'une reconstruction démocratique (après les destructions soviétiques, islamiques et américaines, ce sont les contribuables européenns qui fournissent 45% des fonds de reconstruction ...)
16 janvier 2002 : Justice à l'afghane
31 décembre 2001, après la victoire du "monde libre" retour à l'opium pour le bonheur du peuple
04 octobre 2001 : L'Afghanistan, grenier mondial de l'opium
13 février 2001 : Quand le ministre taliban de la Santé vient faire son marché diplomatique à Paris *

Malgré l'interdiction de voyager à l'étranger faite par le Conseil de sécurité de l'ONU aux dignitaires taliban, le ministre de la Santé du régime de Kaboul a pourtant été reçu très discrètement au Quai d'Orsay, mercredi. Officiellement, cette rencontre avait pour but de faciliter le travail des ONG. Tant pis pour les engagements internationaux de la France.

La présence à Paris du mollah de la Santé, après un passage prosélytique en Allemagne, n'avait pas qu'un but touristique.

Les habitants de Romainville, en banlieue est de Paris, l'ignorent sans doute. Un coquet pavillon blanc, aux rideaux éternellement baissés, abrite pourtant depuis mardi un des dignitaires les plus illuminés du régime taliban, au pouvoir en Afghanistan. Selon nos informations, mercredi soir, une réunion informelle, réunissant le mollah Abbass, ministre de la Santé, et quelques afghans expatriés, s'est même tenue dans le salon de cette modeste maisonnée, achetée il y a plus de dix ans par le chef de guerre Gubuldin Hekmatyar — l'homme qui avait fait pleuvoir des bombes sur Kaboul pour en déloger le gouvernement légitime en 1996, ouvrant un boulevard aux obscurs "étudiants en théologie" pachtouns, au pouvoir depuis. Mais la présence à Paris du mollah de la Santé, après un passage prosélytique en Allemagne, n'avait pas qu'un but touristique.

Un ministre éminent, aux idées claires
Malgré l'interdiction formelle qui a été faite aux dignitaires taliban de se rendre à l'étranger, selon nos informations le directeur du bureau Asie du ministère français des Affaires étrangères a reçu le mollah Abbass, mercredi après-midi à Paris. Cette rencontre, qualifiée de purement "technique", avait officiellement pour but de faciliter le travail des ONG françaises en Afghanistan. Interrogé par tf1.fr, le Quai d'Orsay précise que c'est "à la demande de mollah Abbass" qu'un rendez-vous très discret, dont on ne connaîtra ni l'heure ni le lieu, a été organisé. Quant au viol de la résolution 1333 du Conseil de sécurité, le service de presse du Quai renvoie sur le fait que "le porte-parole s'était déjà exprimé sur le sujet", en octobre, lors d'une autre visite d'un responsable taliban à Paris. Avant le vote des sanctions de l'ONU, toutefois. Le porte-parolat du ministère s'est quand même fendu d'une réprimande, estimant que "tant que les taliban n'auront pas réalisé de progrès substantiel dans [les domaines des droits de l'homme, de la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue et de négociations de paix], la communauté internationale et l'opinion publique, notamment française, leur resteront hostiles".

LA RESOLUTION 1333
Depuis 1999 et le vote de la résolution 1267, Kaboul faisait déjà l'objet d'un volet de sanctions de la part de l'ONU, un embargo aérien et un gel des avoirs taliban à l'étranger avait déjà placé les "étudiants en théologie" du mystérieux Mollah Oumar à la marge du concert des nations. Depuis l'adoption de la résolution 1333, c'est un embargo sur les armes à l'encontre des seuls taliban, la fermeture des bureaux de représentation à l'étranger, l'interdiction de voyager pour les dignitaires du régime et le renforcement de l'embargo aérien qui avaient été adoptés. Le Conseil avait, de plus, "exigé" que les miliciens pachtouns livrent Oussama Ben Laden aux juridictions qui le réclament et la fermeture des camps d'entraînement terroristes sur leur territoire.

Le puissant Cher Mohammad Abbass Stankzai, alias mollah Abbass, n'a notoirement aucun savoir médical. Cet homme secret, membre éminent du gouvernement taliban, a pourtant été nommé ministre de la Santé d'Afghanistan dès 1996. Dans la liste de ses faits d'armes politiques, le mollah Abbass avait signé le 6 septembre 1997 un décret interdisant à tous les hôpitaux publics de la capitale afghane d'accueillir des femmes, proscrivant également l'exercice d'une quelconque profession médicale au personnel féminin. Dans une ville de plus d'un million d'habitants, une unique structure hospitalière a désormais l'autorisation de prodiguer les soins aux femmes afghanes : la vétuste Polyclinique centrale, ne comptant que 45 lits et un seul microscope.

Des ONG embarrassées ou désengagées
Un responsable de l'ONG Solidarités participait au rendez-vous avec le mollah qui estime que les femmes n'ont pas à être soignées. Joint par téléphone mercredi après-midi par tf1.fr, Pierre Salignon, de Médecins sans frontières, s'est dit quant à lui "absolument pas solidaire" de cette rencontre discrète, réaffirmant que si le mollah Abbass voulait rencontrer les ONG, "ce serait à Kaboul et pas ailleurs". Médecins du Monde, interrogés par tf1.fr, dit n'avoir "pas été mis au courant" de la visite du ministre taliban et confirme ne pas y participer. Même ignorance du côté du bureau parisien de l'ONU, qui renvoie la balle sur les pays membres du Conseil de sécurité.

La résolution 1333, présentée par les Etats-Unis et la Russie, a été adoptée dans la soirée du mardi 13 décembre par 13 voix pour et 2 abstentions.

Officiellement, les sanctions drastiques imposées en décembre au régime taliban par l'ONU avaient pour but de les contraindre à mettre fin à leur soutien au terrorisme. Il est en effet de notoriété publique que les obscurs croisés de l'Islam de Kaboul abritent le prince saoudien Oussama Ben Laden, fournissent de la chair à canon pour des groupes armés en Tchétchénie ou en Algérie, soutiennent les Jihad là où elles frappent. La résolution 1333, présentée à New York par les Etats-Unis et la Russie, a été adoptée dans la soirée du mardi 13 décembre 2000 par 13 voix pour et 2 abstentions, celles de la Chine et de la Malaisie. Sous couvert de réprimer les activités de réseaux terroristes internationaux, ce vote marquait en réalité un choix clair de la communauté internationale, après plus d'un an de tergiversations : le régime taliban n'était désormais pas un régime comme les autres. Le Quai d'Orsay sait manifestement s'accommoder des engagements internationaux de la France. Mais c'est un crève cœur, on vous dit.
* Léonard VINCENT, TF1.fr, Paris, 13 février 2001.

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L'Afghanistan, grenier de l'opium *
Il est probable que la culture du pavot reprenne
L'impact de la crise vu par Alain Labrousse, spécialiste des drogues.

D'après une agence de l'ONU, la production d'opium, en Afghanistan, est passée de 2 500 tonnes en 1994 à 4 500 tonnes en 1999. Elle s'est interrompue avec l'interdiction décrétée par les taliban en juillet 2000.

Alain Labrousse est un spécialiste de la géopolitique des drogues, qui connaît bien l'Afghanistan. Chargé de mission à l'Observatoire français des drogues et de la toxicomanie, dépendant du Premier ministre, il s'exprime ici à titre personnel, comme collaborateur de la Lettre internationale des drogues (1).

L'Afghanistan est un gros producteur d'opium, base pour l'héroïne. On parle de 75 % de la production mondiale?

C'était vrai jusqu'à l'année dernière. En juillet 2000, un décret des taliban a en effet interdit aux paysans de semer le pavot. Et cela a été globalement bien respecté. La récolte de cette année, qui s'effectue durant l'été, a sans doute été très faible. Mais cela intervient après des années de récoltes record, malgré la sécheresse. Les stocks sont donc très importants.

Que représente cette production?
Il faut revenir un peu en arrière. A l'exception des Ismaéliens du Badakhchan (est), l'opium n'est pas traditionnellement consommé par les Afghans, contrairement au haschisch. C'est donc une culture d'exportation. Jusqu'à la guerre, dans les années 70, le pays produisait entre 200 et 400 tonnes d'opium par an, ce qui permet de produire 20 à 40 tonnes d'héroïne.

La guerre a favorisé cette culture, car il y avait moins de contrôle. Au départ des Soviétiques, on estime la production d'opium entre 1 000 et 1 500 tonnes, par an. Puis, les moudjahidin ont développé les cultures pour se financer, après l'arrêt des aides américaines. Les services secrets pakistanais ont été très impliqués dans ce trafic, notamment pour financer des opérations clandestines contre l'Inde, au Cachemire. Les Etats-Unis ont fermé les yeux. Les paysans avaient intérêt à semer du pavot qui rapporte trois à six fois plus que le blé, selon les conditions d'irrigation. La première statistique sérieuse date de 1994: d'après une agence de l'ONU, la production était alors de 2 500 tonnes. En 1998, elle était de 3 200 tonnes, puis elle est passée à 4 500 tonnes, en 1999.

Cela rapportait beaucoup d'argent au régime taliban?
L'opium se vendait entre 50 et 70 dollars le kilo et l'héroïne entre 1 500 et 2 000 dollars. Mais il est difficile d'estimer ce qui revenait au pouvoir. Celui-ci prélevait une taxe de 10 % sur les paysans et des «droits» sur le commerce. Sans doute aussi sur les laboratoires de transformation. On peut penser à 100 millions de dollars par an, ce qui n'est pas énorme.
Les taliban ne semblent pas avoir leur propre réseau d'exportation - c'est là que l'on gagne beaucoup d'argent.

Pourquoi les taliban ont-ils décidé d'éradiquer l'opium, fin 2000?
En luttant contre la drogue, ils voulaient améliorer leur image notamment auprès des Etats-Unis, qui les avaient mis sur leur liste noire, depuis 1998. C'était un énorme coup publicitaire, mais qui n'a pas réussi, puisque les sanctions internationales ont été reconduites. Dans l'hostilité à l'opium, on ne peut pas exclure le facteur proprement religieux, notamment chez le mollah Omar. Les taliban parcouraient les villages en expliquant aux paysans que la sécheresse était due au fait qu'ils cultivaient une plante impie...

L'éradication a-t-elle été totale?
En 1999, environ 82 000 hectares étaient plantés en pavot. L'agence de l'ONU spécialisée dans la lutte contre la drogue a pu constater que sur 70 000 hectares il ne restait plus que 17 hectares plantés. On ignore le sort de 12 000 hectares restant, dont 3 000 dans la zone contrôlée par l'opposition. Cela dit, les trafiquants ont des stocks très importants sur les bras. L'arrêt de la production a fait remonter le prix de l'opium, qui est aujourd'hui d'environ 500 dollars le kilo.

Par où s'écoule la production?
Un peu plus de la moitié passe par l'Iran, parfois avec une étape au Pakistan. Les Iraniens mènent une guerre très dure contre les trafiquants dont les laboratoires sont en Turquie. Le reste s'écoule par les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, puis la Russie.

L'Afghanistan ne produit pas d'héroïne à partir de son opium?
Assez peu. Il y a quelques laboratoires capables de produire de la «China white», l'héroïne numéro 4 très pure mais, d'après les Iraniens, pour 200 tonnes d'opium saisies par leur service, il y a seulement 20 tonnes d'héroïne et de morphine.

Pour s'assurer des soutiens dans le pays, les Américains pourraient-ils jouer la carte de l'opium contre les taliban, comme ils l'avaient fait contre les communistes pendant la guerre du Viêt-nam?
Et pendant la guerre d'Afghanistan... Il est probable que les Etats-Unis ne vont pas se mettre à dos les tribus productrices, notamment dans les régions frontalières du Pakistan. Ils vont fermer les yeux, même s'il ne s'agit pas d'une stratégie. Pour les paysans, le problème est urgent: le pavot doit être planté à la mi-octobre. Il est donc très probable que la culture reprenne. C'est une source de revenus pour près de 40 000 familles, essentiellement dans les provinces d'Helmand (sud-est), du Badakhchan (est) et du Nanjarhar (nord-est).

L'Alliance du Nord est-elle présente dans ce commerce?
Il n'y a aucun élément donnant à penser que Massoud, un puritain, était impliqué dans ces affaires. D'autant qu'il se finançait plutôt avec les pierres précieuses, comme le lapis-lazuli. Mais que des commandants locaux de l'opposition protègent cette culture n'est pas exclu.
(1) Association d'étude géopolitique des drogues: aegd@wanadoo.fr
* JEAN-DOMINIQUE MERCHET, Libération, Le jeudi 4 octobre 2001, p. 7.

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Après la fin des taliban et la victoire du monde libre, retour à l'opium pour les chrétiens, et les autres ...
Les paysans de la région de Jalalabad, dans l'est de l'Afghanistan, ont activement repris la culture du pavot et la production de l'opium, prohibées il y a encore quelques semaines par le régime des talibans.

Il n'est pas nécessaire d'aller dans des endroits reculés pour trouver le pavot. Après les dernières maisons de Jalalabad, dans la jolie campagne qui borde la capitale de la province du Nangarhar, le vert des champs de blé et de luzerne alterne avec des parcelles de terre soigneusement aplanies, mais à première vue non cultivées.

Les pousses vert tendre sont minuscules, elles ne font encore que deux ou trois centimètres. Les graines de pavot ont été semées il y a dix jours. Dans trois mois, ces champs seront couverts de grandes fleurs, dont les paysans extrairont le précieux lait qui deviendra l'opium.

