MINISTRE DE SARKOSY (Décembre 2008)

"Le couple franco-allemand est exemplaire" dit le germanophone-phile

Bruno Le Maire

Agrégé de Lettres, Normalien et Enarque. Diplomate. Plume, conseiller, puis directeur de cabinet, de Dominique Galouzeau de Villepin, Premier ministre de 2005 à 2007.
Député de l'Eure en 2007, dans la circonscription de Jean-Louis Debré, nommé Président du Conseil constitutionnel.
Auteur de Le Ministre, Grasset, Paris, 2004 ; Des hommes d'Etat, Grasset, Paris, 2007.

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Mardi 31 mai (2005) - Paris - Hôtel de Lassay

Dominique de Villepin est Premier ministre.
Il part déjeuner à l'Assemblée nationale avec le groupe UMP, invité par Jean-Louis Debré.
Lorsqu'il entre dans la salle à manger de l'hôtel de Lassay, quelques applaudissements épars éclatent ici ou là, au milieu d'un silence désapprobateur.
Une grande majorité de députés regrette cette nomination. Les uns, en raison de leur soutien à Michèle Alliot-Marie. Les autres, parce que Dominique de Villepin n'est pas élu. Tous, ou presque, parce que Dominique de Villepin prend la place qui revenait de droit à Nicolas Sarkozy.

Je m'assieds à une table au hasard. On me demande qui je suis: « Conseiller auprès du Premier ministre? Je vous souhaite bien du courage! »
Les plus aimables se donnent le mal de m'expliquer leur désagrément, certains me disent que tout cela ne tiendra pas trois mois: « Il fallait nommer Nicolas Sarkozy, je peux vous dire que personne ici ne comprend ce que vous faites à Matignon.»

Seuls les candidats à un poste de ministre gardent leurs critiques pour eux et me font part de leurs souhaits.
Des hommes d'Etat, p. 85

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Mardi 7 juin (2005) - Paris - Elysée

Nuit et jour j'ai réécrit le discours de politique générale, fournissant toutes les trois heures une nouvelle version à Dominique de Villepin et au directeur de cabinet, Pierre Mongin, qui la corrigent, l'amendent, l'un avec son intuition politique, l'autre avec sa maîtrise des dossiers économiques.
Ensemble nous décidons de rédiger un discours concis, presque sec, pour surprendre et donner le plus de clarté possible au programme politique.

Dans un état d'épuisement complet, nous arrivons pour une dernière séance de relecture chez le Président.
A la deuxième page, il s'empare de son crayon bleu et rouge, commence à rayer un mot, à en souligner un autre :"C'est beaucoup mieux, ça commence à avoir de la gueule."
Ibidem, pp. 90-91

3

Mardi 14 juin (2005) - Paris - Matignon

Le petit déjeuner de la majorité rassemble le mardi, dans la salle à manger du Premier ministre, tout ce qui compte à droite et qui, parfois se jalouse, parfois se déteste, très souvent se méfie.
La politique tient de l'exercice spirituel, obligeant des hommes et des femmes à se côtoyer des années durant en surmontant leurs rancœurs, leur ennui, leur lassitude, leur agacement, sans pouvoir se réfugier longtemps dans la solitude.

Ce matin, Nicolas Sarkozy ne se donne pas le mal de dissimuler son impatience. Il joue avec deux petites cuillères qu'il frotte l'une contre l'autre, écoute distraitement les remarques du Premier ministre placé en face de lui, légèrement décalé.
Au bout de dix minutes il avance le bras à travers la table et prend la parole: «Ce qu'il faut bien voir, Dominique, c'est que la baisse du chomage, ça ne suffira pas aux Français. Ils vous sauront gré d'avoir voulu le faire baisser, et si vous y arrivez, ils vous sauront gré de l'avoir fait, mais ça ne suffira pas. Il faut leur raconter une histoire aux Français. Qu'est-ce que vous allez leur raconter comme histoire en juillet, en août, en septembre, l'année prochaine? »

Son voisin dessine avec application une voiture sur sa feuille, Jean-Louis Debré croise les bras sur sa poitrine, Philippe Douste-Blazy, le teint de craie, la mèche noire rabattue sur ses lunettes, observe de biais l'échange entre les deux hommes.

Nicolas Sarkozy s'arrête, plonge une petite cuillère dans le pot de confiture placé devant lui, reprend, avec dans la voix une pointe d'énervement: « Demain on a le débat public sur l'Europe, parfait! Mais qu'est-ce qu'on dit sur l'élargissement? On continue comme avant? On fait comme si le non n'avait jamais existé? Il faut annoncer une pause dans les élargissements, c'est indispensable, sinon qu'est-ce que ça veut dire le 29 mai? Qu'est-ce que ça veut dire si on ne tire aucune conséquence? »

Le reste de la table acquiesce, seul Dominique de Villepin émet des réserves: « Vous avez raison, Nicolas, on ne peut pas faire comme avant, mais il y a des engagements qui ont été pris, il faut les tenir. »

Le soir, en réunion chez le Président, alors que nous relisons l'intervention du Premier ministre sur l'Europe, je fais part des réactions du président de l'UMP et de la majorité.
Le Président se pince les lèvres avec le pouce et l'index, fronce les sourcils: « C'est un problème. C'est un vrai problème. Mais je ne peux pas revenir sur mes engagements. C'est impossible. J'ai testé Blair ce matin. C'est impossible. Ce ne serait pas convenable. »

L'homme qui gouverne et celui qui aspire à gouverner vivent l'un enchaîné au passé, l'autre impatient du lendemain, pour cela ils ne peuvent pas s'entendre, ils sont condamnés chaque jour à se déchirer davantage.