Cette activité très lucrative n'est entourée d'aucun secret. Depuis le village de Zangobay, dont les habitants s'adonnent massivement à la culture du pavot, on aperçoit à moins d'un kilomètre la route nationale qui mène vers le Pakistan, l'aéroport de Jalalabad et la principale base militaire de la province.

Et Zangobay n'est pas une exception. De l'autre côté de Jalalabad, le long de la piste qui mène vers le sud, vers les Montagnes Blanches et Tora Bora, les champs de pavot se succèdent. Même chose dans le district voisin de Khogiani. Dans ces régions, comme dans les provinces de Kandahar et de Helmand, dans le sud de l'Afghanistan, la culture de l'opium est une tradition.

Pendant la plus grande partie de leur domination sur le pays, les talibans ont autorisé cette tradition, objectivement contraire aux préceptes islamiques. Grâce à de lourdes taxes, ils tiraient de l'opium, matière première de l'héroïne, l'essentiel de leurs revenus.

A la fin des années 90, l'Afghanistan assurait ainsi les trois quarts de la production mondiale d'opium, et donc de l'héroïne consommée sur la planète. De 2.000 tonnes en 1995, la production d'opium était passée à 4.600 tonnes en 1999, selon des estimations de l'ONU.

Ce n'est qu'en juillet 2000 que le chef suprême des miliciens islamistes, le mollah Mohammad Omar, alors soucieux de reconnaissance internationale, décrétait l'interdiction totale de la culture du pavot. Une catastrophe pour ces paysans, appauvris par trois années de sécheresse et dont le pavot est la seule possibilité de bien gagner leur vie.

Pour eux, la fuite des talibans de Jalalabad à la mi-novembre a été un soulagement, et ils ont repris la culture dès qu'ils ont pu. Certains ont même rasé des champs de jeunes pousses de blé pour semer du pavot à la place.

"Il y a une centaine de familles à Zangobay, et environ 80 familles cultivent le pavot", explique le chef du village, Zarghon Shah, 24 ans. "Actuellement, environ 30 jerebs, soit six hectares, sont plantés de pavot".

Car les comptes sont vite faits, en roupies pakistanaises, la monnaie de référence ici, en raison de l'instabilité de l'afghani et des liens économiques étroits de la région avec le Pakistan.

Planté de blé, un jereb rapporte à peu près 5.000 roupies (environ 85 dollars). Planté de pavot, le même jereb donnera 14 kilos d'opium, vendus autour de 30.000 roupies le kilo, soit 420.000 roupies (7.000 dollars).

Khalil Ahmad, 22 ans, qui cite ces chiffres, cultive le pavot dans le village voisin de Qasaba. "Dans trois mois, les acheteurs viendront, et ils sélectionneront la meilleure qualité d'opium", dit-il. Certains agriculteurs iront aussi vendre leur production au grand marché de l'opium, à Ghanakhel, sur la route du Pakistan.

Une seule chose inquiète les paysans: les intentions du nouveau gouvernement de Kaboul. Le ministre des affaires étrangères, Abdullah Abdullah, a déclaré il y a quelques jours qu'une commission pour la lutte contre la drogue allait être créée.

Mais aucune mesure concrète n'a encore été prise, et selon un représentant local de l'ONU, Jamal Nasir, "il n'y a aucun signe de restriction de la culture du pavot dans un proche avenir".
AFP , lundi 31 décembre 2001, 11h20

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La justice à l'afghane, ou la règle du non-droit
Juges achetés, absence d'équité : l'argent et la puissance priment dans les us et coutumes judiciaires à Kaboul.

«La justice comme institution n'est nulle part. Ici, personne ne pense qu'un tribunal sert à établir le droit.» Un professeur de droit, à Kaboul

Enfin, on va parler de l'équipe de football de Kaboul. A chaque fois, il y croit, Abdul Saboor Azizi, président des entraîneurs afghans. Avec entrain, il annonce le prochain match, ici même au Stade central. Mais, comme sourds et hypnotisés, les visiteurs s'approchent tous de la pelouse râpée, jaugent les buts aux filets détricotés. Puis demandent: «C'est bien ici qu'on coupait les mains et qu'on pendait les gens?» Alors, résigné, Azizi récite: «L'allée de ce gradin-là était réservée aux seules femmes autorisées dans le stade, l'épouse du condamné et ses amies.»

Institution absente.
Traverser Kaboul, c'est forcément, à un moment ou à un autre, buter contre les potences des talibans, tomber sur cette cour de caserne où, durant l'occupation soviétique, 300 hommes jugés opposants par la «cour révolutionnaire» d'alors ont été exécutés en un mois. A ce coin de rue, «pour montrer aux commerçants qu'il faut servir convenablement les soldats», un boucher fut abattu par un commandant moudjahid en 1993, pendant la guerre civile. Mais si le couperet est partout brandi, revendiqué au nom de la politique ou de la religion suivant les régimes successifs, «la justice comme institution n'est nulle part, explique un professeur de droit. Ici, personne ne pense qu'un tribunal sert à établir le droit. C'est un thermomètre pour mesurer les rapports de force, que ce soit entre les gens ou les partis. Et tout le monde se demande aujourd'hui comment le nouveau gouvernement va s'en servir».

«Comme une catastrophe naturelle».
Le long d'un goulet nu en terre battue s'alignent dans une pénombre de poussière une vingtaine de chaises dépareillées. Pas une n'est libre. Au bout de la pièce, une table, une lampe à pétrole et trois feuilles de carbone. Derrière, un petit homme en turban. A chaque mendiant qui pousse la porte, il tend un billet sans s'interrompre. Une seule fois, il lève les yeux sur un homme en guenilles: «Tiens, celui-là était avec moi à la faculté de droit, il y a trente-deux ans.» Omar est un des plus célèbres avocats de Kaboul.

De temps en temps, un de ceux qui patientent prend sa chaise, s'installe devant Omar et expose son affaire tandis que la cantonade opine. «Ici, la justice s'abat sur vous de façon imprévisible, comme une catastrophe naturelle», pleure Tawfiq, un herboriste. Lui, par exemple. Quelques années plus tôt, il a tué un cousin pour une histoire de terre et «ça s'est arrangé entre familles». Sous les talibans, un de ses fils s'est retrouvé dans une regrettable histoire de voiture volée. «A ce moment-là, on vous coupait la main pour une bicyclette.» Et, de cet air grave et modeste avec lequel on évoque des prouesses, Tawfiq continue: «Il y avait même contre lui un décret signé du mollah Omar en personne. Mais nous avons trouvé une ruse à laquelle personne ne s'attendait: il s'est enfui en achetant les geôliers.» Et voilà que lui, Tawfiq, sort de dix-sept jours de prison et se retrouve embarqué dans un procès pour une histoire de magasin. «Un ancien taliban, qui vient de prendre une carte de moudjahid de l'Alliance du Nord, s'est emparé de mon commerce et m'accuse, moi, de l'occuper illégalement. Il doit avoir de très fortes protections parce que j'ai été emmené à la 7e section des services secrets. Et s'il m'attaque en justice, c'est qu'il est sûr de gagner.» Tawfiq a vendu deux vaches pour prendre «un avocat qui me dira au moins qui il faut payer».

Tarifs en dollars.
Installé dans le salon de sa villa neuve, un juge de Kaboul raconte dans le détail son business à Dubaï. Contre un pourcentage, ses supérieurs ferment les yeux. «Mais je ne veux pas renoncer à la magistrature: c'est une position de pouvoir, une assurance pour les miens. Les grandes familles essayent toujours d'avoir quelqu'un dans ces places-là.» Sans transition, le juge lève un index formel: «En Afghanistan, toute personne a droit à un défenseur dès que l'instruction est close.» Evidemment, sous les talibans, les avocats ne pouvaient pas pénétrer dans les tribunaux. Et depuis toujours, seuls 20 % des accusés peuvent s'offrir une défense. D'un coup, le juge se fait pudique: «En fait, chacun fait comme il peut.»

En face de la Cour suprême, des «personnes éduquées» ont dressé des écritoires en plein vent pour remplir les «papiers des pauvres ou des illettrés» contre moins d'un euro. En trente ans de procédure, Sidiqh a connu le pire, et même au-delà: «Une femme qui avait tué son mari.» Mais un puissant qui aurait été condamné, jamais. «Le plus gros que j'ai vu, c'est chef de bureau.» Un charretier le consulte pour une affaire d'héritage, qui traîne depuis neuf ans. Il n'a vu de procès «que dans les films indiens». «Même pour le mien, on ne m'a pas laissé entrer dans le tribunal.» En revanche, les convocations chez les juges sont fréquentes. «Le magistrat parle par code. Par exemple il dit: "Pour ton affaire, il me faut au moins 2 000 témoins avec le même visage." Cela signifie autant de billets de banque. Il n'accepte que les dollars.» Entre les parties opposées, les enchères montent, comme au casino. Ensuite, pour faire la différence, on passe au tarif des assesseurs, du greffier. Il y a trois ans, un homme a été ligoté toute une journée à l'arbre juste devant la Cour suprême, avec deux billets accrochés en boucles d'oreille. Un clerc en rit encore. «Tout le monde se moquait de lui. Ce présomptueux voulait aller en justice sans avoir les moyens d'acheter les juges.» Après avoir épuisé toutes les protections possibles, exsangue par des années de joute juridique, une des parties doit parfois, pour emporter l'affaire, vendre le bien tant défendu. «Mais cela n'a plus d'importance quand on est partie dans un procès, il faut le gagner, explique un juge d'instruction. Cela devient un signe de force dans le voisinage, une garantie de protection de l'Etat. En revanche, si on perd, tout le monde vous attaque, comme un animal blessé.»

A Kaboul, devant un ministère, les tribulations judiciaires des potentats talibans se commentent comme une partie de poker. A Kandahar, trois ex-ministres (dont celui de la Défense et de la Justice) viennent d'être relâchés avec la bénédiction du nouveau gouverneur: «Je ne vois rien à leur reprocher.» En revanche, un ex-ambassadeur au Pakistan subit les interrogatoires des Américains. Un fonctionnaire crache par terre. «Le diplomate a été lâché par ses protecteurs.» Un autre avance: «Karzaï (le Président intérimaire, ndlr) est de Kandahar, et pashtoun lui aussi. En montrant qu'il arrive à faire libérer des gens de sa province, il vient de marquer un point contre les Tadjiks de l'Alliance du Nord, membres de son gouvernement.» Au moment où Kaboul est tombé, les portes de toutes les prisons se sont ouvertes. Puis, il y a quelques jours, une amnistie a libéré au moins 250 talibans qui y étaient incarcérés depuis. «Faisons un jeu, propose un attaché d'administration. Parions sur qui va y entrer cette fois-ci.».
Par Florence AUBENAS, Libération, Le mercredi 16 janvier 2002

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Afghanistan : aide internationale sous condition
La conférence internationale des donateurs a décidé mardi à Tokyo d'attribuer plusieurs milliards de dollars à ce pays ravagé par 20 ans de guerres. Un soutien qui sera versé sous réserve d'efforts dans la démocratisation et de progrès en matière d'élimination du terrorisme.

Les 61 pays et 21 organisations internationales rassemblés à Tokyo ont annoncé plus de 1,8 milliard de dollars d'aide pour 2002, bien davantage que le 1,3 md jugé immédiatement nécessaire lundi par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan. Sur cinq ans, le montant total des engagements dépasse les 4,5 milliards, ont annoncé les quatre co-présidents de la conférence (Japon, Etats-Unis, Union européenne, Arabie Saoudite).
"Le message politique de soutien apporté par les délégués a été fortement soutenu par les promesses. C'est un grand succès", a estimé la co-présidente de la réunion Sadako Ogata, ancien haut commissaire aux réfugiés de l'ONU. "La conférence montre que le monde est uni contre le terrorisme et pour répondre aux besoins d'un peuple qui a été terrorisé et tenu en otage dans son propre pays", a estimé le secrétaire au Trésor Paul O'Neill. Un haut responsable américain a répété que l'une des priorités des Américains était la lutte contre la drogue.

Plusieurs participants dont Chris Patten, le commissaire européen aux Affaires extérieures, ont qualifié la conférence d'"historique". L'Union européenne a fourni la plus grosse contribution pour 2002 avec 600 millions de dollars, soit 30% des fonds pour la première année et 45% du total des montants prévus d'ici 2006 (2,3 mds). "Les sommes promises sont vraiment impressionnantes. Mais l'important ce ne sont pas les donateurs, la conférence, les beaux hôtels et les tapis épais, il faut se lancer à corps perdu dans le boulot maintenant", a dit M. Patten, insistant sur la nécessité de ne plus jamais abandonner l'Afghanistan.

Les différents délégués dont Mme Ogata ont souligné que même si le montant estimé par les agences internationales (10 milliards sur cinq ans, 15 sur 10 ans) n'a pas été atteint, les promesses obtenues sont déjà très importantes et seront suivies d'autres dans les années à venir. Hamid Karzai, chef du gouvernement intérimaire, a exprimé sa satisfaction mais demandé que le monde ne se contente pas de promesses. "Nous sommes contents du résultat. J'espère que ces promesses deviendront réalité dans les jours qui viennent", a-t-il dit devant le Club de la presse japonaise. Son entourage a été plus enthousiaste. Le ministre de la Reconstruction Amin Farhang s'est dit "très content des promesses, c'est un bon commencement".

Selon lui, la "priorité c'est la reconstruction de 10 régions", notamment la vallée de Kodaman au nord de Kaboul, Kandahar, Jalalabad, Herat ou Bamiyan, "où les réfugiés reviendront dès le printemps et il faut créer l'infrastructure nécessaire pour les réintégrer dans leurs régions". "Tout ceci est une surprise pour nous, nous n'aurions jamais pensé qu'un jour à Tokyo autant de pays se réuniraient pour promettre autant d'argent. C'est sans précédent comme tout ce qui arrive à l'Afghanistan ces derniers mois", a déclaré à l'AFP Torek Faradi, conseiller économique du gouvernement. Selon lui, cette manne "va faire de l'Afghanistan un pays crédible, très solvable mais nous sommes conscients que si une erreur est commise, nous risquons de perdre la confiance des opinions publiques des pays donateurs".

Le ministre des Finances, Amin Arsala, a exprimé "sa gratitude" vis à vis de la communauté internationale, estimant que "la conférence aura un impact historique sur le peuple afghan et le processus de stabilisation du pays". Outre de nombreuses aides bilatérales, le programme d'assistance pour l'Afghanistan prévoit l'instauration d'un fonds spécial pour les contributions de petits pays géré par la Banque mondiale, le PNUD, la Banque asiatique de développement et la banque islamique de développement.

Un comité d'application chargé de coordonner les aides multilatérales (via le fonds) et bilatérales, sera en outre mis en place à Kaboul et présidé par les Afghans, selon Mme Ogata. Une conférence de coordination sera organisée en mars à Kaboul par les Afghans pour assurer une distribution rapide de l'aide. La déclaration finale n'est pas cependant pas un chèque en blanc au gouvernement afghan. L'"assistance sera conditionnée", a indiqué la déclaration finale qui a précisé que "toutes les parties afghanes devront contribuer positivement au processus de Bonn qui est d'établir la paix, un gouvernement représentatif, la stabilité de l'Afghanistan et l'élimination du terrorisme, de la production et du trafic de narcotiques".

L'autorité afghane a identifié six domaines clefs pour la reconstruction : renforcement de l'administration, éducation notamment des filles, santé, infrastructures, surtout routes, électricité et télécommunications, reconstruction d'un système économique, développement agricole et rural, y compris en matière de sécurité alimentaire, gestion des eaux et revitalisation du système d'irrigation. L'autorité afghane s'est engagée à être transparente, efficace et responsable de ses actes, à revitaliser la tradition d'entreprise privée existant dans le pays et à s'impliquer dans le déminage ainsi que le soutien aux victimes de guerre.
lefigaro.fr, Publié le 21 novembre 2001 à 19h40, Mis à jour le 23 janvier 2002 à 15h43 (Avec AFP)

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Lundi 25 mars 2002, 1800 morts environ ...
Agences de l'ONU, ONG et gouvernement intérimaire afghan se mobilisent pour venir en aide aux victimes du séisme qui a dévasté lundi une région du nord de l'Afghanistan. Mais l'acheminement des secours est difficile. Un nouveau bilan provisoire fait état ce matin de 2000 à 3000 morts.

Un séisme dévastateur a frappé lundi une région du nord de l'Afghanistan. Avec un épicentre localisé dans le haut massif montagneux de l'Hindu Kuch, le tremblement de terre a dévasté tout particulièrement une région située dans la province de Baghlan, autour de Nahrin. Cette ville, bâtie essentiellement en pisé, a été détruite. Mais les dégâts semblaient s'étendre à une zone beaucoup plus vaste.

Le premier séisme, de magnitude 6 sur l'échelle ouverte de Richter, lundi en fin de journée, a été suivi de plusieurs violentes répliques pendant la nuit et mardi matin, de magnitude variant entre 4 et 5,2, ajoutant à la frayeur des habitants partis se réfugier dans les collines. Les difficultés de communication et d'accès à la région ont rendu très aléatoires les décomptes de victimes, dont le nombre était estimé ce matin à entre 2000 et 3000 selon une déclaration du secrétaire personnel du ministre de l'Intérieur Yunus Qanooni. Hier soir, le gouvernement intérimaire avait fait état de 1.800 morts, 4.000 blessés et 20.000 sans-abri.
tf1.fr, 27 mars 2002.

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Octobre 2002, victoire démocratique.
La production d'opium devrait dépasser en 2002 les 2500 tonnes.
Sous les talibans, en 2001, la production était de 185 tonnes.
Lakhdar Brahimi, représentant spécial de l'ONU à Kaboul, Libération, 18 octobre 2002, p. 10

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(Juin 2003) Guantanamo : les Américains construisent un couloir de la mort

Capturés en Afghanistan, les 680 détenus de Guantanamo, dont six Français, attendent toujours d'être jugés. Les Américains annoncent la construction d'un tribunal et « d'une salle d'exécution ».

AU COURS des dernières semaines, les événements se sont accélérés pour les prisonniers de Guantanamo, capturés par les Etats-Unis lors de la guerre en Afghanistan et détenus sur une base militaire américaine à Cuba. Apparemment pas pour le meilleur, puisque le Pentagone a reconnu ces derniers jours avoir des projets de construction d'une prison permanente et, surtout, d'un couloir de la mort. Le secrétariat à la Défense vient d'annoncer la nomination d'un procureur - le colonel Borch - et a édicté les règles de procédure qui présideront aux jugements devant un tribunal militaire. Dix-huit chefs d'inculpation pour crimes de guerre et terrorisme pourront être retenus et tout type de sentence pourra être appliqué, y compris la peine de mort.

Le Pentagone a donc admis qu'il avait des plans pour édifier une « chambre d'exécution ». « Il s'agit d'une précaution, explique le lieutenant Johnson, porte-parole du camp de Guantanamo, nous ne voulons pas être pris au dépourvu. » Il ajoute qu'aucune méthode de mise à mort n'a encore été arrêtée pendaison, piqûre mortelle, chaise électrique...

Le général Miller, responsable du camp, a précisé que cinq personnes travaillaient depuis au moins six mois sur ce projet, ainsi que sur celui d'une prison permanente qui se substituerait au camp actuel. Il n'a donné aucune précision quant au calendrier des procès, mais il a indiqué que les rénovations d'un bâtiment, qui pourra servir de tribunal, seront achevées au mois de juillet.

Dans l'attente, l'incertitude continue d'être le lot quotidien des 680 détenus originaires de 42 pays, dont une poignée d'adolescents de moins de 16 ans. A peine une quarantaine de prisonniers ont été relâchés depuis l'ouverture du camp en janvier 2002. Pour les autres, il semble de plus en plus clair que la plupart ne sont que du « menu fretin », selon l'expression d'un avocat, des Taliban de troisième rang capturés sur le champ de bataille mais à qui les Etats-Unis refusent le statut de prisonniers de guerre ou la protection de la justice américaine, puisqu'ils ne sont pas légalement sur le sol américain.

« Un tribunal fantoche »

Les règles édictées pour la conduite des procès obéiront, elles aussi, à un statut hors normes. Les accusés bénéficieront d'un avocat militaire désigné d'office. S'ils souhaitent un avocat civil, ils devront le trouver et le rémunérer par eux-mêmes à condition que celui-ci soit américain et habilité par le Pentagone. Aucune définition des peines en fonction des crimes n'a été établie et aucun appel ne sera possible : seuls le président des Etats-Unis et le secrétaire à la Défense pourront réviser une condamnation. « C'est un affront à la démocratie, un tribunal fantoche de la pire espèce », dénonce Donald Rehkopf, coprésident de l'Association nationale des avocats criminels.

Pour l'heure, le procureur Borch envisage de poursuivre une dizaine de détenus, dont le Mauritanien Mohamedou Ould Slahi, qui aurait été impliqué dans les attentats du 11 septembre après avoir fait partie de la « cellule de Hambourg », selon des informations obtenues par le magazine « Newsweek ». Quid des centaines d'autres ? Personne ne se prononce. Selon la député américaine Loretta Sanchez, qui a récemment visité le camp et discuté avec des officiels du Pentagone, « plusieurs mois pourraient s'écouler avant le début d'un procès et il demeure improbable que beaucoup de libérations interviennent d'ici là ».
Thomas Cantaloube, Le Parisien, lundi 23 juin 2003, p. 13

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(Juin 2003) « Des détenus deviennent fous »

«C'EST contre l'islam que de tenter de se suicider, mais c'était trop difficile pour moi de vivre là-bas : j'ai essayé quatre fois de me tuer parce que j'étais dégoûté de ma vie. Ils me traitaient comme un coupable alors que je suis innocent. » L'homme qui parle ainsi est Shah Mohamed, un Pakistanais de 20 ans qui a été récemment libéré du camp X-Ray.

Comme les Etats-Unis refusent toujours de laisser quiconque discuter avec les prisonniers de Guantanamo, les seules informations sur les conditions de détention, en dehors de celles fournies par le Pentagone, proviennent des détenus remis en liberté et rapatriés dans leur pays, Afghanistan ou Pakistan. Le « New York Times » a ainsi interrogé au cours des trois derniers mois plusieurs des trente-deux Afghans et trois Pakistanais libérés. Si aucun des ex-prisonniers ne s'est plaint de mauvais traitements physiques, ils sont unanimes pour dénoncer la dureté des conditions de vie à l'intérieur du camp.

"Au début, c'était très difficile : il n'y avait pas d'appel à la prière, pas d'ombre, et les gardiens ne nous laissaient pas parler ou marcher », explique l'un d'eux, se référant aux premiers mois durant lesquels les prisonniers croupissaient dans des cellules grillagées d'à peine deux mètres sur trois. Lorsque de nouveaux bâtiments furent construits, les conditions s'améliorèrent sensiblement, mais les détenus restent soumis à des conditions drastiques : ils passent leur journée en cellule, à l'exception de deux périodes de quinze minutes durant lesquelles ils peuvent marcher dans une cage de 10 mètres de côté et prendre une douche de cinq minutes. Quant aux interrogatoires, ils sont généralement menés sur des durées de 10 ou 20 jours, puis plusieurs mois peuvent s'écouler avant un nouveau questionnement.

Le Pentagone reconnaît 28 tentatives de suicide de la part de 18 détenus

Selon Shah Mohamed, « beaucoup deviennent fous à force de se dire : quand vont-ils nous juger ? Quand vont-ils nous libérer ? » Pour Mohamed s'ajoutait à cette incertitude le fait qu'il se trouvait dans une cellule en compagnie uniquement d'arabophones avec lesquels il ne pouvait pas parler.

Le Pentagone reconnaît pour l'heure 28 tentatives de suicide de la part de 18 personnes, l'une d'entre elles ayant subi des dégâts cérébraux probablement irréversibles.
T.C., Le Parisien, lundi 23 juin 2003, p. 13

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L'opium en afghan toute !
Interdite par les talibans, la culture du pavot gagne des régions autrefois épargnées.

Au pied des montagnes arides du Logar, au bout d'une dizaine de kilomètres de piste, surgit un hameau lové au fond d'une vallée encaissée aux reflets d'émeraude. Les murs des maisons de pisé y sont hauts et les femmes invisibles. Les traditions sont respectées dans ce petit village pashtoune, où une vingtaine de familles offrent le couvert, chacune leur tour, au vieux mollah de la mosquée. Mais ils sont peu à mettre en pratique le prêche du vénéré imam lorsque celui-ci leur rappelle que l'islam interdit la culture des stupéfiants. «Je leur répète sans cesse que c'est haram (interdit par la religion, ndlr), plaide l'homme à la barbe blanche, mais ils ne m'écoutent guère.» Cette année, près de la moitié des paysans du village ont semé du pavot ; l'opium a été récolté en juin-juillet et, depuis, ce sont les plants de cannabis qui envahissent les parcelles. La récolte de haschisch est pour bientôt.

Jamais pourtant, de mémoire d'anciens, on n'avait cultivé de plantes narcotiques à Kopak. Tout a commencé lorsque sont arrivés dans leurs pick-up flambant neufs «les hommes de Jalalabad», une ville proche de la frontière pakistanaise. Les trafiquants n'ont pas mis longtemps à convaincre les paysans qu'ils multiplieraient par dix le revenu de leurs maigres récoltes de maïs, de blé et de haricots, en adoptant la culture du pavot. Le contrat était simple : ils n'avaient qu'à mettre leurs terres à la disposition des trafiquants, qui s'occuperaient de semer la plante à opium, de la cultiver et de la moissonner. En échange, le propriétaire recevrait la moitié de l'opium, payé au tarif en vigueur, 1 500 dollars le man (7 kg), soit 200 euros le kilo. Beaucoup en profitèrent et, comme ils n'avaient plus rien à faire sur leurs terres, louèrent leurs bras sur d'autres fermes de la région.