Où se trouve le Premier ministre? Entre les deux, tiraillé de part et d'autre, contraint dès les premiers jours de son mandat à trouver un équilibre fragile entre le changement et la fidélité.
Ibidem, pp. 93-94

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Mardi 28 juin (2005) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy est ailleurs.
Il se tait, le visage fermé, penché sur son portable qu'il manipule sous la table, il n'écoute pas la discussion.

Pierre Méhaignerie parle de la prime pour l'emploi. Jean-Claude Gaudin opine gravement du chef, les deux mains posées à plat l'une sur l'autre. Bernard Accoyer note des mots sur un calepin, Henri Cuq me glisse: « Il y a de l'ambiance ce matin! »
Le Premier ministre laisse chacun s'exprimer tour à tour

Lui aussi n'écoute que distraitement, il regarde Nicolas Sarkozy, il doit se demander quel message il envoie avec son portable.
Jean-François Copé évoque la taxe professionnelle : il est clair et convaincant, il connaît son sujet.
Ministre talentueux, bon politique, il abrège, conscient que ce matin personne n'est disposé à écouter un exposé technique.

Sur la commode placée derrière la table du petit déjeuner, les serveurs consultent la feuille sur laquelle sont notées les préférences de chacun en face de son nom: espresso, jus d'orange, jus de pamplemousse, pas de jus de fruit, eau minérale, yaourt, fromage blanc, sucre, pas de sucre, sucrette.

Nicolas Sarkozy refuse un deuxième espresso, du plat de la main, sans relever la tête de son portable.
Pierre Méhaignerie répond à Jean­François Copé. Le Premier ministre n'a toujours pas pris la parole. On est entre soi et on s'ennuie.
Ibidem, pp. 100-101

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Mardi 12 juillet (2005) - Paris - Jardins du musée Rodin

Nicolas Sarkozy, que je raccompagne sur le perron de Matignon, me prend par le bras:
"Venez! On va faire quelques pas ensemble! Venez!"

Nous remontons la rue de Varenne. Le trottoir est étroit, encombré de cars de CRS et d'échafaudages. Nous avons du mal à marcher de front. Il salue les passants, les policiers.
Quand il s'appuie sur mon épaule, je remarque que le rythme syncopé de sa démarche épouse le rythme de ses phrases, comme un déséquilibre léger, un déhanché qui le porterait toujours lui et sa parole vers l'avant:
« Bon, Bruno, tout cela ne se passe pas trop mal avec Dominique. Il y a un débat, la presse nous oppose, mais cela reste correct. »
Et comme s'il voulait s'assurer de nos intentions, pour le cas échéant ajuster les siennes: "Personne ne franchit la ligne jaune, hein?"

Il regarde à droite, à gauche, me donne parfois de légères bourrades dans les côtes, il parle et salue alentour.
Nous sommes arrivés à l'entrée du musée Rodin: « C'est pas mal ici. On peut rentrer, non? Allez, on rentre. »

Il me parle et il ne me parle pas, il glisse des avertissements, il évalue l'adversaire et ses conseillers, il séduit, questionne, affirme, avance au pas de charge sans un regard pour La Porte de l'Enfer ou Les Bourgeois de Calais.
Ici pour la première fois je remarque qu'il est tout entier à sa conquête.

Il a sacrifié ce que Dominique de Villepin ne sacrifiera pas, que je ne saurais pas définir, qui n'a pas de nom sans doute, la part de soi-même qu'on abandonne sur le chemin du pouvoir.
Nicolas Sarkozy n'est pas dans le jardin du musée Rodin dont il se moque comme d'une guigne, pas davantage avec moi, dont il a épuisé l'intérêt en quelques mètres, mais déjà ailleurs et après.

Au retour, dans la cour de Matignon, tandis que les photographes le mitraillent de loin derrière le cordon rouge, il lâche entre ses dents:
« Ah ces connards! Ces connards! »
Ibidem, pp. 111-112

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Vendredi 22 juillet (2005) - Paris - Matignon

François Heilbronn m'envoie une lettre pour me remercier du discours du Premier ministre au Vel d'Hiv.

De toutes les satisfactions que j'ai eues depuis notre arrivée à Matignon, c'est la plus puissante, car elle touche à l'essence de mon engagement en politique, la mémoire, la défense des faibles, la justice, la vérité des faits, toutes raisons abstraites qui prennent corps rarement dans les décisions de chaque jour, quand elles ne les contredisent pas.