Précieuse sève.
Car l'opium nécessite une main-d'oeuvre qualifiée, et les paysans du cru ne faisaient pas l'affaire. Des journaliers chevronnés, amenés par les trafiquants, s'installèrent donc dans des tentes sur les collines qui surplombent Kopak. Ils étaient une centaine à trimer dans les champs, «des hommes surtout, tadjiks et pashtounes, parfois venus avec épouses et enfants», se souvient un habitant. Experts dans l'art compliqué de la culture du pavot, dont la capsule doit être entaillée très adroitement si l'on veut qu'il exsude sa précieuse sève, ces vendangeurs d'opium étaient payés au triple du tarif normal des journaliers, 300 afghanis par jour, soit 6 euros. La moisson ne fut pas excellente, en raison d'un printemps inhabituellement froid. Mais les trafiquants ont bel et bien rempli leurs jarres à opium avant de plier bagage avec leur main-d'oeuvre itinérante. Ils reviendront l'année prochaine.Ê

«Nous sommes 28 dans ma famille, et je ne dispose que de deux jirib de terres cultivables (un peu moins d'un demi-hectare, ndlr). Comment aurais-je pu m'en sortir si j'avais planté du blé ?», demande Mohammed Dastagir, la quarantaine, qui enseigne bénévolement les sciences naturelles à quelques élèves de primaire dans la mosquée. Il accompagne son aveu d'un regard piteux adressé au sévère imam. «Il faut cependant reconnaître, modère le religieux après s'être raclé la gorge, que la culture de l'opium est pour beaucoup d'habitants une question de survie... et que parfois nécessité fait loi.» Une dizaine de larrons qui assistent à l'entretien dans un coin de la mosquée acquiescent aussitôt de soulagement à ces paroles de sagesse. «Et si la police vient pour détruire notre gagne-pain, lâche un audacieux, nous l'accueillerons à coups de kalachnikov.» Mohebullah, un autre imam, d'à peine une trentaine d'années, qui exerce dans un village voisin, confirme que les trafiquants de Jalalabad ont jeté leur dévolu sur bien d'autres hameaux alentour. «Mais jamais je ne leur céderai, clame-t-il en morigénant l'assemblée, et cela en dépit du fait que je survis à peine en plantant des haricots.»

Impuissance.
L'emprise croissante des trafiquants ­ bien armés, riches à millions et souvent en cheville avec les chefs de guerre locaux ­ paraît inexorable dans cette région du Logar. C'est le chef adjoint du poste de police le plus proche qui le dit. «Que voulez-vous qu'on y fasse, soupire le capitaine Abdel Rahman, nous ne sommes que 22 policiers pour toute cette zone, nous manquons d'armes, nous n'avons pas une seule voiture, notre salaire se monte à 1 700 afghanis mensuels (environ 30 euros) et nous n'avons pas été payés depuis trois mois ?» Pour leurs opérations, les policiers en sont réduits à réquisitionner des taxis, car pour l'ensemble du Logar il n'y a en tout que... deux voitures de police. Malgré l'omniprésence de la culture de stupéfiants dans cette zone, la dernière saisie des policiers remonte à cinq mois : 1 760 kg de haschisch et des armes ont été pris dans un labo clandestin où travaillaient 45 ouvriers. «Nous avons arrêté dix personnes, qui ont été remises aux fonctionnaires du ministère de l'Intérieur... pour être relâchées un peu plus tard, après qu'elles eurent graissé quelques pattes...»

Complètement démoralisé, le capitaine a d'autres raisons de s'inquiéter. Le 12 août, non loin de là, neuf policiers voyageant dans un minibus ont été tués dans une attaque au lance-roquettes et à la mitrailleuse lourde. Parmi ceux-ci se trouvait le commandant Abdel Khalek, qui s'était illustré neuf mois auparavant par une importante saisie de drogue. Les autorités afghanes ont, à leur habitude, mis l'attentat sur le compte des «talibans». Mais il s'agit beaucoup plus vraisemblablement, selon la police locale, d'une «vengeance des trafiquants». Version confirmée à Kaboul par le chef de la police nationale en personne, le général Haroon Asefi. «L'enquête est toujours en cours, explique-t-il. Mais tout indique qu'il s'agit de trafiquants de drogue.»

Laboratoires.
L'opium est désormais cultivé dans beaucoup de régions où le pavot n'avait jamais été planté. Notamment dans certaines parties des provinces du Logar et du Badakhshan, où des dizaines de labos transformant l'opium en morphine sont apparus. «Le gouvernement a fait une erreur énorme, explique le général Asefi, en promettant aux paysans l'an dernier 300 dollars par hectare de pavot détruit. Un paysan gagnait ainsi plus que s'il cultivait du blé... Cette mesure, qui a été effectivement appliquée dans certaines zones, a eu l'effet pervers d'encourager la production. Elle a depuis été supprimée.» Le gouvernement du président Hamid Karzaï tente aussi de lutter contre l'énorme corruption induite par le trafic de drogue et l'implication, à tous les niveaux, d'une grande partie de la fonction publique dans cette activité qui demeure la plus lucrative en Afghanistan. «Le gouverneur et le chef de la police du Badakhshan ont été limogés cet hiver pour cette raison», explique un officiel de l'ONU chargé de la lutte contre la drogue.

Police musclée.
L'Afghanistan ne risque-t-il pas de devenir un narco-Etat à l'image de la Colombie, comme s'en est récemment inquiété le ministre afghan des Finances, Ashraf Ghani ? «Non», estime le général Asefi, tout en reconnaissant être le «chef d'une police qui n'existe pas». «Nous avons besoin de personnel qualifié, de voitures, d'armes, de blindés, bref d'une police musclée pour lutter contre les puissants trafiquants. Mais il faut me laisser le temps de mettre les choses en place.» Le général assure que les aides de l'Allemagne et des Etats-Unis pour la formation des 75 000 policiers et de 12 000 gardes-frontière afghans commencent à porter ses fruits. Quelque 1 300 recrues doivent sortir prochainement de la nouvelle académie de police. «Mais il nous faudra cinq ans, reconnaît-il, pour disposer de cette «police musclée» qu'il ambitionne de constituer. «Pour l'heure, dans les zones où les trafiquants et chefs de guerre locaux sévissent, avec leurs centaines d'hommes en armes, nous sommes bien forcés de fermer les yeux.».
Libération, Par Philippe GRANGEREAU, mardi 26 août 2003, p. 10

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(Octobre 2003) Le "cancer" de la production d'opium prolifère en Afghanistan, selon l'ONU

La culture du pavot est en plein essor, et la lutte pour le contrôle de la drogue nourrit l'insécurité. Islamabad de notre correspondante en Asie du Sud

L'Afghanistan a confirmé, en 2003, sa place de premier producteur mondial d'opium, accroissant même sa production de 6 % par rapport à 2002, qui est passée de 3 400 à 3 600 tonnes, affirme le rapport annuel de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), établi pour la première fois en coopération avec le gouvernement intérimaire afghan.

Les surfaces cultivées sont passées de 74 000 hectares en 2002 à 80 000 hectares et, phénomène plus inquiétant, la culture du pavot ne cesse de s'étendre. Vingt-huit provinces, sur les 32 que compte l'Afghanistan, sont affectées aujourd'hui, pour 18 en 1999.

La province de Nangahar, dans l'Est de l'Afghanistan, est devenue la première pour la culture du pavot, dépassant largement les provinces d'Helmand, où la culture a décru de 49 %, et celle de Kandahar (moins 23 %). Le déclin, dans ces deux provinces du Sud, pourrait être dû à une sécheresse persistante. En revanche la province de Badakhshan, frontalière du Tadjikistan, dans le Nord-Est, qui avait déjà pris le relais des provinces pachtounes après l'interdiction de la culture du pavot décrétée par les talibans en 2000, a vu sa production augmenter de 55 %.

Selon le rapport de l'UNODC, la valeur marchande de la récolte d'opium, estimée à 1,02 milliard de dollars plus les profits des trafiquants (1,3 milliard de dollars), représente environ la moitié du PIB de l'Afghanistan. "L'Afghanistan est clairement à la croisée des chemins : ou des sévères mesures chirurgicales pour contrôler la drogue sont prises maintenant ; ou le cancer de la drogue en Afghanistan continuera de s'étendre avec ses métastases de corruption, de violence et de terrorisme", a affirmé, à Moscou Antonio Maria Costa, directeur de l'UNODC, en présentant les résultats du rapport. La Russie est particulièrement concernée par la drogue afghane, l'Asie centrale étant devenue l'une des routes principales du trafic d'opium et d'héroïne entre l'Afghanistan et l'Europe. Selon l'ONU, un quart de toute l'héroïne produite en Afghanistan passe par l'Asie centrale, et en premier lieu par le Tadjikistan, dont la frontière avec l'Afghanistan est gardée par des soldats russes.

TRAFIC LUCRATIF

De l'avis de tous les observateurs en Afghanistan, la drogue est l'un des principaux facteurs de l'insécurité qui règne dans le pays, les commandants se disputant le contrôle des vallées où la culture se pratique et celui des routes empruntées pour le transport des récoltes.

L'opium est aussi, de plus en plus, transformé en héroïne à l'intérieur même du pays, ce qui accroît les appétits des divers chefs de guerre qui trouvent là un bon moyen de renforcer leur pouvoir, grâce à l'argent de la drogue. "La drogue est une menace pour la paix et la sécurité en Afghanistan et au-delà", a insisté M. Costa, qui a passé deux semaines en Afghanistan en août.

Officiellement interdite par le gouvernement du président Hamid Karzaï, la culture du pavot a repris avec une très grande vigueur depuis la chute des talibans, qui avaient réussi, en 2001, à limiter la production à 185 tonnes d'opium, issues essentiellement des zones contrôlées par l'opposition.

Sous-équipée, manquant dramatiquement de fonds, la direction de lutte contre les narcotiques mise sur pied par le gouvernement Karzaï a d'autant moins de chances d'être efficace que la culture, comme le trafic de la drogue, se fait sous la protection d'officiels nommés par le gouvernement. Les chefs de guerre, revenus au pouvoir dans les fourgons du président Karzaï, lui-même soutenu à bout de bras par les Etats-Unis, sont les premiers bénéficiaires d'un trafic lucratif.

La drogue a pris une telle ampleur dans la vie du pays que, lors du lancement du premier projet pilote de désarmement de 1 000 miliciens à Kunduz, dans le nord du pays, le 24 octobre, chacun soulignait la nécessité de trouver vite un travail rentable aux miliciens rendus à la vie civile pour leur éviter de tomber dans l'argent facile de la drogue. "Sans la création de sources de revenus suffisantes, l'opium va agir comme un aimant sur les soldats démobilisés, particulièrement s'ils conservent des liens avec leurs commandants, qui profitent directement ou indirectement du commerce", souligne le rapport de l'International Crisis Group (ICG) consacré au désarmement et à la réinsertion des miliciens en Afghanistan.

Les revenus tirés de la drogue par les bénéficiaires sont pour l'instant tels que ni le gouvernement ni l'UNODC ne sont capables de s'opposer avec efficacité à un "cancer"qui ne peut que s'étendre, dans la situation d'instabilité totale où se trouve l'Afghanistan.
Françoise Chipaux, LE MONDE | 30.10.03 | 13h46

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Menaces contre des candidats à la Loya Jirga

Alors que le texte de la nouvelle Constitution afghane, que devraient entériner, en décembre, 500 délégués, se fait attendre, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) vient d'attirer l'attention du président Hamid Karzaï sur les violences et les tentatives d'intimidation qui marquent l'élection des délégués."Ces attaques contre la liberté politique menacent l'avenir de l'Afghanistan", écrit, dans une lettre ouverte au président afghan, Brad Adams, directeur de la division Asie de HRW. Selon HRW, un climat de peur existe partout et des candidats potentiels ont reçu des menaces des chefs de guerre, souligne HRW, qui demande "au président Karzaï et à la communauté internationale de s'assurer que la Loya Jirga -Grand Conseil- constitutionnelle ne sera pas compromise par la présence de chefs de guerre et de commandants, comme cela a été le cas en juin 2002 pour la Loya Jirga d'urgence". Enjeu de luttes intenses entre conservateurs et "libéraux", la Constitution est le dernier pas avant la tenue d'élections générales, théoriquement en juin 2004. - (Corresp.)
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.10.03

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(Avril 2004) Drogues. La production augmente, la consommation se déplace.
L'héroïne afghane se fixe en Asie et dans l'Est européen

Les chiens aboient mais la caravane passe. Et cette caravane-là, bourrée d'opium et d'héroïne, fait de sérieux dégâts le long des routes menant de l'Afghanistan à l'Europe occidentale. Les aboiements, eux, ont redoublé au début du mois, à Berlin. Réunis pour apporter leur aide financière à Kaboul (Libération du 2 avril), 60 pays et organisations s'y sont également penchés sur la question de l'opium afghan. Résultats médiatiques à la clé, semble-t-il : cinq jours après la conférence, quatre laboratoires afghans servant à transformer l'opium en héroïne ont été détruits et 10 tonnes d'opium saisies.

Il faut dire qu'à ce jour, le bilan est des plus remarquables : depuis la chute des talibans, l'opium a fait un bond de 2 000 % en Afghanistan. 3 600 tonnes y ont été produites en 2003, soit 77 % de la production mondiale, générant la moitié du PIB afghan selon le FMI. L'Europe a beau se dire «très inquiète», l'ONU «très troublée», l'Amérique appeler à prendre des «mesures agressives» et le président Karzaï au «jihad général», rien n'y fait. Selon les derniers sondages de l'ONU, deux cultivateurs sur trois comptent accroître leur production d'opium.

Pendant ce temps, dans les cités européennes, débouché traditionnel de l'héroïne afghane, les politiques de réduction des risques liés à la toxicomanie ont porté leurs fruits. Dans quasi toute l'Union, la consommation d'héroïne recule ou stagne. Où passent alors les montagnes d'opium afghan ?

Boom.
«Entre l'Afghanistan et l'Europe, les routes sont longues... Et les marchés émergents nombreux», résume Pierre-Arnaud Chouvy, géographe spécialiste de la géopolitique des drogues (1). Tadjikistan, Kirghizistan, Bosnie, Russie, Estonie... Partout où passe la caravane de l'héroïne afghane, la consommation est en plein boom... et le sida avec. Selon l'ONU, sur 15 millions d'utilisateurs d'opiacés dans le monde en 2001, la moitié étaient asiatiques, et 10 % seulement européens de l'Ouest. En ce qui concerne la seule héroïne, les taux de prévalence sont deux fois plus élevés en Europe de l'Est que dans l'Union européenne.

Overdoses.
«La conception d'un Sud produisant et exportant des drogues qui inondent les marchés de consommation du Nord est désormais largement invalidée par l'explosion de la consommation des années 80 et surtout 90 dans les pays producteurs», poursuit Pierre-Arnaud Chouvy. Traditionnelles portes de sortie de l'opium et de l'héroïne afghans et anciens producteurs, l'Iran et le Pakistan sont aujourd'hui les deux principaux consommateurs d'héroïne au monde. 2,8 % des adultes iraniens auraient goûté un opiacé au cours de l'année 1999. Le nombre d'overdoses a explosé l'année dernière : + 40 %, soit plus de 300 par mois. Malgré la lutte acharnée des autorités iraniennes (et des coûts humains démesurés : 2,5 millions de personnes arrêtées en vingt ans, plus de 3 000 membres des forces de l'ordre tués), les quantités qui passent la frontière,dont la fortification a coûté 1 milliard de dollars, sont impressionnantes.

La principale route de l'héroïne semble désormais partir vers le nord, le long de l'ancienne route de la soie. Les principaux points de passage seraient le Turkménistan (souvent accusé de complicité) et le Tadjikistan, où plus de 5 tonnes d'héroïne ont été saisies en 2003, l'ambassadeur tadjik à l'ONU parlant de «tsunami (raz de marée, ndlr) d'opium». A Douchanbé, au Tadjikistan, la plus pauvre des républiques d'ex-URSS, l'argent des trafiquants serait en partie responsable de la flambée des prix de l'immobilier, désormais comparables à ceux de Moscou. «Bien sûr, les mafias locales se développent, concède Pierre-Arnaud Chouvy, mais la principale déstabilisation est économique et sociale. L'explosion de l'héroïnomanie, et avec elle celle de la pandémie du VIH, est, avec la multiplication et la complexification des routes du narcotrafic, l'un des nouveaux phénomènes majeurs de l'Asie du début du XXIe siècle.»

Prison contaminée.
Et l'Europe n'est pas épargnée. Etape suivante le long de la route de la soie, la Russie connaît une situation particulièrement préoccupante. On y compterait chaque année 70 000 morts d'overdose et 100 000 contaminations par le VIH. Dans les pays baltes, les pratiques de partage de seringues entraînent des taux de contamination au VIH extrêmement préoccupants. Lors d'un colloque sur le sida à Varsovie, un médecin racontait ainsi qu'en 2002, en Lituanie, une seule seringue avait suffi à contaminer la quasi-totalité d'une prison, faisant doubler le nombre de séropositifs de ce petit pays (Libération du 29 octobre 2003).

Bilan quasiment identique en ex-Europe de l'Est, avant-dernière étape de cette ruée vers l'ouest. En octobre, l'Office européen des drogues et toxicomanies mettait en garde contre une «augmentation substantielle des décès liés à la drogue, semblable à celle observée en Europe de l'Ouest dans les années 80 et au début des années 90», redoutant de «véritables bombes sanitaires à retardement» dans des pays où l'on a longtemps «criminalisé l'usage» tandis que «la réduction des risques était considérée comme un concept importé d'Occident». Un pavot dans la mare des Quinze à trois semaines de l'élargissement de l'Union européenne.
(1) Auteur des Territoires de l'opium. (Olizane), animateur du site geopium.org
Libération, Par Arnaud AUBRON, lundi 19 avril 2004, p. 12

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(Avril 2004) : La carte des flux

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(Octobre 2004) « Les Afghans avaient très envie de voter »

SPECIALISTE de la région, Serge Michel est retourné en Afghanistan deux ans après la chute des talibans.
Il publie, avec Paolo Woods, le récit de ce voyage : « American chaos. Retour en Afghanistan et en Irak 2002-2004 » (Seuil, 233 p., 25 €).

Les Afghans élisaient hier leur président...
Serge Michel. C'est une excellente chose. Mais cette élection est très compliquée. L'Afghanistan est aujourd'hui un puzzle, où des seigneurs de guerre font régner leur loi sur leurs territoires. Il n'y a plus de pouvoir central.
En revanche, les Afghans avaient très envie de voter. Ils se sont inscrits en masse, ont suivi la campagne et sont allés voter... en essayant d'échapper aux talibans.

Hamid Karzaï, s'il est élu, aura-t-il une véritable légitimité ?
Sans aucun doute. Mais à quoi sert d'être légitimement au pouvoir si on ne peut sortir de chez soi, ou de sa ville, sans risquer d'être assassiné ?

Les talibans sont donc de retour ?
Oui, essentiellement dans le sud du pays, entre Hérat et Kaboul. Ils y font régner la terreur. Les ONG ont plié bagage. La moitié du pays ne reçoit plus d'aide occidentale. Il y a actuellement moins de travailleurs humanitaires en Afghanistan qu'il n'y en avait sous les talibans. C'est un vrai désastre. Et ils cultivent le pavot.

« C'est le chaos »

La culture de l'opium a-t-elle repris ?
L'Afghanistan est redevenu le premier producteur d'opium du monde. A Kandahar, il y a une bourse de la drogue. Un Afghan sur deux vit de ce commerce que les Américains avaient dit vouloir éradiquer. Le pavot est ce qui rapporte le plus.

Les femmes ont-elles retrouvé la liberté ?
A Kaboul, qui est devenu la vitrine de l'Afghanistan, c'est vrai. Elles peuvent étudier, travailler, leurs droits ont été rétablis. Ailleurs, leur situation dépend de ce que veut et décide le seigneur de guerre local. Le taux de suicides des femmes a vertigineusement augmenté.

Doit-on, deux ans après la chute des talibans, parler d'échec ?
De chaos ! Les Américains, comme en Irak, ont réussi à renverser un régime mais n'ont rien fait pour gérer la suite. La plupart des troupes américaines sont parties. Et si le reste des forces alliées s'en va, la catastrophe ne fera que s'amplifier.
Propos recueillis par Catherine Tardrew, Le Parisien, dimanche 10 octobre 2004, p. 6

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(Novembre 2004) L'Afghanistan interdit les chaînes télé impies

Le gouvernement afghan a suspendu les chaînes de télévision câblées, dans l'attente d'une loi qui régule les activités des opérateurs selon les principes de l'islam, a indiqué hier la Cour suprême afghane.
Le conseil des ministres a considéré que certains des programmes diffusés ne respectaient pas la charia.

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dimanche 05 avril 2009 ouest-france.fr L'Afghanistan, principal défi de l'Alliance

5 000 hommes seront envoyés en renfort à l'occasion de l'élection présidentielle afghane. Objectif inchangé selon Barack Obama: « Vaincre Al-Qaïda ». Strasbourg. De notre envoyé spécial

Pour l'Alliance Atlantique, l'Afghanistan, c'est le dossier le plus brûlant. « Notre épreuve de vérité », affirmait hier Angela Merkel, la Chancelière allemande.

Au lendemain du drame du 11 Septembre 2001, pour chasser Al-Qaïda de ses sanctuaires, la communauté internationale avait soutenu les Américains. Huit ans plus tard, le bilan est maigre. Les Talibans regagnent du terrain. Ben Laden court encore. Ses réseaux, installés à cheval sur la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan (dont la stabilité est menacée), sont toujours vivants. Al-Qaïda disposerait de dizaines de camps d'entraînement dans la région.

« Engagements tenus »

Déployée depuis 2003 dans le pays, l'Otan commande plus de 60 000 hommes sur le terrain. Hier, l'Organisation a décidé un renfort de 5000 hommes, à l'occasion de la prochaine élection présidentielle afghane. Les forces de sécurité afghanes vont notamment voir leur nombre doubler. Ces troupes s'ajouteront aux 21 000 Américains que l'équipe Obama a décidé d'envoyer. Barack Obama se félicite de cette décision: « Nous sommes unis. Ils ne nous vaincront pas, nous mènerons à bien notre mission. » Quant au secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, il estime, avec cette décision, que l'Otan « a tenu ses engagements ».

A Strasbourg, Obama a beaucoup insisté sur la vigueur des menaces terroristes, en particulier sur l'Europe. On retrouve les motivations de 2001, qui avaient permis à Washington de bénéficier d'une solidarité dans le monde, gaspillée par l'intervention en Irak. « Les États-Unis ne sont pas en Afghanistan pour contrôler le pays. Leur objectif est de vaincre Al-Qaïda », a-t-il notamment déclaré.

Annoncée il y a quelques jours, la nouvelle stratégie américaine a deux objectifs : éradiquer Al-Qaïda et « afghaniser » les forces de sécurité. L'homme de la situation, c'est le général Petraeus, fort de son succès en Irak. Il compte adapter sa stratégie de pacification aux spécificités afghanes. Vaste défi.

D'ici, la fin de l'année, les troupes américaines représenteront les deux tiers de la mission de l'Otan en Afghanistan. L'envoi de 900 Britanniques, 600 Allemands et 600 Espagnols et de 150 gendarmes français ne changera pas la donne. Le risque de voir cette opération se transformer en guerre américaine est élevé. Cela inquiète les responsables du Département d'État américain.

Washington n'ignore pas que ni les Britanniques, ni les Soviétiques, pour ne parler que du siècle passé, ne sont venus à bout du bourbier afghan. Obama privilégie une approche régionale, souhaite mutualiser le coût de l'opération et compte, pour cela, sur le soutien de ses alliés européens. Le soutien annoncé, hier, ne sera suffisant qu'en cas de réussite spectaculaire de la nouvelle stratégie. Laurent MARCHAND.

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PAKISTAN Pakistan : les talibans se retirent du district de Buner NOUVELOBS.COM | 24.04.2009 | 13:40

Les Etats-Unis s'affirment "extrêmement inquiets" de la situation dans le nord du pays. Le ministre du gouvernement provincial annonce toutefois que les combattants sont en train de se retirer.

Les talibans sont en train se retirer ce vendredi 24 avril du district de Buner, au nord-ouest du Pakistan, a annoncé le ministre de l'Information du gouvernement provincial Mian Iftikhar Hussain. "Ils sont maintenant en train de se retirer de Buner", a-t-il déclaré.

"Les talibans ont commencé à quitter Buner, sans conditions", a confirmé de Buner au téléphone à l'AFP un haut responsable des autorités locales, Syed Mohammad Javed. "Ce retrait sera achevé ce soir", a-t-il précisé, ajoutant : "Nous avons dit aux talibans que le gouvernement s'assurerait qu'aucune activité contraire à l'islam ne soit menée dans la zone".

"Notre chef a donné l'ordre que les talibans se retirent immédiatement de Buner", explique de son côté Muslim Khan, le porte-parole des rebelles islamistes. "Les talibans se sont déjà retirés de quelques endroits et nous achèveront ce retrait dans quelque temps", a déclaré Muslim Khan, au téléphone depuis un lieu inconnu.

"Nous sommes extrêmement inquiets"

Les talibans occupaient ce district, situé à une centaine de kilomètres d'Islamabad, depuis plusieurs jours provoquant des réactions hostiles de la part de Washington. "Nous sommes extrêmement inquiets de cette situation et c'est une affaire qui occupe beaucoup du temps du président", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs. Pour preuve, le président américain Barack Obama recevra début mai les présidents pakistanais Asif Ali Zardari et afghan Hamid Karzaï.

L'inquiétude des Américains est allée crescendo cette semaine. Les talibans afghans composés en grande partie de combattants d'Al-Qaïda n'ont cessé d'avancer au nord-est du Pakistan, jusqu'à 110 kms d'Islamabad.

Buner voit ainsi circuler de nombreuses patrouilles de talibans lourdement armés, en dépit du récent accord de paix signé avec le gouvernement. Des centaines de ces combattants islamistes circulaient dans le chef-lieu du district équipés d'armes légères et de lance-roquettes, et ont établi des barrages filtrants sur les principaux axes, a témoigné pour l'AFP Karim Babak, un ancien député provincial, confirmant des témoignages policiers.

"Le règne de la terreur"

"Ils ont instauré le règne de la terreur et c'est la panique dans la population locale", a-t-il insisté. En effet, lors de leurs prises de position, les talibans instaurent la charia. Le porte-parole des talibans, Muslim Khan, s'est engagé à étendre l'application stricte de la charia à la totalité du pays. "Depuis une mosquée, les talibans ont annoncé qu'ils ne toléreraient plus aucune activité contraire à l'islam à Buner", a également témoigné au téléphone un habitant, resté anonyme par peur des représailles.
"Des écriteaux placardés chez les coiffeurs interdisent aux hommes de raser leurs barbes", a-t-il assuré.

" Prendre le contrôle (…) d'un Etat nucléaire"

"J'ai vu des écriteaux interdisant aux femmes de se rendre au marché", a assuré un habitant, Abdur Rehman. Même les responsables locaux des dispensaires et hôpitaux ont dû demander à leur personnel féminin de rester à la maison, a assuré Masood Ahmad Khan, un fonctionnaire du ministère provincial de la Santé.