Sa lettre finit par ces mots: « Veuillez accepter, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments désormais les plus dévoués. »
Ibidem, p.116

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Mardi 9 août (2005)- Paris - Matignon

Dominique de Villepin a interrompu ses vacances, il est de passage à Matignon.
Assis dans mon bureau, en bras de chemise, bronzé et détendu, il relit un discours. Il fronce les sourcils, sourit, me rend la dizaine de feuilles:
« Dans un discours, je vous le dis, il faut éviter les lignes droites. Toujours prendre les angles. Laissez tomber les bases qu'on vous donne. On ne sculpte pas l'eau tiède. »

Il me parle du plan pour l'emploi: « Est-on allés le plus loin possible? Je n'en suis pas certain. Il faudrait aller le plus loin possible et j'ai l'impression que nous ne sommes qu'à mi-chemin.»
Je lui rappelle les principales mesures, certaines vont dans la bonne direction, d'autres lui semblent trop techniques, coûteuses, d'une complexité rebutante: « Faites simple! Ce qui n'est pas simple ne marche pas. »

Je lui promets d'améliorer le plan.
Je consulte des experts. J'écoute des chômeurs, les jeunes à la recherche d'un emploi, des diplômés qui ont déjà envoyé des dizaines de CV pour ne recevoir que des réponses convenues, des femmes en travail à temps partiel, qui rêvent d'un temps plein.

Malgré tout je ne sais pas.
Ces situations, je ne les ai pas vécues moi­même, je les imagine, sans me les représenter vraiment.

Tous les responsables politiques se trouvent face à la même difficulté: tirer parti d'une expérience qui n'est pas la leur.
Ibidem, pp. 127-128

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Jeudi 25 août (2005) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy fait le point sur la menace terroriste, bronzé, affable, en costume bleu nuit et chemise blanche immaculée, ses boutons de manchettes en métal brossé frottant régulièrement le tapis de table.

Personne ne parle mieux que lui d'une opération policière ou de l'infiltration des réseaux islamistes.
Il entre dans un luxe de détails, il connaît tous les éléments techniques, il ne bute sur aucun nom, il n'a pas peur de nommer les choses.

Cela n'a l'air de rien, pourtant la plupart des responsables politiques ne nomment pas les choses, ils les évoquent, ils les tiennent sans le savoir à distance.

Nicolas Sarkozy ne tient rien à distance: avec lui, tout est sur la table, du moins il le fait croire. Il gagne en puissance. Il change aussi les règles du jeu démocratique, sans que les autres pouvoirs, en particulier la presse, aient eu le temps ou la volonté de s'adapter à ces nouvelles règles pour permettre à chacun de les maîtriser.
Les combats politiques à venir risquent de se livrer entre partenaires qui, sans le savoir, ne parlent pas la même langue.
Ibidem, pp. 137-138

9

Jeudi 8 septembre (2005) - Paris - Matignon

Au téléphone, la voix du Président est légèrement voilée, les intonations habituelles sont comme brouillées par un très léger tremblement, une hésitation: « Je crois qu'il faut que vous restiez un peu de temps à New York, Dominique.
Dans les circonstances actuelles, il n'est pas mauvais que vous jouiez un peu de la flûte onusienne. »

Il se tait. Il semble avoir oublié quelque chose d'important qu'il tenait à dire à son Premier ministre. Il reprend son souffle, dit encore plus lentement:
« Je voulais vous dire aussi, il y aura le fils Hariri à New York. Soyez avec lui comme un grand frère.
Il a loué tout un étage de cet hôtel où vous serez à New York. Je vous envie, je rêvais d'y aller.
Soyez comme un grand frère.
Les Américains ont tout raté en Iraq, tout raté en Syrie, maintenant ils voudraient profiter de ce que nous avons fait au Liban pour se mettre en avant: il en est hors de question. Donc occupez-vous bien du fils Hariri. Je compte sur vous. »

Malgré son hospitalisation et sa fatigue évidente, que trahit le grain de sa voix, il reste entièrement investi dans sa tâche de Président de la République, soucieux de ne pas abandonner les travaux qui non seulement font son parcours politique, mais aussi le raccrochent à la vie: le Liban, l'indépendance de la France, les Nations unies, les relations transatlantiques.

Il s'éclaircit la voix. Il évoque une autre de ses obsessions:
« J'ai écouté hier soir Nicolas Sarkozy à la convention de l'UMP. Je vais vous dire, j'ai trouvé son discours léger. Sans consistance politique. Mais ce n'est pas le problème. Le problème, c'est qu'il se comporte mal à l'égard du gouvernement. Il ne peut pas à la fois être membre d'un gouvernement et proposer une politique différente à l'extérieur.»

Il ajoute, avec une parfaite mauvaise foi, ou au contraire avec la conviction intime d'avoir toujours conseillé Dominique de Villepin dans ce sens, les deux revenant au même:
« On ne peut pas avoir un ministre chef du parti majoritaire. Je vous l'avais dit, ça ne peut pas marcher. »
Ibidem, pp. 148-149

10

Jeudi 14 septembre (2005) - New York - Conseil de sécurité des Nations unies

Dans la salle du Conseil de sécurité, Dominique de Villepin discute longuement en aparté avec Vladimir Poutine, petit, le teint presque livide, les lèvres fermées, les yeux bleu clair.
Tony Blair leur donne une tape dans le dos à chacun en passant: « Dominique! Vladimir! Good to see you!»
Dominique de Villepin lui décoche un grand sourire. Vladimir Poutine ferme un peu plus les lèvres et s'éloigne.

George Bush entre, il s'assied à sa place sans un regard pour personne, Condi Rice se penche sur lui et lui glisse un mot à l'oreille. Il se relève.

Les membres du Conseil viennent le voir l'un après l'autre, faisant mine de se trouver là par hasard, entre gens de même compagnie, qui n'ont rien de mieux à faire que de se saluer.