Les Etats-Unis s'alarment de cette situation et s'inquiètent pour l'avenir de leur allié pakistanais qui est le seul pays musulman au monde à posséder la bombe atomique.

"On ne peut assez souligner la gravité de la menace pour l'existence de l'Etat du Pakistan que représente l'avance continue des talibans, qui sont maintenant à quelques heures d'Islamabad", a déclaré Hillary Clinton, la chef de la diplomatie américaine.

Cette avancée a été effectuée par un "groupe de terroristes et autres aux liens vagues, qui tentent de prendre le contrôle de l'Etat pakistanais qui, comme nous le savons, est un Etat nucléaire", a-t-elle ajouté.

"Nous avons décidé de déployer huit sections" de soldats

Le ministre de la Défense Robert Gates a appuyé le propos de Mme Clinton en déclarant que le gouvernement pakistanais se devait agir et prendre les mesures nécessaires pour neutraliser la menace des talibans.

"Il est important qu'ils ne se contentent pas de reconnaître (la menace) mais qu'ils prennent les mesures nécessaires pour y répondre", a affirmé Robert Gates

Les autorités pakistanaises ne se sont pas faites priées et ont annoncé l'envoi de centaines de paramilitaires. "Nous avons décidé de déployer huit sections" de 40 à 45 soldats chacune, a annoncé à l'AFP le commandant de la gendarmerie pakistanaise des frontières, Zafarullah Khan. Une centaine de paramilitaires ont déjà pris position ce vendredi dans certains postes de police de Buner, a-t-on appris de sources officielles. Ils tenteront d'enrayer les attaques des rebelles talibans qui visent régulièrement les dépôts et convois de l'Otan (Avec AFP et Reuters)

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Une centaine de morts dans un raid américain en Afghanistan LEMONDE.FR avec AFP | 06.05.09 | 08h39 • Mis à jour le 06.05.09 | 18h41

Au moins 100 personnes, dont des civils, ont été tuées lundi dans un bombardement américain dans le district de Bala Buluk de la province de Farah, dans l'ouest de l'Afghanistan, affirme, mercredi 6 mai, la police de cette province. Un précédent bilan évoquait la mort de plus de 100 civils.
De violents combats opposant des talibans aux forces de sécurité afghanes et internationales ont éclaté en début de semaine dans le district, où les insurgés sont bien implantés, provoquant des frappes aériennes américaines, affirment les autorités locales.

Jessica Barry, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, affirme que son "équipe a vu mardi sur place les corps de dizaines de personnes tuées, parmi lesquelles des femmes et des enfants". "La plupart des maisons de la zone visée ont été réduites en ruines. Des enterrements collectifs avaient lieu dans plusieurs villages", a-t-elle ajouté. "L'un de nos collègues du Croissant-Rouge afghan local a péri dans les bombardements, de même que treize membres de sa famille", a poursuivi Jessica Barry.

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a assuré que les Etats-Unis regrettaient "profondément" les morts de civils. Washington a par ailleurs annoncé l'ouverture d'une enquête conjointe avec le gouvernement afghan sur cette bavure. "Les forces de la coalition et le gouvernement afghan ont reçu des informations faisant état de victimes civiles à la suite d'une attaque de militants contre les forces nationales de sécurité afghanes dans la province de Farah, le 5 mai", a annoncé le porte-parole du département d'Etat, Robert Wood.

Les forces internationales ont été appelées en renfort pour mener des raids aériens, a précisé le gouverneur de Farah. Selon lui, "une trentaine de talibans ont été tués" dans les combats, mais ce bilan n'avait pu être confirmé de source indépendante.

Les violences des insurgés afghans, parmi lesquels les talibans chassés du pouvoir en Afghanistan fin 2001 par une coalition emmenée par les Etats-Unis, ont redoublé d'intensité depuis deux ans malgré la présence de 70 000 soldats étrangers, auxquels vont se joindre 21 000 renforts américains dans les prochains mois. Le président américain Barack Obama reçoit, mercredi, à la Maison Blanche ses homologues afghan Hamid Karzaï et pakistanais Asif Ali Zardari, pour un mini-sommet, au moment où l'armée pakistanaise a engagé une contre-offensive dans les fiefs des talibans situés non loin de la capitale, Islamabad.

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Le Congrès américain refuse de financer la fermeture de Guantanamo LEMONDE.FR avec AFP | 20.05.09 | 22h53 • Mis à jour le 21.05.09 | 09h07

Le Congrès américain, pourtant dominé par les démocrates, a infligé un rare camouflet à Barack Obama, mercredi 20 mai, en lui refusant une enveloppe de 80 millions de dollars qu'il demandait pour la fermeture de la prison de Guantanamo. Pour le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, "ce n'est ni le moment ni le projet de loi pour traiter ce problème". Les parlementaires examinaient le projet de budget supplémentaire pour financer les guerres en Afghanistan et en Irak, d'un montant de 91,3 milliards de dollars pour 2009.

Plus que le projet de loi actuellement examiné, c'est la perspective de libérer les prisonniers de Guantanamo et d'en voir certains relâchés aux Etats-Unis qui inquiète la majorité démocrate. Elle n'a pas pourtant avancé de solution quant au sort de ces détenus, indiquant qu'elle attendait un plan de l'administration. Le directeur du FBI, Robert Mueller, a alimenté ces craintes en déclarant que ses services avaient des "inquiétudes concernant le fait que des individus qui pourraient soutenir le terrorisme soient aux Etats-Unis".

"En aucun cas les démocrates ne bougeront sans un plan complet et responsable du président", a souligné M. Reid. Le numéro deux de la majorité démocrate, Richard Durbin, a cependant assuré que les démocrates étaient favorables à la fermeture de la prison, prévue d'ici à janvier 2010, tout en approuvant la décision de retirer l'argent du projet de budget. Quant à l'opposition républicaine, elle a de nouveau plaidé pour le maintien pur et simple de Guantanamo.

OBAMA PRÊT À S'EXPLIQUER

L'administration Obama compte toujours fermer la prison controversée dans les délais annoncés, envisageant le transfèrement de certains détenus dans des prisons américaines et la libération sur le territoire américain de certains de ceux qui ont été innocentés. Pour s'expliquer sur ce dossier, mais aussi sur ses décisions de maintenir les tribunaux militaires d'exception et de refuser la publication de photographies montrant les sévices subis par les détenus, M. Obama prononcera un important discours, jeudi.

Il devrait se faire rassurant face aux inquiétudes de son camp et souligner sa détermination à rompre avec les pratiques antiterroristes de l'époque Bush. Il s'agit, selon le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, de "recadrer cette question pour les parlementaires et pour le public". Une façon de reprendre la main alors que les critiques, notamment en provenance des organisations de gauche et de défense des droits de l'homme, se sont multipliées dernièrement. Au moment où Barack Obama tentera de s'expliquer, l'ancien vice-président Dick Cheney, qui a récemment fait un retour fracassant dans les médias américains, prendra la parole pour justifier les méthodes controversées prises par l'ancien président.

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Un détenu de Guantanamo bientôt jugé par une cour civile aux Etats-Unis Selon la télévision CNN, un membre important du réseau Al-Qaida va être jugé à New York. Ahmed Khalfan Ghailani, un Tanzanien de 34 ans, est soupçonné d'avoir participé aux attentats qui avaient visé en 1998 les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya. Il avait été capturé en 2004 au Pakistan et transféré en septembre 2006 dans la prison de la base navale de Guantanamo, louée par les Etats-Unis sur l'île de Cuba.

Si l'information de CNN est confirmée, ce serait le premier ex-prisonnier de Guantanamo, où 240 suspects de terrorisme sont détenus, à être jugé aux Etats Unis par un tribunal civil et non militaire.

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Karzaï/fraudes: l'UE "irresponsable" AFP 16/09/2009 | Mise à jour : 15:22 |

L'équipe de campagne du président sortant Hamid Karzaï a qualifié aujourd'hui d'"irresponsables" et "partiaux" les observateurs de l'Union européenne qui ont estimé que 1,5 million de votes à l'élection présidentielle afghane du 20 août pourraient être frauduleux.

"L'annonce de la mission d'observation électorale de l'Union européenne sur le nombre de votes suspects est partiale, irresponsable et en contradiction avec la constitution afghane", affirme un communiqué de l'équipe de M. Karzaï.

Ce matin, la mission d'observation électorale de l'UE en Afghanistan avait annoncé qu'elle avait "calculé" que 1,5 million de bulletins de vote présentaient des suspicions de fraude, soit environ un quart des suffrages validés jusqu'à présent.

Sur ce million et demi de votes suspects, 1,1 million ont profité à M. Karzaï, selon Dimitra Ioannou, chef adjoint de la mission d'observation électorale de l'Union européenne, et quelque 300.000 à son principal rival, l'ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah.

Si les votes suspects repérés par l'UE étaient tous invalidés, M. Karzaï, de plus en plus critiqué par la communauté internationale qui l'avait installé au pouvoir fin 2001 après en avoir chassé les talibans, pourrait passer sous la barre des 50% des suffrages et être contraint à un second tour, qu'Abdullah Abdullah appelle de ses voeux.

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30.000 hommes en renfort et “plus de cercueils” en Afghanistan France Soir, le jeudi 3 décembre 2009 à 04:00

30.000 hommes en renfort et “plus de cercueils” en Afghanistan Photo:AFP Après avoir refusé de déployer des troupes supplémentaires, Paris adopte une position plus nuancée, voire ambiguë. « Obama va voir défiler de nombreux cercueils de soldats américains ! » Cinglante, la réplique des talibans, par la voix de leur porte-parole Qari Youssouf Ahmadi, ne s’est pas fait attendre, quelques heures après l’annonce par l’hôte de la Maison-Blanche de l’envoi de 30.000 soldats américains en renfort en Afghanistan.

Tout un symbole ! l’un des 68.000 militaires états-uniens déployés dans le pays est tombé hier, portant à 300 le nombre de fantassins de l’Oncle Sam tués en Afghanistan depuis le début de l’année.

« Nouveaux attentats » en préparation

Dans la nuit de lundi à mardi, Obama a donc revêtu son uniforme de commander in chief. D’un ton martial mâtiné d’accents dramatiques, le président a invoqué l’« intérêt national vital » et le spectre de « nouveaux attentats ». Avec humilité, il a dû reconnaître que les talibans comme les séides d’al-Qaida ont reconstitué leurs forces. Ceux-ci contrôlent « 11 des 34 provinces afghanes », a indiqué le chef d’état-major américain, l’amiral Mullen.

D’où le notable effort numérique et humain annoncé, toutefois inférieur aux 40.000 hommes réclamés sur le terrain par le général McChrystal.

Nouveau Vietnam ?

Pour joindre les deux bouts, Obama attend que le « fardeau soit partagé ». Pour la première fois, son administration a adressé des demandes explicites et chiffrées aux principaux pays de la coalition. Ainsi, 1.500 militaires ont été réclamés à la France. Après des mois d’un refus net et catégorique, la réponse est plus nuancée. D’ici au sommet – crucial – qui se tiendra à Londres le 28 janvier, Paris pourrait annoncer l’envoi de nouveaux instructeurs ou de soutiens logistiques, voire de forces spéciales.

Barack Obama n’a pas mâché ses mots envers les autorités afghanes, qui ne bénéficieront plus de « chèque en blanc ». Clairement, le président Karzai, élu grâce à des fraudes massives à la tête d’un Etat corrompu jusqu’à l’os, est désormais mis sous surveillance.

Enfin, selon Obama, la victoire en Afghanistan est « inextricablement liée » au partenariat avec le Pakistan, l’insondable allié qui a trop longtemps joué avec les talibans et avec le feu.

Fait sans précédent, le président américain a précisé un calendrier de retrait des soldats qui débute dans dix-huit mois. Ceux qui établissent une analogie avec le Vietnam font une « lecture erronée de l’histoire », a-t-il encore clamé. Clausewitz ou « Tintin à Kaboul » en livre de chevet ?

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Discours d'Oslo: la "guerre juste" vaut des louanges à droite à Obama De Sara HUSSEIN (AFP) – 12 décembre 2009 12.00

WASHINGTON — La droite américaine a salué vendredi le discours prononcé la veille à Oslo par Barack Obama, satisfaite que le prix Nobel de la paix 2009 ait défendu le concept de "guerre juste" contre les ennemis des Etats-Unis.

Les conservateurs, qui avaient brocardé l'attribution du prix à M. Obama le 9 octobre, ont applaudi cette fois le discours présidentiel, à l'instar de Sarah Palin, ancienne candidate à la vice-présidence lors des élections de 2008.

"J'ai aimé ce qu'il a dit", a déclaré Mme Palin, égérie de l'aile droite du parti républicain, au quotidien USA Today, ajoutant avoir elle-même abordé le thème de la guerre "parfois nécessaire" dans ses mémoires qui viennent d'être publiés.

"La guerre est bien entendu la dernière chose à mon avis que les Américains veulent avoir à faire, mais elle est nécessaire. Il faut arrêter ces terroristes tout là-bas", a-t-elle estimé.

M. Obama, qui a hérité des deux guerres de son prédécesseur George W. Bush en Irak et en Afghanistan, s'est employé jeudi à Oslo à justifier le recours à la force, une façon d'expliquer sa décision d'envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan neuf jours plus tôt.

Un autre adversaire de M. Obama, Newt Gingrich, a estimé que le président avait fait à Oslo "du très bon boulot". "J'ai trouvé que le discours était vraiment très bien", s'est félicité l'ancien président de la Chambre des représentants, qui a particulièrement apprécié la mention de "l'existence du mal dans le monde" dans le propos présidentiel.

"Par certains côté, j'ai trouvé ce discours tout-à-fait historique", a déclaré M. Gingrich, interrogé lors de l'émission radiophonique "The Takeaway".

L'ancien élu, considéré par certains comme un candidat possible à l'investiture républicaine pour l'élection présidentielle de 2012, s'est dit ravi d'avoir vu "un président de gauche" rappeler aux membres du Comité Nobel "qu'ils ne seraient pas libres et ne pourraient remettre un prix de la paix si le recours à la force n'existait pas".

Pour Michael Gerson, ancienne plume de George W. Bush reconverti chroniqueur au Washington Post, M. Obama a prononcé "un discours très américain".

En plus de se présenter en "citoyen du monde" comme "il le fait toujours", "il a parlé comme un président américain", rappelant aux Européens "qu'ils vivent dans une bulle de sécurité qu'ils n'ont pas créée et qu'ils ne font pas grand chose pour la préserver", a estimé M. Gerson.

Parmi les rares à droite à n'être pas convaincu, un faucon de l'ère Bush, l'ancien ambassadeur à l'ONU John Bolton, a qualifié le discours de "terne, ampoulé et sans inspiration" sur le site National Review Online.

A la gauche du président, le représentant démocrate Dennis Kucinich s'est alarmé de voir Barack Obama justifier le recours à la force. "Quand on enveloppe la guerre dans la notion de justice, on peut facilement justifier le massacre d'innocents", a-t-il mis en garde.

La presse de centre-gauche restait cependant élogieuse à l'endroit du président. Le Los Angeles Times, tout en continuant à penser que le Nobel a été attribué prématurément à M. Obama, a qualifié son allocution de "superproduction" même pour un orateur connu pour son talent.

Le discours d'Oslo "devrait servir de feuille de route pour guider les décisions internationales contre les conflits, la pauvreté et l'oppression", s'est enflammé le quotidien californien.

M. Obama "a prononcé le discours qu'il fallait", a estimé le New York Times, le jugeant "à la fois sombre et édifiant".

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Malalaï Joya Le regard de ... Nicole Avril lejdd.fr Chroniques | 13 Février 2010

Mardi 9 février, le visage nu de Malalai Joya apparaît au Grand Journal de Canal+. Elle est belle, sobre, intense. Elle ne se prend pas pour une héroïne, elle l’est pourtant. Elle a échappé à plusieurs attentats et à nombre de tentatives de meurtre.
Fuyant l’invasion soviétique, sa famille s’était déjà réfugiée dans un camp au Pakistan. Elle-même est rentrée en Afghanistan sous les talibans pour s’occuper d’un dispensaire et organiser des cours clandestins destinés aux femmes.

Elue à 27 ans, la plus jeune députée afghane a osé dénoncer, dans l’enceinte même du Parlement, les seigneurs de la guerre présents jusque dans le gouvernement Karzaï, tous trafiquants de drogue et farouches islamistes.

Pour Malalai Joya, l’Alliance du Nord ne vaut pas mieux que les talibans.

Quant aux envahisseurs qui se succèdent depuis si longtemps sur le sol afghan, ils ont tous échoué. Loin de croire à une démocratie encouragée, installée et protégée par l’étranger, elle affirme que chaque ingérence aggrave la situation, plus particulièrement celle des femmes. Et si les Américains se retiraient, ce serait la guerre civile? Elle est déjà là, répond-elle.

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MALALAÏ JOYA : « LA BURQA, QUI ME DÉGOÛTE, PROTÈGE MA VIE » ELLE Le 10/02/2010

Elle la combat mais n’a pas d’autre choix que de la porter. Malalaï Joya vit sous une burqa dans son pays, l’Afghanistan, pour ne pas être reconnue en public. « La burqa, qui me dégoûte, que je considère comme un symbole d’oppression et bien, aujourd’hui, elle protège ma vie. Pas seulement la mienne mais aussi celle de beaucoup d’autres femmes », a-t-elle expliqué hier sur le plateau du « Grand journal » de « Canal + ».
A 32 ans, Malalaï Joya a déjà échappé à plusieurs tentatives d’assassinat. Menacée de mort, cette jeune femme continue de dénoncer les seigneurs de la guerre qui règnent sur son pays.

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Afghanistan : l'Otan tue 33 civils dans un bombardement Par Marion Brunet lefigaro.fr 22/02/2010 | Mise à jour : 09:58

Quelque 15.000 soldats des forces afghanes et internationales sont engagées depuis huit jours dans une vaste offensive dans la province de Helmand. Crédits photo: AP Les militaires de l'Alliance atlantique pensaient viser des talibans sur le point de les attaquer. Des femmes et des enfants font partie des victimes.

Nouvelle bavure de l'Otan en Afghanistan. La force internationale de l'Alliance atlantique (Isaf) a tué au moins 33 civils, dont des femmes et des enfants, dimanche dans un bombardement aérien dans le centre de du pays, a annoncé lundi le gouvernement afghan, qualifiant la frappe d'«injustifiable».

«Selon les premiers rapports, 14 personnes ont également été blessées», avait affirmé un peu plus tôt le porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur, Zemaraï Bashary. Au total, 42 civils se trouvaient à bord des véhicules au moment de la frappe. Deux personnes sont également portées disparues.

Dimanche matin, les avions de l'Isaf ont visé trois minibus sur une route entre les districts de Kijran et de Chahar Chino, dans l'Oruzgan, une province où les talibans sont très actifs. Alors qu'ils pensaient avoir tiré contre des talibans, les militaires de l'Otan ont réalisé trop tard que seuls des femmes et des enfants se trouvaient à bord des véhicules pris pour cible.

«La perte tragique de vies innocentes»

«Nous sommes extrêmement attristés par la perte tragique de vies innocentes», a déclaré de son côté le commandant en chef de l'Otan en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, qui s'est excusé auprès du président afghan, Hamid Karzaï. Ces décès constituent une nouvelle erreur des forces internationales qui sont accusées régulièrement par Hamid Karzaï de ne pas prendre assez de précautions dans leurs bombardements et de tuer trop de civils.

Ce drame survient alors que quelque 15.000 soldats des forces afghanes et internationales sont engagés depuis huit jours dans une vaste offensive à Marjah, un ancien bastion des talibans situé dans la province de Helmand, dans le sud de l'Afghanistan.

Pour l'heure, l'Otan a reconnu qu'au moins 15 civils avaient été tués par erreur dans ces combats : soit par des tirs des forces internationales, soit pris entre deux feux.

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Attentat à Kaboul : un cinéaste français tué Ouest-France.fr samedi 27 février 2010

Séverin Blanchet, documentariste engagé auprès de jeunes Afghans, est mort, hier, près de l'hôtel où il séjournait. On dénombre quinze autres victimes.

Seize victimes, c'est le bilan de l'attaque coordonnée de trois kamikazes talibans aux abords du plus grand centre commercial de la capitale afghane. Un lieu où les résidences hôtelières sont fréquentées par de nombreux étrangers. Parmi eux, un Français, Séverin Blanchet, arrivé la veille à Kaboul et séjournant au Park Residence.
Cet attentat, ciblé sur des populations civiles, intervient le jour de la fête du Mawlid, qui commémore la naissance du prophète Mahomet.

Artiste engagé, Séverin Blanchet « oeuvrait depuis des années à la formation de jeunes cinéastes », rapporte l'un de ses proches. Des apprentis réalisateurs qu'il accueillait dans de nombreux ateliers disséminés à travers le monde grâce à l'association des Ateliers Varan, créée en 1980 en compagnie de Jean Rouch, le célèbre documentariste et ethnographe français.

Depuis 2006, Séverin Blanchet multipliait les allers-retours pour Kaboul et formait de jeunes cinéastes afghans. Fruit de ce travail commun, une série documentaire baptisée « Les enfants de Kaboul », « présentée au Festival de Cannes en 2009, puis diffusée à la télévision afghane », précise Hélène Vietti, une proche collaboratrice. Sans « jamais de problème ou de polémique ».

À 66 ans, Séverin Blanchet comptait une dizaine de documentaires à son actif. Également acteur, sa dernière apparition sur les écrans remonte à 2006, dans un film du réalisateur géorgien Otar Iosseliani, « Jardins en automne ».

Après avoir condamné « avec la plus grande fermeté l'attentat », le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a rendu hommage au cinéaste en saluant la mémoire « d'un grand réalisateur », venu encore toutu récemment à Rennes et Nantes pour parler de son travail.

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Après Washington, le président afghan Karzaï arrive à Londres pour rencontrer Cameron (AFP) – 15 mai 2010

KABOUL — Le président afghan Hamid Karzaï est arrivé samedi à Londres où il doit rencontrer le nouveau Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé la présidence afghane dans un communiqué.

M. Karzaï est "arrivé à Londres samedi matin après sa visite officielle aux Etats-Unis et il doit rencontrer David Cameron et le féliciter pour sa nomination au poste de Premier ministre", ajoute la présidence afghane.

Les deux hommes "auront des entretiens sur l'expansion et le renforcement des relations bilatérales" entre la Grande-Bretagne et l'Afghanistan.

La rencontre doit avoir lieu à 11H30 GMT à Checkers, la résidence secondaire du Premier ministre, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'ambassade britannique à Kaboul.

M. Karzaï "sera le premier leader étranger à rencontrer Cameron depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement", a ajouté le porte-parole.

Le président afghan a effectué cette semaine une visite de quatre jours aux Etats-Unis au cours de laquelle le président Barack Obama et lui-même ont multiplié les démonstrations d'unité et de bonne volonté, pour tenter de dépasser une période difficile dans les relations entre Washington et Kaboul.

Environ 10.000 soldats britanniques sont déployés en Afghanistan, principalement dans le Helmand (sud), l'un des principaux bastions de la rébellion afghane menée par les talibans.

Au total, 285 soldats britanniques ont trouvé la mort en Afghanistan depuis le début de l'opération de la coalition contre les talibans en 2001.

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Karzaï rend hommage aux soldats américains tombés au combat De Daphné BENOIT (AFP) – 13 mai 2010

WASHINGTON — Le président afghan Hamid Karzaï a conclu son voyage à Washington jeudi par une visite hautement symbolique au cimetière militaire d'Arlington (Virginie, est), où il a rendu hommage aux soldats américains tombés en Afghanistan.

Dans cet immense cimetière, parsemé d'une multitude de stèles blanches, reposent plus de 300.000 personnes, pour l'essentiel des vétérans de la Deuxième guerre mondiale, de la Corée et du Vietnam, ainsi que des conflits en Irak et en Afghanistan.

Cette étape faisait partie d'une visite officielle de quatre jours aux Etats-Unis, au cours de laquelle M. Karzaï et le président Barack Obama ont multiplié les démonstrations d'unité et de bonne volonté, pour tenter de dépasser une période difficile dans les relations entre Washington et Kaboul.

Accompagné par le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, le chef d'état-major interarmées Michael Mullen et le commandant des forces de l'Otan en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, le président afghan s'est solennellement recueilli devant quelques tombes de soldats américains tués dans son pays, en proie à l'insurrection des talibans.

Le général McChrystal a estimé jeudi qu'il serait possible de juger "à la fin de l'année" du succès de l'offensive des forces internationales et afghanes dans le bastion taliban de Kandahar (sud), entamée depuis plusieurs mois et appelée à monter en puissance cet été.

"Je pense qu'on saura à la fin de l'année" si les efforts déployés à l'intérieur et autour de la ville de Kandahar ont produit les effets escomptés, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse à Washington.

L'objectif de cette opération cruciale est de remettre sous le contrôle du gouvernement afghan d'Hamid Karzaï cette province-clé dans le bras de fer avec les talibans, dont le mouvement est né à Kandahar.

"Kandahar n'est pas contrôlé par les talibans", a par ailleurs assuré le général. "Le niveau de sécurité n'est pas suffisant à Kandahar mais les talibans ne contrôlent pas la ville. C'est une ville qui fonctionne", a-t-il insisté, malgré une vague d'assassinats visant des figures locales ces dernières semaines.

La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton a de son côté assuré jeudi que l'offensive serait menée avec le souci de préserver la capitale du sud afghan.

"Ce ne sera pas Falloujah, les leçons ont été retenues depuis l'Irak", a-t-elle assuré en référence à l'invasion de la ville rebelle, que les Marines avaient pratiquement détruite en 2004.

Dans un autre tribut à l'effort de guerre américain dans son pays, le président afghan avait visité mardi l'hôpital militaire Walter Reed, à Washington, qui accueille les blessés graves de retour des fronts irakien et afghan.

"J'ai vécu un moment très difficile en rencontrant un jeune homme, un très très jeune homme, qui avait perdu ses deux jambes et ses deux bras", avait-il confié avec émotion mercredi lors d'une conférence de presse aux côtés du président américain Barack Obama.

"Cela montre l'engagement des Etats-Unis envers la sécurité de l'Afghanistan (...) et la mission difficile qui nous attend d'offrir aux générations futures une vie meilleure et plus sûre", avait-t-il conclu.

Le président afghan a profité de sa dernière journée jeudi dans la capitale américaine pour effectuer une visite exceptionnelle dans la salle du Sénat, à l'accès très restreint, où il a reçu une ovation de la part des élus.