Dominique de Villepin lui serre la main, George Bush demande des nouvelles de Jacques Chirac, sans montrer aucune rancune à l'endroit de l'homme qui, deux ans plus tôt, dans la même salle, appelait sous les applaudissements à refuser la guerre en Iraq.

Des photographes serrés dans des cabines en surplomb mitraillent chaque rencontre, le moindre hochement de tête, un papier qui circule, un bâillement, les accolades.

On s'assied. Kofi Arman ouvre la discussion: « The floor is open. »

Tony Blair prend la parole. Il capte facilement l'attention de l'auditoire avec quelques formules sur la pauvreté dans le monde et le risque terroriste.
Bush discute avec Condi Rice.
Le président chinois ajuste sa monture de lunettes en acier. Il écoute. Il écoute tout aussi attentivement l'intervention de Dominique de Villepin.

Deux heures après, la séance est levée. Peu de choses se jouent dans cette enceinte, sinon des rencontres furtives, qui rassurent chacun, l'essentiel se joue ailleurs.

Comme au cinéma où ce qu'on imagine est plus impor­tant que ce qu'on voit, les affaires de pouvoir se traitent hors champ. Surtout en diplomatie.
Ibidem, pp. 151-152

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Dimanche 2 octobre (2005) - Paris - Matignon

Dominique de Villepin a convoqué une réunion de ministres informelle sur la situation de la SNCM.

Thierry Breton arrive le premier, il s'assied dans un fauteuil autour de la table basse en bois couverte de livres d'art, Nicolas Sarkozy entre à son tour, il fait les cent pas dans le bureau, demande un cendrier pour poser son chewing-gum, il s'assied, il écoute l'exposé de Dominique de Villepin en montrant des signes d'impatience: « Moi je vais vous dire, Dominique, il faut que le contribuable arrête de mettre de l'argent dans ce truc! Je ne veux plus que le contribuable paie! Ce n'est pas une critique, mais je remarque qu'on est passés à cinq, à dix, à quinze pour cent pour la participation de l'Etat, chaque fois qu'ils ont cogné on a monté. Alors pourquoi ils cogneraient pas davantage? »

Thierry Breton grimace: « Nicolas, tu sais très bien les concessions que nous avons dû faire pour Alstom. Il faudra faire les mêmes. » Dominique Perben entre discrètement, il revient de Lyon, il fait un sourire à chacun, prend un fauteuil. Il écoute Nicolas Sarkozy, qui a fini par se rallier au plan de sauvetage: « En tout cas il faut aller au contact des salariés. Moi je l'ai fait avec EDF. Vous vous souvenez? Des milliers de salariés. A partir de là, les choses ont commencé à bouger. Il faut aller au contact, défendre notre plan et garder une petite poire pour la soif. Voilà comment je vois les choses. Je peux me tromper bien sûr, mais c'est comme ça que je vois les choses. »

Personne ne commente, Dominique de Villepin termine rapidement la réunion, dans le fond pas très utile, sinon pour apprécier en quelques instants le caractère de chacun.
Ibidem, pp. 161-162

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Lunidi 10 octobre (2005) - Paris - Matignon

Dominique de Villepin passe devant Nicolas Sarkozy dans les sondages.
Le même jour, Nicolas Sarkozy souffre d'une migraine, les lecteurs du Parisien le jugent négativement, la presse lui est moins favorable.

Les journalistes s'engouffrent dans la brèche, il a perdu la main, il a désormais en face de lui un concurrent redoutable. Lorsque nous le rencontrons, il garde le visage fermé, la mâchoire immobile, il joue avec son téléphone portable et une boîte de médicaments.

Pourtant la réalité du rapport de force a peu évolué: Nicolas Sarkozy garde la maîtrise de l'UMP et d'une bonne partie des parlementaires, sa volonté de se présenter en 2007 est intacte.

En lisant le sondage, Dominique de Villepin ne peut refréner un sourire, qui très vite laisse place à une inquiétude sans raison, presque une grimace de dégoût: « En France, il ne faut jamais avoir un genou à terre. Quand vous avez un genou à terre, on lâche les chiens, on vous saigne. »
Il appelle ensuite Nicolas Sarkozy avec qui il se montre d'une grande amabilité.
Ibidem, pp. 164-165

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Vendredi 4 novembre (2005) - Paris - Matignon

Le ministre de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy), que la crise avait affaibli au début, a repris pied très vite, esquivant les attaques, prenant du champ pour revenir frapper plus vite et plus fort.
Il maîtrise à la perfection les changements de rythme et la distance, comme ces boxeurs affaiblis qui se laissent tomber dans les cordes pour récupérer et retrouver du punch.

A la fin du déjeuner avec Dominique de Villepin, il réclame du chocolat, en prenant mille précautions pour s'assurer qu'il n'abuse pas: «Vous êtes sûr, Dominique? C'est terrible le chocolat, j'en bouffe tout le temps. C'est très mauvais pour la ligne et pour les migraines. Pas du noir, c'est trop amer. Mais au praliné, avec des noisettes, c'est mon préféré. »

Sur un ton angélique et provocateur, il ajoute: «Personne le sait, mais j'aime le sucre et la douceur. »
Ibidem, p. 180

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Mardi 8 novembre (2005) - Paris - Elysée

Nicolas Sarkozy est assis à côté du Président dans le salon vert.
Sa chaise est pratiquement collée au fauteuil du Président. Il porte une tenue mal assortie, comme il n'en porte plus depuis longtemps, une veste marron, une chemise crème, une cravate club, il n'arrête pas de sortir de sa poche son portable qui pousse des petits jappements sonores.

Le Président a du mal à dissimuler son irritation, il lui jette des regards courroucés, que Nicolas Sarkozy fait mine d'ignorer en gardant son visage penché sur l'écran.
Les mâchoires du Président se contractent, ses yeux se plissent derrière ses lunettes en écaille. Sa main droite empoigne la boule dorée de l'accoudoir, elle se crispe comme une serre.
Avec un imperceptible tremblement des doigts, il fait glisser les fiches de format A5 hors de la pochette en plastique posée devant lui et introduit la réunion.

Il passe la parole à son ministre de l'Intérieur, qui ne mâche pas ses mots pour décrire la réalité des quartiers et des violences. Le Président le regarde de biais. Les contractions de plus en plus prononcées de sa mâchoire, le clignement des yeux, le pli qui se creuse à la commissure des lèvres, ne laissent aucun doute sur son exaspération croissante.

A un moment, il allonge le bras pour le couper, il ne le regarde pas, il s'adresse à tous les ministres présents: « Il va de soi que les propos du ministre d'Etat n'ont pas vocation à être répétés à la sortie. Il y a déjà eu trop de mots malheureux depuis plusieurs jours pour que nous en rajoutions. Voilà. Ceci dit, monsieur le ministre d'Etat, je vous redonne la parole. »

Nicolas Sarkozy reprend son exposé comme si de rien n'était, le visage blême, le timbre métallique, à la fin seulement il réplique: « Parce que je ne sais pas s'il y a eu des paroles malheureuses, je ne sais pas ... » - il laisse sa voix en suspension, son regard fixe un à un les visages des ministres dans un long travelling tout de fureur contenue - « ... mais ce que je sais, c'est qu'il vaut mieux dire les choses comme elles sont, c'est ce que les Français attendent, ils attendent rien d'autre. »

Puisqu'un accord s'est dégagé au sommet de l'Etat sur les moyens à employer pour mettre fin à la crise, ce sont bien les mots, les mots seulement, qui désormais font la différence. Qui parle le mieux au peuple français? Qui sait trouver les paroles qui évacuent et qui consolent ?
Ibidem, pp. 183-184

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Mardi 3 janvier (2006) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy arrive vers treize heures à Matignon. Il porte une chemise bleue avec des rayures blanches qui met en valeur son bronzage, une nouvelle montre au boîtier volumineux, il nous salue avec un grand sourire, il s'assied, il refuse le vin qu'on lui propose.

Dominique de Villepin lui présente le train de nouvelles mesures pour l'emploi. « Tout cela est encore à l'étude. Il faut affiner. » Nicolas Sarkozy approuve d'un mouvement de tête, il lève les yeux. « Parlons politique, Dominique. Si on se débrouille correctement, en 2007, ce sera vous ou moi. Je dis bien: si on se débrouille correctement. Sinon, c'est la gauche.»

Il poursuit, très calmement. «On en a eu chacun pour notre compte. Vous avez eu les attaques au groupe, vous étiez en droit de penser que c'était un coup monté de ma part. Ensuite, il y a eu les trois questions à l'Assemblée, vous ne m'en avez laissé aucune, j'étais en droit de penser que c'était pour me faire taire, non? Je parle très librement, Dominique, pour que le déjeuner soit utile. On a redressé la barre, mais c'était juste. Je vous le dis, Dominique, chacun joue sa carte, mais aucun ne gagnera sans l'autre. Il ne faut pas commettre l'irréparable, c'est tout. »

Il écarte les miettes de pain du revers de sa main sur la nappe à carreaux blanche et rouge, une nappe dont il dit toujours en arrivant qu'elle est très belle.
Mécaniquement il répète: « Il ne faut pas commettre l'irréparable. »

Quand je lui tends l'assiette de petits fours à la fin du repas, il a un mouvement de recul, puis il avance le bras, glisse en souriant: « Ah! Fumier! » - et il prend une truffe en chocolat.
Ibidem, pp. 219-220

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Mardi 17 janvier (2006) - Paris - Matignon

Le rituel des petits déjeuners de la majorité a repris.
Dominique de Villepin donne la philosophie du CPE : créer de l'emploi pour les jeunes, donner une chance aux moins qualifiés.

Autour de la table, chacun approuve, qui pourrait s'opposer à une mesure d'inspiration libérale, qui répond en partie à la crise des banlieues ? Toute la question, la seule qui compte sans doute aux yeux des participants, est de savoir si Dominique de Villepin réussira son pari, qui pourrait lui ouvrir la voie à une candidature à la présidence de la République. Personne n'en dit mot. Il est trop tôt pour savoir. On attend.