En Afghanistan, les effectifs des forces internationales, actuellement fortes de quelque 130.000 soldats, doivent passer à 150.000 d'ici à l'été et seront à plus des deux tiers américains.

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AFP / 12 mai 2010 18h35 Corruption en Afghanistan: du mieux mais progrès nécessaires

WASHINGTON - Le président Barack Obama a reconnu mercredi que des progrès avaient été effectués contre la corruption en Afghanistan, mais que d'autres étaient nécessaires, tandis que son homologue Hamid Karzaï a promis de dépenser les ressources financières américaines avec "prudence".

"Je veux reconnaître les progrès qui ont été effectués, y compris dans le renforcement des mesures anti-corruption et l'amélioration du fonctionnement des institutions au niveau des provinces et des districts", a déclaré M. Obama lors d'une conférence de presse commune avec M. Karzaï à la Maison Blanche.

De son côté, M. Karzaï, visé par des critiques américaines ces derniers mois sur la question de la corruption, s'est dit engagé à dépenser l'aide financière américaine avec "application" et une "extrême prudence".

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Afghanistan : un capitaine français tué par une mine artisanale leparisien.fr 22.05.2010, 20h03 | Mise à jour : 23.05.2010, 08h44

Un soldat français âgé de 25 ans est mort samedi en Afghanistan, tué par l'explosion d'une bombe artisanale. C'est ce qu'a annoncé en début de soirée Nicolas Sarkozy, précisant que le soldat était capitaine du 3ème régiment de génie de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. C'est le 42e militaire français tué en Afghanistan depuis le renversement du régime des talibans en 2001.

«Intervenant au sein d'une équipe de déminage aux côtés de soldats néerlandais et afghans, il a été mortellement blessé par le déclenchement d'un engin explosif improvisé. Au cours de cette attaque, un soldat néerlandais et un interprète afghan ont également été tués et quatre autres soldats néerlandais blessés» a ajouté le président. Dans son communiqué, il a souligné que l'officier français «a payé de sa vie l'engagement de la France au service de la paix et de la sécurité du peuple afghan».

Il a présenté aux familles des victimes et à leurs proches ses plus sincères condoléances et «s'associe à leur douleur». Le président a ajouté que «ses pensées vont également à ses compagnons d'armes», en réaffirmant «la détermination de la France à continuer d'œuvrer au sein de la Force Internationale d'Assistance à la Sécurité».

Le drame s'est produit à proximité de Deh Rawood dans la province de l'Oruzgan (sud du pays). Ce bourg, haut-lieu de la production de pavot, serait la terre natale du mollah Omar, chef spirituel des talibans toujours en fuite. Selon le porte-parole de l'état-major des armées, Christophe Prazuck, « il est possible qu'un second engin ait explosé alors que les démineurs s'approchaient de celui qui avait été marqué».

Evacué vers l'hôpital militaire néerlandais de Tarin Kwhot, non loin de là, l'officier français a succombé à ses blessures.

Un troisième soldat de l'Otan a perdu la vie ce samedi, dans une autre opération. Selon un bilan établi par l'AFP à partir du site internet indépendant icasualties.org, 215 soldats étrangers ont trouvé la mort en Afghanistan en 2010, après une année 2009 de très loin la plus meurtrière pour les forces internationales en huit années de conflit, avec 520 morts. Le nombre des soldats étrangers doit passer cet été de quelque 130 000 à environ 150 000. Plus des deux tiers sont américains. La France compte, elle, 3500 militaires dans le pays.

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L'Afghanistan, nouvel eldorado des minerais 14/06/10 - 18H00 - Les Echos - actualisé à 18:25:58 MASSIMO PRANDI, LES ECHOS

Les Etats-Unis ont découvert d'immenses gisements en Afghanistan. L'essor de l'industrie minière dans ce pays ravagé par la guerre pourrait bouleverser son économie.

Très intéressée, la Chine a démarré la construction d'une mine de cuivre.

L'information est de nature à bouleverser, à terme, la donne géo-stratégique du conflit en Afghanistan. Selon un rapport du Pentagone dévoilé lundi par le « New York Times », le pays recèle dans son sol des gisements de minerais et de minéraux dont la valeur est estimée à près de 1.000 milliards de dollars.
La découverte a été faite par une petite équipe de géologues américains, dont certains travaillent pour l'armée.

Le secteur minier du pays attirera beaucoup d'investissements étrangers, même avant que les mines deviennent profitables, tant les richesses découvertes sont importantes. L'industrie extractive « deviendra la colonne vertébrale de l'économie afghane », a estimé Jalil Jumriany, un conseiller du ministère des Mines de Kaboul.
Aujourd'hui, ce pays affiche un PIB de seulement 12 milliards de dollars. La culture du pavot, les trafics de stupéfiants et ceux liés à l'économie de guerre sont ses principales sources de revenus.

Dans les entrailles afghanes, on trouve toutes sortes de minerais et minéraux très prisés, allant du minerai de fer au cuivre, en passant par le molybdène, la potasse, le cobalt, l'or, l'aluminium, l'argent ou encore le lithium, le niobium (métal mou utilisé dans la fabrication des supraconducteurs) ainsi qu'un bon nombre de terres rares.

Les réserves de lithium seraient aussi importantes que celles de la Bolivie, premier pays producteur de ce métal essentiel pour la fabrication des batteries les plus modernes.

Les recherches géologiques américaines ont démarré en 2004, s'appuyant sur les notes et les cartes élaborées précédemment par l'occupant soviétique. Un premier rapport de l'USGS (United States Geological Survey) en liaison avec le ministère afghan des Mines avait été finalisé à la mi-novembre 2007.

Les trésors du sous-sol afghan suscitent déjà les convoitises chinoises.

En 2007, le conglomérat étatique China Metallurgical Group Corporation (MCC) avait gagné les enchères pour exploiter un dépôt riche en cuivre dans une vallée aride à environ 20 kilomètres au sud-est de Kaboul, une place forte des talibans.
L'offre de 3,4 milliards de dollars avait dépassé de plus de 1 milliard de dollars celles des nombreux concurrents canadiens, européens, russes, kazakhs et américains. La mine proche du petit village d'Aynak, dont la construction a démarré en décembre, est censée livrer dans ses vingt-cinq ans de vie environ 11 millions de tonnes de métal rouge, soit le tiers du total des réserves chinoises connues.
Ses gisements sont évalués à 88 milliards de dollars aux prix actuels du cuivre. Les Américains craignent que les Chinois mettent la main sur les richesses minérales afghanes.
L'an passé, des représentants des Etats-Unis avaient accusé le ministre afghan des Mines d'avoir accepté des Chinois un bakchich de 30 millions de dollars pour l'attribution de la licence d'exploitation des réserves de cuivre d'Aynak.
Ces accusations n'ont pas eu de suite judiciaire.

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Retrait américain d'Afghanistan: Bonne mesure pour Karzaï, symbolique pour les talibans Créé le 23/06/2011 à 10h30 -- Mis à jour le 23/06/2011 à 10h43 20minutes.fr

CONFLIT - Le chef de l'Etat afghan Hamid Karzaï a salué jeudi comme une «bonne mesure» l'annonce du président Barack Obama...

Le chef de l'Etat afghan Hamid Karzaï a salué jeudi comme une «bonne mesure» l'annonce par le président Barack Obama du début du retrait des troupes américaines de son pays, que les talibans ont immédiatement qualifiée de «symbolique» et «insuffisant».

Les rebelles islamistes, dont l'insurrection a gagné du terrain et en intensité ces dernières années, ont toujours fait publiquement du retrait total de toutes les «forces étrangères d'occupation» un préalable impératif à toutes négociations de paix.

Mais ils n'ont à aucun moment évoqué jeudi dans leur communiqué l'annonce récente par Kaboul, puis Washington, de contacts «préliminaires» avec les Américains en vue de pourparlers.

Barack Obama a annoncé jeudi le retrait d'ici à l'été 2012 du tiers des forces américaines stationnées en Afghanistan, soit 33.000 hommes, dont 10.000 cette année, décision justifiée selon lui par les revers infligés à Al-Qaida dix ans après l'invasion du pays.

Accord de partenariat stratégique de long terme

«Nous saluons aujourd'hui l'annonce faite par le président des Etats-Unis», a déclaré Hamid Karzaï devant la presse à Kaboul.

«Nous considérons que c'est une bonne mesure pour eux comme pour l'Afghanistan, et nous la soutenons», a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, les talibans ont au contraire considéré «cette annonce de retrait de 10.000 hommes cette année comme un acte uniquement symbolique qui ne satisfera ni la communauté internationale ni le peuple américain, lassés par la guerre».

Les talibans répètent que seul un «retrait immédiat d'Afghanistan de toutes les forces internationales» permettra de mettre fin au conflit et promettent que leur guérilla «va encore gagner en intensité» d'ici là.

Ils accusent également les Etats-Unis d'avoir «donné plusieurs fois de faux espoirs de fin de la guerre à leur nation en annonçant une victoire sans aucun fondement».

Les talibans dénoncent également le «manque de respect» de Barack Obama envers ceux qui réclament la fin du conflit, en dénonçant notamment les négociations en cours entre Washington et Kaboul d'un accord de partenariat stratégique de long terme, une alliance qui ne fera que nourrir le conflit, selon les rebelles.

La rébellion aurait gagné du terrain ces dernières années

Les talibans ne mentionnent dans leur communiqué aucun contact avec les Américains en vue de futurs pourparlers de paix, comme cela a été évoqué ces derniers jours par Hamid Karzaï et le secrétaire américain à la Défense Robert Gates.

Restant plutôt vague à ce sujet, Barack Obama a déclaré jeudi qu'il y avait des «raisons de penser que des progrès peuvent être faits» dans les discussions avec les talibans en vue d'une solution politique.

Le président américain a opté pour un début de retrait plus rapide que celui préconisé par ses commandants militaires, mais qui laissera encore plus de 65.000 soldats américains en Afghanistan à l'approche de la présidentielle de novembre 2012, à laquelle il est candidat.

Les effectifs qui auront quitté l'Afghanistan à l'été 2012 correspondent au nombre de soldats que Barack Obama avait décidé d'envoyer en renfort en décembre 2009.

Selon lui, ces renforts auront rempli leur mission de briser l'élan des talibans et d'empêcher Al-Qaida de s'implanter à nouveau.

Ce constat n'est guère partagé par nombre d'experts du dossier afghan qui soulignent au contraire que la rébellion a gagné du terrain ces dernières années, multipliant attentats et actions de guérilla dans tout le pays, jusqu'au coeur de Kaboul et même dans les zones jusqu'alors épargnées.

Le sommet de l'Otan à Lisbonne fin 2010 a entériné le principe d'un transfert des responsabilités en matière de sécurité aux forces afghanes en 2014. Mais leur capacité à prendre le relais des forces internationales est encore une gageure et le gouvernement afghan est critiqué pour sa faiblesse et sa corruption.

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Afghanistan : on s'en va... au rythme des Américains Jeudi 23 Juin 2011 Jean-Dominique Merchet marianne2.fr

Washington annonce et Paris suit... Deux heures après les déclarations du président Obama sur le retrait des troupes d'Afghanistan, l'Elysée a publié un communiqué expliquant que le France "engagera un retrait progressif de renforts envoyés en Afghanistan, de manière proportionnelle et dans un calendrier comparable au retrait des renforts américains."

Le calendrier français sera donc le même que celui des Etats-Unis, que le président Obama a détaillé lors d'un entretien téléphonique avec le président Sarkozy : "Retirer d'ici la fin de l'été 2012 les hommes en renfort. (...) Le processus de transition des responsabilités de sécurité au profit des autorités afghanes se poursuivra jusqu'en 2014".

Le calendrier américain est essentiellement basé sur des considérations de politique intérieure liée à l'élection présidentielle de novembre 2012. Le président Obama veut se présenter aux électeurs - peu convaincus de l'opportunité de poursuivre cette guerre - en leur délivrant le message que les "boys" rentrent au pays.

La réalité du terrain afghan - où les discussions avec les Talibans vont bon train - sert essentiellement d'habillage à cette préoccupation politique. Pur hasard du calendrier électoral, 2012 sera également une année présidentielle en France : le président Nicolas Sarkozy pourra se présenter en annonçant lui aussi le retrait d'Afghanistan.
Et l'opposition socialiste aura du mal à le critiquer sur ce point puisque le PS s'est prononcé, en novembre 2010, pour un "retrait coordonné avec le désengagement américain".

Pour la France, il faut donc s'attendre au retour de plusieurs centaines d'hommes - sur un contingent total de 4000. Si les choses se font de manière "proportionnelle" au retrait américain, c'est au total un tiers des troupes françaises (1300) qui devrait rentré d'ici la fin de l'été 2012, dont environ 400 avant la fin 2011. [Sur les 100.000 Américains en Afghanistan, 10.000 rentreront avant fin 2011 et 23.000 supplémentaires en 2012].

Pour les Français, la question est celle du transfert des "responsabilités de sécurité" aux Afghans dans la région de Surobi, la Kapisa restant un terrain beaucoup plus difficile. Logiquement, ce transfert aurait du avoir lieu maintenant (été 2011), mais les Américains y ont mis leur veto sans prendre trop de gants.

Officiellement, la décision revient au gouvernement de Kaboul, mais officiellement seulement. Il a suffi que l'armée américaine rajoute un critère - la présence d'un axe routier important (highway) - dans le secteur pour estimer que la situation n'était pas mûre pour un retrait des Français...

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