La discussion tombe sur la proposition de plusieurs députés d'obliger les services secrets à rendre des comptes au Parlement. Nicolas Sarkozy, qui pianote sur son portable depuis plus de dix minutes, relève la tête. « C'est une très bonne idée. Au moins on apprendra peut-être quelque chose sur ce qu'ils font. Parce que je ne sais pas, vous, Dominique, Jean-Louis, vous avez été ministres de l'Intérieur, on ne sait jamais trop ce qu'ils fabriquent, c'est un mystère. »
Jean-Louis Debré hoche la tête: « Et c'est peut-être mieux comme ça, Nicolas. »
Ibidem, p. 230

17

Mardi 31 janvier (2006) - Paris - Matignon

Retenu par une urgence, j'arrive au déjeuner en retard, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont déjà commencé leur entrée et discutent entre eux. Pierre Mongin et Claude Guéant les écoutent en silence.

Nicolas Sarkozy parle, la fourchette à la main, volubile, avec dans la voix une franche bonne humeur. On dirait qu'un rêve, ou un signe du destin, ou des sondages confidentiels, lui ont donné des assurances sur l'issue du scrutin de 2007. Il me fait penser, effet de sa Breiding chronographe ou non, à ces pilotes d'avion des années 1930 qui en pleine tempête reprennent confiance, parce que soudain, entre deux nuages, ils ont aperçu un bout de ciel clair et l'horizon.

Il mange. Il rit. Il semble heureux de déjeuner ici. Il parle du Président: « Moi je crois que ça déconne complètement. Je préférais quand le Président ne s'occupait de rien. Maintenant il s'occupe de tout. Et c'est des conneries! Le discours sur le nucléaire, moi je veux rien dire, bien sûr, mais c'est n'importe quoi! Alors maintenant on va aller bombarder Ben Laden avec la bombe? On va tuer trois cent mille personnes dans un Etat juste parce que c'est un Etat terroriste? Mais ça tient pas la route! Et puis armes miniaturisées, ça veut rien dire: l'effet de souffle est tel qu'il décalque n'importe qui à vingt kilomètres à la ronde. C'est même pas les radiations! Juste l'effet de souffle! Moi je vais vous dire: le Président qui fera ça, il se retrouvera cinq ans plus tard devant la Cour pénale internationale avec les menottes aux poignets. »

Lui qui d'ordinaire mange avec parcimonie, il se ressert, il dévore, il se concentre un instant sur la nourriture. Il voit les faiblesses du Président. Il les mesure. Il peut faire mieux que lui, voilà la réalité, tout le confirme dans ce sentiment. Il a d'autres idées, d'autres projets, qui sont meilleurs, ou plus adaptés au temps présent. ...
Ibidem, pp. 241-242

18

Jeudi 30 mars (2006) - Paris - Matignon

Vers onze heures, Nicolas Sarkozy se rend à Matignon.
Le Premier ministre est au téléphone, je le fais patienter dans le vestibule, quoique la patience, dont il sait faire bon usage dans d'autres occasions, ne soit pas son fort ce matin.
Il s'assied dans un des fauteuils d'angle. Il se relève. Il ne tient pas en place. Il téléphone. Il raccroche. « Vous savez ce qui est en train de se passer? On est en train de tuer le Premier ministre! La presse, les syndicats, la gauche, les étudiants, tout le monde veut la peau du Premier ministre!»

Subitement une idée lui traverse l'esprit, il s'arrête de parler, il me pose la main sur l'épaule, il me regarde, avec son poing il me donne des petits coups contre la poitrine: « Et moi je vais vous dire, moi je n'ai pas envie qu'on tue le Premier ministre. J'en ai aucune envie. Ce n'est pas mon intérêt.

Vous savez, il y a un sondage qui sort dans Marianne lundi: Villepin, 4 % au premier tour, Sarkozy, 36 %. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse, c'est le second tour : Ségolène Royal, 52 %, Nicolas Sarkozy, 48 %. C'est la première fois qu'elle me bat. La première fois. Alors moi je vous dis, on ne s'en sortira pas comme ça. Il faut bouger. Cela fait trois semaines que je vous le dis, il faut bouger. »
Ibidem, pp. 287-288

19

Mardi 4 avril (2006) - Paris - Matignon

Un moment j'ai cru qu'ils allaient en venir aux mains.
Nicolas Sarkozy part dans une diatribe contre les décisions récentes du Président, en expliquant que la majorité ne tiendra pas : lui, en tout cas, refuse d'en être le garant.

Jean-Louis Debré s'emporte: «Ce n'est plus possible, Nicolas, ce chantage permanent! Tu ne peux pas faire peser à chaque fois sur le gouvernement la menace d'un désistement de la majorité! Tous les jours tu nous fais ce chantage! »

Nicolas Sarkozy plie sa serviette, fait mine de repousser sa chaise pour se lever. «Alors là, je vous dis, soit Jean-Louis retire ce qu'il vient de dire, soit vous ajoutez une crise politique à la crise sociale actuelle. C'est ça que vous voulez? C'est ça?
- Tu ne me fais pas peur, Nicolas! Je n'ai jamais eu peur de toi! »

Quelques voix s'élèvent mollement autour de la table, l'animosité entre les deux hommes crève les yeux et pourtant personne ici ne semble la prendre tellement au sérieux, non que l'incident soit bénin, car chacun mesure qu'il dégrade un peu plus les relations entre les deux camps de la majorité, mais la lassitude, la volonté de trouver une échappatoire aux difficultés du moment, l'emportent sur tout.
Ibidem, p. 293

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Bruno Le Maire, une prise de choix pour le chef de l'Etat LesEchos.fr [ 15/12/08 ] PIERRE-ALAIN FURBURY

L'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon a succédé vendredi à Jean-Pierre Jouyet au poste de secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.

Portrait d'un jeune homme brillant, ambitieux, mais raisonnable.
« Ça, Bruno, c'est le début des emmerdes ! » Dominique de Villepin, en tout cas, en était persuadé. De manière un peu crue, celui qui était encore Premier ministre a lâché cette prédiction le jour où son directeur de cabinet a officialisé, début 2007, sa candidature aux législatives (1).

Dans la circonscription de l'Eure laissée vacante par Jean-Louis Debré, que l'ancien chef du gouvernement avait avant lui refusée. Après cinq années passées dans les cabinets ministériels, Bruno Le Maire a lui-même « beaucoup hésité », Jacques Chirac lui ayant proposé la très prestigieuse ambassade de France à Rome.
Mais pour ce pur produit de la haute fonction publique, normalien (dans la promotion de l'économiste Thomas Piketty, proche de Ségolène Royal), agrégé de lettres et énarque (aux côtés de David Martinon, l'ancien porte-parole de l'Elysée), « il faut être élu pour faire de la politique ».

C'est, avoue le nouveau secrétaire d'Etat aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy, sa « seule petite divergence » avec Dominique de Villepin.

Un bon soldat

Longtemps, Bruno Le Maire fut le premier des villepinistes, jusqu'au mimétisme. « Il est important, en politique, monde où l'ingratitude est souvent totale, de savoir à qui l'on doit les choses », insiste ce gaulliste social, qui se croyait « fait pour être prof » et jeta l'éponge après deux ans d'enseignement à la faculté de Lyon.

Il a rencontré le futur chef du gouvernement en 1998, alors que ce dernier, en disgrâce pour cause de dissolution ratée, était secrétaire général de l'Elysée. Il l'a rejoint au Quai d'Orsay, où il fut chargé de collecter les informations sur les armes de destruction massive en Irak.

Aux Affaires étrangères d'abord, à l'Intérieur ensuite, à Matignon enfin, il fut à la fois sa plume et son conseiller. Deux hommes en parfaite adéquation intellectuelle, unis par un même amour pour la littérature et une même idée de la France. « Une relation, dit-il, qui dépasse le cadre strict de la politique. »

Sans jamais trahir celui qui fut son mentor, mais auquel il n'a plus le droit de parler en raison de l'affaire Clearstream, Bruno Le Maire s'est émancipé. Et a donné des gages à Nicolas Sarkozy, qu'il a toujours ménagé. Au plus fort de la rivalité entre Dominique de Villepin et son ministre de l'Intérieur, c'est lui, déjà, qui arrondissait les angles avec Claude Guéant.

A l'Assemblée, le nouvel élu s'est fait modeste, s'appliquant à « faire son boulot » et participant activement aux réunions du groupe UMP. Un bon soldat, parfois dans la critique mais toujours « de manière positive », note un ancien ministre.

« Le président sait que j'ai ma liberté de parole, mais que je ne suis pas en train de fomenter un coup d'Etat contre lui », insiste le député de l'Eure, unanimement salué dans son parti pour son intelligence, sa culture et sa capacité de travail.

Dix-huit mois après avoir obtenu un fauteuil de député, à peine plus après avoir pris sa carte à l'UMP, Bruno Le Maire décroche son premier maroquin ministériel, sous la tutelle d'un Bernard Kouchner très différent de lui.
Un tremplin pour lui, compte tenu de sa formation et de son excellente pratique de l'anglais et de l'allemand. Même s'il aura fort à faire pour recoller les morceaux entre la France et l'Allemagne.
Lui sait qu'« il faut savoir faire profil bas, apprendre, avancer lentement », mais ils sont déjà nombreux, dans la majorité, à prédire à ce fils d'une directrice d'école et d'un cadre de chez Total une belle carrière politique. Il n'a, il est vrai, que trente-neuf ans.
(1) Bruno Le Maire en faitle récit dans « Des hommes d'Etat », passionnante chronique des années 2005-2007 publiée chez Grasset.

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L'INVITÉ DU DIMANCHE: BRUN0 LE MAIRE "Le couple franco-allemand est exemplaire" PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER MICOINE ET HENRI VERNET Le Parisien Dimanche, 19 avril 2009, p. 5

ANCIEN DIRECIEUR de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, Bruno Le Maire, 40 ans, a été nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes en décembre, en remplacement de Jean-Pierre Jouyet

Les sondages annoncent une abstention massive pour les européennes du 7 juin. Comment mobiliser les électeurs?

• Bruno le Maire. On incitera les gens à se rendre aux urnes si chacun comprend qu'il y a un enjeu. Il s'agit de savoir quelle Europe nous voulons pour les cinq années à venir, dans un temps de bouleversement politique et international.
La conception défendue par la majorité présidentielle, c'est une Europe politique forte, qui pèse dans le débat international et existe entre les Etats-Unis et la Chine. Une Europe qui prend des décisions politiques. Et qui arrête l'élargissement aux Balkans pour se consacrer à davantage d'intégration. En France le seul parti tout à fait clair sur les frontières de l'Europe, c'est l'UMP.

Craignez-vous que la question de la Turquie pèse sur la campagne?

Non, à partir du moment où on pose les problèmes sereinement La Turquie est un grand pays ami et un allié essentiel qui joue un rôle stratégique majeur. Mais on ne peut pas dire qu'on veut construire une Europe politique forte et en même temps qu'on va élargir.

Comment ce thème de l'Europe politique peut-il mobiliser ?

Il s'agit de dire que l'Europe doit bouger. Il faut arrêter avec le dogme de la seule concurrence pour avancer vers davantage de coopération. Regroupons nos forces pour construire une politique industrielle autour de nos pôles d'excellence: le transport à grande vitesse, le spatial, le nucléaire... Protégeons nos grandes entreprises stratégiques en dotant l'Europe d'un pouvoir de veto sur des investissements étrangers qui menaceraient son indépendance, comme cela existe aux Etats­Unis. Dans le secteur aéronautique, Boeing est actuellement mieux armé qu'Airbus si un fonds étranger veut prendre des participations dans l'entreprise. Il faut en finir avec la naïveté en Europe.

Mais José Manuel Barroso, l'actuel président de la Commission, incarne une Europe libérale ...

Ne nous focalisons pas sur les personnes. José Manuel Barroso est un président qui fait bien son travail dans des conditions très difficiles. Les institutions européennes ne sont pas adaptées à une crise de cette ampleur.
Elles ont été pensées pour le temps calme, pas pour le gros temps. Regardons comment elles pourraient mieux fonctionner à l'avenir face à de tels bouleversements et à un rythme international qui s'accélère. Le traité de Lisbonne nous y aidera.

Faut-il renforcer la présidence européenne?

La solution passe par le renforcement de chaque institution. En situation de crise, chacun doit jouer son rôle à 1 000 %. Les chefs d'Etat du Conseil européen doivent être sans cesse mobilisés pour répondre aux difficultés des citoyens européens: C'est ce que la France et l'Allemagne, avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, font depuis des mois. Il faut aussi que la Commission soit une force de proposition et que les décisions nécessaires soient prises rapidement. Le nouveau Parlement devra lui aussi être pleinement mobilisé.

Pourquoi n'y a-t-il pas plus de coordination entre plans de relance?

Une des réponses à la crise vient de la relation entre la France et l'Allemagne. Nous avons tiré les leçons de certaines erreurs du passé. Nous avons décidé de coordonner nos politiques économiques, pour la première fois dans l'histoire entre nos deux pays.
Avec Luc Chatel, nous avons mis sur pied par exemple un groupe industrie-automobile qui rassemblera notamment VoJkswagen, Daimler, BMW, Peugeot et Renault. De ce point de vue, le couple franco-allemand est exemplaire. IL est le seul aujourd'hui à proposer une autre Europe.

"Je ne reconnais plus le PS d'un Jacques Delors"

Comment fonctionne ce couple Sarkozy-Merkel ?

Ils sont réellement complémentaires et c'est ce qui fait la force de leur relation. Ils sont une force d'impulsion à l'échelle européenne et internationale. Quand Nicolas Sarkozy et Angela Merkel parlent d'une seule voix et réclament une nouvelle régulation financière, ils l'obtiennent

Nicolas Sarkozy doit-il s'engager dans la campagne?

Je crois qu'il s'impliquera et c'est souhaitable. Il a une expérience unique: celle d'avoir été président de l'Union européenne pendant six mois et d'avoir réussi. Il s'implique d'ailleurs avec Angela Merkel puisqu'il devrait tenir au moins un meeting en commun avec elle.

A six semaines du scrutin, on ne connaît toujours pas les listes UMP ...

Ne nous focalisons pas sur la question des listes. Ce qui compte, avant tout, c'est notre projet européen.

N'est-ce pas un problème quand des candidats annoncent par avance que s'ils sont élus ils ne siégeront pas forcément à Strasbourg?

Le métier de parlementaire européen est un métier à temps plein, qui requiert beaucoup de compétences, d'engagement personnel et de disponibilité.

Le socialiste Benoît Hamon appelle à un vote sanction ...

Le PS se trompe d'échéance. C'est un enjeu européen, il faut voter européen. Je ne reconnais plus le PS d'un Jacques Delors, qui a été un grand président de la Commission européenne.

Le chef de l'Etat s'est emporté contre certains ministres qui voudraient profiter du prochain remaniement ...

Dans la période qu'on traverse, notre priorité est de répondre aux inquiétudes et aux attentes des Français.

Approuveriez-vous le retour au gouvernement d'hommes d'expérience tels Alain Juppé ou Philippe Séguin ?

Chacun sait qu'Alain Juppé est un homme de grand talent, tout comme Philippe Séguin. Mais la décision appartient exclusivement au président de la République et au Premier ministre.

Comment être villepiniste et ministre quand Villepin n'arrête pas de critiquer Sarkozy ?

L'essentiel est de rester fidèle à ses convictions. Dominique de Villepin est un ami personnel et rien ni personne ne me fera changer d'avis à ce sujet Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, notamment sur les attaques personnelles.

Jacques Chirac est l'homme politique le plus populaire chez les Français. Comment l'expliquez-vous?

Jacques Chirac a toujours su créer un lien particulier avec les Français, c'est ce lien qui est reflété par les sondages aujourd'hui.
PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER MICOINE ET HENRI VERNET L'INVITÉ DU DIMANCHE: BRUN0 LE MAIRE "Le couple franco-alletnand est exemplaire"

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